Au neutre, le nominatif et l’accusatif sont toujours identiques, et le pluriel ressemble très souvent au singulier. C’est le genre qui distingue le moins de formes des trois, et c’est exactement ce qui le rend difficile à lire.
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Le neutre est, des trois genres islandais, celui qui demande le moins de mémoire et le plus d’attention. Le moins de mémoire, parce qu’il distingue très peu de formes. Le plus d’attention, parce qu’une même forme y occupe plusieurs cases du tableau, et que rien dans le mot ne dit laquelle.
Deux traits valent pour tous les noms neutres, sans une seule exception, et il vaut la peine de les installer avant tout paradigme. Premier trait : le nominatif et l’accusatif sont identiques, au singulier comme au pluriel. Un nom neutre ne change pas de forme selon qu’il est sujet ou objet direct. Second trait : au nominatif et à l’accusatif du pluriel, le neutre ne porte aucune désinence du tout. Là où les autres genres ajoutent quelque chose, le neutre n’ajoute rien.
Les conséquences sont immédiates. hús signifie « maison » et « maisons », et la même forme sert de sujet et d’objet : quatre cases du tableau pour un seul mot écrit. Un francophone qui cherche la marque du pluriel ne la trouve pas, et conclut souvent qu’il a mal lu.
Ce sont les mots qui entourent le nom qui portent l’information : ici les numéraux þrjú et fjögur, qui ont une forme propre au neutre, et le verbe, singulier ou pluriel. Apprendre un nom neutre, c’est donc apprendre du même coup s’il a l’air identique au pluriel ou non.
Cette page traite les noms neutres nus et rien d’autre. La manière de reconnaître qu’un nom est neutre appartient à la page des trois genres ; les changements de voyelle que vous verrez dans les tableaux ci-dessous, barn qui devient börn, sont expliqués à la page les voyelles qui changent et ne le sont pas ici ; la forme définie, barnið, appartient entièrement à la page l’article collé au nom, et aucune forme de ce type n’apparaît sur cette page.
Voici le neutre fort dans sa version la plus simple, celle où absolument rien ne distingue le pluriel du singulier au nominatif et à l’accusatif. Quatre cases sur huit contiennent la forme du dictionnaire.
| Cas | borð, la table | hús, la maison |
|---|---|---|
| Nominatif singulier | borð | hús |
| Accusatif singulier | borð | hús |
| Datif singulier | borði | húsi |
| Génitif singulier | borðs | húss |
| Nominatif pluriel | borð | hús |
| Accusatif pluriel | borð | hús |
| Datif pluriel | borðum | húsum |
| Génitif pluriel | borða | húsa |
Trois désinences suffisent donc à tenir tout le paradigme : -i au datif singulier, -s au génitif singulier, -um au datif pluriel et -a au génitif pluriel. Le datif pluriel en -um n’est pas propre au neutre : tous les noms islandais, des trois genres, le forment ainsi.
Deux détails d’écriture méritent l’attention tout de suite. Quand le radical finit déjà par s, le génitif singulier en fait apparaître deux : hús donne húss. Et quand le radical finit déjà par -i, le datif singulier n’ajoute rien du tout, ce que la troisième section détaille.
Les deux dernières phrases sont à retenir telles quelles, parce qu’on les dit le jour même de son arrivée et parce qu’elles montrent le mécanisme sur un mot que tout le monde connaît : Ísland est un nom neutre ordinaire, avec son datif Íslandi et son génitif Íslands. Le nom du pays se décline comme land, dont il est formé.
Une bonne partie des noms neutres les plus courants ont un a dans leur radical, et chez ceux-là le pluriel se voit — non par une désinence ajoutée, mais par le remplacement du a par un ö. C’est la seule marque de pluriel que porte le mot, et elle est au milieu.
| Cas | barn, l’enfant | land, le pays | vatn, l’eau, le lac |
|---|---|---|---|
| Nominatif singulier | barn | land | vatn |
| Accusatif singulier | barn | land | vatn |
| Datif singulier | barni | landi | vatni |
| Génitif singulier | barns | lands | vatns |
| Nominatif pluriel | börn | lönd | vötn |
| Accusatif pluriel | börn | lönd | vötn |
| Datif pluriel | börnum | löndum | vötnum |
| Génitif pluriel | barna | landa | vatna |
Regardez la dernière ligne. Le génitif pluriel barna revient au a, alors que les trois autres cases du pluriel ont un ö. C’est la faute la plus régulière des débutants : ayant compris que le pluriel de barn est börn, ils écrivent « börna », qui n’existe pas. Le pluriel d’un neutre en a se répartit donc sur deux voyelles, et la frontière passe entre le datif et le génitif.
Les mêmes trois consonnes finales reviennent sans cesse dans cette classe, et il est utile de reconnaître le patron plutôt que de retenir les mots un à un.
Les neutres dont le radical n’a pas de a n’ont évidemment rien à changer, et rentrent dans le patron de borð : orð « le mot », bréf « la lettre », ár « l’année », kvöld « le soir », haust « l’automne ». Leur pluriel est invisible du début à la fin.
Une famille entière de noms neutres finit par -i au nominatif singulier. Ceux-là ne bougent pratiquement pas : les quatre cases du singulier sont identiques sauf le génitif, qui ajoute -s, et le nominatif et l’accusatif du pluriel reprennent encore la même forme.
| Cas | epli, la pomme | ríki, l’État |
|---|---|---|
| Nominatif singulier | epli | ríki |
| Accusatif singulier | epli | ríki |
| Datif singulier | epli | ríki |
| Génitif singulier | eplis | ríkis |
| Nominatif pluriel | epli | ríki |
| Accusatif pluriel | epli | ríki |
| Datif pluriel | eplum | ríkjum |
| Génitif pluriel | epla | ríkja |
Sept cases sur huit se prononcent et s’écrivent presque de la même façon. En pratique, un nom neutre en -i ne coûte rien à apprendre : le -i reste partout, il disparaît seulement devant les désinences du pluriel en -um et -a.
Une nuance sépare pourtant les deux colonnes. Chez ríki, dont le radical finit par k, un j apparaît devant ces deux désinences : ríkjum, ríkja. Le nom islandais des États-Unis, Bandaríkin, n’est rien d’autre que ce mot au pluriel, et son génitif est bien Bandaríkja. Chez epli, rien de tel : eplum, epla, comme dans eplasafi « jus de pomme », un composé bâti sur le génitif pluriel.
À côté des neutres forts, l’islandais garde une petite classe de neutres faibles, reconnaissables à leur -a final. La liste est si courte qu’on l’apprend d’un coup, et elle contient des mots dont on se sert tous les jours : auga « l’œil », eyra « l’oreille », hjarta « le cœur », nýra « le rein », lunga « le poumon ».
Leur singulier est un cadeau : les quatre cas ont la même forme, celle du dictionnaire. Leur pluriel, en revanche, ne ressemble à rien de ce qui précède, avec un -u au nominatif et à l’accusatif et un génitif en -na au lieu du -a des neutres forts.
| Cas | auga, l’œil | hjarta, le cœur | eyra, l’oreille |
|---|---|---|---|
| Nominatif singulier | auga | hjarta | eyra |
| Accusatif singulier | auga | hjarta | eyra |
| Datif singulier | auga | hjarta | eyra |
| Génitif singulier | auga | hjarta | eyra |
| Nominatif pluriel | augu | hjörtu | eyru |
| Accusatif pluriel | augu | hjörtu | eyru |
| Datif pluriel | augum | hjörtum | eyrum |
| Génitif pluriel | augna | hjartna | eyrna |
Ce génitif pluriel en -na n’est pas une curiosité de grammairien : il se promène dans le vocabulaire courant. augnablik « un instant » est bâti sur augna et signifie littéralement un clignement des yeux ; c’est le mot qu’on entend quand on demande à quelqu’un de patienter.
Notez au passage que hjarta fait hjörtu et non « hjartu ». Le -u du pluriel a agi sur le a du radical, exactement comme dans börnum.
Trois ou quatre noms neutres refusent les patrons ci-dessus. Comme ils sont fréquents, autant les rencontrer maintenant que se faire surprendre plus tard.
fé est le plus spectaculaire : son génitif fjár ne ressemble pas au nominatif, et c’est lui qu’on retrouve dans les mots de la vie administrative, là où le français parlerait de finances. tré intercale un j devant les désinences du pluriel. Quant à sumar, il perd la voyelle de sa seconde syllabe dès qu’une désinence s’ajoute, et ce mécanisme, qui touche aussi beaucoup de masculins, est traité à part.
Chercher une marque de pluriel qui n’existe pas. Devant þrjú hús, l’œil français attend un -s ou un -ir quelque part. Il n’y en a pas, et il n’y en aura jamais : ce sont les mots voisins qui comptent.
Écrire le génitif pluriel avec la voyelle du pluriel. börnum mais barna, löndum mais landa, vötnum mais vatna. Une ligne sur huit, et c’est toujours celle-là qui tombe.
Oublier le -i du datif singulier. On dit á Íslandi et non « á Ísland ». C’est une syllabe entière, elle s’entend, et son absence marque immédiatement l’étranger.
Donner aux neutres faibles un pluriel de neutre fort. auga fait augu, pas « augar » ni « augir » : ces désinences appartiennent aux autres genres.
Une remarque de méthode. Personne n’apprend ces huit cases en récitant des colonnes. Ce que l’on retient d’un nom neutre, c’est trois choses : sa forme de dictionnaire, son nominatif pluriel, et le fait qu’il ait ou non un a à changer. Le reste se met en place à l’usage, parce que les désinences neutres sont peu nombreuses et reviennent dans chaque phrase.
Choisissez la forme qui convient, puis touchez Correction pour voir le score et les explications.
Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Le dictionnaire le dit : les ouvrages islandais notent le genre neutre hvorugkyn, abrégé en hk., à côté de chaque entrée. Les indices qui permettent de le deviner à partir de la forme du mot sont réunis sur la page des trois genres, et non ici.
Oui, au nominatif et à l’accusatif. hús vaut pour une maison comme pour plusieurs, et c’est le verbe, le numéral ou le contexte qui tranchent. Le datif et le génitif du pluriel, eux, se distinguent bien : húsum et húsa.
Parce que le changement de voyelle dépend de la désinence qui suit, et que celle du génitif pluriel ne le déclenche pas. Le tableau se lit donc en deux blocs : börn, börn, börnum d’un côté, barna de l’autre. Le mécanisme est décrit sur la page consacrée aux voyelles qui changent.
Non, la classe est très petite, mais elle contient des mots qu’on emploie sans arrêt : auga, eyra, hjarta, nýra, lunga. Autant les apprendre ensemble, d’un seul coup, puisqu’ils se déclinent tous pareil.
Non. Trois informations suffisent : la forme du dictionnaire, le nominatif pluriel, et le fait que le radical contienne ou non un a susceptible de devenir ö. Les désinences, elles, sont les mêmes pour toute la classe et s’installent par l’écoute.
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