Ég fer í bílinn et ég er í bílnum emploient la même préposition et deux cas différents. Le choix ne dépend pas du verbe, mais de ce que la phrase décrit : un déplacement ou une position.
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En islandais, une préposition n’est jamais seule : elle force le nom qui la suit à prendre une forme précise. Pour la plupart d’entre elles, ce cas est fixe et s’apprend avec le mot. Pour une petite série, la plus fréquente de la langue, il y a un choix à faire à chaque phrase.
Comparez ces deux énoncés, qui ne diffèrent que par la finale du dernier mot :
La préposition í est la même. Dans le premier cas, elle est suivie d’un accusatif et décrit un déplacement vers l’intérieur ; dans le second, d’un datif, et décrit une position. Le français rend les deux par le même mot, « dans », et c’est exactement pour cela que cette alternance est le point le plus coûteux de tout le chapitre des prépositions pour un francophone : notre langue ne nous a jamais entraînés à distinguer ce que l’islandais distingue obligatoirement.
Cette page rassemble les prépositions selon le cas qu’elles gouvernent, et consacre l’essentiel de sa place à celles qui en gouvernent deux. Ce que chaque cas fait par ailleurs, en dehors des prépositions, est décrit sur sa propre page : l’accusatif pour ce que le verbe atteint, le datif pour le destinataire et pour les verbes qui le réclament, le génitif pour l’appartenance.
Un mot sur les formes que vous allez lire. Bílinn et bílnum portent tous deux l’article collé à la fin du mot, parce que c’est ainsi qu’on parle : on monte dans la voiture, pas dans une voiture. Cette soudure de l’article et ses formes appartiennent à la page de l’article collé au nom ; retenez seulement que l’alternance de cas s’entend d’autant mieux que le nom est déterminé.
Elles sont peu nombreuses et elles fonctionnent toutes sur le même principe : accusatif si la phrase décrit un déplacement qui aboutit là, datif si elle décrit un endroit où l’on se trouve déjà.
| Préposition | Sens | Déplacement, accusatif | Position, datif |
|---|---|---|---|
| í | dans, en | ég fer í bæinn je vais en ville | ég er í bænum je suis en ville |
| á | sur, à | settu bókina á borðið pose le livre sur la table | bókin er á borðinu le livre est sur la table |
| undir | sous | kötturinn fer undir rúmið le chat va sous le lit | kötturinn er undir rúminu le chat est sous le lit |
| yfir | par-dessus, au-dessus de | hann gekk yfir brúna il a traversé le pont | lampinn hangir yfir borðinu la lampe est au-dessus de la table |
Le test est fourni par l’islandais lui-même, qui possède deux mots interrogatifs là où le français n’en a qu’un. À hvert?, « vers où ? », répond un accusatif ; à hvar?, « à quel endroit ? », répond un datif. Posez-vous la question avant de choisir la forme, et le doute se dissipe dans la plupart des cas.
La série se travaille par paires. Prenez l’habitude de ne jamais apprendre un lieu tout seul, mais toujours ses deux formes, l’une pour y aller, l’autre pour y être.
Deux prépositions de plus appartiennent à cette famille, avec une réserve. Fyrir gouverne un accusatif dans son emploi le plus courant, celui de « pour » : þetta er fyrir þig, « c’est pour toi ». Elle apparaît aussi avec un datif dans des tournures de position et de cause, qui se retiennent une par une plutôt que par la règle. Quant à við, « contre, auprès de, avec », elle gouverne l’accusatif dans ce que vous direz tous les jours : ég tala við þig, « je te parle », við borðið, « à table ».
C’est l’erreur de raisonnement la plus répandue, et elle vient d’un raccourci commode : on croit que fara, « aller », appelle l’accusatif et que vera, « être », appelle le datif. La règle marche souvent, et elle vous trahira.
Un verbe d’état peut décrire un déplacement. Ég er að fara í bæinn, « je suis en train d’aller en ville », contient er et exige pourtant un accusatif, parce que ce qui est décrit est bien un trajet. Inversement, un verbe de mouvement peut décrire un déplacement à l’intérieur d’un lieu : ég gekk í bænum, « j’ai marché dans la ville », reste au datif, puisque la ville n’est pas la destination mais le cadre.
Un couple de verbes met le contraste en pleine lumière. Comparez setja, « poser », et liggja, « être posé » :
L’alternance ne se voit pas toujours. Beaucoup de noms de lieux islandais ne changent pas de forme entre l’accusatif et le datif : on écrit í Reykjavík dans les deux sens, et seule la préposition til fait apparaître une forme différente, til Reykjavíkur. Cela ne signifie pas que le cas a disparu : il est là, simplement invisible. Ne concluez surtout pas de ces exemples que le choix est facultatif.
Enfin, le choix entre í et á est du vocabulaire, pas de la grammaire. On dit í Reykjavík mais á Akureyri, á Íslandi mais í Frakklandi : chaque lieu a sa préposition, et il faut l’apprendre avec lui, comme on apprend le genre d’un nom. Ce que cette page vous donne, c’est le cas ; les formes figées que l’on lit sur les panneaux sont réunies sur la page de la prononciation des noms de lieux.
Elles sont beaucoup plus nombreuses, et beaucoup plus simples : une fois le cas appris, il ne change jamais. Les deux groupes utiles à connaître d’emblée sont ceux de l’accusatif et du datif.
| Préposition | Cas | Sens | Exemple |
|---|---|---|---|
| um | accusatif | au sujet de, à travers | við tölum um veðrið — nous parlons du temps |
| gegnum | accusatif | à travers | gegnum bæinn — à travers la ville |
| umhverfis | accusatif | autour de | umhverfis landið — autour du pays |
| kringum | accusatif | autour de | kringum húsið — autour de la maison |
| frá | datif | de, depuis (un point de départ) | ég kem frá Íslandi — je viens d’Islande |
| úr | datif | hors de, en (matière) | úr bílnum — hors de la voiture |
| af | datif | de dessus, de | taktu bókina af borðinu — prends le livre sur la table |
| hjá | datif | chez, auprès de | hann er hjá mér — il est chez moi |
| gegn | datif | contre | gegn honum — contre lui |
Le groupe du datif contient un piège de traduction qui vaut à lui seul le détour. Le français emploie « de » pour trois idées que l’islandais sépare nettement :
Un francophone qui traduit « de » au hasard tombe une fois sur trois. Le classement est heureusement très concret : un point sur une carte demande frá, un contenant demande úr, une surface demande af.
Reste un troisième groupe, plus petit : les prépositions à génitif, dont til, án, vegna et milli. Elles non plus ne varient jamais, et elles sont décrites avec les autres emplois de ce cas, sur la page liée plus haut.
Cette préposition mérite sa propre section, parce qu’elle accepte les deux cas et que la différence n’a rien à voir avec le mouvement. Elle est d’un emploi quotidien, et la confusion s’entend immédiatement.
Avec un datif, með dit l’accompagnement et le moyen. Vous faites quelque chose en compagnie de quelqu’un, ou à l’aide de quelque chose.
Avec un accusatif, með dit ce que l’on a sur soi ou ce que l’on emmène. C’est la tournure islandaise ordinaire pour « avoir » quelque chose sur le moment, et elle rend de très grands services à un voyageur.
Le contraste est net sur le dernier exemple. Ég fer með þér, au datif, dit que je t’accompagne, d’égal à égal ; hann kom með börnin, à l’accusatif, dit qu’il les a emmenés avec lui, comme on emporte une chose. Choisir le mauvais cas, ici, change le rapport entre les personnes plutôt que la grammaire de la phrase.
Le partage entre le déplacement et la position ne s’arrête pas aux prépositions. L’islandais possède deux séries d’adverbes de lieu, l’une pour aller, l’autre pour être, et ces mots se ressemblent assez pour qu’on les confonde toute une première année.
| On y va | On y est | Sens |
|---|---|---|
| heim | heima | à la maison, chez soi |
| inn | inni | à l’intérieur |
| út | úti | dehors |
| upp | uppi | en haut |
| niður | niðri | en bas |
| hingað | hér | ici |
| þangað | þar | là, là-bas |
| hvert | hvar | où |
La faute typique consiste à employer la forme de position avec un verbe de mouvement : ég fer heima n’existe pas, pas plus que komdu inni. La bonne nouvelle est que ces mots ne se déclinent pas : il n’y a rien à choisir au-delà de la paire. Apprendre ces huit couples est probablement l’investissement le plus rentable de toute cette page, parce qu’ils reviennent dans chaque conversation domestique.
Une préposition s’apprend collée à son nom, jamais seule. Personne ne récite « í plus accusatif ou datif » avant de parler : on a entendu í bæinn et í bænum assez souvent pour que la mauvaise forme sonne faux. C’est pourquoi le cours d’islandais est entièrement audio, en leçons de quatorze minutes, avec des phrases complètes dites par des locuteurs plutôt que des listes de prépositions. La première leçon est gratuite, la suite se poursuit par abonnement. Cette page est là pour expliquer ce que vous entendrez.
Dans chaque phrase, la traduction française indique s’il s’agit d’un déplacement ou d’une position, ou bien la préposition impose son cas d’elle-même. Touchez une réponse, puis Correction.
Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Parce que la première phrase décrit un déplacement vers l’intérieur de la voiture et la seconde une position à l’intérieur. La préposition í accepte les deux cas : accusatif pour le mouvement qui aboutit là, datif pour le lieu où l’on se trouve. Le français emploie « dans » dans les deux cas, ce qui explique la difficulté.
Les plus fréquentes sont í, á, undir et yfir. S’y ajoutent fyrir, qui gouverne surtout l’accusatif dans le sens de « pour », et með, dont le partage ne dépend pas du mouvement mais de ce que l’on accompagne ou de ce que l’on porte.
Non, et c’est le piège le plus courant. Ég er að fara í bæinn contient le verbe « être » et demande un accusatif, parce que la phrase décrit un trajet. Ce qui compte est le contenu de la phrase : un déplacement qui aboutit quelque part, ou un endroit où l’on se trouve.
Cela dépend de ce que « de » recouvre. Un point de départ demande frá : frá Reykjavík. Un espace clos que l’on quitte demande úr : úr bílnum. Une surface dont on retire quelque chose demande af : af borðinu. Les trois gouvernent le datif.
Heim s’emploie quand on se déplace vers chez soi, heima quand on y est. Ég fer heim signifie « je rentre », ég er heima signifie « je suis chez moi ». La même opposition existe pour inn et inni, út et úti, upp et uppi.
Il faut l’apprendre avec la préposition, oui, exactement comme le genre s’apprend avec le nom. Mais la mémorisation passe mieux par des groupes entiers que par des listes : hjá mér, frá Íslandi, í bænum se retiennent comme des blocs, et le cas vient avec.
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