Un verbe fort ne suffixe rien pour dire le passé : il change la voyelle de son radical, et il la change deux fois, une au singulier et une au pluriel. D’où quatre formes à retenir, et non trois.
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Un verbe fort islandais est parfaitement prévisible dès qu’on connaît sa série. Ce qui le distingue n’est pas le désordre, c’est le procédé : sa voyelle travaille là où celle d’un verbe faible reste immobile.
Comparez les deux mécanismes sur une seule ligne. Tala fait talaði : le radical est intact, une dentale s’est ajoutée, et c’est le système décrit sur la page des verbes faibles. Bíta, « mordre », fait beit : rien ne s’est ajouté, le í est devenu ei. Aucune terminaison ne marque le passé ; la voyelle s’en charge seule.
Cette alternance porte un nom, l’ablaut. Elle n’a pas été inventée par l’islandais : elle est héritée, et c’est la même qui fait en anglais sing, sang, sung ou en allemand binden, band, gebunden. Un francophone qui a fait de l’allemand ou de l’anglais retrouve ici un terrain connu, à ceci près que l’islandais a conservé les séries beaucoup plus entières.
Il faut distinguer cet ablaut d’un autre phénomène, le hljóðvarp, où une voyelle est modifiée par une voyelle voisine, souvent disparue depuis. Les deux se rencontrent sur le verbe fort et il ne faut pas les confondre : l’ablaut fabrique le prétérit, le hljóðvarp retouche le présent. Le mécanisme du second appartient à la page des voyelles qui changent.
Dernier point avant d’entrer dans les séries : les verbes forts forment une classe fermée. Leur nombre est limité et il ne s’accroît plus, puisque tout verbe nouveau part chez les faibles. Mais ce sont, pour la plupart, les verbes que vous emploierez dix fois par jour — venir, aller, prendre, donner, trouver, boire, marcher. L’investissement est donc concentré et rentable. Ég er et ég hef n’en font pas partie : ils sont traités sur la page des verbes irréguliers.
Un verbe faible se retient par trois formes. Un verbe fort en demande une de plus, et cette quatrième forme est précisément celle que les débutants oublient.
| Forme | Exemple | Ce qu’elle sert à construire |
|---|---|---|
| Infinitif | bíta | tout le présent |
| Prétérit singulier | beit | les trois personnes du singulier du passé |
| Prétérit pluriel | bitum | les trois personnes du pluriel du passé |
| Supin | bitið | les tours composés, traités ailleurs |
La troisième forme est la surprise. Le prétérit d’un verbe fort n’a pas une voyelle mais deux : une au singulier, une autre au pluriel. Ég beit mais við bitum. Ég gaf mais við gáfum. Ég fann mais við fundum. Un francophone, habitué à un radical unique par temps, apprend la première et ignore la seconde, puis fabrique við fannum, qui n’existe pas.
La quatrième forme, le supin ou sagnbót, est invariable et se termine toujours en -ið chez les verbes forts : bitið, komið, farið, tekið. Elle est formée ici ; son emploi relève de la page parfait et futur, et aucun temps composé ne figure dans les exemples de cette page.
Les quatre formes se récitent toujours dans cet ordre, et c’est dans cet ordre qu’un dictionnaire islandais les donne. Prenez l’habitude de les dire ensemble à voix haute, comme une seule unité : bíta, beit, bitum, bitið. Un verbe fort appris avec trois formes est un verbe qu’il faudra réapprendre.
Chaque série se définit par sa suite de quatre voyelles. Retenez la suite, et tout verbe de la série suit. La première colonne du tableau donne cette suite ; la deuxième, le verbe sur lequel on la récite d’ordinaire.
| Série | Infinitif | Prétérit sg | Prétérit pl | Supin | Sens |
|---|---|---|---|---|---|
| í – ei – i – i | bíta | beit | bitum | bitið | mordre |
| jó/jú – au – u – o | bjóða | bauð | buðum | boðið | offrir |
| i/e – a – u – u/o | finna | fann | fundum | fundið | trouver |
| e – a – á – o | bera | bar | bárum | borið | porter |
| e – a – á – e | gefa | gaf | gáfum | gefið | donner |
| a – ó – ó – a/e | taka | tók | tókum | tekið | prendre |
| supin = infinitif | halda | hélt | héldum | haldið | tenir |
Les quatrième et cinquième séries se distinguent par leur seul supin, o contre e : borið mais gefið. C’est exactement le genre de détail qu’on croit pouvoir négliger et qui s’entend.
La septième série demande un avertissement. Les six premières se récitent vraiment comme une suite de voyelles ; la septième se reconnaît autrement, au fait que son supin reprend la voyelle de l’infinitif — halda et haldið, falla et fallið. En revanche, son prétérit n’a pas une voyelle unique : hélt, gekk, hljóp, lét, fékk. Ces verbes se retiennent un par un, et la série ne sert qu’à ne pas les chercher ailleurs.
Deux verbes de cette liste méritent un signalement, parce que leur prétérit singulier a l’air trop sage. Koma ne rallonge pas sa voyelle au pluriel : kom puis komum, ce qui rend son prétérit pluriel identique à son présent pluriel. Et fá, à la fois très fréquent et très court, insère un groupe entier au pluriel : fékk puis fengum.
C’est le trait le plus déroutant du verbe fort islandais, et celui qu’aucune langue scolaire ne prépare. Au singulier du présent, beaucoup de verbes forts changent la voyelle de leur radical, puis la reprennent telle quelle au pluriel.
Les correspondances sont régulières : a devient e, á devient æ, o devient e, jó et jú deviennent ý, au devient ey. Le déclencheur est un i disparu depuis longtemps des terminaisons, et c’est ce qui explique qu’il n’en reste aucune trace visible : le mécanisme est décrit sur la page des voyelles qui changent. Retenez ici le résultat.
| Personne | taka | fara | finna | gefa |
|---|---|---|---|---|
| ég | tek | fer | finn | gef |
| þú | tekur | ferð | finnur | gefur |
| hann, hún, það | tekur | fer | finnur | gefur |
| við | tökum | förum | finnum | gefum |
| þið | takið | farið | finnið | gefið |
| þeir, þær, þau | taka | fara | finna | gefa |
Lisez la colonne de taka de haut en bas : trois voyelles différentes dans un seul temps. e au singulier, ö à la première personne du pluriel, a aux deux autres. Le ö n’est pas un caprice de plus : c’est l’effet du u de la terminaison, le même qui donne við tölum chez les verbes faibles.
Une petite série d’exceptions apparentes concerne les radicaux qui se terminent par r ou par s. Ils ne prennent pas la terminaison -ur : on dit þú ferð et hann fer, þú lest et hann les. La troisième personne du singulier se confond alors avec la première, et le pronom devient la seule information.
Les terminaisons du prétérit fort sont les mêmes pour tous les verbes de toutes les séries, et il n’y en a que six à connaître. Ce qui change d’un verbe à l’autre, c’est uniquement la voyelle.
| Personne | koma | taka | gefa |
|---|---|---|---|
| ég | kom | tók | gaf |
| þú | komst | tókst | gafst |
| hann, hún, það | kom | tók | gaf |
| við | komum | tókum | gáfum |
| þið | komuð | tókuð | gáfuð |
| þeir, þær, þau | komu | tóku | gáfu |
Trois faits à retenir de ce tableau, dans l’ordre de leur importance pratique.
Le singulier est nu. La première et la troisième personne n’ont aucune terminaison, et elles sont identiques : ég kom, hann kom. Un francophone, qui s’appuie normalement sur la terminaison, doit ici s’appuyer sur le pronom, et le pronom ne s’omet donc jamais.
La deuxième personne du singulier se termine par -st. Þú komst, þú fórst, þú tókst, þú gafst, þú fannst. Cette terminaison surprend parce qu’elle ressemble à la marque de la voix moyenne, qui se termine aussi par -st et qui n’a rien à voir : là il s’agit d’une personne du prétérit, ici d’une voix entière, traitée sur la page du moyen en -st. Le contexte les sépare sans difficulté une fois qu’on sait que les deux existent.
Le pluriel a sa propre voyelle. C’est la troisième forme de base, et c’est là que tout se joue. Selon la série, cette voyelle est la même que celle du singulier ou non. Tók et tókum se ressemblent ; gaf et gáfum déjà moins ; fann et fundum plus du tout.
Un mot sur l’impératif, pour ne pas laisser de trou : il se construit sur le même principe que chez les verbes faibles, radical du présent suivi du pronom soudé, et ce principe est exposé sur la page des verbes faibles.
Quatre difficultés reviennent, et aucune ne se résout par la volonté.
C’est l’erreur mère. Un verbe fort appris comme finna, fann, fundið produira við fannum à la première occasion. Ajoutez la forme du pluriel dès le premier jour : finna, fann, fundum, fundið.
De koma, un francophone tire spontanément ég kom — qui existe, mais comme prétérit. Le présent est ég kem. La confusion entre « je viens » et « je vins » est immédiate et totale.
Ég tek est fort, ég tel est faible, et les deux ont l’air identiques. La force se lit au prétérit et nulle part ailleurs : tók sans suffixe contre taldi avec dentale.
Við komum et þið komið sont deux personnes différentes que deux syllabes atones séparent. À l’écrit, la distinction est évidente ; à l’oral, elle demande des semaines d’exposition.
Un conseil de méthode, enfin. N’essayez pas de retenir les sept séries comme une liste : retenez les verbes, un par un, en quatre formes récitées d’un trait. Les séries servent après coup, quand vous rencontrez un verbe fort inconnu et que vous voulez deviner son passé — et là, elles sont remarquablement fiables.
Quatre voyelles se retiennent par l’oreille, pas par les yeux. Une série d’ablaut récitée à voix haute s’installe en quelques jours ; la même série lue dans un tableau s’efface en une semaine. C’est le pari du cours d’islandais, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : la première leçon est gratuite, la suite est sur abonnement.
Chaque énoncé demande une forme d’un verbe fort ; la traduction française indique la personne et le temps attendus. Touchez une réponse, puis Correction.
Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Parce que le prétérit d’un verbe fort a deux radicaux : un au singulier, un au pluriel. Ég fann mais við fundum, ég gaf mais við gáfum. Un verbe appris en trois formes vous laissera sans pluriel de prétérit, et c’est la personne la plus utile dès qu’on raconte quelque chose à plusieurs.
Leur nombre est limité et il n’augmente plus, puisque tout verbe nouveau ou emprunté rejoint les verbes faibles. Mais ce sont pour l’essentiel les verbes les plus fréquents de la langue — venir, aller, prendre, donner, trouver, boire — de sorte qu’on ne peut pas les contourner.
Au prétérit, jamais au présent. Si le passé change la voyelle du radical sans rien ajouter, le verbe est fort. Si le passé ajoute une dentale, il est faible, même quand son présent ressemble à celui d’un verbe fort : ég tel a l’air fort mais fait taldi.
Non, et la ressemblance est purement graphique. Dans þú komst, le -st est la terminaison de la deuxième personne du singulier du prétérit. Dans la voix moyenne, il s’agit d’une marque qui transforme le verbe entier et se conjugue à toutes les personnes ; elle est traitée sur la page du moyen en -st.
Apprenez d’abord les verbes, en quatre formes récitées d’un trait. Les séries servent ensuite, comme outil de prédiction : devant un verbe fort inconnu en í, vous pouvez parier sur un prétérit en ei. La prédiction est fiable, mais elle ne remplace pas la mémoire des verbes courants.
Deux phénomènes différents se superposent sur ce verbe. Au singulier, un ancien i de terminaison a fait passer le a à e. À la première personne du pluriel, le u de la terminaison -um fait passer le a à ö. Les deux mécanismes sont décrits sur la page des voyelles qui changent.
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