C’est le cas le plus fréquent après le nominatif, et celui qui demande le moins de réflexion : la plupart des verbes islandais y mettent leur complément. Ses vraies difficultés sont ailleurs, dans la durée et dans trois prépositions qui ne changent jamais d’avis.
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Son nom islandais, þolfall, se lit « le cas de ce qui subit », et c’est en effet sa valeur de départ : quand un verbe agit sur quelque chose, ce quelque chose se met à l’accusatif.
Le mécanisme se voit d’un coup d’œil dès que le nom en question change visiblement de forme. Prenez hestur, « un cheval », et mettez-le derrière un verbe : la terminaison tombe.
C’est le cas par défaut du complément d’objet, et il est utile de savoir dans quelle mesure. La grande majorité des verbes islandais gouvernent un accusatif, et tous les verbes nouveaux, empruntés ou fabriqués, entrent dans ce groupe. Autrement dit : quand vous ne savez pas, c’est le pari raisonnable.
Le reste des verbes gouverne un datif, ou plus rarement un génitif, et cela ne se déduit d’aucune règle : ces verbes s’apprennent un par un, et ils sont décrits sur la page du datif et sur celle du génitif. Le principe général, à savoir que le cas d’un complément est fixé par le verbe et non par le sens, est posé sur la page des quatre cas.
Voici les verbes courants à accusatif que vous emploierez le plus tôt. Ils sont donnés à l’infinitif, suivis d’un complément, parce que c’est ainsi qu’il faut les mémoriser : le verbe et son cas forment un seul bloc.
| Verbe | Avec son complément | Sens |
|---|---|---|
| sjá | sjá hest | voir un cheval |
| kaupa | kaupa bíl | acheter une voiture |
| lesa | lesa bók | lire un livre |
| borða | borða fisk | manger du poisson |
| drekka | drekka kaffi | boire du café |
| skrifa | skrifa bréf | écrire une lettre |
| taka | taka lykil | prendre une clé |
| opna | opna glugga | ouvrir une fenêtre |
| finna | finna lykil | trouver une clé |
| nota | nota bíl | utiliser une voiture |
| hitta | hitta vin | rencontrer un ami |
| þekkja | þekkja mann | connaître un homme |
| eiga | eiga hund | avoir un chien |
| fá | fá bréf | recevoir une lettre |
| elska | elska tónlist | aimer la musique |
| skilja | skilja spurningu | comprendre une question |
| kosta | kosta þúsund krónur | coûter mille couronnes |
Un mot sur les verbes à deux compléments, du type « donner quelque chose à quelqu’un ». La chose donnée reste à l’accusatif ; c’est la personne qui passe au datif, et cette construction appartient à l’autre page. Retenez seulement que la présence d’un datif dans la phrase ne déloge pas l’accusatif de l’objet.
C’est ici que le francophone perd ses repères, et pas du tout là où il l’attendait. La difficulté n’est pas l’accusatif après un verbe transitif ordinaire, qui se devine ; elle est dans les verbes qui, en français, réclament « à » ou « de », et qui en islandais attrapent leur complément directement.
Les trois cas sont instructifs. spyrja, interroger, prend la personne à l’accusatif là où le français dit « lui » ; c’est un des points où les débutants se trompent le plus longtemps, parce que l’intuition française pousse vers un datif. Il faut y ajouter l’inverse, qui existe aussi : répondre se construit en islandais avec un datif, alors que demander prend un accusatif. Les deux verbes français les plus voisins tombent donc de part et d’autre de la frontière, et aucun raisonnement ne le prédit.
muna, se souvenir, montre la même chose côté objet : le nom est posé directement derrière le verbe, sans rien pour le rattacher. Le français, lui, a besoin de « de ». À l’inverse, oublier appelle un datif en islandais. Encore un couple qui se sépare.
La leçon pratique est simple à énoncer et longue à appliquer : n’apprenez jamais un verbe islandais sans son cas. Un verbe noté seul dans un carnet de vocabulaire est un verbe à moitié appris, et la moitié qui manque est celle qui vous fera trébucher à l’oral.
Il existe enfin une petite famille de tours qui commencent par un accusatif placé en tête de phrase, du type mig vantar, « il me manque ». Ils ressemblent à une exception, mais ils relèvent d’un autre mécanisme : voyez les sujets au datif, qui les traite avec leurs jumelles.
Une partie des prépositions islandaises acceptent deux cas et changent de sens selon celui qu’elles gouvernent : c’est le grand sujet de la page prépositions et cas, et c’est un travail à part entière. Trois prépositions échappent à ce casse-tête et réclament toujours un accusatif. Vous pouvez les employer sans jamais vous poser de question.
um est la préposition à apprendre en premier, parce qu’elle rend à elle seule plusieurs prépositions françaises et qu’elle ne varie pas d’un millimètre.
Notez au passage que « parler de » et « penser à » se rendent par la même préposition : le découpage français entre « de » et « à » n’a aucun équivalent ici, et vouloir le reproduire conduit droit à l’erreur.
gegnum signifie « à travers », au sens plein de passer d’un côté à l’autre. On le rencontre aussi sous la forme renforcée í gegnum, qui est très courante à l’oral et gouverne le même cas.
Attention à un piège de lecture qui coûte cher : gegn, sans la finale, est un autre mot. Il signifie « contre » et il gouverne un datif. Les deux se ressemblent à l’écrit, ils n’ont ni le même sens ni le même cas, et il n’y a pas de raccourci pour les distinguer autrement qu’en les apprenant comme deux entrées séparées.
umhverfis et kringum disent tous deux « autour de », et prennent l’accusatif.
Voici le deuxième emploi vraiment propre à ce cas, et celui qui produit le plus de phrases fausses chez les francophones. Pour dire combien de temps une action dure, l’islandais met le groupe de temps à l’accusatif, sans aucune préposition. Là où le français ajoute « pendant » ou « durant », l’islandais se contente du cas.
La série allan, alla, allt mérite d’être apprise telle quelle : c’est le même mot, « tout », accordé au genre du nom qui suit, et vous l’emploierez tous les jours. Ces quatre ou cinq groupes valent mieux qu’un tableau : ils se disent comme des blocs.
Quand une durée est chiffrée, la préposition í apparaît, et elle gouverne alors un accusatif. C’est une des rares constructions où l’on peut employer í les yeux fermés, car cette préposition change de cas ailleurs selon le sens.
Le même accusatif sert à mesurer une étendue parcourue, et non seulement une durée : Við gengum alla leiðina, « nous avons fait tout le chemin à pied ». Et il sert enfin à exprimer un prix, derrière le verbe kosta : Bókin kostar þrjú þúsund krónur, « le livre coûte trois mille couronnes ». Deux tournures que vous entendrez dès le premier magasin.
Quelques formules du quotidien sont des accusatifs figés. Elles s’expliquent par un verbe de souhait que la langue a laissé tomber, du type « je vous souhaite une bonne journée » : le souhait a disparu, le cas est resté. Il n’y a rien à comprendre et rien à reconstruire, mais il est agréable de savoir pourquoi la forme n’est pas celle du dictionnaire.
Dans les deux formules de remerciement, fyrir gouverne un accusatif, et c’est invariablement le cas dans cet emploi. Cette préposition se comporte autrement dans d’autres constructions, ce qui est de nouveau l’affaire de la page des prépositions.
Ajouter une préposition à la durée. Un francophone cherche spontanément l’équivalent de « pendant » et construit un groupe de temps avec une préposition inutile. Il n’en faut aucune : le cas fait tout le travail.
Croire que l’accusatif est partout. Il est majoritaire, non universel, et les verbes qui l’ignorent sont justement parmi les plus fréquents de la langue. Les tenir pour des fautes d’islandais serait commode, mais faux.
Se fier au français pour le choix du cas. Objet direct en français ne veut pas dire accusatif en islandais, et complément indirect en français ne veut pas dire datif. Les deux systèmes se recoupent souvent, ce qui est le pire des cas de figure : assez souvent pour créer l’illusion d’une règle, assez rarement pour vous faire tomber régulièrement.
Un accusatif se place par l’oreille avant de se comprendre. Góðan daginn et allan daginn ne s’analysent pas dans le feu d’une conversation : ils se disent parce qu’on les a entendus cent fois. Le cours d’islandais, entièrement audio et en leçons de quatorze minutes, travaille exactement cela, avec des phrases entières dites par des locuteurs. La première leçon est gratuite, la suite est accessible par abonnement.
Toutes ces questions portent sur les emplois de l’accusatif décrits ci-dessus. Touchez une réponse, puis Correction.
Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Non, mais la grande majorité le sont, et tous les verbes récents également. Une minorité de verbes, malheureusement très fréquents, exigent un datif, et quelques-uns un génitif. Il n’existe aucun moyen de le prévoir : le cas fait partie du verbe et doit être appris avec lui.
Í þrjá daga, avec un accusatif. Le piège est d’aller chercher un datif par analogie avec d’autres langues, ou d’ajouter une préposition supplémentaire pour traduire « pendant ». Quand la durée n’est pas chiffrée, il n’y a même pas de préposition du tout : allan daginn, « toute la journée ».
Jamais. C’est ce qui en fait la préposition la plus confortable de la langue, alors que d’autres alternent entre deux cas selon le sens. Elle couvre à elle seule « de » quand on parle d’un sujet, « à » quand on pense à quelqu’un, « à travers » pour un trajet et « pendant » pour une période.
Parce que la formule était à l’origine un souhait complet, du type « je vous souhaite une bonne journée », dont le verbe est tombé. Le complément est resté à l’accusatif qu’il avait. On l’apprend comme un bloc, sans chercher à le reconstruire.
Non, et la confusion est fréquente. gegnum signifie « à travers » et gouverne un accusatif ; gegn signifie « contre » et gouverne un datif. Ce sont deux entrées de dictionnaire distinctes, qu’il vaut mieux apprendre chacune avec son exemple.
Parce qu’une famille de constructions islandaises place la personne concernée à un cas oblique, à l’endroit où le français mettrait un sujet. Mig vantar en fait partie. Ce n’est pas un emploi de l’accusatif parmi d’autres mais une construction à part, décrite sur la page des sujets au datif.
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