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Cours de langues›Les possessifs

Minn, þinn, sinn : le possessif se place après le nom

En islandais, le possessif suit le nom, et le nom garde son article : « ma voiture » se dit bíllinn minn, mot pour mot « la voiture mienne ». Et la langue sépare ce que le français confond depuis toujours : son livre à lui, ou le livre de quelqu’un d’autre.

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Deux séries, et elles ne fonctionnent pas de la même façon

Le français aligne sagement mon, ton, son, notre, votre, leur : une seule série, un seul comportement. L’islandais en a deux, et rien ne serait plus coûteux que de les confondre.

La première série compte trois mots, minn « mon », þinn « ton » et sinn « son, leur » renvoyant au sujet. Ce sont de vrais déterminants : ils s’accordent en genre, en nombre et en cas avec le nom possédé, et ils se déclinent donc sur onze formes distinctes chacun.

La seconde série est faite de mots invariables : hans « son, à lui », hennar « son, à elle », þeirra « leur », okkar « notre » et ykkar « votre ». Ceux-là ne bougent jamais, quel que soit le nom qu’ils accompagnent. Ce sont, à l’origine, les génitifs des pronoms personnels, et ils ont gardé la forme unique que cela suppose.

La conséquence pratique est réjouissante : la moitié du système ne demande aucun effort de mémoire. Il suffit de savoir que hans vaut « son » quand le possesseur est un homme et hennar quand c’est une femme, et de les poser derrière le nom sans y toucher.

Cette page traite ces deux séries et rien d’autre. La déclinaison de hann et de hún comme pronoms, dont hans et hennar sont issus, appartient à la page des pronoms personnels. La possession exprimée entre deux noms relève du génitif, et les formes du nom lui-même une fois soudé à son article se trouvent à la page de l’article.

La déclinaison de minn

Le français accorde déjà son possessif avec l’objet possédé, et non avec le propriétaire : on dit « sa voiture » d’un homme comme d’une femme, parce que voiture est féminin. L’islandais fait la même chose, et y ajoute le cas. Le mécanisme est donc familier ; c’est le nombre de cases qui change.

minn, « mon, ma, mes »
CasMasculinFémininNeutre
Nominatif singulierminnmínmitt
Accusatif singulierminnmínamitt
Datif singuliermínumminnimínu
Génitif singuliermínsminnarmíns
Nominatif plurielmínirmínarmín
Accusatif plurielmínamínarmín
Datif plurielmínummínummínum
Génitif plurielminnaminnaminna

Vingt-quatre cases, onze formes seulement : le tableau est beaucoup plus économique qu’il n’y paraît. mínum occupe à lui seul quatre cases, puisqu’il sert de datif singulier masculin et de datif pluriel aux trois genres. minna couvre tout le génitif pluriel. mín se lit trois fois, au féminin singulier et au neutre pluriel, et mína deux fois.

þinn et sinn suivent exactement le même modèle : remplacez le m- initial par þ- ou par s- et vous avez les deux autres paradigmes complets. Les trois nominatifs valent la peine d’être récités ensemble, parce qu’ils donnent le ton de tout le reste : minn, mín, mitt ; þinn, þín, þitt ; sinn, sín, sitt.

Un détail d’écriture inquiète souvent les débutants : l’accent va et vient. minn s’écrit sans accent, mínum avec. Ce n’est pas une irrégularité mais une conséquence de la longueur de la voyelle, qui se raccourcit devant le groupe nn : la règle appartient à la page des voyelles. Retenez simplement que les formes à double n n’ont pas d’accent, et toutes les autres en ont un.

La place du possessif, et l’article qui reste

Voilà le point qui demande un vrai changement d’habitude. En islandais courant, le possessif se place après le nom, et le nom conserve son article défini, celui qui se colle à sa fin. Littéralement, on ne dit pas « ma voiture » mais « la voiture mienne ».

Un francophone est tenté de traduire mot à mot et de dire quelque chose comme minn bíll. Ce n’est pas impossible, mais cela sonne appuyé ou écrit : le possessif antéposé insiste, ou appartient à la langue soutenue. On le rencontre dans les textes solennels, dans les formules toutes faites comme að mínu mati, « à mon avis », et dans les phrases où l’on oppose vraiment un propriétaire à un autre, du genre Þetta er mitt vandamál, « c’est mon problème, à moi ». Dans une conversation ordinaire, la place est derrière le nom.

Le nom sans article suivi du possessif, hús mitt, existe également ; c’est la variante écrite et formelle de húsið mitt. Les deux sont correctes, la seconde est celle que vous entendrez.

La famille échappe à l’article

Les noms de parenté se comportent autrement, et c’est heureux, car ce sont ceux dont on parle le plus. Ils apparaissent le plus souvent nus, sans article, directement suivis du possessif.

La tendance n’est pas absolue et il ne faut pas en faire une loi : deux mots très fréquents gardent leur article, maðurinn minn, « mon mari », mot pour mot « mon homme », et konan mín, « ma femme ». Le plus sûr est d’apprendre ces groupes comme des blocs de vocabulaire, puisqu’ils reviennent tels quels dans toutes les conversations.

Dernier point de construction : un adjectif glissé dans ces groupes ne prend pas la forme que vous attendez. litla systir mín, « ma petite sœur », emploie litla et non la forme du dictionnaire, parce qu’un possessif fait basculer l’adjectif à la déclinaison faible. La règle et ses autres déclencheurs sont traités par la page de l’adjectif faible.

Les invariables : hans, hennar, þeirra, okkar, ykkar

Ces cinq mots ne se déclinent pas, et c’est la seule chose à retenir sur leur forme. En revanche, ils demandent une décision que le français ne demande jamais : le choix dépend du possesseur, pas du nom possédé.

Une seule forme, quel que soit le nom qui suit
PossesseurFormeExemple
un hommehansbíllinn hans — « sa voiture, à lui »
une femmehennarbíllinn hennar — « sa voiture, à elle »
plusieurs personnesþeirrahúsið þeirra — « leur maison »
nousokkarbörnin okkar — « nos enfants »
vousykkarlandið ykkar — « votre pays »

C’est un renversement exact de l’habitude française. Quand nous disons « son livre », nous accordons avec livre et nous perdons toute information sur le propriétaire : rien ne distingue le livre de Pierre de celui de Marie. L’islandais fait l’inverse avec cette série : bókin hans et bókin hennar nomment le possesseur et laissent le nom possédé se débrouiller. Un francophone doit donc, à chaque fois qu’il veut dire « son », se demander de qui il parle, question qu’il n’a jamais eu à se poser dans sa langue.

Notez au passage qu’il n’existe pas de déterminant décliné pour « notre » et « votre » dans la langue d’aujourd’hui : okkar et ykkar font tout le travail. Une forme ancienne existait, vor, qui se déclinait ; elle survit dans la langue religieuse et solennelle, et un débutant peut la laisser de côté.

Enfin, ces mots servent aussi à rattacher un prénom, dans un tour extrêmement fréquent à l’oral : bíllinn hans Jóns, « la voiture de Jón ». Le prénom y prend une forme particulière, et c’est le génitif qui l’explique : voyez la page du génitif pour la possession exprimée d’un nom à l’autre.

sinn ou hans : la distinction que le français ne fait pas

Si vous ne devez retenir qu’une chose de cette page, c’est celle-ci. En français, « Jean a pris son livre » est ambigu : le livre peut être celui de Jean, ou celui d’un tiers dont on vient de parler. Nous vivons avec cette ambiguïté sans même la remarquer. L’islandais ne la tolère pas, et le choix du mot tranche.

sinn renvoie au sujet de la phrase : le possesseur est celui qui agit. hans, hennar et þeirra renvoient à quelqu’un d’autre. Employer l’un pour l’autre ne produit pas une faute de style : cela change le propriétaire.

Deux phrases identiques, deux propriétaires différents
Phrase islandaiseCe qu’elle dit
Jón tók bókina sína.Jón a pris son propre livre.
Jón tók bókina hans.Jón a pris le livre d’un autre homme.
Anna hitti bróður sinn.Anna a rencontré son frère à elle.
Anna hitti bróður hennar.Anna a rencontré le frère d’une autre femme.
Þau seldu húsið sitt.Ils ont vendu leur propre maison.
Þau seldu húsið þeirra.Ils ont vendu la maison d’autres gens.

Observez la forme du réfléchi dans ces exemples : elle ne dit rien du possesseur, et tout du nom possédé. bókina est un féminin à l’accusatif, d’où sína ; bróður est un masculin à l’accusatif, d’où sinn ; húsið est un neutre, d’où sitt. Le possesseur peut être un homme, une femme ou dix personnes : cela ne change pas une lettre.

Trois conséquences que les manuels passent souvent trop vite.

Le réfléchi n’existe qu’à la troisième personne. Aux deux premières, aucune ambiguïté n’est possible et minn ou þinn suffisent : Ég tók bókina mína, « j’ai pris mon livre ».

Le réfléchi ne peut pas se trouver dans le sujet. Puisqu’il renvoie au sujet, il ne peut pas en faire partie. « Son frère est venu » se dit donc Bróðir hans kom, avec l’invariable, et jamais avec sinn. C’est une erreur que produisent presque tous les apprenants dès qu’ils ont compris la règle et qu’ils veulent l’appliquer partout.

Un sujet pluriel appelle aussi le réfléchi. Þeir tóku bílana sína signifie qu’ils ont pris leurs propres voitures ; Þeir tóku bílana þeirra signifie qu’ils ont pris celles de quelqu’un d’autre. La différence entre les deux phrases, au tribunal, s’appelle un vol.

Ce qui fait trébucher un francophone

Le possessif se met derrière le nom. C’est l’habitude la plus longue à installer, parce que le français impose l’ordre inverse depuis toujours. Entraînez-vous sur des groupes entiers, bíllinn minn, bókin mín, húsið mitt, plutôt que sur le paradigme seul.

L’article ne disparaît pas. En français, un possessif exclut l’article : on ne dit pas « la ma voiture ». En islandais, l’article et le possessif cohabitent, et c’est même la construction normale. Oublier l’article est l’autre faute massive des débutants.

« Son » demande une décision. Trois traductions possibles selon le cas : sinn si le propriétaire est le sujet, hans si c’est un autre homme, hennar si c’est une autre femme. Il n’y a pas de forme neutre qui permette d’éviter le choix.

Une même graphie sert deux mots. mín et þín sont des possessifs féminins, et ce sont aussi les génitifs des pronoms « je » et « tu ». Dans bókin mín c’est le déterminant ; dans Ég sakna þín, « tu me manques », c’est le pronom. Seule la construction les sépare, et les deux paradigmes sont à garder distincts dans votre tête.

L’islandais se passe du possessif plus souvent que nous. Là où le français accroche un possessif à tout ce qui nous appartient, l’islandais se contente très souvent de la forme définie du nom, exactement comme le français le fait pour les parties du corps. On dira Ég týndi lyklunum pour « j’ai perdu mes clés », sans rien qui traduise « mes ». Ajouter un possessif n’est pas faux, mais la phrase sonne moins naturelle, et l’apprenant francophone en met partout.

Ces groupes s’apprennent par l’oreille, pas par le tableau. Personne, en parlant, ne calcule le genre de bók avant de choisir entre minn et mín : la forme vient parce qu’on a entendu bókin mín des centaines de fois. C’est la logique du cours d’islandais, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes, dont la première est libre d’accès. Pour replacer les possessifs dans l’ensemble du système, voyez la grammaire de l’islandais.

Exercices : choisir le bon possessif

Chaque phrase attend un possessif, accordé avec le nom possédé ou choisi selon le propriétaire. La traduction française précise de qui il s’agit. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Þetta er bíllinn ___. (C’est ma voiture.)
  2. Þetta er bókin ___. (C’est mon livre.)
  3. Þetta er húsið ___. (C’est ma maison.)
  4. Ég las bókina ___. (J’ai lu mon livre.)
  5. Ég kom á bílnum ___. (Je suis venu avec ma voiture.)
  6. Þetta er hús foreldra ___. (C’est la maison de mes parents.)
  7. Systir ___ heitir Anna. (Ma sœur s’appelle Anna.)
  8. Börnin ___ eru í skóla. (Nos enfants sont à l’école.)
  9. Þetta er bíllinn ___. (C’est sa voiture, à elle.)
  10. Þetta er bíllinn ___. (C’est sa voiture, à lui.)
  11. Jón tók bókina ___. (Jón a pris son propre livre.)
  12. Jón tók bókina ___. (Jón a pris le livre d’un autre homme.)
  13. Anna hitti bróður ___. (Anna a rencontré son frère à elle.)
  14. Anna hitti bróður ___. (Anna a rencontré le frère d’une autre femme.)
  15. Þau seldu húsið ___. (Ils ont vendu leur propre maison.)
  16. Þeir komu með börnin ___. (Ils sont venus avec leurs propres enfants.)
  17. ___ bróðir kom í heimsókn. (Son frère est venu en visite.)
  18. Ég tók bókina ___. (J’ai pris mon livre.)

Toute la grammaire de l’islandais, point par point

Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.

Passez à la pratique

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Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.

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Questions fréquentes

Pourquoi dit-on bíllinn minn et non minn bíll ?

Parce que la place ordinaire du possessif est derrière le nom, et que le nom garde son article défini collé à sa fin. minn bíll n’est pas faux, mais il insiste ou relève de la langue écrite ; dans une conversation, on entend bíllinn minn.

Quelle est la différence entre sinn et hans ?

Le propriétaire. sinn renvoie au sujet de la phrase, hans à un autre homme. Jón tók bókina sína veut dire que Jón a pris son propre livre ; Jón tók bókina hans veut dire qu’il a pris celui d’un autre. Le français ne distingue pas les deux et laisse le contexte décider.

Le possessif s’accorde-t-il avec le propriétaire ou avec l’objet possédé ?

Avec l’objet possédé, comme en français, pour minn, þinn et sinn : le genre, le nombre et le cas sont ceux du nom qui précède. Les mots hans, hennar, þeirra, okkar et ykkar, eux, ne s’accordent avec rien, mais leur choix dépend du propriétaire.

Comment dit-on « notre » et « votre » ?

Avec okkar et ykkar, invariables, placés après le nom : börnin okkar, « nos enfants », landið ykkar, « votre pays ». Il n’existe pas de déterminant décliné pour ces deux personnes dans la langue courante ; la forme ancienne vor ne se rencontre plus que dans les textes solennels.

Pourquoi minn s’écrit-il parfois mín et parfois minn ?

Ce sont deux cases du même paradigme : minn est le masculin du nominatif singulier, mín le féminin. L’accent apparaît ou disparaît selon la longueur de la voyelle, qui se raccourcit devant le groupe nn ; les formes à double n s’écrivent sans accent, les autres avec.

Faut-il un possessif chaque fois que le français en met un ?

Non, et c’est un réflexe à freiner. L’islandais se contente très souvent de la forme définie du nom là où nous ajoutons un possessif : Ég týndi lyklunum signifie « j’ai perdu mes clés » sans rien qui traduise « mes ». Le possessif n’est pas faux, il est simplement moins naturel.

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