Dès qu’un mot autre que le sujet ouvre une phrase islandaise, le sujet passe derrière le verbe. Ce n’est pas une nuance de style : c’est la règle la plus contraignante de la langue, et elle ne souffre pas d’exception.
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Dans une phrase islandaise qui affirme quelque chose, le verbe conjugué occupe la deuxième place. Non pas le deuxième mot, mais la deuxième place : celle qui suit immédiatement le premier élément, que cet élément tienne en un mot ou en six.
Tant que la phrase commence par son sujet, rien ne dépayse un francophone. L’ordre est celui que nous connaissons, sujet, verbe, complément, et l’on peut traduire mot pour mot.
L’ennui commence à la phrase suivante, celle où l’on veut dire « demain », « aujourd’hui », « à Reykjavík » ou « ce livre-là » avant le reste. Le francophone déplace alors son complément en tête et laisse tout le reste en place, comme il le ferait en français. En islandais, ce déplacement en entraîne un second, mécaniquement, et l’oublier produit une phrase qu’aucun Islandais ne dit.
Une précision de périmètre avant d’entrer dans le détail. Cette page décrit la place des éléments dans la phrase : le verbe, le sujet, les compléments, et le mot vide qui occupe parfois la première place. Elle ne traite ni la négation, dont le mot ekki a ses propres règles de position, ni l’interrogation, qui inverse le verbe et le sujet pour une autre raison et qui est décrite à la page poser une question.
Reprenons la phrase ég fer í bæinn á morgun, « je vais en ville demain ». Si vous voulez commencer par á morgun, « demain », cet élément prend la première place. Le verbe doit rester en deuxième place : il n’a donc plus qu’une solution, se placer juste après, et le sujet est chassé derrière lui.
Regardez le couple fer ég, er veðrið, skil ég : le verbe précède son sujet, et la phrase reste une affirmation tranquille. C’est le point qui coûte le plus cher à l’oreille française, parce que chez nous cet ordre est réservé à la question. En islandais, il ne signale rien du tout : il est la conséquence automatique de ce qu’on a mis devant.
Le même mécanisme vaut pour un complément d’objet mis en relief. L’islandais le fait volontiers, et le résultat déroute d’abord, puis devient un outil précieux pour souligner un mot sans changer le ton de la voix.
La première place peut aussi être occupée par une subordonnée entière. Elle compte alors pour un seul élément, et le verbe de la phrase principale la suit immédiatement, avant le sujet. C’est la construction la plus utile de toute la page, parce qu’elle revient dès qu’on dit « quand », « parce que » ou « si ».
| Première place | Phrase islandaise | Français |
|---|---|---|
| le sujet | Ég fer í bæinn á morgun. | je vais en ville demain |
| le temps | Á morgun fer ég í bæinn. | demain, je vais en ville |
| le lieu | Í bæinn fer ég á morgun. | en ville, j’y vais demain |
| une subordonnée | Þegar ég kem heim, fer ég í bæinn. | quand je rentre, je vais en ville |
Dans les quatre lignes, le verbe fer est toujours le deuxième élément : seul ce qui l’entoure bouge. Retenez cette image, le verbe cloué à sa place et la phrase qui tourne autour de lui.
Cette règle a une conséquence curieuse. Certaines phrases n’ont rien à mettre en première place : ni sujet exprimé, ni complément que l’on veuille souligner. L’islandais y met alors það, un mot qui ne désigne rien et qui sert uniquement à occuper la place pour que le verbe puisse rester en deuxième position.
Deux choses sont à observer dans cette petite liste, et la seconde est régulièrement manquée.
Le sujet réel, quand il y en a un, passe derrière le verbe. Dans það kom maður, celui qui est venu est maður, « un homme », et il se trouve en fin de phrase. Le það de tête n’est qu’un bouche-trou, exactement comme le « il » de « il est venu quelqu’un ».
Et le verbe s’accorde avec ce sujet réel, pas avec það. D’où það er bók au singulier mais það eru margar bækur au pluriel. C’est un réflexe à installer tôt, car le francophone, habitué à « il y a » qui ne bouge jamais, laisse spontanément er partout.
Il y a une conséquence logique à tout cela, et elle surprend toujours : dès qu’un autre élément occupe la première place, það disparaît. Il n’avait qu’une fonction, tenir cette place ; la place étant prise, il n’a plus de raison d’être.
Ne confondez pas ce það vide avec le pronom það, qui lui désigne quelque chose : il reprend un nom neutre ou renvoie à une situation, et il se traduit par « il », « elle » ou « cela » selon le cas. Ég sé húsið. Það er stórt. signifie « je vois la maison ; elle est grande », et ce það-là remplace bel et bien húsið. Le test est simple : si l’on peut demander de quoi le mot parle et obtenir une réponse, il désigne quelque chose ; sinon, il tient seulement la place.
Autre voisinage à éviter. Quand la phrase commence par un datif qui désigne une personne, comme mér er kalt, « j’ai froid », il ne s’agit pas de ce mécanisme-ci mais d’une construction à part, décrite à la page des sujets au datif. La différence se voit à l’œil nu : ici un mot vide, là une personne au datif.
La deuxième place étant réglée, reste à savoir dans quel ordre s’alignent les éléments qui suivent. L’islandais est ici beaucoup plus souple, mais il a des habitudes assez nettes pour qu’on puisse s’y fier.
Quand un verbe a deux compléments, celui qui désigne la personne, au datif, précède ordinairement celui qui désigne la chose, à l’accusatif. C’est l’ordre du français « je lui donne le livre », ce qui facilite les choses.
La règle ne concerne que le verbe conjugué. S’il y a un infinitif ou un participe, ils restent à distance, et la phrase se lit alors avec un creux au milieu.
Le verbe conjugué est vil ou hef, et c’est lui, lui seul, qui se met en deuxième place. Fara et lesið ne bougent pas de la fin.
Un adverbe comme alltaf, « toujours », se glisse après le verbe conjugué et non entre le sujet et lui. Le francophone a tendance à dire l’inverse, parce que nous plaçons « toujours » et « souvent » librement.
Une subordonnée islandaise n’est pas construite comme la phrase qui la contient, et la bonne nouvelle est qu’elle est plus simple. Après að, « que », l’ordre redevient sujet, verbe, complément, sans inversion.
Deux avertissements utiles. Le premier, pour ceux qui ont fait de l’allemand : l’islandais ne renvoie pas le verbe à la fin de la subordonnée. Il reste juste après son sujet, comme en français. Le second, pour tout le monde : après un verbe qui rapporte une parole ou une opinion, le verbe de la subordonnée change de forme, et cette forme relève du subjonctif, non de l’ordre des mots. La place des éléments, elle, ne change pas.
L’islandais relie ses propositions relatives avec sem, et rien qu’avec sem. Le mot est invariable : il ne change ni selon le genre, ni selon le nombre, ni selon la fonction qu’il occupe. Là où le français choisit entre « qui », « que », « dont » et « lequel », l’islandais n’a rien à choisir.
Les deux derniers exemples montrent le trait qui demande le plus d’habitude. La préposition reste à la fin de la relative, séparée du nom auquel elle se rapporte : sem ég talaði við, mot à mot « que j’ai parlé avec », et sem ég bý í, « que j’habite dans ». Le français place la préposition devant le relatif, l’islandais la laisse là où le verbe l’attend. Une phrase relative islandaise se termine donc souvent par un petit mot qui semble en suspens, et il ne l’est pas.
Quatre erreurs reviennent chez presque tous les francophones, et elles ont toutes la même origine : nous traitons l’ordre des mots comme un choix stylistique, alors qu’en islandais il est grammatical.
Mettre un complément en tête et oublier de déplacer le sujet. C’est l’erreur numéro un. On veut dire « demain je vais en ville » et on garde ég fer intact. Le réflexe à installer est brutal et simple : si vous commencez autrement que par le sujet, le verbe suit tout de suite.
Entendre une question là où il n’y en a pas. Á morgun fer ég a la forme d’une interrogation française, et le débutant répond à côté. L’inversion islandaise est le plus souvent la simple conséquence d’un élément mis en tête.
Laisser le það en place alors qu’un autre mot a pris le début. Í dag er kalt et non le mot à mot du français avec un « il » conservé. Ce petit mot est un intérimaire : il travaille seulement quand la place est libre.
Placer la préposition avant le relatif. Elle reste à la fin : sem ég bý í. Le francophone a naturellement envie de dire « dans laquelle » et cherche un mot qui n’existe pas.
Reste à savoir où se glissent les mots qui nient, qui ne se placent ni n’importe où ni comme les autres : la page de la négation leur est entièrement consacrée. Pour l’ensemble du système, la grammaire de l’islandais replace l’ordre des mots parmi les autres mécanismes de la langue.
Cet ordre-là ne se calcule pas au moment de parler. Aucun Islandais ne compte les places avant d’ouvrir la bouche : il a entendu des dizaines de milliers de phrases commençant par í dag ou á morgun, et l’inversion vient avec elles. C’est exactement le pari du cours d’islandais, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : les phrases y sont entendues entières, avec leur ordre en place, avant d’être analysées. La première leçon est gratuite, la suite se poursuit par abonnement.
Choisissez l’ordre qui convient, ou le mot qui doit occuper la place laissée vide. Touchez une réponse, puis Correction.
Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
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La place qui suit le premier élément de la phrase, et non le deuxième mot. Si la phrase commence par þegar ég kem heim, quatre mots, ces quatre mots comptent pour un seul élément et le verbe vient juste après : Þegar ég kem heim, fer ég í sund.
Parce que la deuxième place appartient au verbe conjugué. Si un autre élément occupe la première, le sujet n’a plus qu’une solution : se placer après le verbe. Ég fer í bæinn á morgun devient donc Á morgun fer ég í bæinn, et cette inversion ne change pas le sens de la phrase.
À occuper la première place quand rien d’autre ne l’occupe, pour que le verbe puisse rester en second : Það er kalt, Það kom maður. Il ne désigne rien. Dès qu’un autre élément prend le début de la phrase, il disparaît : Í dag er kalt.
Non, jamais. Après að, l’ordre est sujet, verbe, complément : Ég veit að hann kemur á morgun. C’est l’ordre du français, et c’est une difficulté de moins pour qui vient de l’allemand.
Parce que l’islandais la laisse à la place que le verbe lui donne, au lieu de la faire remonter devant le relatif. Húsið sem ég bý í, mot à mot « la maison que j’habite dans », correspond à « la maison où j’habite ». Le relatif sem, lui, ne change jamais de forme.
Par un francophone débutant, oui, et c’est un vrai malentendu des premières semaines. Pour un Islandais, non : l’inversion accompagne un élément mis en tête, alors que l’interrogation commence directement par le verbe ou par un mot en hv-, comme le décrit la page poser une question.
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