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Cours de langues›La préaspiration

Le souffle islandais : préaspiration et consonnes dévoisées

En islandais, le souffle ne se place pas là où un francophone l’attend : dans takk, il s’entend avant le k, et rien ne l’écrit. C’est l’aspiration, et non le voisement, qui sépare p de b.

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Un souffle que l’orthographe ne note pas

Le mot islandais le plus utile de tous, takk « merci », ne se prononce pas comme un francophone le lit. Entre le a et le k, il y a un souffle, une petite bouffée d’air comparable à un h français soufflé. Rien dans l’écriture ne l’annonce.

C’est le phénomène que les linguistes appellent la préaspiration, et il est rare dans les langues du monde. L’islandais en fait un usage systématique : partout où le mot écrit porte pp, tt ou kk, l’oreille entend d’abord un souffle, puis l’occlusive. On le note tʰahk pour takk, ɛhkɪ pour ekki « ne… pas ». Ce h, placé au milieu du mot, n’a aucun équivalent en français, où le h ne se prononce nulle part.

Cette page traite de tout ce qui, en islandais, relève du souffle et de la voix : l’aspiration de p, t et k au début du mot, la préaspiration des consonnes doubles, le fait que b, d et g ne sont pas des sonores, et le dévoisement de l, m, n et r devant une occlusive. Elle ne donne pas la liste des correspondances entre lettres et sons : la valeur de chaque lettre consonantique, y compris les groupes comme ll ou nn qui font surgir une occlusive absente de l’écriture, appartient à la page les consonnes. Dans les transcriptions ci-dessous, seuls les signes de consonnes sont commentés ; la valeur des voyelles est celle que décrit la page voyelles et diphtongues.

L’enjeu n’est pas cosmétique. Un francophone qui ignore ces trois ou quatre faits parle un islandais que les Islandais comprennent mal, non pas parce qu’il déforme les mots, mais parce qu’il déplace les indices sur lesquels ils s’appuient pour les reconnaître.

p, t, k au début du mot : le souffle vient après

Au commencement d’un mot, p, t et k sont accompagnés d’un souffle qui suit l’occlusive. C’est le même geste que l’anglais dans tea ou park, et c’est précisément ce que le français ne fait jamais : notre t de « tasse » est net, sans air derrière lui.

Un francophone omet ce souffle sans y penser, et l’effet est immédiat : sa prononciation de pera ressemble à celle de bera « porter ». La section suivante explique pourquoi ces deux mots, qui s’opposent en français par la sonorité, s’opposent en islandais par le souffle et par rien d’autre.

Deux cas de repos : après s, et entre deux voyelles

Deux contextes dispensent l’apprenant de tout effort, et il faut les connaître pour ne pas aspirer à contretemps.

Après s, p, t et k ne sont pas aspirés du tout : ils se prononcent exactement comme en français. Tous les mots en sp-, st-, sk- sont donc faciles, et ils sont nombreux.

À l’intérieur d’un mot, un p, un t ou un k simple entre deux voyelles n’est ni aspiré ni préaspiré : là encore, la consonne française convient.

Retenez ce dernier exemple : dans un seul mot de deux syllabes, la même lettre se prononce de deux façons selon sa place. Ce n’est pas une irrégularité, c’est la règle.

pp, tt, kk : le souffle vient avant

Voici le point central. Lorsque le mot écrit porte une consonne double pp, tt ou kk, le souffle change de côté : il s’installe devant l’occlusive, entre la voyelle et elle. La consonne double ne se prononce pas plus longtemps qu’une simple, et elle ne se prononce pas deux fois : elle se prononce avec un h devant.

Le contraste vaut d’être entendu deux fois de suite, parce que c’est lui qui installe le réflexe.

La même occlusive, simple puis double
Consonne simpleCe qu’on entendConsonne doubleCe qu’on entend
apiun p net, sans airuppiun souffle, puis le p
vitaun t net, sans airþettaun souffle, puis le t
kakaun k net, sans airekkiun souffle, puis le k

Une remarque de lecture, sans laquelle le tableau reste mystérieux : la voyelle qui précède une consonne double est brève, alors que celle qui précède une consonne simple est longue. C’est un fait de quantité, et il est décrit à la page voyelles et diphtongues. L’essentiel ici est que les deux traits arrivent ensemble : la voyelle se raccourcit et le souffle apparaît.

Le même souffle devant l et n

La préaspiration ne se limite pas aux consonnes doubles. Un p, un t ou un k suivi de l ou de n se comporte de la même façon : le souffle se glisse devant lui. Trois mots parmi les plus courants de la langue le montrent, et ils font tous trébucher.

Demandez de l’eau et une pomme dans une épicerie de Reykjavík et vous aurez besoin des deux à la fois : vatn og epli, takk « de l’eau et une pomme, s’il vous plaît » contient trois souffles préaspirés en cinq mots. Dit à la française, sans aucun, cela s’entend comme une autre phrase.

b, d, g ne sont pas les b, d, g du français

C’est le fait le plus déroutant de la page, et le plus utile. En français, p et b se distinguent par la vibration des cordes vocales : le b est sonore, le p est sourd. En islandais, b, d et g ne sont pas sonores. Ce sont des occlusives sourdes, comme p, t et k, avec une seule différence : elles ne sont pas soufflées.

Autrement dit, l’islandais oppose deux séries qui, pour une oreille française, sonnent toutes les deux comme p, t et k. Ce qui les sépare n’est pas la voix, c’est le souffle.

Ce que l’islandais oppose, et ce que le français oppose
LettresEn islandaisEn français
p, t, ksourdes, avec soufflesourdes, sans souffle
b, d, gsourdes, sans soufflesonores

Les conséquences sont doubles, et elles ne se compensent pas.

À l’écoute, un mot islandais en b, d ou g paraît commencer par p, t ou k. Góðan daginn « bonjour », la formule que vous entendrez cinquante fois par jour, commence sur un son que vous transcrirez spontanément par un k. dagur « un jour » s’entend comme « tagour », et le prénom Bjarni comme « Pjarni ». Vous n’entendez pas mal : ce sont bien des sourdes.

À la production, le risque est inverse et plus sérieux. Un francophone prononce p, t, k sans souffle, exactement comme l’islandais prononce b, d, g. Son pera devient un bera, sa taka se rapproche d’un mot en d. La paire kaldur kʰaltʏr « froid » et galdur kaltʏr « la sorcellerie » ne tient qu’à ce souffle initial. Dire « il fait froid » sans aspirer le k revient à parler de magie.

La correction est étonnamment simple à décrire et lente à installer : sur p, t et k initiaux, exagérez l’air. Sur b, d et g, ne cherchez pas la sonorité française, posez simplement une consonne nette sans souffle. Un francophone qui applique ces deux consignes gagne immédiatement en intelligibilité, avant même de savoir décliner un nom.

l, m, n, r perdent leur voix devant p, t, k

Le quatrième phénomène découle des trois premiers, et c’est ce qui en fait un système plutôt qu’une liste. L’islandais veut du souffle avant p, t et k. Quand la place est occupée par une voyelle, il y glisse un h : c’est la préaspiration. Quand la place est occupée par un l, un m, un n ou un r, il ne peut pas y insérer de h, alors il fait autre chose : il retire la voix à cette consonne. Elle est encore là, on l’entend, mais soufflée, sans vibration.

Le résultat surprend une oreille française, qui perçoit une sorte de chuintement, ou un h étalé sur la consonne.

Deux vérifications utiles. D’abord, ce dévoisement ne se produit que devant p, t, k : devant b, d, g, la consonne garde sa voix. Comparez kaldur « froid », où le l est normal devant le d, et hjálpa, où il se vide devant le p. Ensuite, le r islandais est roulé dans tous les cas, ce qu’explique la page les consonnes : ici il s’agit seulement de lui retirer la voix, pas de le changer de nature.

Une seule idée, quatre manifestations. L’islandais place un souffle avant p, t et k. Devant une voyelle, ce souffle est un h que rien n’écrit (ekki). Devant l ou n, le même h apparaît (epli, vatn). Sur un l, m, n ou r qui précède, il se transforme en perte de voix (hjálpa). Et en début de mot, où il n’y a rien devant, le souffle passe derrière (taka). Quatre règles à mémoriser séparément, ou une seule à comprendre.

Ce que cela change à l’écoute

Un apprenant qui ignore ces faits ne fait pas seulement des fautes de prononciation : il n’entend pas ce qui lui est dit. Trois effets reviennent constamment.

Les mots paraissent contenir des h qui ne sont pas écrits. Vous entendez un souffle au milieu de ekki, vous cherchez ce mot dans un lexique en écrivant un h, et vous ne le trouvez pas. Inversement, un mot écrit avec pp, tt ou kk ne ressemble pas à ce que vous avez entendu. C’est la première raison pour laquelle il vaut mieux apprendre l’islandais par l’oreille et lire ensuite.

Les initiales sonores disparaissent du paysage. Comme b, d et g s’entendent comme des sourdes, un mot nouveau capté à l’oral est presque toujours transcrit avec la mauvaise lettre. Sachant cela, on prend l’habitude de vérifier les deux orthographes possibles : un mot entendu en « t » peut commencer par un t ou par un d.

Les groupes en l, m, n, r semblent comporter une syllabe de plus. Le l dévoisé de mjólk ou le n dévoisé de vanta occupent plus de temps qu’un l ou un n français, et l’oreille croit entendre une voyelle intercalée. Il n’y en a pas.

Rien de tout cela ne s’acquiert par la lecture d’une page, y compris celle-ci. Ces trois oppositions s’installent par l’écoute répétée de phrases entières, jusqu’au moment où un takk non préaspiré vous semble faux sans que vous ayez à y réfléchir. C’est exactement le travail que fait le cours d’islandais, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes, avec une première leçon gratuite.

Exercices : où se place le souffle

Chaque énoncé porte sur le souffle, l’aspiration ou la voix des consonnes. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Dans takk, les deux k notent ___.
  2. Le p initial de pera, une poire, est ___.
  3. Le b de bera, porter, est ___.
  4. Dans epli, une pomme, le souffle s’entend ___ le p.
  5. Dans vita, savoir, le t simple entre deux voyelles est ___.
  6. Dans hjálpa, aider, c’est ___ qui perd sa voix.
  7. Le h de la préaspiration ___.
  8. Après s, comme dans skóli, une école, le k est ___.
  9. Un francophone qui dit pera sans souffle risque d’être entendu comme ___.
  10. Dans vatn, de l’eau, le souffle se place ___.
  11. En islandais, ce qui sépare p de b est ___.
  12. Dans mjólk, du lait, ___ se prononce sans voix.
  13. Dans verk, un travail, le r est ___.
  14. Le g initial de Góðan daginn, bonjour, s’entend, pour une oreille française, comme ___.
  15. Dans átta, huit, les tt notent ___.
  16. Dans uppi, en haut, on entend ___.
  17. Le d de dagur, un jour, se prononce ___.

Toute la grammaire de l’islandais, point par point

Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.

Passez à la pratique

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Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que la préaspiration, en une phrase ?

Un souffle, comparable à un h, inséré juste avant une occlusive. Il apparaît là où le mot écrit porte pp, tt ou kk, et là où p, t ou k est suivi de l ou de n : takk s’entend tʰahk, epli s’entend ɛhplɪ. Rien dans l’orthographe ne le signale.

Faut-il prononcer les consonnes doubles plus longtemps ?

Non, et c’est le réflexe à défaire. Un francophone lit kk et allonge la consonne ; l’islandais, lui, ne l’allonge pas : il place un souffle devant. La différence entre kaka et ekki n’est pas une question de durée de consonne, mais de présence du souffle, accompagnée du raccourcissement de la voyelle qui précède.

Pourquoi est-ce que j’entends un k quand un Islandais dit un mot en g ?

Parce que vous entendez juste. L’islandais n’a pas d’occlusives sonores : b, d et g sont des sourdes, distinguées de p, t et k par la seule absence de souffle. Une oreille française, qui trie les consonnes par le voisement, les classe donc du côté de p, t, k. Góðan daginn commence bien par un son proche du k français.

Que se passe-t-il si je néglige l’aspiration des p, t, k initiaux ?

Vous produisez la consonne que l’islandais écrit b, d ou g. Sans souffle, votre pera devient un bera, et kaldur « froid » se rapproche de galdur « la sorcellerie ». C’est la faute qui coûte le plus cher pour l’effort le plus faible : il suffit d’exagérer l’air.

Le l de mjólk est-il vraiment muet ?

Non, il est bien prononcé, mais sans voix : la langue fait le geste du l, et les cordes vocales ne vibrent pas. Cela se produit devant p, t et k, jamais devant b, d et g. Le même phénomène touche m, n et r : lampi, vanta, verk.

Où trouver la valeur des autres lettres, comme ð ou þ ?

Sur la page les consonnes, qui donne la valeur sonore de chaque lettre consonantique, y compris les groupes qui font apparaître une occlusive absente de l’écriture. Les voyelles et les diphtongues relèvent de la page voyelles et diphtongues, et l’inventaire des lettres de la page l’alphabet islandais.

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