Une douzaine de verbes islandais ne suivent ni le modèle faible ni le modèle fort, et ce sont exactement ceux dont vous aurez besoin dans votre première phrase. Certains ont un présent qui ressemble à un passé, et c’est là que tout se brouille.
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L’islandais range presque tous ses verbes dans deux systèmes réguliers : les faibles, qui suffixent une dentale, et les forts, qui changent la voyelle du radical. Une douzaine de verbes échappent aux deux, et la statistique est cruelle : ce sont les plus fréquents.
Ils se répartissent en deux groupes très inégaux. D’un côté quatre verbes isolés, vera « être », hafa « avoir », verða « devenir » et vilja « vouloir », chacun irrégulier à sa manière. De l’autre un groupe cohérent de huit verbes que les grammaires islandaises appellent núþálegar sagnir, les prétérito-présents : leur présent est, historiquement, un ancien prétérit, et il en a gardé la forme.
C’est ce second groupe qui désoriente le plus un francophone, parce que l’erreur qu’il provoque n’est pas une erreur de terminaison mais une erreur de temps. Devant ég á ou ég veit, une oreille française cherche une terminaison, n’en trouve pas, et conclut à un passé. Ce sont des présents, et ils signifient « je possède » et « je sais ».
La bonne nouvelle est que la liste est courte et close. Elle ne s’allongera pas, aucun verbe neuf ne vient s’y ajouter, et une fois ces douze verbes en place vous avez couvert la part la plus difficile du verbe islandais.
Aucun tableau de cette page ne sera aussi rentable que celui-ci. Remarquez qu’il n’y a pas un radical mais trois : er- au présent, var- au singulier du prétérit, vor- au pluriel du prétérit.
| Personne | Présent | Prétérit |
|---|---|---|
| ég | er | var |
| þú | ert | varst |
| hann, hún, það | er | var |
| við | erum | vorum |
| þið | eruð | voruð |
| þeir, þær, þau | eru | voru |
Trois choses à noter tout de suite. La première et la troisième personne sont identiques aux deux temps, ég er et hann er, ég var et hann var : le pronom n’est jamais facultatif. La deuxième personne du singulier se termine par -t au présent et par -st au prétérit. Et le pluriel du prétérit change de voyelle, comme chez un verbe fort.
L’impératif est vertu à une personne et verið à plusieurs. Le verbe possède en outre des formes de subjonctif, qui sont d’un usage très vivant en islandais et qui relèvent entièrement de la page du subjonctif.
Un mot sur la forme réduite. Dans la langue parlée, ert þú se prononce et s’écrit couramment ertu, avec le pronom soudé au verbe. C’est la forme que vous entendrez, et il faut la reconnaître comme deux mots.
Les trois autres irréguliers isolés sont moins retors que vera, mais chacun cache un détail qui se paie cher.
| Personne | hafa, avoir | verða, devenir | vilja, vouloir |
|---|---|---|---|
| ég | hef | verð | vil |
| þú | hefur | verður | vilt |
| hann, hún, það | hefur | verður | vill |
| við | höfum | verðum | viljum |
| þið | hafið | verðið | viljið |
| þeir, þær, þau | hafa | verða | vilja |
| Prétérit sg | hafði | varð | vildi |
| Prétérit pl | höfðum | urðum | vildum |
| Supin | haft | orðið | viljað |
Son irrégularité est concentrée dans le présent : ég hef et við höfum contre un infinitif en hafa. Le prétérit, lui, se comporte comme un verbe faible ordinaire. Ce verbe sert aussi d’auxiliaire, et c’est même son emploi le plus fréquent ; cette construction appartient à la page parfait et futur, où elle est traitée en entier.
La forme à surveiller est le pluriel du prétérit : hann varð mais við urðum, le v disparaît et la voyelle change. Le sens premier est « devenir », et c’est celui que vous emploierez d’abord : Hún verður læknir, « elle sera médecin ». Le verbe sert par ailleurs à exprimer l’obligation, emploi qui relève de la page parfait et futur.
Regardez la troisième personne du singulier : ég vil avec un seul l, hann vill avec deux. La différence est minuscule à l’œil et audible à l’oreille, car un ll islandais ne se prononce pas comme un l simple. Notez aussi que vilja se construit directement sur un infinitif, sans petit mot intermédiaire.
Voici le groupe qui donne à cette page sa raison d’exister. Huit verbes, tous très courants, partagent trois traits que rien dans le reste de la langue ne prépare.
Premier trait : la première personne du singulier du présent n’a pas de terminaison. Ég á, ég kann, ég má, ég veit, ég þarf. Une forme aussi nue ressemble, dans cette langue, à un prétérit de verbe fort. Elle n’en est pas un.
Deuxième trait : la deuxième personne du singulier se termine par -t. Þú átt, þú kannt, þú mátt, þú veist, þú manst, þú þarft. Là où les autres verbes prennent -ur ou -ir, ceux-ci prennent un t sec.
Troisième trait, et le plus lourd : le singulier et le pluriel n’ont pas le même radical. Ég á mais við eigum. Ég veit mais við vitum. Ég þarf mais við þurfum. Ce n’est pas une irrégularité isolée par verbe : c’est le trait de tout le groupe, et il vaut la peine de le mémoriser comme tel.
| Infinitif | Sens | ég | þú | við | Prétérit | Supin |
|---|---|---|---|---|---|---|
| eiga | posséder | á | átt | eigum | átti | átt |
| kunna | savoir faire | kann | kannt | kunnum | kunni | kunnað |
| mega | avoir le droit | má | mátt | megum | mátti | mátt |
| muna | se souvenir | man | manst | munum | mundi | munað |
| munu | marque le futur | mun | munt | munum | mundi | — |
| skulu | devoir, s’engager à | skal | skalt | skulum | skyldi | — |
| vita | savoir | veit | veist | vitum | vissi | vitað |
| þurfa | avoir besoin de | þarf | þarft | þurfum | þurfti | þurft |
Le prétérit de ces verbes, lui, est sage : une dentale et les terminaisons faibles ordinaires, átti, vissi, þurfti. C’est le présent qui est bizarre, pas le passé, et c’est exactement l’inverse de ce qu’on attendrait.
Deux de ces verbes n’ont pas d’infinitif en -a : munu et skulu. Ce sont aussi les deux qui n’ont pas de supin, parce qu’ils servent uniquement à encadrer un autre verbe. L’emploi de munu pour parler de l’avenir appartient à la page parfait et futur.
Le français fait travailler trois verbes là où l’islandais en emploie six, et il les répartit autrement. C’est une difficulté de sens autant que de forme, et elle produit des phrases grammaticalement correctes qui disent autre chose que ce qu’on voulait.
Vita porte sur un fait : ég veit það, « je le sais ». Kunna porte sur une compétence installée : ég kann íslensku, « je sais l’islandais ». Employer vita pour une langue ou un instrument est une faute que tout Islandais relève.
Mega est la permission, kunna la compétence. La capacité matérielle, « je peux, j’en suis capable là maintenant », se dit avec geta, qui n’est pas irrégulier du tout : c’est un verbe fort, traité sur la page des verbes forts.
Þurfa að exprime le besoin : ég þarf að fara, « il me faut partir ». Eiga að dit ce qui était prévu ou attendu, « je suis censé ». Skulu engage celui qui parle, et við skulum équivaut à un « allons » français.
Point de détail qui trahit un débutant : þurfa et eiga demandent að devant l’infinitif, vilja, mega, munu et skulu s’en passent. On dit ég þarf að fara mais ég vil fara.
Une remarque sur eiga, qui sert deux fois. Employé avec un nom, il dit la possession : ég á bíl. Employé avec að et un infinitif, il dit l’obligation attendue. Le même verbe, deux constructions, deux sens : c’est le contexte qui tranche, et il tranche sans ambiguïté.
Une forme sans terminaison, dans cette langue, annonce d’ordinaire un prétérit fort. Chez les prétérito-présents, elle annonce un présent. Ég á, ég má, ég veit, ég þarf parlent tous du maintenant.
De ég á on tire spontanément un pluriel en á-, qui n’existe pas : c’est við eigum. De même við vitum, við þurfum, við megum. Apprenez ces verbes par paires, singulier et pluriel ensemble.
Er, var, á, veit sont identiques à la première et à la troisième personne. Le français peut laisser la terminaison faire le travail ; l’islandais ne peut pas, et une phrase sans pronom y est incompréhensible.
La compétence se dit kunna, la permission mega, la capacité geta. Un francophone qui part de « pouvoir » et cherche un seul équivalent se trompera une fois sur deux, et la faute change le sens de la phrase.
Ces douze verbes sont un bon investissement précisément parce qu’ils sont peu nombreux : la difficulté est concentrée et elle se termine. Une fois vera, hafa et les prétérito-présents en place, tout ce qui reste du verbe islandais est régulier, et il n’y a plus que deux modèles à connaître.
Ces formes entrent par l’usage, pas par le tableau. Ég er, ég veit, ég þarf reviennent dans chaque phrase que vous entendrez : ce sont les formes qu’une méthode orale installe le plus vite. C’est le pari du cours d’islandais, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : la première leçon est gratuite, la suite est sur abonnement.
Chaque énoncé demande la forme d’un verbe irrégulier ; la traduction française indique la personne et le temps attendus. Touchez une réponse, puis Correction.
Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Parce que c’en était un. Eiga fait partie des prétérito-présents, huit verbes dont le présent est un ancien prétérit figé dans un sens de présent. La forme n’a donc pas de terminaison, comme un prétérit fort, mais elle signifie bien « je possède ». Son passé, átti, est régulier.
Ég á bíl est ce que dira un Islandais : eiga exprime la possession. Hafa s’emploie surtout pour ce qu’on a de manière abstraite ou momentanée, comme ég hef tíma, « j’ai le temps », et comme auxiliaire des tours composés, traités sur la page parfait et futur.
Kunna est la compétence acquise, ég kann íslensku. Mega est la permission, þú mátt fara. Geta est la capacité matérielle du moment, et ce verbe n’est pas irrégulier : il se conjugue comme un verbe fort et figure sur la page des verbes forts.
Le doublement du l marque la troisième personne du singulier. La différence n’est pas seulement graphique : un ll islandais ne se prononce pas comme un l simple, si bien que les deux formes s’entendent nettement. C’est l’un des rares cas où l’islandais distingue une personne par une consonne plutôt que par une terminaison.
Vera en a un, très employé : vertu à une personne, verið à plusieurs. Les prétérito-présents, en revanche, ne s’emploient pratiquement pas à l’impératif, ce qui est logique : on n’ordonne pas à quelqu’un de savoir ou d’avoir le droit.
Une douzaine, et la liste est close : vera, hafa, verða, vilja, puis eiga, kunna, mega, muna, munu, skulu, vita et þurfa. Tout le reste du verbe islandais se partage entre deux modèles réguliers.
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