Un toponyme islandais est un mot composé qui décrit l’endroit : dès qu’on sait où le couper, il devient lisible. Et l’accent tombe toujours sur la première syllabe, même dans un nom de six.
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Devant Eyjafjallajökull, un francophone voit une file de lettres sans prise. Il n’en voit pas trois, ce qui est exactement le problème : le nom est fait de trois mots soudés, et chacun se lit séparément.
L’islandais ne baptise presque jamais un lieu avec un nom opaque. Il l’appelle par ce qui s’y trouve, en soudant deux, trois ou quatre mots ordinaires de la langue. Gullfoss est « la chute d’or », Húsavík « la baie des maisons », Mývatn « le lac aux moucherons ». Un Islandais lit ces noms comme vous lisez Châteauneuf ou Villeneuve : il y entend les mots qui les composent.
Deux conséquences pratiques, immédiates. D’une part, un nom de lieu vous renseigne sur le paysage avant que vous y soyez : une finale en -foss annonce une cascade, une finale en -jökull un glacier, une finale en -fjörður un fjord. D’autre part, une fois le nom découpé, sa prononciation cesse d’être une épreuve, parce que vous prononcez trois mots courts au lieu d’un mot long.
Cette page apprend donc deux choses, et deux seulement : où couper et où poser l’accent. Elle n’explique aucun son. La valeur des lettres ð et þ, du ll de Þingvellir, du f de Keflavík et du groupe hv est décrite à la page les consonnes ; celle des voyelles accentuées et des diphtongues, comme le au de laugar ou le á de Þjórsá, à la page voyelles et diphtongues. Le souffle qui s’entend dans le kk de Bakkafjörður relève de la page la préaspiration. Avec le découpage d’un côté et ces trois pages de l’autre, un nom islandais devient prononçable.
C’est la règle la plus rentable de toute la page, et elle tient en une ligne : en islandais, l’accent tonique frappe la première syllabe du mot. Toujours. Quelle que soit la longueur du mot, quel que soit le nombre d’éléments soudés, quelles que soient les voyelles accentuées à l’écrit.
Les accents que vous voyez sur les voyelles, dans Vík ou Þórsmörk, n’ont rien à voir avec l’accent tonique. Ce ne sont pas des marques d’intensité : á, é, í, ó, ú et ý sont des lettres à part entière, rangées séparément dans l’alphabet islandais. Un í en troisième syllabe n’attire donc pas l’accent pour autant.
Le francophone se trompe presque toujours dans le même sens. Le français place son appui en fin de groupe, et nous disons donc spontanément « reykja-VIK ». Les Islandais disent REYK-ja-vík, avec la force sur la première syllabe et une fin de mot qui retombe. C’est l’erreur la plus audible que l’on puisse faire sur un nom islandais, et la plus facile à corriger.
| Le nom | Accent islandais | Erreur courante |
|---|---|---|
| Reykjavík | sur Reyk | sur -vík |
| Akureyri | sur Ak | sur -ey- |
| Eyjafjallajökull | sur Ey | sur -jö- |
| Jökulsárlón | sur Jö | sur -lón |
| Seyðisfjörður | sur Sey | sur -fjör- |
Un nom de six syllabes ne se dit pas d’un trait monotone. L’accent principal reste sur la première syllabe du nom entier, mais chaque élément soudé conserve un accent secondaire, plus faible, sur sa propre première syllabe. Dans Eyjafjallajökull, l’appui principal est sur Ey-, et deux appuis plus légers se posent sur fjall- et sur jök-. C’est ce relief qui fait entendre les coutures du mot, et c’est lui qui permet à un Islandais de comprendre le nom au passage.
Dit autrement : le rythme du nom est celui de ses éléments. Découper le mot n’est donc pas un exercice d’analyse, c’est la condition pour le prononcer.
Une dizaine de mots de paysage suffisent à ouvrir des centaines de noms. Ils se placent presque toujours en fin de nom, et ils en donnent le sens principal : le reste du mot précise lequel.
| Élément | Sens | Un nom où il apparaît |
|---|---|---|
| -fjörður | un fjord | Seyðisfjörður |
| -vík | une baie, une anse | Húsavík |
| -jökull | un glacier | Vatnajökull |
| -foss | une chute d’eau | Gullfoss |
| -vatn | un lac, mot à mot de l’eau | Mývatn |
| -á | une rivière | Þjórsá |
| -lón | une lagune | Jökulsárlón |
| -nes | une presqu’île, un cap | Snæfellsnes |
| -eyri | un banc de sable, une langue de sable | Akureyri |
| -dalur | une vallée | Mýrdalur |
| -bakki | une berge, un talus | Eyrarbakki |
| -fell, -fjall | une montagne | Snæfell |
| -ey, -eyjar | une île, des îles | Vestmannaeyjar |
| -vellir | des plaines, des champs | Þingvellir |
| -höfn | un port | Hafnarfjörður |
| -staðir | des fermes, un lieu habité | Egilsstaðir |
Deux points de méthode avant de passer aux noms eux-mêmes.
La couture se voit. Le premier élément apparaît rarement sous sa forme de dictionnaire : on lit Reykja- et non reykur, vatna- et non vatn, hafnar- et non höfn. Ces finales en -a, en -s et en -ar sont des joints, et repérer un joint, c’est trouver l’endroit où couper. Pourquoi le premier élément change de forme est une autre question, qui appartient à la page les mots fabriqués, laquelle possède la composition comme mécanisme.
La finale -ur fait partie du mot. Dans -fjörður, -dalur ou Ísafjörður, elle n’est pas un ornement que l’on peut laisser tomber. Beaucoup de francophones disent « Seyðisfjörd » et coupent une syllabe entière du nom, ce qui le rend aussitôt méconnaissable.
Le tableau ci-dessous se lit de gauche à droite : le nom tel qu’il figure sur une carte, ses éléments séparés, et ce qu’il raconte. L’appui principal est sur la première syllabe de la colonne de gauche, sans exception.
Regardez la liste une deuxième fois en ne lisant que les finales. Sept noms sur dix-sept se terminent par un des quatre mêmes éléments. C’est là que se trouve le rendement de cette page : ce ne sont pas dix-sept noms à apprendre, mais une douzaine de mots de paysage qui se recombinent.
Notez aussi une particularité qui déroute : certains noms de lieux sont des pluriels. Þingvellir ce sont des plaines, Egilsstaðir des fermes, Vestmannaeyjar des îles. Ces noms se comportent comme des pluriels dans la phrase islandaise, et c’est pourquoi les formes que vous lirez à leur sujet ne ressemblent pas à celles de Reykjavík.
Sur une carte, le nom figure sous sa forme de base. Sur un panneau routier, sur un billet d’autocar ou dans une phrase, il apparaît souvent sous une autre forme : la finale change. Vous lisez til Reykjavíkur alors que la ville s’appelle Reykjavík, et á Þingvöllum alors que le lieu s’appelle Þingvellir.
Ce n’est pas une faute d’impression et ce n’est pas un autre endroit. L’islandais fléchit ses noms, y compris ses noms propres, et le mécanisme qui commande ces finales est décrit à la page le génitif. Pour un voyageur, le plus économique est de traiter ces formes comme du vocabulaire de panneau : on les apprend telles quelles, comme on apprend une plaque de rue.
| Sur la carte | Sur les panneaux et dans les phrases |
|---|---|
| Reykjavík | til Reykjavíkur, í Reykjavík |
| Keflavík | til Keflavíkur, í Keflavík |
| Húsavík | til Húsavíkur |
| Vík | til Víkur, í Vík |
| Akureyri | til Akureyrar, á Akureyri |
| Þingvellir | til Þingvalla, á Þingvöllum |
| Hafnarfjörður | til Hafnarfjarðar, í Hafnarfirði |
| Ísafjörður | til Ísafjarðar, á Ísafirði |
| Selfoss | til Selfoss, á Selfossi |
| Egilsstaðir | til Egilsstaða, á Egilsstöðum |
| Vestmannaeyjar | til Vestmannaeyja, í Vestmannaeyjum |
| Mývatn | við Mývatn |
Trois observations qui vous serviront tout de suite. La colonne de droite ne touche jamais au début du nom : c’est la finale qui bouge, jamais la tête, et l’accent reste donc à la même place. La forme qui suit til est celle que vous verrez le plus souvent, parce que c’est celle des panneaux de direction. Et le choix entre í et á devant un nom de lieu est fixé par l’usage, nom par nom : on dit í Reykjavík mais á Akureyri, et cela s’apprend avec le nom.
Elles reviennent dans cet ordre, de la plus coûteuse à la plus discrète.
Mettre l’appui à la fin. C’est le réflexe français, et il suffit à rendre un nom incompréhensible. Aucun nom islandais ne porte son appui ailleurs que sur sa première syllabe. Répétez REYK-ja-vík, AK-ur-eyri, EY-ja-fjalla-jökull en frappant le premier morceau.
Lire le nom comme un bloc. Un mot de dix-huit lettres est infranchissable ; les trois mots qui le composent ne le sont pas. Cherchez d’abord la finale connue, -foss, -vík, -jökull, -fjörður, -nes, et coupez juste devant. Ce qui reste est un ou deux mots courts.
Rabattre les lettres islandaises sur des lettres françaises. ð et þ ne sont pas le même signe et ne se prononcent pas de la même façon ; ce sont deux lettres distinctes de l’alphabet, et leur valeur est décrite à la page les consonnes. Le ð de Seyðisfjörður et le þ de Þingvellir sont deux lettres différentes, et les traiter toutes deux comme un d français fait disparaître la différence.
Amputer la finale. Les noms en -ur, -ull, -ir gardent leur dernière syllabe. Vatnajökull ne devient pas « Vatnayeukl », et Ísafjörður ne devient pas « Isafjord ». Cette syllabe finale est faible, presque effacée, mais elle est là.
Un exercice de voyage qui marche. Prenez une carte routière et lisez à voix haute les noms d’une seule région, en cherchant chaque fois la finale connue avant de prononcer. Au bout d’une vingtaine de noms, vous cessez de lire des lettres et vous commencez à lire des mots. C’est le même passage que fait le cours d’islandais, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : la première leçon est gratuite, et l’on y entend des noms de lieux dits par des locuteurs avant de les voir écrits.
Chaque énoncé porte sur le découpage d’un toponyme, sur le sens d’un élément ou sur la place de l’appui. Touchez une réponse, puis Correction.
Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Sur la première syllabe, toujours, quelle que soit la longueur du nom. On dit REYK-ja-vík et EY-ja-fjalla-jökull. Les accents écrits sur les voyelles, comme dans Vík, ne sont pas des marques d’intensité : ce sont des lettres à part entière.
Parce que l’islandais fléchit ses noms propres comme les autres. Reykjavík devient til Reykjavíkur sur un panneau de direction, et Þingvellir devient á Þingvöllum. Seule la finale bouge : le début du nom, et donc l’accent, ne change pas. Le mécanisme est décrit à la page le génitif.
Cherchez d’abord la finale connue : -foss, -vík, -jökull, -fjörður, -nes, -dalur, -vatn, -eyri. Coupez juste devant, puis recommencez sur ce qui reste. Les joints en -a, en -s et en -ar signalent souvent la couture. Un nom de dix-huit lettres se réduit ainsi à deux ou trois mots courts.
Elle appartient au mot fjörður lui-même, qui signifie « fjord ». Ce n’est pas un ajout que l’on peut laisser tomber : dire « Seyðisfjörd » retire une syllabe au nom. La syllabe est faible, presque effacée, mais elle est prononcée.
Cela se fixe nom par nom, par l’usage : í Reykjavík mais á Akureyri, í Vestmannaeyjum mais á Egilsstöðum. Le plus simple est d’apprendre la préposition avec le nom, comme un bloc, exactement comme on retient une plaque de rue.
Non, et c’est le second obstacle après l’accent. Cette page vous donne le découpage et le rythme ; la valeur des lettres relève des pages de prononciation : les consonnes pour ð, þ, le ll de Þingvellir et le f de Keflavík, voyelles et diphtongues pour les voyelles accentuées, et la préaspiration pour le souffle des consonnes doubles.
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