En islandais, un pronom se décline comme un nom : « je » n’a pas une forme mais quatre, et le choix dépend de la place du mot dans la phrase. Il n’existe aucun pronom de politesse : on dit þú au chauffeur de bus comme au président de la République.
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Le français n’est pas totalement démuni de ce côté-là : je, me, moi sont trois formes du même mot, et personne n’hésite entre « il me voit » et « il voit moi ». L’islandais applique le même principe, mais jusqu’au bout et sans exception : chaque pronom possède quatre formes, une par cas, au singulier comme au pluriel.
Le mot qui signifie « je » se présente donc ainsi : ég quand il est sujet, mig quand il est complément direct, mér après un grand nombre de prépositions et de verbes, mín au génitif. Quatre formes qui ne se ressemblent guère, et qu’il faut connaître séparément, exactement comme on apprend je, me, moi sans chercher à les déduire les unes des autres.
C’est une bonne nouvelle pour qui débute : ces mots reviennent dans chaque phrase entendue, ils sont assez peu nombreux pour être sus par cœur en quelques jours, et ils installent le mécanisme des cas dans l’oreille avant même les noms.
Cette page donne les formes et montre où elles apparaissent. Elle ne traite pas la question de savoir pourquoi tel cas est exigé à tel endroit : la nature d’un cas, les quatre noms islandais et la méthode pour reconnaître celui qu’une phrase demande relèvent de la page des quatre cas. Les déterminants minn, þinn, sinn et les tours en hans, hennar, þeirra sont des possessifs et ont leur page, même si les seconds sont des génitifs de pronoms. Enfin, une table est dite hún et un livre það parce que le genre grammatical commande le pronom : cette règle d’attribution est traitée à la page des genres.
Dix pronoms, quatre cas : le tableau tient sur une page et il n’y a rien d’autre à savoir. La colonne du nominatif est celle du dictionnaire et celle du sujet ; apprenez-la d’abord.
| Sens | Nominatif | Accusatif | Datif | Génitif |
|---|---|---|---|---|
| je | ég | mig | mér | mín |
| tu | þú | þig | þér | þín |
| il | hann | hann | honum | hans |
| elle | hún | hana | henni | hennar |
| il, elle (neutre) | það | það | því | þess |
| nous | við | okkur | okkur | okkar |
| vous | þið | ykkur | ykkur | ykkar |
| ils (masculins) | þeir | þá | þeim | þeirra |
| elles | þær | þær | þeim | þeirra |
| ils (mixte ou neutre) | þau | þau | þeim | þeirra |
Quarante cases, mais beaucoup moins de formes à retenir, et il vaut la peine de repérer les économies avant de commencer à réviser.
À la troisième personne, l’accusatif ne bouge presque pas. Seuls hún, qui devient hana, et þeir, qui devient þá, changent de forme. hann, það, þær et þau sont identiques au sujet et au complément direct. Une phrase comme Hann sér hann. est donc parfaitement régulière, et c’est la place des mots qui dit lequel voit lequel.
Au pluriel, le datif et le génitif ne distinguent plus les genres. Les trois pronoms þeir, þær et þau partagent un seul datif, þeim, et un seul génitif, þeirra. La distinction des genres ne vit qu’au nominatif et à l’accusatif.
À la première et à la deuxième personne du pluriel, une forme sert deux cas. okkur est à la fois accusatif et datif, ykkur de même. Vous n’avez donc pas à choisir, ce qui soulage dans la conversation.
Le génitif est le cas le plus rare. Vous le rencontrerez d’abord dans des expressions figées qu’il faut simplement reconnaître : þess vegna, « c’est pourquoi », ou af því að, « parce que », où því est le datif du neutre. Ces deux tours reviennent dans presque chaque conversation.
Un paradigme ne sert à rien tant qu’on ne l’a pas entendu dans des phrases courtes. Voici les quatre cas sur des énoncés que vous pourriez dire le jour même. Quel verbe ou quelle préposition impose quel cas est une autre affaire, celle des pages de cas ; retenez pour l’instant que le pronom suit le régime du mot qui le commande, comme le ferait un nom.
Une remarque d’usage sur ces exemples : le pronom complément se place après le verbe, comme le ferait un nom, et non devant lui comme en français. « Je te vois » se dit dans l’ordre Ég sé þig, sujet, verbe, complément.
C’est ici que le système s’écarte franchement du français, et sur deux points opposés : il est plus riche là où nous sommes pauvres, et plus pauvre là où nous sommes riches.
Le français dit « ils » pour n’importe quel groupe, du moment qu’un homme s’y trouve. L’islandais a trois pronoms, et le choix n’est pas libre : þeir pour un groupe d’hommes ou de noms masculins, þær pour un groupe de femmes ou de noms féminins, þau pour un groupe mixte ou pour des noms neutres.
Le point qui surprend est que le mixte se dit au neutre, et non au masculin. Une assemblée de quatre-vingt-dix-neuf femmes et d’un homme est þau. Un couple est þau. Et parce que börn, « les enfants », est un nom neutre, un groupe d’enfants est þau quel que soit son contenu.
L’islandais ne connaît pas l’opposition tu / vous du français. On dit þú à un enfant, à un inconnu dans la rue, à un médecin, à un employeur, au président de la République. Il n’y a rien de familier là-dedans, et un francophone doit s’en convaincre vite, parce que l’hésitation s’entend : chercher une forme de politesse revient à chercher un mot qui n’existe pas.
Le pluriel þið s’emploie donc uniquement pour s’adresser à plusieurs personnes, jamais à une seule par déférence. Une forme de politesse a bien existé, þér, avec yður pour l’accusatif et le datif et yðar pour le génitif. Elle appartient aujourd’hui aux textes anciens, aux documents solennels et à la plaisanterie ; l’employer sérieusement produirait le même effet qu’un « vous plaît-il » en français.
Attention au piège orthographique : þér est aussi, et surtout, le datif ordinaire de þú. Dans Ég kem með þér, « je viens avec toi », il n’y a pas la moindre nuance de politesse : c’est « toi » au datif, rien de plus.
Un détail d’histoire éclaire tout cela : við et þið étaient à l’origine des duels, réservés à deux personnes, et les vrais pluriels étaient vér et þér. Le duel a absorbé le pluriel, ce qui a libéré þér pour la politesse.
Le réfléchi islandais ressemble au « se » français par sa fonction et il s’en distingue par un point décisif : il n’existe qu’à la troisième personne, et il n’a pas de nominatif, ce qui est logique puisqu’il ne peut jamais être sujet. Trois formes, donc : sig à l’accusatif, sér au datif, sín au génitif, sans distinction de genre ni de nombre.
Les autres personnes emploient tout simplement le pronom ordinaire : Ég rakaði mig, « je me suis rasé », Þú klæðir þig, « tu t’habilles ». Sur ce point le français fonctionne de la même façon, avec me et te ; ce qu’il faut apprendre, c’est de ne pas employer sig pour soi-même, faute fréquente et qui s’entend aussitôt.
Le génitif sín est rare et se rencontre surtout dans des locutions toutes faites, comme sín á milli, « entre eux ».
Il existe une seconde manière de dire la plupart de ces phrases : un verbe en -st, qui incorpore le réfléchi. Hann klæðir sig et hann klæðist disent la même chose. Cette forme, sa conjugaison et l’écart entre les deux tours appartiennent entièrement à la page du moyen en -st.
Le français a « on », l’islandais a maður, qui signifie par ailleurs « homme, personne ». Employé sans article et au singulier, il vaut exactement notre « on » général, celui des vérités et des règles de vie.
Deux avertissements. Le premier concerne le sens : comme le mot signifie aussi « homme », Maður kom se comprend « un homme est venu », et c’est le contexte, plus la présence ou l’absence d’un verbe de portée générale, qui tranche. Le second concerne l’emploi : le « on » du français familier qui remplace « nous » n’a pas d’équivalent ici. « On y va » se dit avec við, et non avec maður. Confondre les deux est la faute la plus courante des francophones sur ce mot.
maður est un nom ordinaire et se décline comme tel : les formes mann, manni, manns existent, mais l’emploi impersonnel se rencontre avant tout au nominatif, en position de sujet.
Voilà le phénomène qui déroute le plus à l’écoute, et il n’a rien d’argotique : ces formes sont celles de la langue écrite normale. Derrière un verbe, þú perd son initiale et se soude au mot qui précède ; le résultat ressemble à une terminaison verbale, et le débutant cherche au dictionnaire un verbe qui n’existe pas.
| Forme soudée | Décomposition | Sens |
|---|---|---|
| ertu | ert þú | es-tu |
| viltu | vilt þú | veux-tu |
| áttu | átt þú | as-tu, possèdes-tu |
| veistu | veist þú | sais-tu |
| hefurðu | hefur þú | as-tu |
| komdu | kom þú | viens |
| farðu | far þú | va |
| gerðu | ger þú | fais |
| segðu | seg þú | dis |
| heyrðu | heyr þú | écoute, dis donc |
La liste montre comment la soudure se fait. Le þ s’affaiblit en ð après une consonne comme r, en d après m, et il se fond dans le t qui précède, ce qui donne les formes en -tu. Il n’y a pas lieu d’apprendre cela comme une règle : ces mots s’acquièrent en bloc, et ce sont de toute façon les premiers que l’on entend.
Le pronom sujet ne s’omet pas. Aucune terminaison verbale ne le remplace, et une phrase sans sujet exprimé n’existe pratiquement pas, sauf à l’impératif, où þú se retrouve précisément soudé au verbe.
Le pronom complément reste derrière le verbe. Le français avance ses pronoms, l’islandais les laisse à la place du nom qu’ils remplacent. Dites Ég sé þig, jamais l’ordre du français.
Une forme identique peut appartenir à deux mots. þér est le datif de « tu » et l’ancien pronom de politesse. mín et þín sont les génitifs de « je » et de « tu », mais ce sont aussi, au féminin, les possessifs « mon » et « ton » : deux mots différents, une seule graphie. Seule la construction les sépare.
Un objet n’est pas forcément « il » au neutre. Le pronom suit le genre grammatical du nom qu’il reprend, et ce genre n’a rien à voir avec le sexe ni avec le caractère animé. Reprendre un nom féminin par það est une faute, même s’il s’agit d’une chose.
Un pronom au datif en tête de phrase n’est pas un complément déplacé. Dans une série de constructions très courantes, la personne concernée se met au datif à la place du sujet, et il n’y a aucun nominatif dans la phrase. C’est un chapitre à part entière, traité par la page des sujets au datif, et l’une des clés de l’islandais parlé.
Ces dix pronoms sont votre meilleur investissement. Ils reviennent dans chaque phrase, et leurs quatre formes vous font entendre le mécanisme des cas là où il coûte le moins cher à apprendre. C’est exactement ce que travaille le cours d’islandais, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : à force d’entendre mér après certaines prépositions et mig après certains verbes, le choix cesse d’être un calcul. La première leçon est libre d’accès.
Chaque phrase attend une forme du pronom personnel ou du réfléchi. La traduction française indique le sens visé. Touchez une réponse, puis Correction.
Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
On ne le dit pas. Il n’existe qu’une seule façon de s’adresser à une personne, þú, et elle vaut pour tout le monde, du voisin au chef de l’État. Une forme de politesse a existé, þér, avec yður et yðar ; elle est aujourd’hui archaïque et son emploi sérieux sonnerait comme un français de cour.
Parce que le pluriel distingue les genres au nominatif et à l’accusatif : þeir pour un groupe masculin, þær pour un groupe féminin, þau pour un groupe mixte ou neutre. Le point contre-intuitif est que le mixte passe au neutre : un couple, une classe de garçons et de filles, c’est þau.
Non. Les terminaisons verbales islandaises ne suffisent pas à identifier la personne, et le sujet s’exprime toujours. La seule exception apparente est l’impératif, où þú ne disparaît pas mais se soude au verbe : komdu, farðu, segðu.
Celle du nominatif, qui est la forme du sujet et celle du dictionnaire : ég, þú, hann, hún, það, við, þið, þeir, þær, þau. Ajoutez ensuite l’accusatif et le datif du singulier, qui couvrent la quasi-totalité des phrases du quotidien ; le génitif viendra par les expressions figées.
sig, sér, sín ne s’emploient qu’à la troisième personne, pour renvoyer au sujet de la phrase. Aux autres personnes, on reprend simplement le pronom ordinaire : Hún klæðir sig mais ég klæði mig. Le réfléchi n’a d’ailleurs pas de nominatif, puisqu’il ne peut jamais être sujet.
Parce que la même forme sert deux fois : þér est le datif ordinaire de þú, celui de með þér, « avec toi », et c’était aussi le nominatif de l’ancien pronom de politesse. Dans la langue d’aujourd’hui, neuf fois sur dix, c’est le datif de « tu » et rien d’autre.
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