Là où le français place un petit mot devant le verbe, l’islandais colle deux lettres à la fin. Le résultat n’est pas toujours réfléchi : la moitié de ces verbes ont pris un sens qui leur est propre.
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Le français dit se voir, s’asseoir, se rencontrer, avec un pronom qui reste un mot séparé. L’islandais possède le même pronom réfléchi, mais il connaît aussi une autre solution : souder la marque au verbe, sous la forme d’une terminaison -st.
Cette terminaison n’est pas venue de nulle part. C’est l’ancien pronom réfléchi sik, l’ancêtre du sig d’aujourd’hui, qui s’est collé à la fin du verbe puis réduit jusqu’à ne plus laisser que deux consonnes. On appelle l’ensemble la voix moyenne, miðmynd, et les grammaires la présentent à côté de l’actif et du passif.
Le point de départ le plus clair est une paire de phrases qui disent la même chose de deux façons.
Dans la première, le verbe est un verbe ordinaire et sig est son complément : la forme et la déclinaison de ce pronom sont traitées avec les pronoms personnels. Dans la seconde, il n’y a plus de complément du tout, et le sens est porté par la terminaison. C’est cette seconde voie qui nous occupe ici.
L’islandais dispose donc de deux routes là où le français n’en a qu’une, et il faut savoir laquelle prendre. Certains verbes n’acceptent que le pronom, d’autres n’existent qu’à la forme soudée, et une petite série admet les deux avec un sens voisin. Aucune règle ne permet de deviner à quelle catégorie appartient un verbe : cela s’apprend verbe par verbe, comme le genre d’un nom. En revanche, la forme soudée se reconnaît du premier coup d’œil, puisqu’elle finit toujours par les deux mêmes consonnes, et c’est déjà beaucoup pour la compréhension.
Une précaution s’impose d’emblée, parce qu’elle évite des mois de malentendus : toutes les formes en -st ne se traduisent pas par un verbe pronominal français, et la plupart des verbes pronominaux français ne se rendent pas par un -st. Ferðast signifie « voyager », et non « se voyager ». La terminaison indique l’appartenance à une série de formes, pas une traduction automatique.
La règle tient en trois lignes. On prend la forme conjuguée du verbe, on y ajoute -st, et les consonnes qui se trouvent dans le chemin disparaissent : le -r de la deuxième et de la troisième personne du singulier, ainsi que le -ð de la deuxième personne du pluriel, ne survivent pas devant cette terminaison.
La conséquence est spectaculaire, et elle rend ces verbes bien plus faciles que les autres : tout le singulier se dit d’une seule façon. Voici le modèle le plus régulier, celui des verbes dont l’infinitif finit par -ast.
| Personne | Présent | Prétérit |
|---|---|---|
| ég | ferðast | ferðaðist |
| þú | ferðast | ferðaðist |
| hann, hún, það | ferðast | ferðaðist |
| við | ferðumst | ferðuðumst |
| þið | ferðist | ferðuðust |
| þeir, þær, þau | ferðast | ferðuðust |
Quatre formes suffisent donc pour tout le présent, et trois pour tout le prétérit. Ajoutez que l’infinitif est ferðast et que le supin, celui qui suit l’auxiliaire du parfait, est ferðast également : ég hef ferðast um Ísland, « j’ai voyagé à travers l’Islande ». La même suite de lettres couvre l’infinitif, le supin et quatre personnes du présent.
Les verbes dont le présent ne finit pas par -ar suivent le même principe. Hitta, « rencontrer », fait hitti, hittir, hittir, hittum, hittið, hitta ; sa forme moyenne donne hittist pour tout le singulier et pour la deuxième personne du pluriel, hittumst pour la première, hittast pour la troisième. Au prétérit, við hittumst et þau hittust.
Les deux dernières formules sont à retenir telles quelles : ce sont deux des façons les plus ordinaires de se quitter en Islande, et elles sont toutes deux à la voix moyenne, littéralement « que l’on se voie » et « que l’on s’entende ».
Un mot sur le dictionnaire, parce que c’est là que beaucoup de débutants se découragent. Une forme comme hittumst ne se trouve nulle part si on la cherche sous hitta : les verbes moyens sont donnés à leur propre entrée, sous leur infinitif en -st. Le réflexe à prendre est donc mécanique : devant une forme qui finit par ces deux consonnes, on remonte à l’infinitif, qui se termine presque toujours par -ast, avant de chercher. Et comme le paradigme est très court, une seule forme rencontrée dans une phrase suffit presque toujours à reconnaître toutes les autres.
Un piège d’écriture. Les verbes forts portent aussi un -st, mais tout à fait ailleurs : à la deuxième personne du singulier de leur prétérit, dans þú komst ou þú fórst. Ces formes n’ont rien à voir avec la voix moyenne, et leur page les explique. Le sujet tranche : þú komst est un verbe fort à la deuxième personne, tandis que ég komst est un moyen, komast, qui signifie « parvenir à aller ».
C’est la valeur d’origine, celle que le pronom soudé annonçait : le sujet fait l’action sur lui-même. Elle reste vivante dans un petit nombre de verbes courants.
Celle-ci est bien plus productive, et elle est d’un rendement immédiat pour parler. Le pluriel d’un verbe en -st dit que les sujets agissent les uns sur les autres. C’est l’équivalent exact de notre « se » réciproque dans « ils se regardent ».
Cette valeur explique une bonne part du vocabulaire de la conversation : quand deux personnes font quelque chose ensemble, l’islandais met très naturellement le verbe au pluriel avec -st plutôt que d’ajouter un mot signifiant « l’un l’autre ». C’est la raison pour laquelle hittumst et sjáumst reviennent sans arrêt.
Une forme en -st peut aussi dire qu’une chose subit l’action sans que l’on nomme d’auteur. Le français fait exactement cela avec son pronominal : « le livre se vend bien », « cela ne se dit pas », « la porte s’est ouverte ». C’est le point où les deux langues se ressemblent le plus.
Le quatrième exemple montre jusqu’où cette valeur peut aller : le français doit passer au passif pour le traduire. L’islandais, lui, n’a rien ajouté, il a simplement mis finna à la voix moyenne. C’est pourquoi cette terminaison sert de concurrent au passif à auxiliaire, qui est traité sur la page du participe : entre bókin var fundin et bókin fannst, la seconde formule est plus brève, plus parlée, et de loin la plus fréquente.
Attention toutefois à ne pas généraliser. Cette valeur ne se fabrique pas à volonté sur n’importe quel verbe : elle est attachée à des verbes précis, qu’il faut rencontrer un par un. Un débutant qui invente une forme en -st pour éviter un passif produira souvent un mot qui n’existe pas, ou qui existe avec un autre sens.
Voici la vraie surprise de cette page. Les verbes en -st que vous rencontrerez le plus souvent ne sont ni réfléchis, ni réciproques, ni quasi-passifs : ce sont des verbes autonomes, avec leur sens propre, que le dictionnaire donne sous leur forme en -st parce qu’ils n’en ont pas d’autre. La terminaison a cessé d’être une marque de voix pour devenir une partie du mot.
Aucun de ces verbes ne se traduit avec un pronom réfléchi français, et pour plusieurs d’entre eux la forme sans -st n’existe même pas : il n’y a pas de verbe ferða, pas de verbe nálga. Il faut donc les apprendre comme du vocabulaire ordinaire, sans chercher derrière eux un tour réfléchi.
Komast mérite une mention particulière, parce qu’il rend un service que le français exprime lourdement : il dit la réussite du déplacement, l’effort abouti. Ég kem heim signifie « je rentre » ; ég komst heim signifie « j’ai fini par rentrer », avec tout ce que cela suppose de route fermée et de vent contraire. C’est un verbe très islandais.
Un dernier membre de cette famille est incontournable : finnast, qui signifie « trouver que, avoir l’impression que », et qui sert à donner son avis du matin au soir. Il se construit d’une façon déroutante, sans sujet au nominatif : mér finnst þetta gott, « je trouve cela bon ». Cette construction particulière, où la personne concernée est au datif, appartient à la page des sujets au datif ; retenez seulement ici que la forme finnst est un moyen ordinaire, bâti sur finna comme selst sur selja.
Comment aborder ces verbes sans s’y perdre. N’essayez pas de deviner la valeur d’une forme en -st par le raisonnement : les quatre emplois se recouvrent, et le même verbe peut basculer de l’un à l’autre selon la phrase. La seule méthode qui tient est de retenir des blocs entiers — sjáumst, hvað gerðist, mér finnst, ég komst — et de laisser le système se dessiner ensuite. C’est précisément la façon de travailler du cours d’islandais, où ces formules arrivent en situation, avant toute explication. Le reste du système verbal est cartographié sur la page de grammaire islandaise.
Choisissez la forme moyenne qui convient au sens et à la personne, puis touchez Correction.
Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Du pronom réfléchi ancien sik, l’ancêtre de sig, qui s’est soudé à la fin du verbe puis réduit à deux consonnes. C’est pourquoi la valeur la plus ancienne de ces formes est la valeur réfléchie, même si elle n’est plus la plus fréquente aujourd’hui.
Non, et c’est l’erreur la plus répandue. Ferðast veut dire « voyager », nálgast « approcher », óttast « craindre ». Ces verbes n’ont pas de forme sans -st et s’apprennent comme du vocabulaire ordinaire.
Parce que les terminaisons personnelles ne survivent pas devant -st : le -r et le -ð tombent. Tout le singulier se dit donc d’une seule façon, et l’infinitif comme le supin se confondent avec elle. C’est la conjugaison la plus économique de l’islandais.
Le sens est le même ; la construction ne l’est pas. La première phrase emploie un verbe ordinaire avec le pronom réfléchi comme complément, la seconde une forme moyenne sans complément. Un même verbe peut ainsi mener une double vie, et les deux tours coexistent dans la langue d’aujourd’hui.
Non, c’est une coïncidence d’écriture. Þú komst est la deuxième personne du prétérit du verbe fort koma, sans aucun rapport avec la voix moyenne. En revanche ég komst appartient bien au moyen komast, « parvenir à aller ». Le sujet suffit à trancher.
Souvent oui, quand le verbe le permet : bókin fannst est plus naturel que le passif à auxiliaire. Mais la forme n’est pas fabricable à volonté. Mieux vaut apprendre les verbes qui l’admettent que d’inventer une terminaison sur un verbe qui ne la porte pas.
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