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Cours de langues›Les consonnes

Les consonnes islandaises, et les sons que l’écriture ne montre pas

Un f qui se lit tantôt v tantôt b, un g qui finit par disparaître, deux lettres que le français ne possède pas. Et des groupes de consonnes qui font entendre une lettre qui n’est écrite nulle part.

La première leçon est gratuite sur la plateforme web ou sur l’application mobile — deux abonnements distincts. Les leçons s’écoutent en ligne, et non sur ce site.

Pourquoi un mot islandais lu ne ressemble pas au mot entendu

Les voyelles sont responsables de la moitié de l’écart entre l’orthographe islandaise et sa prononciation. Les consonnes se chargent de l’autre moitié, et elles s’y prennent autrement : au lieu de changer de valeur, elles en ajoutent.

Le mot fjall « la montagne » ne contient aucun t, et l’on en entend un. Le mot nafn « le nom » ne contient aucun b, et l’on en entend un. Le mot og « et » contient un g, et souvent on n’en entend aucun. C’est ce type d’écart qui rend les noms islandais méconnaissables quand un locuteur les prononce, et qui explique qu’un apprenant parti de l’écrit se fabrique une langue que personne ne comprend.

Cette page donne la valeur sonore des lettres consonantiques, une par une, puis celle des groupes où une consonne surgit sans être écrite. Elle laisse de côté deux sujets voisins, et volontairement. Les lettres comme signes — leur nom, leur ordre, les quatre qui manquent — sont à la page de l’alphabet islandais. Et le souffle particulier des p, t, k, ainsi que la nature exacte des b, d, g, relèvent d’un phénomène à part, traité à la page de la préaspiration : nous n’y touchons pas ici.

þ et ð, les deux lettres que nous n’avons pas

Ce sont deux sons de la même famille, produits à peu près au même endroit de la bouche, et distingués par une seule chose : la voix. Un francophone qui a fait de l’anglais les connaît déjà tous les deux sans le savoir.

Les deux lettres dentales de l’islandais
LettreValeurOù elle apparaîtExemples
þsourd, comme le th anglais de thinkau début d’un motþú « tu », þrír « trois », þakka « remercier »
ðsonore, comme le th anglais de thisà l’intérieur et en finale, jamais à l’initialemaður « l’homme », góðan « bon », við « nous »

La répartition n’est pas une coïncidence : elle est presque une règle d’orthographe. þ ouvre des mots, et parmi eux les plus fréquents de la langue. ð n’ouvre jamais rien : on ne le rencontre qu’après une voyelle, au milieu ou à la fin. Si un signe de ce genre se présente en tête de mot, c’est forcément þ.

Pour produire le premier, placez la pointe de la langue contre le bord des dents du haut et laissez passer le souffle, sans faire vibrer la voix. Pour le second, faites exactement la même chose en ajoutant la voix. L’erreur française classique consiste à remplacer le sourd par un t ou un s, et le sonore par un d ou un z. Elle s’entend immédiatement, et surtout elle rend certains mots ambigus.

Une nuance utile, souvent passée sous silence : en fin de mot absolue, le ð perd fréquemment sa voix et s’approche du son de þ. C’est pourquoi un mot comme að peut vous sembler finir sur un souffle sourd. Cela ne change rien à l’orthographe, qui reste ð.

f et g, les deux lettres à géométrie variable

Voilà le vrai travail de cette page. Ces deux lettres ne notent pas un son, mais un jeu de sons qui dépend de la place dans le mot. Elles sont la première cause de prononciation fausse chez les apprenants venus de l’écrit.

f : trois valeurs selon ce qui l’entoure

Les valeurs de la lettre f
PositionSe ditExemples
au début d’un mot, ou devant une consonne sourdecomme notre ffara « aller », fiskur « le poisson », eftir « après »
entre deux voyelles, ou après une voyelle en finalecomme notre vhafa « avoir », sofa « dormir », afi « le grand-père », líf « la vie »
devant l ou nproche de notre bnafn « le nom », höfn « le port », tafla « le tableau », Keflavík

La troisième ligne est celle qui fait les malentendus les plus spectaculaires, parce qu’elle touche des noms que tout le monde a lus. Keflavík, l’aéroport, ne commence pas par « kéfla » : le f y sonne comme un b, et le nom entendu n’a plus grand-chose à voir avec le nom écrit. Même chose pour hrafn « le corbeau » et pour jafn « égal ».

g : occlusive, souffle, ou rien du tout

La lettre g est la plus instable de l’alphabet islandais. Quatre cas principaux, et un cas d’effacement.

Les valeurs de la lettre g
PositionSe ditExemples
au début d’un mot, devant a, o, u, ö ou une consonneune occlusive, comme dans garegata « la rue », góður « bon », glas « le verre »
au début d’un mot, devant i, e, æ, y, j, eiune occlusive mouillée, un gu suivi d’un ygefa « donner », gera « faire », gjöf « le cadeau »
entre deux voyellesun souffle léger, la bouche à peine ferméesaga « l’histoire », fluga « la mouche », bogi « l’arc »
devant t ou sun souffle raclé, proche du ch allemand de Bachsagt « dit », hugsa « penser »
dans le groupe gj, et dans quelques mots très courantsréduit à un simple y, voire inaudiblesegja « dire », þegja « se taire », og « et », ég « je »

Retenez surtout la dernière ligne, parce qu’elle porte sur deux des mots les plus fréquents de la langue. og « et » et ég « je » s’entendent le plus souvent réduits à leur voyelle, sans consonne finale nette. Un débutant qui articule soigneusement le g se fait comprendre, mais il ne reconnaîtra pas ces mots quand un Islandais les dira — et ce sont eux qui reviennent le plus souvent.

Le reste de l’inventaire, lettre par lettre

Les autres consonnes se règlent plus vite, mais quatre d’entre elles réservent une surprise à un francophone.

Valeur des autres lettres consonantiques
Lettre ou groupeSe ditExemples
h devant une voyelleun h soufflé, bien audible, comme en anglaishús « la maison », hér « ici »
hjun souffle chuinté, proche du ch allemand de ichhjá « chez », hjarta « le cœur », hjól « la roue, le vélo »
hl, hn, hrle h ne s’entend pas à part : il rend sourde et soufflée la consonne qui suithlaupa « courir », hnífur « le couteau », hringur « l’anneau »
hvcomme si l’on avait écrit kvhvað « quoi », hvar « où », hvítur « blanc », hvalur « la baleine »
jle y de yeux, jamais notre jjá « oui », jól « Noël », jakki « la veste »
k devant i, e, æ, y, jmouillé, un k suivi d’un ykirkja « l’église », kenna « enseigner »
rroulé de la pointe de la langue, jamais le r français ; toujours prononcé, même en finalerós « la rose », hestur « le cheval »
stoujours sourd, jamais z, même entre deux voyelleslesa « lire », ís « la glace », vasi « le vase »
vcomme notre vvera « être », vor « le printemps »
xun souffle raclé suivi d’un slax « le saumon », sex « six », öxl « l’épaule »

Deux remarques de cadrage. La première concerne hv, qui se prononce comme kv dans la langue courante : hvað s’entend « kvað ». Certaines régions en font plutôt un souffle raclé suivi d’un v, mais la lecture en kv est celle qu’on vous entendra faire sans sourciller. La seconde concerne ce que l’islandais ne possède pas : il n’a ni z, ni ch de chat, ni j de jour. Ces trois sons ne vous serviront jamais, et deux d’entre eux sont des réflexes français à réprimer.

Une dernière ligne pour les groupes ng et nk : leur effet le plus audible ne porte pas sur la consonne mais sur la voyelle qui précède, qui change de qualité. Cela se lit à la page des voyelles et diphtongues.

Les groupes qui font entendre une lettre non écrite

C’est la particularité la plus célèbre de la prononciation islandaise, et celle qui déforme le plus les noms. Dans certains groupes de consonnes, une occlusive apparaît devant la consonne écrite. Elle n’est notée par rien, et elle est obligatoire.

Les groupes à occlusive insérée
GroupeS’entendExemples
llun t suivi d’un lfjall « la montagne », kalla « appeler », gull « l’or », fallegur « beau »
rlun r, un t, puis un lkarl « l’homme », varla « à peine »
rnun r, un t, puis un nhorn « la corne, le coin », þarna « là-bas », stjarna « l’étoile »
fnun b suivi d’un n, comme on l’a vu plus hautnafn « le nom », höfn « le port », sofna « s’endormir »

nn, le seul groupe à condition

Le double n mérite un paragraphe à lui, parce qu’il se comporte de deux façons et que la différence n’est pas une affaire de goût. Après une voyelle accentuée ou une diphtongue — donc après á, é, í, ó, ú, ý, æ, au, ei, ey — le groupe nn fait apparaître un t. Après une voyelle simple, il reste un n long, sans rien devant.

  • einn — « un » : avec le t, parce que ei précède
  • steinn — « la pierre » : avec le t
  • hreinn — « propre » : avec le t
  • brúnn — « brun » : avec le t
  • finna — « trouver » : sans t, un simple n long
  • munnur — « la bouche » : sans t
  • annar — « autre » : sans t

C’est la distinction la plus rentable de cette page, parce qu’elle porte sur des terminaisons très fréquentes. Un apprenant qui met le t partout déforme autant de mots qu’un apprenant qui ne le met nulle part.

Deux réserves pour finir. Quelques emprunts et quelques noms familiers échappent au traitement du double l et gardent un l long ordinaire ; ils sont peu nombreux et s’apprennent au cas par cas. Et les groupes pp, tt, kk, ainsi que p, t, k devant l ou n, produisent eux aussi un phénomène audible, mais d’une autre nature : c’est un souffle, et il appartient à la page de la préaspiration.

Ce qui résiste à l’oreille française

Cinq automatismes du français à défaire. Tous concernent des mots que vous direz dès la première leçon.

Remplacer þ et ð par t, s, d ou z. C’est le réflexe le plus naturel, puisque ces sons n’existent pas chez nous, et c’est celui qui coûte le plus cher : il touche þú, þetta, að, við, maður, c’est-à-dire les mots de toutes les phrases. Mieux vaut exagérer la position de la langue entre les dents que se rabattre sur un d.

Sonoriser le s entre deux voyelles. Le français transforme automatiquement le s de rose en z. L’islandais ne le fait jamais : lesa « lire » se dit avec un s net, et vasi « le vase » aussi. C’est une correction facile à faire et facile à oublier.

Employer le r français. Notre r se forme au fond de la gorge ; l’islandais le roule de la pointe de la langue, et il le prononce dans toutes les positions, y compris à la fin des mots. Or les terminaisons islandaises regorgent de r : hestur, góður, hundur. Un r avalé à la française rend ces finales inaudibles, et ce sont elles qui portent l’information grammaticale.

Lire j comme notre j. La lettre j vaut le y de yeux, jamais le j de jour. Le mot já « oui » commence donc comme ya. Et comme j apparaît dans de très nombreux groupes, l’erreur se répète.

Lire ll et nn comme de simples lettres doublées. En français, un double l ne s’entend pas plus qu’un simple. En islandais, il s’entend autrement : il fait surgir une consonne qui n’est pas écrite. C’est ce qui explique qu’un nom de montagne ou de cascade lu à la française soit incompréhensible, alors que la graphie semblait limpide.

Le cas pratique le plus fréquent. Ces règles servent en permanence à la lecture d’un panneau, d’une carte ou d’un nom propre, où elles se combinent parfois à trois ou quatre dans le même mot. La lecture pas à pas des noms de lieux, avec l’accent et le découpage des composés, fait l’objet de la page prononcer les noms de lieux.

Aucune de ces valeurs ne s’apprend en les lisant. Une correspondance écrite dit où viser ; elle ne fait pas entendre le son, et surtout elle ne l’installe pas comme un réflexe. C’est le parti pris du cours d’islandais, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : les consonnes arrivent dans des phrases entières dites par des locuteurs, et l’orthographe se pose ensuite sur ce que vous avez déjà entendu. La première leçon est en accès libre, et l’ensemble du dossier est accessible depuis la page de grammaire.

Exercices : la valeur des consonnes et des groupes

Dix-huit questions sur ce que valent les lettres consonantiques et les groupes de l’islandais. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Dans hafa, la lettre f se prononce comme ___.
  2. Dans nafn, le groupe fn s’entend ___.
  3. La lettre þ se trouve ___ du mot.
  4. La lettre ð ne se trouve jamais ___.
  5. Le groupe hv de hvað se prononce comme ___.
  6. Dans steinn, le groupe nn s’entend ___.
  7. Dans finna, le groupe nn s’entend ___.
  8. Dans fjall, le groupe ll s’entend ___.
  9. Dans horn, le groupe rn s’entend ___.
  10. Entre deux voyelles, la lettre s se prononce ___.
  11. Dans saga, la lettre g se prononce ___.
  12. Dans hugsa, le groupe gs s’entend ___.
  13. Le mot og se prononce le plus souvent ___.
  14. Le r islandais est ___.
  15. La lettre j se prononce comme ___.
  16. Dans karl, le groupe rl s’entend ___.
  17. Dans Keflavík, le f devant l s’entend comme ___.
  18. La lettre x note ___.

Toute la grammaire de l’islandais, point par point

Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.

Passez à la pratique

Apprenez à parler l’islandais

Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.

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Questions fréquentes

Quelle est la différence de son entre þ et ð ?

La voix, et rien d’autre. þ est sourd, comme le th anglais de think ; ð est sonore, comme celui de this. La position de la langue est la même. S’y ajoute une différence de place : þ ouvre les mots, ð n’apparaît qu’à l’intérieur ou en finale.

Pourquoi le f de Keflavík s’entend-il comme un b ?

Parce que devant l ou n, la lettre f prend une valeur proche de notre b. La même règle vaut pour nafn « le nom », höfn « le port » et tafla « le tableau ». Entre deux voyelles, la même lettre se lit au contraire comme un v.

Pourquoi entend-on un t dans fjall alors qu’il n’y en a pas ?

Parce que le groupe ll fait apparaître une occlusive devant le l, sans que l’orthographe le signale. Le même phénomène touche rl, rn et, sous condition, nn. C’est la principale raison pour laquelle un nom islandais lu à la française devient incompréhensible.

Le groupe nn s’entend-il toujours avec un t ?

Non, et la condition est nette. Après une voyelle accentuée ou une diphtongue, il fait entendre un t : einn, steinn, brúnn. Après une voyelle simple, il reste un n long : finna, munnur, annar.

Le r islandais se prononce-t-il comme le nôtre ?

Non : il est roulé de la pointe de la langue, là où le r français se forme au fond de la gorge. Et il se prononce partout, y compris en fin de mot, ce qui compte beaucoup dans une langue dont les terminaisons en sont pleines.

Faut-il connaître ces règles pour commencer ?

Elles servent à comprendre ce que vous entendez, pas à le produire. La production s’installe par imitation, et c’est pourquoi le cours d’islandais fait entendre les mots avant de les montrer écrits : la correspondance entre la lettre et le son se met en place d’elle-même quand le son est déjà connu.

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