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Cours de langues›Le génitif

Le génitif : deux noms qui se suivent, et aucun mot pour « de »

« Le livre de Jón » se dit en deux mots, sans la moindre préposition. Ce que le français confie au mot « de », l’islandais l’écrit dans la finale du possesseur.

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Le cas qui relie un nom à un autre nom

Le génitif islandais, eignarfall, est la forme que prend un nom quand il vient en compléter un autre. Sa particularité, pour un francophone, n’est pas sa terminaison : c’est l’absence totale de petit mot devant lui.

Comparez les deux langues sur l’exemple le plus banal. « Le livre de Jón » compte quatre mots en français, dont un, « de », dont le seul travail est de signaler le lien. L’islandais dit bók Jóns, deux mots, et le lien se lit dans le s final du prénom. Retirez ce s et la phrase ne veut plus rien dire : il n’y a rien d’autre pour porter l’information.

C’est le premier réflexe à installer, et il va contre toutes vos habitudes. Un francophone qui construit une phrase islandaise cherche spontanément où placer « de », et se demande s’il faut employer af ou frá. La réponse est : aucun des deux. Le génitif est la préposition. Cette page décrit les endroits où il apparaît, dans l’ordre où vous les rencontrerez : entre deux noms, après une poignée de prépositions, après quelques verbes, et dans les expressions de quantité.

Une précision de périmètre, parce qu’elle vous évitera de chercher ici ce qui se trouve ailleurs. Les terminaisons du génitif ne figurent pas sur cette page : elles dépendent du genre et de la classe du nom, et elles sont rangées avec les autres formes sur les pages de déclinaison, rangées par genre. La place de ce cas parmi les trois autres et la méthode pour identifier un cas dans une phrase sont traitées ailleurs, et les deux pages sont liées au bas de cette section.

Retenez seulement ceci sur la forme : le génitif est, des quatre cas, celui dont la terminaison se devine le moins. C’est la raison pour laquelle les dictionnaires islandais l’indiquent juste à côté de l’entrée, au lieu de laisser le lecteur la reconstituer. Quand vous apprenez un nom nouveau, c’est la forme à retenir avec lui.

Deux noms côte à côte : l’appartenance

C’est l’emploi central, et le plus simple à produire. On nomme d’abord la chose, ensuite le propriétaire, et le propriétaire passe au génitif. L’ordre est donc exactement celui du français, à ceci près qu’il n’y a rien entre les deux mots.

Deux observations sur ces exemples, et elles comptent plus que la liste elle-même.

Le nom possédé reste le plus souvent nu. On dit bók Jóns et non bókin Jóns : le groupe est déjà déterminé par le possesseur, et l’islandais n’ajoute pas son article par-dessus. Le possesseur, en revanche, garde le sien quand il en a un, et c’est ce qui explique la longue finale de þak hússins, « le toit de la maison » : le mot « maison » y est défini, et l’article collé à la fin du mot se met lui aussi au génitif.

Les prénoms se déclinent comme les autres noms. C’est là que le génitif se rencontre le plus souvent dans une conversation ordinaire, parce que les Islandais s’adressent les uns aux autres par le prénom en toute circonstance. Jón devient Jóns, María devient Maríu, Sigurður devient Sigurðar. Un francophone qui laisse le prénom invariable produit une phrase immédiatement bancale, du même ordre qu’un « le livre Jean » en français.

Attention à ne pas étendre l’emploi trop loin. « Mon livre » n’est pas un génitif : la possession par un pronom se dit avec un possessif, bókin mín, et cela relève des possessifs. Le génitif de cette page sert à relier deux noms, pas à traduire « mon », « ton » ou « son ».

Les prépositions qui l’exigent

Un petit groupe de prépositions réclame toujours un génitif, sans jamais varier. Elles sont peu nombreuses, mais deux d’entre elles font partie des mots les plus fréquents de la langue, et vous les direz le premier jour.

Les prépositions à génitif fixe
PrépositionSensExempleTraduction
tilvers, à, chez (destination)til Íslandsen Islande, vers l’Islande
tilchez (une personne)til læknischez le médecin
ánsanskaffi án sykursun café sans sucre
vegnaà cause de, en raison delokað vegna veðursfermé à cause du temps
millientremilli Reykjavíkur og Akureyrarentre Reykjavík et Akureyri
aukoutre, en plus deauk þessen outre, de plus
meðalparmimeðal vinaparmi des amis
utanen dehors deutan Reykjavíkuren dehors de Reykjavík

Til est la plus utile des huit. C’est elle qui exprime le déplacement vers un lieu nommé, et elle explique une bonne partie des formes que vous lirez sur les panneaux routiers islandais : til Reykjavíkur, til Akureyrar. Un voyageur qui ne connaît la ville que sous sa forme de base croit voir un autre nom. Ces formes figées, prises comme du vocabulaire de panneau, sont réunies sur la page consacrée à la prononciation des noms de lieux ; ici, l’essentiel est de savoir pourquoi elles changent.

Vegna mérite une remarque de construction. Elle se place très souvent après son complément, ce qui surprend la première fois : þess vegna, « c’est pourquoi », littéralement « à cause de cela », et mín vegna, « en ce qui me concerne ». Le complément est bien au génitif dans les deux cas, simplement il précède. La conjonction vegna þess að, « parce que », est bâtie sur la même préposition et s’apprend comme un bloc.

Deux exemples valent d’être mémorisés tels quels parce qu’ils reviennent tous les jours en Islande. Lokað vegna veðurs, « fermé à cause du temps », se lit sur une porte ou un panneau de route dès que le vent se lève. Et kaffi án sykurs s’entend au comptoir, comme án mjólkur, « sans lait ». Le génitif, dans ces phrases, n’a rien de savant : c’est la forme ordinaire d’une commande.

Les autres prépositions islandaises se répartissent entre l’accusatif et le datif, et plusieurs acceptent les deux en changeant de sens. Cette alternance, qui est le vrai nœud du sujet, est traitée sur la page des prépositions et des cas. Les huit prépositions ci-dessus ont au moins ce mérite : elles ne vous demandent jamais de choisir.

Les verbes qui appellent un génitif

Ils sont peu nombreux, et c’est heureux, car rien ne les annonce. Mais ceux qui existent sont d’un usage constant, et l’un d’eux inverse les rôles par rapport au français, ce qui en fait une des erreurs les plus tenaces.

Quelques verbes courants qui régissent le génitif
VerbeSensExempleTraduction
saknamanquer à quelqu’unég sakna þíntu me manques
bíðaattendreég bíð þínje t’attends
njótaprofiter de, jouir denjóta lífsinsprofiter de la vie
leitachercherleita hjálparchercher de l’aide
krefjastexigerkrefjast svarsexiger une réponse
gætagarder, surveillergæta barnannagarder les enfants

Le piège de sakna. En français, c’est la personne absente qui est sujet : « tu me manques ». En islandais, c’est celui qui ressent le manque : ég sakna þín, mot à mot « je manque de toi ». Les deux rôles sont exactement inversés, et un francophone pressé produit la phrase à l’envers, ce qui aboutit à déclarer à quelqu’un qu’il vous manque alors qu’on voulait dire le contraire. La forme ég sakna þín mérite d’être apprise comme un bloc, avec ses variantes ég sakna hans et ég sakna hennar.

Deux verbes ont une doublure prépositionnelle. Pour « attendre », bíða suivi d’un génitif coexiste avec bíða eftir suivi d’un datif, et c’est cette seconde tournure que vous entendrez le plus souvent dans la rue : ég bíð eftir þér. De même, leita avec génitif voisine avec leita að suivi d’un datif. Le génitif n’est donc pas faux, mais il sonne plus ramassé, un peu plus écrit. Savoir que les deux existent évite de croire que l’on a mal entendu.

Pour le reste, l’immense majorité des verbes islandais gouvernent un accusatif ou un datif. Le génitif est ici une petite classe fermée : six verbes appris une fois pour toutes, et vous en aurez fait le tour.

Les quantités et les parties d’un ensemble

Troisième domaine du génitif : dire de quoi une quantité est faite, ou de quel ensemble un élément est extrait. Un nom de mesure, de groupe ou de nombre appelle le génitif de ce qu’il compte, sans préposition, toujours selon le même principe que bók Jóns.

La série einn þeirra, margir þeirra, enginn þeirra est la plus rentable de toutes : un seul mot au génitif, þeirra, « d’eux », et vous disposez de la construction partitive complète. Il existe la même forme pour « de nous », okkar, et pour « de vous », ykkar.

En revanche, ne généralisez pas. Le français emploie « de » pour toutes les quantités, l’islandais non : « beaucoup de café » se dit avec une préposition suivie d’un datif, mikið af kaffi, et non avec un génitif. Le partage n’est pas intuitif, et c’est l’une des raisons pour lesquelles le génitif paraît rare à l’oreille alors que le français aurait mis un « de » partout.

Un cas qui recule, et ce qui prend sa place

Des quatre cas islandais, le génitif est le moins employé dans la conversation courante. Il ne disparaît pas, et rien de ce qui précède n’est en train de tomber en désuétude : mais là où le français mettrait mécaniquement « de », la langue parlée dispose de deux autres solutions qu’elle préfère souvent. Les connaître vous évitera de produire des génitifs corrects mais laborieux là où un Islandais fait autrement.

Le mot composé. Beaucoup de relations que le français exprime par « de » sont rendues en islandais par un seul mot, formé en soudant les deux éléments. Un « livre pour enfants » n’est pas un groupe de deux noms, c’est barnabók. Ce procédé est la ressource principale de la langue pour nommer les choses, et il fait reculer le génitif par le simple fait qu’il l’absorbe : la marque de génitif est souvent encore là, mais à l’intérieur du mot, où elle ne se choisit plus.

La préposition á suivie d’un datif. C’est la tournure de l’oral pour les relations de partie à tout, celles où le français dit « le toit de la maison », « le titre du livre », « la portière de la voiture ». Là où la langue écrite peut construire un génitif, la conversation préfère très souvent ceci :

Notez au passage que le nom possédé porte ici son article collé, alors qu’il restait nu dans bók Jóns. Les deux constructions ne se mélangent pas : ou bien deux noms et un génitif, ou bien un nom déterminé suivi de á et d’un datif.

Reste une survivance que vous croiserez avant tout le reste, et qui n’est plus vraiment un cas : le génitif logé dans les patronymes. Jónsson et Jónsdóttir contiennent le génitif du prénom du père, figé une fois pour toutes ; personne ne le décline plus et personne ne l’analyse. Le système des noms islandais est décrit ailleurs, et ce s est tout ce que le génitif y a laissé.

Le génitif s’attrape dans des phrases, pas dans une colonne de terminaisons. C’est particulièrement vrai de ce cas-ci, dont les formes se devinent mal et dont les emplois tiennent à quelques dizaines de mots très fréquents : til, án, vegna, þeirra, sakna. Entendues assez souvent, ces tournures se reproduisent sans calcul. C’est la méthode du cours d’islandais, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : la première leçon est gratuite, la suite se poursuit par abonnement. Cette page reste à côté pour expliquer ce que votre oreille enregistre.

Exercices : reconnaître et produire un génitif

Chaque phrase demande la forme du mot qui complète un autre nom, ou qui suit une préposition ou un verbe à génitif. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. bók ___ (le livre de Jón)
  2. hús ___ (la maison de María)
  3. kaffi án ___ (un café sans sucre)
  4. Lokað vegna ___ (fermé à cause du temps)
  5. Ég fer til ___ (je vais en Islande)
  6. Ég sakna ___ (tu me manques)
  7. Ég bíð ___ (je t’attends)
  8. milli Reykjavíkur og ___ (entre Reykjavík et Akureyri)
  9. þak ___ (le toit de la maison)
  10. Ég vil njóta ___ (je veux profiter de la vie)
  11. bíll ___ (la voiture de papa)
  12. dóttir ___ (la fille de Sigurður)
  13. einn ___ (l’un d’entre eux)
  14. auk ___ (en outre, de plus)
  15. fjöldi ___ (une foule de touristes)
  16. kaffi án ___ (un café sans lait)
  17. leita ___ (chercher de l’aide)
  18. Comment se dit « la maison de Jón » ? ___

Toute la grammaire de l’islandais, point par point

Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.

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Questions fréquentes

Comment dit-on « le livre de Jón » en islandais ?

Bók Jóns, en deux mots. Il n’y a rien à mettre entre les deux : le lien que le français confie à « de » est porté par la terminaison du possesseur, qui passe au génitif. Chercher une préposition à placer là est l’erreur la plus fréquente des débutants francophones.

Faut-il mettre l’article sur le nom possédé ?

Le plus souvent non. On dit bók Jóns et non bókin Jóns : le groupe est déjà déterminé par le possesseur. C’est le possesseur, lui, qui peut porter son article, et celui-ci se met alors au génitif comme le nom, ce qui donne des finales longues du type þak hússins.

Quelles prépositions demandent le génitif ?

Un petit groupe fermé, dont les plus utiles sont til (vers, chez), án (sans), vegna (à cause de) et milli (entre). S’y ajoutent auk, meðal et utan. Elles ont l’avantage de ne jamais changer de cas selon le sens.

Pourquoi dit-on « ég sakna þín » et non un accusatif ?

Parce que le verbe sakna régit le génitif, et parce que les rôles sont inversés par rapport au français. La phrase signifie mot à mot « je manque de toi » et se traduit par « tu me manques ». Le cas s’apprend avec le verbe : rien dans la forme du verbe ne l’annonce.

Le génitif est-il encore vivant dans la langue parlée ?

Oui, mais il est le moins employé des quatre cas. Il reste indispensable après til, án ou vegna et avec les prénoms. En revanche, pour les relations de partie à tout, la conversation préfère souvent á suivi d’un datif : þakið á húsinu plutôt qu’un génitif, et un mot composé remplace fréquemment un groupe de deux noms.

« Til Reykjavíkur » sur un panneau, est-ce un génitif ?

Oui. Til exige le génitif, et le nom de la ville y prend une forme allongée qui déroute les voyageurs. C’est le même phénomène pour til Akureyrar ou til Íslands. Les formes des principaux toponymes se retiennent comme du vocabulaire de panneau, sans avoir à les reconstruire à chaque fois.

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