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Cours de langues›L’adjectif fort

La forme forte : góður, góð, gott, et tout ce qui suit

Un adjectif islandais ne se choisit pas une fois pour toutes : il se refait à chaque phrase. La forme forte est celle du dictionnaire, celle de l’attribut, et celle que vous emploierez le plus souvent.

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Un adjectif qui bouge à chaque emploi

En français, un adjectif possède quatre formes : grand, grande, grands, grandes. En islandais, le même adjectif en possède une bonne dizaine, parce qu’il s’accorde non seulement en genre et en nombre, mais aussi en cas.

La conséquence pratique est immédiate. Vous n’apprenez pas un adjectif islandais comme un mot, vous l’apprenez comme un petit système : le genre du nom qu’il qualifie décide de sa colonne, la fonction de ce nom dans la phrase décide de sa ligne. Le genre du nom n’est pas négociable et ne se devine pas toujours ; la manière de le reconnaître est traitée à la page les trois genres.

Un francophone découvre très vite que cet accord dit des choses que le français passe sous silence. Ég er þreyttur et Ég er þreytt se traduisent l’un comme l’autre par « je suis fatigué ». La première phrase est dite par un homme, la seconde par une femme, et l’adjectif est le seul élément qui l’indique. Il n’y a aucun moyen de contourner l’information : en islandais, dire qu’on est fatigué revient à dire qui on est.

L’islandais décline l’adjectif de deux façons, appelées forte et faible. Cette page traite la forme forte, qui est celle du dictionnaire, celle de l’attribut, et celle de l’adjectif placé devant un nom que rien ne détermine. Devant un nom déterminé — article collé, þessi, sá, un possessif — l’adjectif passe à la forme faible, et cette règle de choix appartient entièrement à la page l’adjectif faible : elle n’est pas reprise ici.

Le paradigme fort, en entier

Voici góður, « bon », décliné aux quatre cas et aux deux nombres. Ne le lisez pas comme une liste de trente-six cases à retenir : il y a beaucoup moins de terminaisons distinctes que de cases, et quelques-unes reviennent partout.

Forme forte au singulier : góður, « bon »
CasMasculinFémininNeutre
Nominatifgóðurgóðgott
Accusatifgóðangóðagott
Datifgóðumgóðrigóðu
Génitifgóðsgóðrargóðs
Forme forte au pluriel
CasMasculinFémininNeutre
Nominatifgóðirgóðargóð
Accusatifgóðagóðargóð
Datifgóðumgóðumgóðum
Génitifgóðragóðragóðra

Quatre remarques allègent considérablement le tableau. Au pluriel, le datif est -um et le génitif -ra dans les trois genres : deux cases à apprendre au lieu de six. Le neutre ne distingue jamais le nominatif de l’accusatif, ni au singulier ni au pluriel. Le masculin et le neutre partagent le génitif singulier en -s. Et le féminin est le seul genre à faire apparaître un r dans ses terminaisons, góðri et góðrar, ce qui le rend reconnaissable à l’oreille.

Deux formes vous serviront tous les jours et méritent d’être surapprises. L’accusatif masculin singulier en -an, parce que l’objet direct d’un verbe est omniprésent. Et le datif en -um, parce que beaucoup de prépositions fréquentes le réclament.

Le neutre en -t, là où l’orthographe casse

Le neutre singulier s’obtient en ajoutant un simple -t au radical. C’est la terminaison la plus courte du paradigme et de très loin celle qui pose le plus de problèmes, parce que le radical islandais finit très souvent par une dentale — d, ð ou t — et que la rencontre se simplifie à l’écrit comme à l’oral.

Le résultat ne dépend pas de la dentale elle-même, mais de ce qui la précède. Après une voyelle, on obtient un -tt double. Après une consonne, un seul t.

Le neutre singulier selon la fin du radical
RadicalMasculinNeutreSens
voyelle + ðgóðurgottbon
voyelle + ðrauðurrauttrouge
voyelle + ðbreiðurbreittlarge
voyelle + thvíturhvíttblanc
voyelle + theiturheittchaud
consonne + dkaldurkaltfroid
consonne + dvondurvontmauvais
consonne + dblindurblintaveugle
consonne + tsvartursvartnoir
autre consonnefallegurfallegtbeau
autre consonnegamallgamaltvieux

Attention au piège d’écriture le plus fréquent : ð et þ ne sont pas le même signe et n’interviennent pas ici de la même façon. La dentale qui se fond dans le -t du neutre est le ð de góður ou de rauður, jamais le þ. Un adjectif comme þreyttur commence par un þ qui ne bouge jamais et finit par un radical déjà en -tt, si bien que son neutre est simplement þreytt.

Une petite classe échappe entièrement à la règle : les adjectifs en -inn. Leur neutre n’est pas en -t mais en -ið, et leur radical perd sa voyelle devant les terminaisons qui commencent par une voyelle.

  • opinn, opin, opið — « ouvert »
  • Búðin er opin. — « Le magasin est ouvert. »
  • Húsið er opið. — « La maison est ouverte. »
  • Ég sá opnar búðir. — « J’ai vu des magasins ouverts. »

L’attribut, après vera et verða

Quand l’adjectif est attribut — c’est-à-dire relié au sujet par vera, « être », ou par verða, « devenir » — il est à la forme forte, au nominatif, et il s’accorde avec le sujet en genre et en nombre.

Voilà le point sur lequel presque tous les débutants se trompent, et il faut l’énoncer franchement : le fait que le sujet soit déterminé ne change rien. Bíllinn er nýr, « la voiture est neuve », a un nom parfaitement défini, et pourtant l’adjectif reste fort. La forme faible ne se déclenche jamais depuis la position d’attribut ; elle se déclenche à l’intérieur du groupe du nom, ce qui est une tout autre affaire.

L’accord au pluriel réserve une surprise agréable et une difficulté réelle. Un groupe d’hommes prend le masculin, un groupe de femmes le féminin, et un groupe mêlé prend le neutre pluriel. C’est la raison pour laquelle þau eru þreytt est la forme que vous entendrez le plus souvent : dès qu’il y a un homme et une femme dans le groupe, l’islandais passe au neutre.

Devant un nom que rien ne détermine

Le second grand emploi de la forme forte est l’adjectif placé devant un nom nu. Et « nu » est à prendre au pied de la lettre : l’islandais n’a pas d’article indéfini. Là où le français dit une voiture neuve, l’islandais dit deux mots, nýr bíll, sans rien devant.

Le groupe entier se décline, et c’est ici que le tableau devient une compétence plutôt qu’une liste. Le nom prend la forme que son rôle dans la phrase exige, et l’adjectif suit dans le même cas.

Le génitif est le cas que vous produirez le moins. Il existe, il figure au tableau, il se rencontre dans des tours figés et dans la langue écrite, mais la conversation courante lui préfère d’autres moyens. Ne bloquez pas dessus au début : apprenez à le reconnaître, produisez les trois autres.

Un adjectif indéclinable existe, et il est très courant. sammála, « du même avis », ne change jamais de forme : Við erum sammála, « nous sommes d’accord », se dit ainsi quel que soit le sujet. Ces adjectifs sont rares, mais celui-là revient dans toutes les conversations, et il fait toujours hésiter ceux qui cherchent à l’accorder.

Les radicaux qui ne tiennent pas en place

Jusqu’ici, le radical ne bougeait pas. Il bouge, en réalité, et de trois façons qu’il vaut mieux avoir vues une fois avant de se heurter à elles.

La voyelle qui change devant -u

Chaque fois qu’une terminaison contient un u, un a du radical devient ö. Le féminin nominatif singulier et le neutre pluriel sont concernés eux aussi, bien qu’ils n’aient plus de terminaison visible. C’est pourquoi le féminin de svartur est svört et non svart.

Ce mécanisme n’est pas propre à l’adjectif : il traverse toute la langue, et son fonctionnement est expliqué à la page les voyelles qui changent. Contentez-vous ici de reconnaître les formes.

La voyelle du radical qui disparaît

Certains adjectifs de deux syllabes perdent la voyelle de la seconde dès qu’une terminaison s’ajoute. gamall donne gamlan et gamlir, mikill donne miklum, lítill donne litlum — avec, au passage, un í qui se raccourcit en i quand la syllabe se ferme.

Le j qui réapparaît, et les quatre adjectifs à connaître par cœur

Quelques adjectifs courts font surgir un j devant les terminaisons ouvertes. nýr, « neuf », en est le modèle : nýjan, nýjum, nýju, nýjar. Le même petit groupe a une autre particularité : son -r final n’appartient pas au radical mais à la terminaison, si bien que le neutre est en -tt.

Rien à la surface du mot ne le signale, et c’est exactement pour cela qu’il faut mémoriser la courte liste plutôt que de chercher une règle. Comparez : nýr fait nýtt et hár fait hátt, alors que stór fait stórt et dýr fait dýrt.

Ces formes s’installent par l’oreille, pas par le tableau. Un Islandais ne récite pas une colonne avant de parler : il entend qu’une forme sonne juste. C’est ce que travaille le cours d’islandais, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes, où les groupes déclinés arrivent dans des phrases entières plutôt qu’en listes. Le tableau ci-dessus reste utile : il vous dit ce que vous êtes en train d’entendre.

Exercices : choisir la forme forte

Chaque phrase attend un adjectif à la forme forte. Le genre du nom et sa fonction dans la phrase décident. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Bíllinn er ___ . (La voiture est neuve.)
  2. Þetta er ___ bók. (C’est un livre neuf.)
  3. Ég á ___ bíl. (J’ai une voiture neuve.)
  4. Veðrið er ___ í dag. (Le temps est froid aujourd’hui.)
  5. Hún er ___ . (Elle est fatiguée.)
  6. Þeir eru ___ . (Ils sont fatigués.)
  7. Þau eru ___ . (Ils sont fatigués, hommes et femmes.)
  8. Hann talar við ___ mann. (Il parle à un vieil homme.)
  9. Hún er ___ kona. (C’est une femme âgée.)
  10. Hún býr í ___ húsi. (Elle habite dans une grande maison.)
  11. Ég fer með ___ vinum. (Je pars avec de bons amis.)
  12. Þetta er ___ kaffi. (C’est du bon café.)
  13. Mjólkin er ___ . (Le lait est aigre.)
  14. Húsið er ___ . (La maison est blanche.)
  15. Ég sá ___ bækur. (J’ai vu des livres neufs.)
  16. Barnið er ___ . (L’enfant est petit.)
  17. Hann varð ___ . (Il s’est fâché.)
  18. Þetta eru ___ hús. (Ce sont de grandes maisons.)

Toute la grammaire de l’islandais, point par point

Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.

Passez à la pratique

Apprenez à parler l’islandais

Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.

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Questions fréquentes

Combien de formes un adjectif islandais a-t-il vraiment ?

Le tableau fort compte vingt-quatre cases, mais beaucoup moins de formes distinctes : le datif pluriel est le même dans les trois genres, le génitif pluriel aussi, le neutre ne sépare jamais le nominatif de l’accusatif, et le masculin partage son génitif singulier avec le neutre. En pratique, une dizaine de terminaisons couvrent tout le paradigme.

Pourquoi dit-on tantôt Ég er þreyttur, tantôt Ég er þreytt ?

Parce que l’attribut s’accorde avec le sujet. Un homme dit Ég er þreyttur, une femme dit Ég er þreytt. Le français ne distingue les deux qu’à l’écrit ; l’islandais les distingue à l’oral, dans la première phrase que vous prononcerez.

Comment former le neutre sans se tromper ?

On ajoute un -t au radical. Si le radical finit par d, ð ou t précédé d’une voyelle, on écrit -tt : góður donne gott, hvítur donne hvítt. Si cette dentale est précédée d’une consonne, un seul t : kaldur donne kalt, vondur donne vont.

Le nom porte l’article : l’adjectif doit-il passer à la forme faible ?

Pas s’il est attribut. Bíllinn er nýr a un nom défini et un adjectif fort, parce que la forme faible se déclenche à l’intérieur du groupe du nom et non depuis la position d’attribut. La règle complète est donnée à la page l’adjectif faible.

Faut-il apprendre le génitif de l’adjectif dès le début ?

Non. C’est le cas que vous produirez le moins : la conversation courante lui préfère d’autres tours. Apprenez à reconnaître góðs et góðra quand vous les lisez, et concentrez votre production sur le nominatif, l’accusatif et le datif, qui reviennent dans chaque phrase.

Existe-t-il des adjectifs qui ne se déclinent pas ?

Oui, ils sont peu nombreux mais utiles. sammála, « du même avis », garde la même forme quel que soit le sujet : Við erum sammála, « nous sommes d’accord ». C’est une bonne nouvelle à retenir, car ce mot revient sans cesse dans la conversation.

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