Le féminin islandais se présente tout nu : bók, borg, mynd, sans la moindre terminaison. C’est une bonne nouvelle, car le nominatif et l’accusatif s’y confondent presque partout.
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Un nom féminin fort se donne dans sa forme la plus courte possible : bók « livre », borg « ville », mynd « image, film », vél « machine », ferð « voyage ». Aucune lettre n’a été ajoutée au radical, et cela a une conséquence immédiate : il n’y a rien à retirer pour former l’accusatif.
C’est la grande différence pratique avec les autres genres, et la première bonne nouvelle de la déclinaison islandaise. Pour la très grande majorité des féminines fortes, l’accusatif singulier est identique au nominatif singulier. Mieux encore, au pluriel, le nominatif et l’accusatif sont identiques pour absolument tous les noms féminins, quelle que soit leur classe. Sur les huit formes d’un nom, deux paires tombent d’elles-mêmes.
Ce qu’il faut apprendre par mot se réduit alors au génitif singulier et au nominatif pluriel. Le génitif singulier des féminines fortes est presque toujours en -ar, ce qui en fait la marque la plus stable du genre ; le pluriel, lui, se partage entre -ir, -ar et -ur.
| Nominatif singulier | Génitif singulier | Nominatif pluriel | Sens |
|---|---|---|---|
| borg | borgar | borgir | ville |
| mynd | myndar | myndir | image, film |
| vél | vélar | vélar | machine |
| verslun | verslunar | verslanir | magasin, commerce |
| bók | bókar | bækur | livre |
| kona | konu | konur | femme |
La ligne de vél mérite un arrêt : son génitif singulier et son nominatif pluriel sont la même forme, vélar. Ce n’est pas une négligence de tableau, c’est ainsi pour toute une classe, et seule la phrase permet de trancher. Le lecteur pressé y verra une difficulté ; il s’agit plutôt d’une forme de moins à mémoriser.
Cette page ne montre que des formes nues, sans article. Pour savoir reconnaître qu’un nom est féminin avant de le décliner, voir les trois genres ; pour ce que chacun des quatre cas exprime, les quatre cas ; et pour le nom accompagné de son article collé, qui a ses propres formes, l’article collé au nom.
C’est la classe la plus peuplée, et son singulier est d’une simplicité désarmante : trois cas sur quatre ne bougent pas du tout. Seul le génitif ajoute quelque chose.
| Cas | Singulier | Pluriel | Singulier | Pluriel |
|---|---|---|---|---|
| Nominatif | borg | borgir | vél | vélar |
| Accusatif | borg | borgir | vél | vélar |
| Datif | borg | borgum | vél | vélum |
| Génitif | borgar | borga | vélar | véla |
Tout le singulier de ces noms tient donc en deux formes, et le pluriel en trois. Comme dans les autres genres, le datif pluriel est en -um et le génitif pluriel en -a : ces deux terminaisons ne trompent jamais.
Ici comme ailleurs, huit cases ne font pas huit formes. borg réduit son singulier à deux formes, vél confond son génitif singulier et son pluriel, et toutes les féminines confondent nominatif et accusatif au pluriel : un nom féminin ordinaire n’oppose que quatre ou cinq formes réellement distinctes. Aucun autre genre n’est aussi économe.
Deux terminaisons se reconnaissent d’ailleurs immédiatement à l’oreille. Un -um final signale un datif pluriel, ici comme dans les autres genres. Et un -ar final sur un nom féminin ne peut être que deux choses : un génitif singulier, ou un nominatif et accusatif pluriel. Deux valeurs, jamais plus, et la phrase suffit à choisir.
Le seul vrai travail de mémoire porte sur le pluriel. borg, mynd et ferð le font en -ir ; vél le fait en -ar ; et rien dans le nominatif ne permet de choisir. Ici encore, la forme se note avec le mot le jour où on l’apprend, jamais après.
L’islandais fabrique des noms d’action féminins avec deux suffixes très productifs, formés sur un verbe : bygging « construction, bâtiment » sur byggja, spurning « question » sur spyrja, verslun « commerce, magasin » sur versla, skoðun « opinion » sur skoða. Ils se ressemblent tellement qu’on les croit interchangeables. Ils ne le sont pas.
| Cas | Singulier | Pluriel | Singulier | Pluriel |
|---|---|---|---|---|
| Nominatif | bygging | byggingar | verslun | verslanir |
| Accusatif | byggingu | byggingar | verslun | verslanir |
| Datif | byggingu | byggingum | verslun | verslunum |
| Génitif | byggingar | bygginga | verslunar | verslana |
Deux différences, et elles se voient dès la deuxième ligne. Les noms en -ing prennent un -u à l’accusatif et au datif du singulier, ce qui les fait ressembler aux faibles ; les noms en -un ne bougent pas du tout dans le singulier, sauf au génitif. Et leurs pluriels divergent : -ingar d’un côté, -anir de l’autre, avec un a qui apparaît là où le singulier avait un u.
Le mot le plus rentable du lot est spurning : on dit Ég hef eina spurningu, « j’ai une question », avec le -u de l’accusatif. Le débutant qui laisse spurning tel quel se trahit sur une phrase qu’il prononcera dix fois par leçon.
Elles sont nombreuses, quotidiennes, et leur singulier se résume à une seule règle : la voyelle finale -a du nominatif devient -u dans les trois autres cas. Il n’y a rien d’autre à savoir.
| Cas | Singulier | Pluriel | Singulier | Pluriel |
|---|---|---|---|---|
| Nominatif | kona | konur | stelpa | stelpur |
| Accusatif | konu | konur | stelpu | stelpur |
| Datif | konu | konum | stelpu | stelpum |
| Génitif | konu | kvenna | stelpu | stelpna |
Suivent ce modèle klukka « horloge », vika « semaine », gata « rue », kaka « gâteau », flaska « bouteille », et les mots familiers mamma et amma, « maman » et « grand-mère ». C’est d’ailleurs par ces deux derniers que la règle entre dans l’oreille, puisqu’on les emploie rarement comme sujets : on parle de mömmu, la voyelle du radical s’étant modifiée au passage, ce que décrit la page les voyelles qui changent.
Deux détails à ne pas manquer dans ce tableau. Le génitif pluriel des faibles n’est pas en -a mais en -na : stelpna, klukkna, gatna. Et kona, le mot le plus fréquent de la classe, y est irrégulier : son génitif pluriel est kvenna, forme qu’on rencontre partout dans les noms d’établissements et d’associations.
Les prénoms féminins terminés par -a se déclinent exactement comme kona, ce qui explique une chose que les voyageurs remarquent vite : un prénom change de forme selon sa place dans la phrase. Anna donne Önnu, Helga donne Helgu. Le second élément du nom, en -dóttir, se décline lui aussi, comme le nom de parenté dont il est tiré : voir prénoms et patronymes.
Un petit groupe de noms féminins très anciens et très fréquents forme son pluriel en -ur, avec une voyelle du radical modifiée. Ce sont les mots qu’on apprend en premier, et leur irrégularité frappe donc immédiatement.
| Cas | Singulier | Pluriel | Singulier | Pluriel |
|---|---|---|---|---|
| Nominatif | bók | bækur | hönd | hendur |
| Accusatif | bók | bækur | hönd | hendur |
| Datif | bók | bókum | hendi | höndum |
| Génitif | bókar | bóka | handar | handa |
hönd pousse le procédé jusqu’au bout : trois voyelles différentes, ö, e et a, pour un mot d’une syllabe. Ces changements ne sont pas des caprices et ne s’apprennent pas forme par forme : ils suivent les règles exposées à la page des voyelles qui changent.
nótt mérite une ligne de plus, parce que son génitif singulier est nætur, forme identique au pluriel, et que son datif singulier est nóttu. kýr, « vache », est encore plus déroutant : le nominatif singulier et le pluriel se confondent, l’accusatif et le datif singuliers se réduisant à kú.
Trois noms de parenté féminins se terminent par -ir au nominatif, ce qui les fait ressembler à des masculins de métier, et se déclinent selon un modèle qui n’est qu’à eux : une seule forme en -ur pour tout le singulier hors nominatif.
| Cas | Singulier | Pluriel | Singulier | Pluriel |
|---|---|---|---|---|
| Nominatif | móðir | mæður | dóttir | dætur |
| Accusatif | móður | mæður | dóttur | dætur |
| Datif | móður | mæðrum | dóttur | dætrum |
| Génitif | móður | mæðra | dóttur | dætra |
systir, « sœur », suit le même schéma : systur pour tout le singulier hors nominatif, puis systur, systur, systrum, systra au pluriel. Son nominatif pluriel est donc identique à son accusatif singulier, ce qui n’a jamais gêné personne : la phrase suffit à décider.
Ces trois mots reviennent dans chaque conversation sur la famille, et leurs formes obliques s’entendent bien plus souvent que leur nominatif : on parle de sa móður, de sa dóttur et de sa systur beaucoup plus qu’on ne les prend pour sujet d’une phrase. C’est un cas où l’ordre du tableau va contre l’usage, puisqu’il met en avant la forme la plus rare. Autant retenir les deux ensemble, móðir et móður, comme un seul bloc.
Chercher une terminaison qui n’existe pas. Devant Ég sé borg, un francophone habitué aux masculins se demande où est passé l’accusatif. Il est là : c’est la même forme, et c’est normal.
Traiter -ing et -un comme un seul suffixe. spurningu mais skoðun à l’accusatif ; byggingar mais verslanir au pluriel.
Laisser un féminin faible en -a hors du nominatif. Dès que le mot n’est plus sujet, il finit par -u : konu, mömmu, klukku, Önnu.
Croire que le pluriel en -ur signale le féminin. bækur et mæður sont féminins, mais bræður et fætur sont masculins. La terminaison du pluriel ne dit rien du genre, dans aucun sens.
Ce que ces tableaux font et ne font pas. Ils rendent le système visible, ce qui soulage ; ils ne fabriquent pas le réflexe, qui vient d’avoir entendu konu et bækur des centaines de fois dans des phrases réelles. Lus en complément de l’écoute, ils font gagner des semaines ; lus à sa place, ils ne servent à rien. L’ensemble du système est présenté à la page la grammaire complète.
Le cas et le nombre demandés sont indiqués dans chaque énoncé ; choisissez la forme juste du nom féminin. Touchez une réponse, puis Correction.
Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Parce que la classe forte du féminin se présente dans son radical nu : bók, borg, mynd. Cela ne signifie pas que le mot est invariable : le génitif singulier ajoute -ar et le pluriel se marque nettement. Les féminines faibles, elles, ont bien une terminaison, le -a de kona.
Au singulier, oui pour la très grande majorité des féminines fortes : Ég sé borg. Les exceptions sont les noms en -ing, qui prennent un -u, les faibles en -a, qui prennent aussi un -u, et les noms de parenté. Au pluriel, en revanche, la confusion est totale et vaut pour tous les féminins sans exception.
Deux différences de forme. Les noms en -ing prennent -u à l’accusatif et au datif singuliers et font leur pluriel en -ar : spurningu, spurningar. Les noms en -un restent inchangés au singulier hors génitif et font leur pluriel en -anir : skoðun, skoðanir.
C’est une irrégularité de ce mot seul, héritée d’un ancien radical différent. Les autres féminines faibles forment ce cas en -na sur leur radical normal : stelpna, klukkna, gatna. kvenna s’apprend donc comme un mot à part, et on le rencontre très souvent.
Parce que la voyelle du radical se modifie sous l’effet d’une terminaison ancienne, aujourd’hui disparue. Le phénomène n’est pas propre à ce mot : hönd donne hendur et nótt donne nætur. Les règles sont exposées à la page les voyelles qui changent.
Par la dernière lettre du nominatif. Un nom féminin terminé par -a est faible et prendra -u partout ailleurs au singulier. Un nom féminin terminé par une consonne est fort et gardera sa forme nue à l’accusatif. C’est une des rares distinctions de la déclinaison islandaise qui se lise à l’œil nu.
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