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Cours de langues›Verbes faibles

Les verbes faibles : quatre séries, un seul suffixe dental

Un verbe faible islandais marque son prétérit par une consonne dentale ajoutée au radical, et il existe quatre façons de le faire. Se tromper de série, c’est se tromper sur toute la conjugaison, du présent à l’impératif.

La première leçon est gratuite sur la plateforme web ou sur l’application mobile — deux abonnements distincts. Les leçons s’écoutent en ligne, et non sur ce site.

Ce que « faible » veut dire exactement

Un verbe faible n’est pas un verbe facile, et surtout pas un verbe régulier au sens français. Le mot décrit une seule chose : la manière dont ce verbe fabrique son prétérit.

L’islandais a deux procédés pour dire le passé. Le premier ajoute au radical une consonne dentale — d, ð ou t — suivie d’une terminaison de personne : de tala, « parler », on tire talaði, « il parla ». Le radical reste reconnaissable. Le second ne suffixe rien du tout et change la voyelle du radical : c’est le procédé des verbes forts, et il n’appartient pas à cette page.

Les verbes faibles sont de très loin les plus nombreux, et surtout ce sont les seuls qui s’accroissent. Tout verbe créé ou emprunté depuis un siècle entre chez les faibles, et presque toujours dans la première des quatre séries : gúgla fait gúglaði, skanna fait skannaði, grilla fait grillaði. Un francophone qui apprend cette série apprend donc aussi la conjugaison de tous les verbes qui n’existent pas encore.

La difficulté n’est pas là. Elle est dans le fait que l’infinitif ne dit pas toujours à quelle série un verbe appartient : tala et gleyma se terminent tous deux par -a et ne se conjuguent pareil à aucune personne. C’est le vrai sujet de cette page.

Trois verbes très fréquents échappent au système faible comme au système fort et se trouvent ailleurs : ég er, ég hef, ég vil sont traités sur la page des verbes irréguliers.

Les quatre séries et leurs trois formes de base

Un verbe faible se retient par trois formes, et trois seulement : l’infinitif, le prétérit à la troisième personne du singulier, et le supin. C’est ce triplet que donne un dictionnaire, et c’est de lui que se déduit tout le reste. Les verbes forts, eux, en demandent quatre.

On désigne ici chaque série par son verbe modèle plutôt que par un numéro, parce que la numérotation n’est pas la même d’une grammaire à l’autre.

Les quatre séries faibles, reconnaissables à leur triplet
SérieInfinitifPrétéritSupinSens
talatalatalaðitalaðparler
gleymagleymagleymdigleymtoublier
teljateljatalditaliðcompter
trúatrúatrúðitrúaðcroire

Lisez la colonne du supin avant celle du prétérit : elle sépare à elle seule les deux séries les plus fournies. Le supin en -að appartient à la série de tala, le supin en -t à celle de gleyma. La série de trúa est la plus déroutante, parce qu’elle emprunte son présent à gleyma et son supin à tala.

Le supin, ou sagnbót, est une forme figée qui ne s’accorde jamais. Elle est formée ici et employée ailleurs : c’est la page du parfait et du futur qui s’en sert pour construire des temps composés, et cette page-ci n’en écrit aucun.

Le présent, série par série

Le présent est le moment où la série se trahit. Comparez la deuxième personne du singulier : þú talar mais þú gleymir. Un francophone qui a rangé gleyma avec tala dira þú gleymar, qui n’existe pas.

Présent de l’indicatif des quatre séries
Personnetalagleymateljatrúa
égtalagleymiteltrúi
þútalargleymirtelurtrúir
hann, hún, þaðtalargleymirtelurtrúir
viðtölumgleymumteljumtrúum
þiðtaliðgleymiðteljiðtrúið
þeir, þær, þautalagleymateljatrúa

Trois observations valent plus que le tableau entier.

La deuxième et la troisième personne du singulier sont identiques partout. Þú talar et hann talar ne se distinguent que par le pronom, et le pronom n’est donc jamais facultatif. Le français peut se permettre de l’effacer à l’impératif ; l’islandais ne peut pas s’en passer ailleurs.

La troisième personne du pluriel est identique à l’infinitif. Þeir tala reprend la forme du dictionnaire. Cela paraît commode et devient gênant dès qu’on lit : une forme isolée en -a peut être un infinitif, un pluriel, ou un présent de première personne de la série de tala.

La première personne du pluriel fait apparaître un ö. Tala donne tölum, et non talum : le u de la terminaison transforme le a du radical. Ce n’est pas une exception de ce verbe mais une loi qui traverse toute la langue, décrite sur la page des voyelles qui changent. Retenez ici le réflexe : dès qu’une terminaison en -um s’ajoute à un radical en a, ce a devient ö.

Notez au passage ég vel et ég tel : la série de telja est la seule dont la première personne du singulier n’a aucune terminaison. Elle a l’allure d’un verbe fort, et elle n’en est pas un.

Le prétérit : quelle dentale, et pourquoi

Au prétérit, les quatre séries se rapprochent : toutes ajoutent une dentale puis les mêmes terminaisons de personne. Ce qui varie est la dentale elle-même, et son choix dépend du son qui la précède.

Prétérit de l’indicatif des quatre séries
Personnetalagleymateljatrúa
égtalaðigleymditalditrúði
þútalaðirgleymdirtaldirtrúðir
hann, hún, þaðtalaðigleymditalditrúði
viðtöluðumgleymdumtöldumtrúðum
þiðtöluðuðgleymduðtölduðtrúðuð
þeir, þær, þautöluðugleymdutöldutrúðu

Ici encore, la première et la troisième personne du singulier sont identiques : ég talaði et hann talaði. Le pronom porte seul l’information.

Le choix de d, ð ou t

La dentale s’accorde au son qui la précède. Une consonne sourde appelle un t, une voyelle ou une consonne sonore appelle un ð, et les nasales et le l appellent un d. Vous n’avez donc pas trois formations à mémoriser mais une seule, qui s’adapte.

  • gleyma → gleymdi — après l, m, n, la dentale est d
  • reyna → reyndi — « essayer »
  • dæma → dæmdi — « juger »
  • keyra → keyrði — après r et après une voyelle, la dentale est ð
  • trúa → trúði — « croire »
  • þekkja → þekkti — après une consonne sourde, la dentale est t
  • missa → missti — « perdre, manquer »
  • mæta → mætti — « rencontrer »

Un cas mérite d’être isolé, parce qu’il crée une ambiguïté que rien ne résout dans la forme. Quand le radical se termine déjà par une dentale, rien ne s’ajoute : senda donne sendi, et hitta donne hitti. Or sendi est aussi le présent de première personne. La même forme dit donc « j’envoie » et « il envoya », et seul le contexte tranche.

  • Ég sendi bréf. — « J’envoie une lettre. »
  • Ég sendi bréf í gær. — « J’ai envoyé une lettre hier. »

Retenez que l’islandais ne possède qu’un seul passé simple de forme. Ce talaði unique se rend en français par « il parla », « il parlait » ou « il a parlé » selon le contexte, et la distinction que le français fait entre ces trois-là n’a pas d’équivalent dans la forme islandaise. Les tours composés que l’islandais construit par ailleurs ont un autre emploi, et ils relèvent de la page parfait et futur.

L’impératif, la forme que vous direz le plus vite

C’est le premier point de grammaire vraiment utilisable d’un voyage : demander, indiquer, encourager. L’impératif d’un verbe faible se fabrique avec une régularité rare dans cette langue.

Prenez le radical du présent, ajoutez -ðu, -du ou -tu selon la même règle que pour le prétérit, et vous avez la forme adressée à une personne. Le -u final n’est pas une terminaison verbale : c’est le pronom þú soudé au verbe, comme dans komdu ou ertu, procédé décrit sur la page des pronoms personnels.

Observez que la série se lit dans l’impératif aussi nettement que dans le prétérit : talaðu garde le a de tala, là où keyrðu et veldu collent la dentale directement au radical. Si vous savez dire gleymdi, vous savez dire gleymdu.

Pour s’adresser à plusieurs personnes, on emploie la forme du présent de deuxième personne du pluriel, sans rien y changer : Talið hægar!, Hlustið!, Veljið!. C’est la forme que vous entendrez dans une annonce ou dans une consigne écrite adressée à un public.

Un piège d’oreille, pas de grammaire. Dans talaðu, le ð n’est pas un d français : c’est une consonne sonore et fricative, proche du th anglais de this, et elle se confond facilement avec rien du tout dans un débit rapide. Ne vous fiez pas à ce que vous croyez ne pas entendre : la forme est bien là.

Ce qui fait trébucher un francophone

Quatre erreurs reviennent, et elles n’ont pas la même cause.

1

Ranger un verbe dans la mauvaise série

C’est l’erreur qui coûte le plus cher, parce qu’elle contamine toutes les formes. Gleyma ressemble à tala et ne se conjugue comme lui à aucune personne. Il n’y a pas de règle sûre depuis l’infinitif : apprenez le triplet, jamais l’infinitif seul.

2

Oublier le ö de la première personne du pluriel

Við tölum, við töluðum, við töldum. Le réflexe se prend en quelques jours et son absence s’entend immédiatement. C’est le point sur lequel un débutant se fait corriger le plus souvent.

3

Confondre -ar et -ir à l’oreille

Les deux terminaisons sont brèves et atones, et c’est précisément là que se joue la série. Un francophone les entend d’abord comme un même bruit. Écouter suffit à les séparer, mais il faut savoir qu’il y a quelque chose à séparer.

4

Croire qu’un radical nu signale un verbe fort

Ég tel et ég vel n’ont pas de terminaison, comme ég tek. Mais leur prétérit ajoute une dentale, taldi et valdi : ce sont bien des verbes faibles. Le test se fait au prétérit, jamais au présent.

Une remarque enfin sur les infinitifs en -ja, qui inquiètent à juste titre. Ils annoncent qu’il se passe quelque chose dans le radical, mais pas toujours la même chose : telja et velja perdent leur terminaison au singulier du présent et échangent leur voyelle au prétérit, tandis que þekkja se comporte comme gleyma. Ces verbes se vérifient un par un.

Ces formes s’installent par l’oreille, pas par le tableau. Un enfant islandais dit við tölum sans avoir jamais entendu parler de voyelle d’appui. C’est exactement ce que travaille le cours d’islandais, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : la première leçon est gratuite, la suite est sur abonnement.

Exercices : reconnaître la série et produire la forme

Chaque énoncé demande une forme d’un verbe faible ; la traduction française indique la personne et le temps attendus. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Ég ___ íslensku. (Je parle islandais.)
  2. Þú ___ hratt. (Tu parles vite.)
  3. Við ___ saman. (Nous parlons ensemble.)
  4. Þið ___ íslensku. (Vous parlez islandais, à plusieurs.)
  5. Ég ___ íslensku í fyrra. (J’ai appris l’islandais l’an dernier.)
  6. Hún ___ hratt. (Elle conduit vite.)
  7. gleyma, prétérit : hann ___
  8. keyra, prétérit : hann ___
  9. þekkja, prétérit : hann ___
  10. tala, supin : ___
  11. telja, supin : ___
  12. trúa, supin : ___
  13. ___ vel! (Écoute bien !)
  14. ___ aftur! (Essaie encore !)
  15. Ég ___ þetta. (Je choisis ceci.)
  16. Við ___ þetta. (Nous avons choisi ceci.)
  17. Ég ___ bréf í gær. (J’ai envoyé une lettre hier.)
  18. gúgla, prétérit : hann ___

Toute la grammaire de l’islandais, point par point

Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.

Passez à la pratique

Apprenez à parler l’islandais

Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.

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Questions fréquentes

Comment savoir si un verbe islandais est faible ou fort ?

Le test se fait au prétérit, pas au présent. Si le passé ajoute une dentale au radical — talaði, gleymdi, valdi — le verbe est faible. Si le radical change de voyelle sans rien ajouter, le verbe est fort et relève de la page des verbes forts. Un dictionnaire islandais donne toujours ces formes : c’est là qu’il faut regarder.

Pourquoi dit-on við tölum et non við talum ?

Parce que la terminaison en -um agit sur la voyelle du radical : un a devient ö devant un u. On retrouve le même effet au prétérit, töluðum, et dans une grande partie du système nominal. Le mécanisme est décrit sur la page des voyelles qui changent.

Le prétérit islandais correspond-il à l’imparfait ou au passé composé ?

Aux deux, et au passé simple par-dessus. Hann talaði se rend par « il parla », « il parlait » ou « il a parlé » selon le contexte : l’islandais ne distingue pas ces valeurs dans la forme. Les tours composés de la langue ont un emploi propre, traité sur la page parfait et futur.

Comment dit-on simplement « parle ! » ou « écoute ! » ?

Talaðu! et Hlustaðu! à une personne, Talið! et Hlustið! à plusieurs. Le -u final du singulier est le pronom þú soudé au verbe, comme dans komdu ; voir la page des pronoms personnels.

Les verbes nouveaux et les emprunts suivent-ils cette conjugaison ?

Oui, et presque tous dans la série de tala : gúgla fait gúglaði, skanna fait skannaði. C’est la seule série qui reste productive, ce qui en fait la plus rentable à apprendre en premier.

Pourquoi ég sendi peut-il être un présent et un prétérit ?

Parce que le radical de senda se termine déjà par une dentale : il n’y a rien à ajouter pour former le passé. La forme est donc la même, et seul un mot comme í gær, « hier », indique de quel temps il s’agit. Hitta, « rencontrer », se comporte de la même façon.

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