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Cours de langues›Parfait et futur

Le parfait se fait avec hafa, et le futur avec rien du tout

L’islandais n’a qu’un seul auxiliaire de parfait et aucun temps futur. Rien, dans le verbe islandais, ne dit l’avenir : le présent, un adverbe ou un verbe de volonté s’en chargent.

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Un seul auxiliaire, et une forme qui ne bouge pas

La première chose à désapprendre est le choix de l’auxiliaire. En français, il faut savoir si un verbe se conjugue avec avoir ou avec être, et l’erreur s’entend tout de suite. L’islandais ne pose jamais cette question : le parfait se construit avec hafa, pour tous les verbes, y compris ceux qui décrivent un déplacement ou un changement d’état.

La forme qui suit l’auxiliaire porte un nom propre à la grammaire islandaise : le supin, sagnbót. C’est celle que les dictionnaires citent en dernière position quand ils donnent un verbe, après l’infinitif et le prétérit : tala, talaði, talað, koma, kom, komið. Sa fabrication dépend de la classe du verbe et n’est pas traitée ici : les formes en -að, -t et -ið s’apprennent avec le verbe lui-même, sur les pages qui conjuguent chaque classe.

Ce qui appartient à cette page, en revanche, est capital et se dit en une phrase : après hafa, le supin ne change jamais. Ni au féminin, ni au pluriel, ni selon le cas. Un francophone, habitué à écrire elle est venue avec un e, cherche instinctivement une marque d’accord qui n’existe pas.

Le parfait de koma, « venir »
PersonneFormeSens
1re sing.ég hef komiðje suis venu
2e sing.þú hefur komiðtu es venu
3e sing.hann hefur komiðil est venu
1re plur.við höfum komiðnous sommes venus
2e plur.þið hafið komiðvous êtes venus
3e plur.þeir hafa komiðils sont venus

Seul l’auxiliaire se conjugue ; komið reste identique d’un bout à l’autre du tableau, et resterait identique avec hún ou avec þær. Il existe bien, en islandais, une forme du verbe qui s’accorde en genre, en nombre et en cas, et elle ressemble beaucoup au supin : c’est le participe passé, qui sert au passif et fait l’objet d’une autre page. Confondre les deux est l’erreur la plus courante.

Parfait ou prétérit ? Le partage n’est pas celui du français

C’est ici que les francophones se trompent le plus souvent, et pas sur les formes : sur le choix du temps. Notre passé composé recouvre deux emplois que l’islandais sépare soigneusement. Je suis venu hier et je suis déjà venu ici ont la même forme en français ; ils n’ont pas la même forme en islandais.

La règle pratique est simple. Dès qu’un moment précis du passé est nommé, l’islandais emploie le prétérit, ce temps simple que le français réserve à l’écrit soutenu. Le parfait devient impossible.

  • Ég kom í gær. — « Je suis venu hier. »
  • Hann borðaði klukkan sjö. — « Il a mangé à sept heures. »
  • Við töluðum saman í morgun. — « Nous avons parlé ce matin. »

Le parfait, lui, sert quand le passé est regardé depuis maintenant : une expérience que l’on a ou que l’on n’a pas eue, un fait dont le résultat compte au moment où l’on parle, une durée qui court encore.

  • Ég hef séð þessa mynd. — « J’ai vu ce film. »
  • Hún hefur unnið hér lengi. — « Elle travaille ici depuis longtemps. »
  • Þeir hafa lokið verkinu. — « Ils ont terminé le travail. »

Le deuxième exemple mérite un arrêt, parce qu’il fonctionne à l’envers du français. Une activité commencée dans le passé et qui continue se met au parfait en islandais, là où nous employons le présent avec depuis. Ég hef búið hér lengi ne se traduit pas par « j’ai habité ici longtemps », qui laisserait entendre que c’est fini, mais par « j’habite ici depuis longtemps ».

Le plus-que-parfait

Il se forme exactement comme le parfait, avec l’auxiliaire au prétérit : hafði, hafðir, hafði, höfðum, höfðuð, höfðu, suivis du même supin invariable. Il situe un événement avant un autre événement passé, et c’est son seul emploi.

  • Hann hafði farið þegar ég kom. — « Il était parti quand je suis arrivé. »
  • Ég hafði borðað áður. — « J’avais mangé avant. »
  • Þau höfðu talað saman um þetta. — « Ils avaient parlé de cela ensemble. »

Vera búinn að : l’accompli, et la forme la plus entendue

Dans la conversation, le parfait avec hafa cède très souvent la place à un tour construit tout autrement : vera búinn að suivi de l’infinitif. Mot à mot, il dit « être prêt de faire », et il signifie « avoir fini de faire », donc, dans les faits, « l’avoir fait ».

Deux détails décident du succès de ce tour. Le premier est l’auxiliaire : c’est vera, et non hafa. Le second est que búinn est un adjectif et s’accorde avec le sujet. Un homme dit ég er búinn, une femme dit ég er búin, et un groupe dit við erum búin. C’est la seule variation à surveiller dans toute cette page, et elle s’entend : la terminaison tombe à la fin du mot le plus court de la phrase.

L’infinitif qui suit að ne change pas, lui. Et la valeur du tour est bien celle d’un résultat obtenu : là où ég hef lesið bókina range l’événement dans l’expérience du locuteur, ég er búinn að lesa bókina insiste sur le fait que c’est terminé, le livre refermé. Un francophone entendra les deux traduits de la même façon ; l’islandais ne les emploie pas dans les mêmes situations, et le second est de loin le plus fréquent à l’oral.

Vera að : ce qui est en train de se faire

L’islandais possède une construction que le français n’a pas sous forme grammaticale : vera suivi de að et de l’infinitif marque l’action en cours. C’est l’équivalent exact de notre lourde périphrase « être en train de », mais c’est en islandais une tournure courante, brève et constamment employée.

L’opposition avec le présent simple est réelle et utile à connaître. Ég læri íslensku décrit une occupation générale, ce que je fais de mes semaines ; ég er að læra íslensku décrit ce que je fais à cette minute, ou pendant cette période précise. Choisir le présent simple pour parler d’une action en cours n’est pas une faute de forme, mais cela sonne souvent faux à l’oreille islandaise.

La construction se met au passé sans difficulté : ég var að borða, « j’étais en train de manger ». Avec les verbes qui désignent un événement bref, ce même tour au prétérit s’entend le plus souvent comme un passé tout récent, notre « venir de ».

Une limite, enfin : les verbes qui désignent un état et non une activité n’entrent pas dans cette construction. On ne dit pas d’un savoir ou d’une possession qu’ils sont en cours, et les verbes de ce genre restent au présent simple.

Dire l’avenir sans temps futur

L’islandais n’a pas de futur. Ce n’est pas une facilité de présentation : il n’existe aucune terminaison, aucun radical, aucune forme simple du verbe qui signifie « plus tard ». Quatre moyens s’en chargent, et ils ne sont pas interchangeables.

Le présent, avec un mot de temps

C’est la solution ordinaire, et la plus fréquente de toutes. Le présent suffit dès que le contexte ou un adverbe situe la chose dans l’avenir. Le français fait la même chose dans « demain je pars », mais il peut aussi conjuguer un futur ; l’islandais, lui, n’a que cela.

  • Ég kem á morgun. — « Je viendrai demain. »
  • Við förum í bæinn seinna. — « Nous irons en ville plus tard. »
  • Hvað gerir þú í sumar? — « Que feras-tu cet été ? »

Ætla að : l’intention

Le verbe ætla suivi de að et d’un infinitif exprime un projet, une décision déjà prise. C’est le plus proche de notre « je vais faire », et c’est la tournure que l’on entend partout dans la conversation.

  • Ég ætla að fara heim. — « Je vais rentrer. »
  • Ætlar þú að koma? — « Tu vas venir ? »
  • Þeir ætla að kaupa bíl. — « Ils vont acheter une voiture. »

Munu : la prédiction, plutôt à l’écrit

Il existe un auxiliaire spécialisé, munu, qui se construit avec l’infinitif nu, sans að : ég mun, þú munt, hann mun, við munum, þið munuð, þeir munu. Il annonce ou prédit, et son registre est celui de l’écrit, des discours et des prévisions. L’employer dans une conversation ordinaire pour dire que l’on viendra demain donne une phrase juste et solennelle.

  • Þetta mun taka tíma. — « Cela prendra du temps. »
  • Hann mun koma seinna. — « Il viendra plus tard. »

Ce verbe a une forme de prétérit, myndi, qui sert à construire notre conditionnel. Elle relève d’un autre mode, et donc d’une autre page.

Verða : ce qui va devenir

Pour dire ce que sera l’état des choses, l’islandais emploie verða, « devenir », qui fait office d’avenir de vera. La météo, en Islande, se raconte presque entièrement avec ce verbe.

  • Það verður kalt á morgun. — « Il fera froid demain. »
  • Þetta verður gaman. — « Ce sera amusant. »

Verða að : l’obligation, et la famille des tours en að

Le même verbe verða, suivi cette fois de að et d’un infinitif, exprime l’obligation. C’est la façon ordinaire de dire « je dois » quand la nécessité vient des circonstances.

On voit alors apparaître la vraie difficulté de cette page, et elle n’est pas dans les formes : quatre constructions se ressemblent comme des sœurs, toutes bâties sur vera ou verða et un infinitif, et elles disent quatre choses différentes. Une seule syllabe les sépare, et la confondre change complètement le message.

Quatre tours voisins, quatre sens
ConstructionCe qu’elle ditExemple
vera aðl’action est en courség er að fara — « je suis en train de partir »
vera búinn aðl’action est achevéeég er búinn að fara — « je suis déjà parti »
ætla aðl’action est projetéeég ætla að fara — « je vais partir »
verða aðl’action est obligatoireég verð að fara — « je dois partir »

Un débutant qui veut annoncer son départ et qui dit ég er búinn að fara affirme qu’il est déjà parti ; s’il dit ég verð að fara, il se plaint d’une contrainte. Ces quatre phrases s’apprennent ensemble, comme un quatuor, et non une par une.

Les auxiliaires eux-mêmes sont irréguliers. Hafa, vera et verða ne suivent ni le modèle des verbes faibles ni celui des verbes forts, et ce sont précisément les trois verbes sur lesquels repose tout ce qui précède. Leurs paradigmes complets se trouvent sur la page des verbes irréguliers ; le mode qui transforme væri et hefði en irréel est traité par la page du subjonctif. L’ensemble du système est cartographié sur la page de grammaire islandaise.

Exercices : parfait, accompli, action en cours et avenir

Choisissez la forme qui convient au sens donné entre parenthèses, puis touchez Correction.

  1. Ég ___ talað við hann. (Je lui ai parlé.)
  2. Hún ___ farið heim. (Elle est rentrée chez elle.)
  3. Þeir ___ búið hér lengi. (Ils habitent ici depuis longtemps.)
  4. Ég ___ borðað þegar hann kom. (J’avais mangé quand il est arrivé.)
  5. Ég ___ að læra íslensku. (Je suis en train d’apprendre l’islandais.)
  6. Ég ___ búinn að borða. (J’ai fini de manger.)
  7. Ég ___ að fara á morgun. (J’ai l’intention de partir demain.)
  8. Þú ___ að koma klukkan átta. (Tu dois venir à huit heures.)
  9. Ég ___ á morgun. (Je viendrai demain.)
  10. Ég ___ í gær. (Je suis venu hier.)
  11. Hann ___ koma seinna. (Il viendra plus tard, style écrit.)
  12. Það ___ kalt á morgun. (Il fera froid demain.)
  13. Hún er ___ að lesa bókina. (Elle a fini de lire le livre.)
  14. Þið ___ gert þetta. (Vous avez fait cela.)
  15. Ég ___ að koma. (Je viens d’arriver.)
  16. Við ___ búin að panta. (Nous avons commandé.)
  17. Þetta mun ___ tíma. (Cela prendra du temps.)
  18. Hann ___ að bíða. (Il a dû attendre.)

Toute la grammaire de l’islandais, point par point

Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.

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Questions fréquentes

Faut-il choisir entre hafa et vera comme on choisit avoir et être en français ?

Non, et c’est une bonne nouvelle : le parfait islandais se fait toujours avec hafa, même pour les verbes de déplacement. Ég hef komið, ég hef farið. Quand vera apparaît devant une forme de ce genre, la phrase n’est plus un parfait mais un tour d’état ou de passif, traité sur la page du participe.

Peut-on dire ég hef komið í gær ?

Non. Dès qu’un moment précis du passé est nommé, l’islandais emploie le prétérit : ég kom í gær. Le parfait sert à regarder le passé depuis maintenant, sans le dater. C’est le point où le passé composé français induit le plus d’erreurs, parce qu’il autorise les deux emplois.

Comment dit-on simplement « je vais faire quelque chose » ?

Avec ætla að suivi de l’infinitif : ég ætla að fara, « je vais partir ». C’est la tournure de la conversation courante pour tout ce qui est décidé. Le présent seul, accompagné d’un adverbe comme á morgun, fait aussi parfaitement l’affaire.

L’auxiliaire munu est-il vraiment utile à un débutant ?

Pour comprendre, oui : il revient dans la presse, les bulletins et les textes officiels. Pour parler, il n’est pas nécessaire au début, et une phrase comme ég mun koma á morgun sonne nettement plus solennelle que ég kem á morgun. Mieux vaut le reconnaître que le produire.

Quelle différence entre ég hef borðað et ég er búinn að borða ?

Les deux se traduisent par « j’ai mangé ». Le premier range le fait dans l’expérience du locuteur ; le second insiste sur l’achèvement, le repas terminé, et c’est lui que l’on entend le plus souvent à l’oral. Attention : búinn s’accorde avec le sujet, et devient búin si c’est une femme qui parle.

Pourquoi la forme après hafa ne s’accorde-t-elle jamais ?

Parce que ce n’est pas un participe mais un supin, une forme figée au neutre singulier. Le participe passé islandais, lui, s’accorde en genre, en nombre et en cas, mais il n’apparaît pas dans cette construction. La distinction est expliquée en détail sur la page du passif et du participe.

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