L’islandais n’a aucun équivalent de « est-ce que » : pour poser une question, on fait simplement passer le verbe devant le sujet. Une dizaine de mots commençant par hv- ouvrent ensuite toutes les autres questions.
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Prenez une phrase islandaise ordinaire, échangez la place du verbe et celle du sujet : vous avez une question. Rien à ajouter, rien à conjuguer autrement, aucun mot supplémentaire.
| Affirmation | Question | Français |
|---|---|---|
| þú talar íslensku | Talar þú íslensku? | parles-tu islandais ? |
| þetta er rétt | Er þetta rétt? | est-ce exact ? |
| hún kemur í kvöld | Kemur hún í kvöld? | vient-elle ce soir ? |
| þú vilt kaffi | Vilt þú kaffi? | veux-tu du café ? |
| þú átt bíl | Átt þú bíl? | as-tu une voiture ? |
| hann skilur mig | Skilur hann mig? | me comprend-il ? |
Le procédé est celui du français soutenu, « parles-tu islandais ? », à cette différence près qu’il est la seule façon de faire. L’islandais n’a pas de « est-ce que » à mettre devant la phrase, et il n’a pas non plus d’auxiliaire interrogatif comme l’anglais. Le francophone qui apprend l’islandais après l’anglais cherche souvent ce petit mot qui manque : il n’existe pas, et il n’en faut pas.
Trois précisions de périmètre, pour que cette page reste lisible. La règle qui veut que le verbe islandais occupe la deuxième place de la phrase, et qui explique aussi des inversions dans des phrases qui ne sont pas des questions, est décrite à la page de l’ordre des mots. La place de la négation dans une question appartient à la page de la négation. Enfin, vous entendrez þú se coller au verbe et donner ertu, viltu, áttu : cette soudure est décrite avec les pronoms personnels, et les formes séparées employées ici sont tout aussi correctes.
Toutes les autres questions commencent par un mot en hv-. La série est courte, et elle a l’avantage d’être reconnaissable à l’oreille dès les premières leçons : ces deux lettres signalent une question comme notre « qu- » le fait dans « quoi », « quand », « quel ».
| Mot | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| hvað | quoi, que | Hvað er þetta? — « Qu’est-ce que c’est ? » |
| hver | qui, lequel | Hver er þetta? — « Qui est-ce ? » |
| hvaða | quel (devant un nom) | Hvaða dagur er í dag? — « Quel jour sommes-nous ? » |
| hvar | où (lieu) | Hvar er bankinn? — « Où est la banque ? » |
| hvert | où (direction) | Hvert ferð þú? — « Où vas-tu ? » |
| hvaðan | d’où | Hvaðan ert þú? — « D’où viens-tu ? » |
| hvenær | quand | Hvenær kemur hann? — « Quand vient-il ? » |
| hvernig | comment | Hvernig hefur þú það? — « Comment vas-tu ? » |
| hvers vegna | pourquoi | Hvers vegna ert þú hér? — « Pourquoi es-tu ici ? » |
| af hverju | pourquoi (courant) | Af hverju ert þú hér? — « Pourquoi es-tu ici ? » |
| hversu | combien, à quel point | Hversu gamall ert þú? — « Quel âge as-tu ? » |
| hvort | si (question rapportée) | Veist þú hvort hann kemur? — « Sais-tu s’il vient ? » |
Le mot interrogatif occupe la première place de la phrase, et le verbe garde la deuxième : le sujet se retrouve donc derrière le verbe, comme dans la question sans mot interrogatif. Hvenær kemur hann? et non l’ordre du français parlé « quand il vient ? ».
Il y a une exception apparente, et elle ne coûte rien : quand le mot interrogatif est lui-même le sujet, il n’y a personne à repousser, et la phrase ressemble à une affirmation.
Deux mots méritent d’être distingués tout de suite, parce que le français les confond sous « pourquoi » et « combien ». Hvers vegna et af hverju sont interchangeables, le second étant simplement plus courant dans la conversation. Et pour demander une quantité, l’islandais emploie le plus souvent hvað suivi d’un adjectif : Hvað ert þú gamall?, mot à mot « quoi es-tu vieux ? », pour « quel âge as-tu ? » — gömul si la question s’adresse à une femme.
C’est le cœur de la page, et le seul endroit où l’islandais demande un vrai effort de mémoire. Nos mots interrogatifs varient peu : « qui » ne change jamais, « quel » s’accorde en genre et en nombre. L’islandais, lui, décline hver aux quatre cas, parce que celui qu’on interroge peut être sujet, objet direct, objet indirect ou possesseur.
| Cas | Masculin | Féminin | Neutre |
|---|---|---|---|
| nominatif | hver | hver | hvað |
| accusatif | hvern | hverja | hvað |
| datif | hverjum | hverri | hverju |
| génitif | hvers | hverrar | hvers |
La première chose à remarquer est dans la colonne de droite : le neutre de hver est hvað. Les deux mots que vous avez appris séparément comme « qui » et « quoi » sont en réalité deux formes du même mot, l’une pour les êtres, l’autre pour les choses. Ce n’est pas une curiosité : cela explique pourquoi les formes du datif et du génitif se ressemblent tant d’un sens à l’autre.
Au pluriel, le nominatif est hverjir au masculin, hverjar au féminin et hver au neutre. On les emploie quand on attend plusieurs personnes ou plusieurs choses en réponse.
Le troisième exemple est celui qui demande le plus d’attention. Hverjum est un datif, et ce datif est là parce que le verbe « donner » demande un datif pour la personne à qui l’on donne. Autrement dit, la forme du mot interrogatif ne dépend pas de la question : elle dépend de la fonction que la réponse occuperait dans la phrase. Le raisonnement est le même que pour n’importe quel nom, et la méthode pour trouver le cas juste est exposée à la page des quatre cas.
Le quatrième exemple contourne une difficulté avec élégance. Pour demander « à qui est cette voiture ? », l’islandais ne cherche pas un possessif interrogatif : il demande Hver á þennan bíl?, « qui possède cette voiture ? ». C’est la tournure la plus sûre pour un débutant.
Face à cette déclinaison, hvaða est un soulagement : il est invariable. Il se place devant un nom et ne change ni au féminin, ni au pluriel, ni d’un cas à l’autre. C’est le nom qui suit, lui, qui prend le cas exigé par sa fonction.
Comparez la deuxième et la troisième phrase : bók et bíl sont tous deux compléments d’objet, et hvaða reste identique tandis que le nom se met à l’accusatif. Dans la quatrième, la préposition í impose un datif à hús, qui devient húsi ; le mot interrogatif, encore une fois, ne bouge pas. Voilà la règle pratique : hver s’emploie seul et se décline, hvaða s’emploie devant un nom et ne se décline pas.
Un dernier mot, pour éviter une confusion. Hvor, qui ressemble à hver, signifie « lequel des deux » : Hvor er betri?, « lequel des deux est le meilleur ? ». On le réserve donc au choix entre deux éléments.
Voici le piège le plus régulier de cette page, et il ne tient pas à la grammaire mais au français. Nous disons « où » dans trois situations que l’islandais distingue strictement, comme l’anglais distingue where de where to.
| Mot | Question posée | Exemple |
|---|---|---|
| hvar | l’endroit où l’on est | Hvar býrð þú? — « Où habites-tu ? » |
| hvert | l’endroit où l’on va | Hvert ferð þú? — « Où vas-tu ? » |
| hvaðan | l’endroit d’où l’on vient | Hvaðan ert þú? — « D’où viens-tu ? » |
Employer hvar à la place de hvert ne rend pas la phrase incompréhensible, mais cela s’entend immédiatement, et c’est la marque la plus sûre du francophone débutant. Le réflexe à installer est simple : s’il y a un déplacement dans la question, ce n’est pas hvar.
Voici celles qui servent dès le premier jour, dans un magasin, dans la rue, au téléphone. Elles se mémorisent comme des blocs, sans être démontées.
Notez les deux premières. Là où le français demande « comment t’appelles-tu ? », l’islandais demande « quoi t’appelles-tu ? », et pour l’heure il demande « quoi est l’horloge ? ». Chercher à traduire mot pour mot depuis le français conduit ici à hvernig, qui n’est pas le mot attendu. C’est l’exemple parfait d’une tournure qu’il faut prendre telle quelle.
Quand la question n’est plus posée directement mais racontée — « sais-tu où il habite ? », « je ne sais pas ce que cela veut dire » — l’islandais garde le mot en hv- et abandonne l’inversion. Dans la partie rapportée, le sujet revient devant le verbe.
Le contraste entre hvar býr hann et hvar hann býr est l’un des plus instructifs de la page : le même mot interrogatif, le même verbe, et deux ordres différents selon que la question est posée ou rapportée. Le français fait quelque chose de comparable à l’écrit soigné, et c’est un appui inattendu.
Quand la question rapportée attend un oui ou un non, il n’y a pas de mot en hv- à reprendre : on introduit alors la subordonnée par hvort, qui correspond à notre « si ».
Attention à ne pas employer ici ef, qui traduit aussi « si » mais seulement dans le sens d’une condition, « si tu viens, je reste ». Les deux « si » du français sont deux mots différents en islandais, et hvort est celui de la question.
Les réponses brèves sont d’une simplicité bienvenue. Já pour oui, nei pour non, et le reste de la phrase si l’on veut être aimable.
Il existe un troisième mot, jú, qui sert à contredire une question posée négativement, comme notre « si ». Il appartient à la page de la négation, avec le reste de ce qui nie.
Trois erreurs reviennent, et elles se corrigent vite.
Ajouter un mot devant la phrase pour marquer la question. Il n’y a rien à ajouter : l’inversion suffit, et elle est obligatoire. Talar þú íslensku? et non une phrase affirmative suivie d’un point d’interrogation.
Employer hvernig pour demander un nom ou une heure. Ce sont des questions en hvað : Hvað heitir þú?, Hvað er klukkan?. Hvernig demande la manière, et sert surtout dans Hvernig hefur þú það?.
Oublier que hver se décline. Hver sást þú? est reconnaissable comme une faute d’étranger : il faut Hvern sást þú?, à l’accusatif, parce que la personne cherchée est le complément d’objet du verbe. Rien d’équivalent n’existe en français, et c’est le point qui demande le plus de répétitions.
Pour la place du verbe dans les phrases qui ne sont pas des questions, voyez l’ordre des mots ; la grammaire de l’islandais situe l’interrogation parmi les autres mécanismes de la langue.
Une question mal construite se répare en une seconde, si l’on l’a entendue mille fois. Ces tournures sont les premières que l’on a besoin de produire soi-même, et non seulement de comprendre : demander l’heure, un prix, un chemin, un nom. C’est ce que travaille le cours d’islandais, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : les questions y sont posées et reçues dans des dialogues, avec leur ordre et leur mélodie propres. La première leçon est gratuite, la suite se poursuit par abonnement.
Choisissez le mot interrogatif, la forme ou l’ordre qui convient. Touchez une réponse, puis Correction.
Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
En faisant passer le verbe devant le sujet : þú talar íslensku devient Talar þú íslensku? Il n’y a pas d’équivalent de « est-ce que » à placer devant la phrase, ni d’auxiliaire à ajouter comme en anglais.
Hver interroge sur une personne et se décline ; hvað est en réalité son neutre et interroge sur une chose ; hvaða se place devant un nom, au sens de « quel », et ne change jamais de forme. Hvaða bók vilt þú? mais Hvað vilt þú?
Parce que la personne cherchée est le complément d’objet du verbe, et qu’elle se met donc à l’accusatif : hvern. Le mot interrogatif prend la forme que la réponse aurait dans la phrase. D’où aussi Hverjum gafst þú bókina?, au datif, avec un verbe qui demande un datif.
Parce que l’islandais sépare le lieu, la direction et l’origine. Hvar demande où l’on est, hvert où l’on va, hvaðan d’où l’on vient. Employer hvar pour un déplacement s’entend immédiatement.
Hvað heitir þú?, mot à mot « quoi t’appelles-tu ? ». Le francophone est tenté par hvernig, « comment », qui n’est pas le mot employé ici. Même remarque pour l’heure : Hvað er klukkan?
Oui, et dans le sens inverse de ce qu’on attend : l’inversion disparaît. Hvar býr hann? devient Veist þú hvar hann býr?, avec le sujet devant le verbe. Pour une question rapportée à laquelle on répond oui ou non, on emploie hvort, et non ef, qui exprime la condition.
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