L’islandais n’a pas de mot pour dire « le » : il accroche l’article à la fin du nom et le décline avec lui. Il n’a pas non plus d’article indéfini, et la forme nue du nom en tient lieu.
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La bonne nouvelle d’abord : l’islandais n’a aucun article indéfini. Pas de un, pas de une, pas de des, rien à accorder, rien à choisir. Pour dire « un livre », on dit bók, et c’est tout.
La mauvaise ensuite : l’article défini existe, mais ce n’est pas un mot. Il se colle à la fin du nom, il se décline avec lui, et il modifie parfois la dernière syllabe au passage. Un francophone cherche un petit mot devant, comme le ou la ; il n’y en a pas, et l’information qu’il cherche se trouve à l’autre bout du mot.
Toute l’opposition tient donc entre une forme nue et une forme suffixée. C’est une gymnastique de lecture à installer tôt : l’islandais met à la fin du mot ce que le français met devant, et la fin du mot est précisément là où se trouvent déjà les désinences de cas. Les deux informations s’empilent.
Elles s’empilent au point que le cas est souvent marqué deux fois. Dans hestsins, « du cheval », le nom porte son propre génitif, hests, et l’article porte le sien, -ins. Rien n’est redondant pour un Islandais : c’est un seul bloc, appris comme tel. Et dans un mot composé, l’article se pose à la fin de l’ensemble : barnabók « un livre pour enfants » donne barnabókin.
L’article ajouté n’est pas une syllabe unique : il a, comme le nom, une forme par cas, par genre et par nombre. Le tableau ci-dessous donne ces éléments seuls, avant toute soudure. Aux trois nominatifs du singulier on reconnaît les trois genres : -inn au masculin, -in au féminin, -ið au neutre.
| Cas | Masculin | Féminin | Neutre |
|---|---|---|---|
| Nominatif singulier | -inn | -in | -ið |
| Accusatif singulier | -inn | -ina | -ið |
| Datif singulier | -inum | -inni | -inu |
| Génitif singulier | -ins | -innar | -ins |
| Nominatif pluriel | -nir | -nar | -in |
| Accusatif pluriel | -na | -nar | -in |
| Datif pluriel | -num | -num | -num |
| Génitif pluriel | -nna | -nna | -nna |
Au pluriel, les trois genres se rejoignent sur deux cases : le datif en -num et le génitif en -nna sont les mêmes partout. C’est une simplification bienvenue, et ce sont pourtant les deux formes que les débutants écrivent le plus souvent de travers, parce qu’elles impliquent une soudure.
Une voyelle en absorbe une autre. Si le nom finit déjà par une voyelle, le i de l’article disparaît. On ne dit pas « hestiinum » mais hestinum, et l’on écrit tíminn, konan, augað, sögunni.
Au datif pluriel, le m du nom s’efface. La désinence de datif pluriel est -um pour tous les noms islandais ; l’article y est -num, et le résultat est -unum : hestum donne hestunum, bókum donne bókunum, börnum donne börnunum. Cette syllabe -unum est une signature : dès que vous la voyez, vous savez que vous avez un datif pluriel défini sous les yeux, quel que soit le genre.
Au génitif pluriel, c’est toujours -anna. La désinence du nom, -a, plus l’article -nna : hestanna, bókanna, barnanna. Même remarque : cette terminaison-là ne peut rien être d’autre.
Les consonnes doubles restent doubles. Un nom qui finit par -nn ou -ll ne perd rien : steinn « la pierre » donne steinninn, avec trois n à la suite, et fjall donne fjallið. La forme paraît invraisemblable ; elle est parfaitement régulière.
Voici, aux quatre cas et aux deux nombres, un nom de chaque genre muni de son article. Ces trois colonnes recouvrent l’essentiel de ce qu’on lit dans une journée de journal.
| Cas | hestur, le cheval | bók, le livre | barn, l’enfant |
|---|---|---|---|
| Nominatif singulier | hesturinn | bókin | barnið |
| Accusatif singulier | hestinn | bókina | barnið |
| Datif singulier | hestinum | bókinni | barninu |
| Génitif singulier | hestsins | bókarinnar | barnsins |
| Nominatif pluriel | hestarnir | bækurnar | börnin |
| Accusatif pluriel | hestana | bækurnar | börnin |
| Datif pluriel | hestunum | bókunum | börnunum |
| Génitif pluriel | hestanna | bókanna | barnanna |
Trois observations valent d’être faites sur ce tableau, parce qu’elles font gagner du temps. D’abord, bókarinnar est la forme la plus longue du lot, et ce n’est pas un accident : le féminin a le génitif singulier le plus fourni des trois genres, et l’article l’allonge encore. Ensuite, le neutre n’a que cinq formes distinctes sur huit, puisque son nominatif et son accusatif sont toujours identiques ; le détail de ce genre est à la page des noms neutres. Enfin, une même terminaison ne dit jamais rien à elle seule : c’est le couple radical plus terminaison qui se lit.
Une méthode, pour finir, plutôt qu’un effort de mémoire. On ne retient pas ces vingt-quatre formes en bloc : on retient la forme nue du nom, puis on lui applique le tableau de la section précédente. C’est pour cette raison que les pages de déclinaison viennent d’abord, et que celle-ci vient ensuite.
La dernière phrase est un bon résumé de la page : barninu est défini et décliné au datif, bók est nu, et le français rend le premier par deux mots et le second par deux mots aussi, mais pas les mêmes.
À côté de l’article soudé, l’islandais garde un article libre, placé devant le nom : hinn au masculin, hin au féminin, hið au neutre. C’est de lui que vient l’article suffixé, dont il est l’ancêtre direct, et la ressemblance des formes se voit à l’œil nu.
Il n’appartient pas à la langue ordinaire. On le lit dans les titres, dans les noms officiels, dans la prose soignée et dans la poésie ; on ne l’entend pratiquement pas dans une conversation, où l’article collé fait tout le travail. Un débutant n’a donc pas à le produire : il a seulement à le reconnaître, pour ne pas le prendre pour un mot inconnu.
Son terrain habituel est la place devant un adjectif, et cette construction est traitée à la page de l’adjectif faible, avec la règle qui la gouverne. Retenez seulement ceci, qui suffit pour l’instant : un adjectif placé devant un nom défini passe à la forme faible, et le détail de ce point n’est pas ici.
Dernière remarque, et elle est d’usage courant : le même mot sert aussi à dire « l’autre ». Dans cet emploi, il n’a rien de littéraire et s’entend tous les jours, notamment dans les expressions qui désignent l’autre côté ou l’autre versant d’une question.
Savoir former bókin ne dit pas quand il faut dire bókin plutôt que bók. Or c’est là que se jouent les vraies fautes, et elles vont dans les deux sens : tantôt l’islandais met une forme définie là où le français ne met rien, tantôt il ne met rien là où le français exige un article.
Pas de partitif. Le français ne peut pas dire « je bois café » ; l’islandais ne peut pas dire autre chose. Devant une matière ou une quantité indéterminée, le nom reste nu, et lui ajouter l’article change le sens : il désigne alors un café précis, celui de la tasse posée devant vous.
Le général se dit au pluriel nu. Pour parler d’une catégorie entière, le français met un article défini pluriel : « j’aime les chevaux ». L’islandais ne met rien du tout. Ajouter l’article restreindrait la phrase à des chevaux identifiés, ceux du pré d’à côté.
La seconde phrase est instructive de bout en bout : le français met un article sur le nom du pays et un autre devant île, l’islandais n’en met aucun des deux. Les noms de pays restent nus, à quelques exceptions près dont il est question plus bas.
Avec un possessif. C’est le point qui surprend le plus. Là où le français dit « ma voiture », l’islandais dit l’équivalent de « la voiture mienne » : le nom porte son article, et le possessif se place après lui. Les noms de personnes proches font exception et restent nus. Les formes du possessif lui-même sont traitées à la page des possessifs.
Des noms qui ne quittent jamais la forme définie. Quelques noms propres portent l’article en permanence, et il faut les apprendre ainsi. Le nom islandais des États-Unis, Bandaríkin, est un pluriel défini : il n’existe pas sans son article, de même que le français ne dit pas « États-Unis » tout seul.
Les jours de la semaine. Pour situer un événement, l’islandais emploie une forme définie là où le français se contente du nom nu. On dit á mánudaginn pour « lundi », avec l’article collé, alors que le français ne met rien du tout devant le jour.
Chercher un mot devant le nom. Il n’y en a pas, et il n’y en aura pas. Tant que l’œil cherche l’article au début, il lit deux fois chaque phrase.
Traduire « un » par un mot. L’islandais possède bien einn, mais c’est le nombre un, et l’employer pour rendre l’article français donne une phrase qui compte au lieu de présenter. Ég á bók suffit à dire « j’ai un livre ».
Oublier de décliner le nom sous l’article. L’article ne dispense de rien : on dit í bókinni et non « í bókin ». Le nom garde sa propre terminaison de cas, et l’article se pose par-dessus.
Rater les deux soudures du pluriel. hestunum et hestanna sont les deux formes que l’on écrit mal le plus longtemps. Les apprendre comme deux blocs, -unum et -anna, évite de les recalculer chaque fois.
Coller l’article sur un générique. C’est la faute la plus fréquente chez les francophones, parce que notre langue met un article partout. Ég drekk kaffið est une phrase correcte, mais elle ne signifie pas « je bois du café » : elle parle d’un café précis, et votre interlocuteur cherchera lequel.
Ce point-là s’acquiert par l’oreille plus vite que par le tableau. Savoir produire börnunum est une chose ; entendre qu’une phrase sonne faux parce qu’un nom y est nu là où il devrait être défini en est une autre, et c’est celle qui compte dans une conversation. Des phrases entendues et répétées installent ce réflexe bien plus sûrement que les vingt-quatre cases ci-dessus, et c’est exactement le travail que fait un cours entièrement audio.
Une seule forme est correcte dans chaque série ; touchez ensuite Correction pour voir le détail.
Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
bók, sans rien ajouter. L’islandais n’a pas d’article indéfini : la forme nue du nom suffit, au singulier comme au pluriel. Le mot einn existe, mais c’est le nombre un, et il compte au lieu de présenter.
Oui, comme le nom. Le cas se trouve donc marqué deux fois : dans hestsins, le nom porte son génitif et l’article le sien. Ce n’est pas une difficulté supplémentaire en pratique, car les deux terminaisons s’apprennent comme un seul bloc.
Parce que deux voyelles ne se suivent pas : le datif singulier du nom finit par i, et ce i absorbe celui de l’article. La même soudure donne tíminn, konan et augað.
Non, et c’est même l’erreur la plus fréquente chez les francophones. Devant une matière ou une catégorie entière, le nom islandais reste nu. Ég drekk kaffi veut dire « je bois du café » ; Ég drekk kaffið veut dire que vous buvez un café bien précis.
Dans les titres, les noms officiels, la prose soignée et la poésie. La conversation ordinaire l’ignore et se sert de l’article collé. Un débutant a seulement besoin de le reconnaître à la lecture. Le même mot sert par ailleurs, et très couramment, à dire « l’autre ».
Parce que l’islandais met le nom à la forme définie et place le possessif derrière : mot pour mot, « la voiture mienne ». Les noms de proches échappent à la règle et restent nus, comme mamma mín.
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