L’islandais ne dit pas « plus » devant l’adjectif : il le suffixe, comme l’anglais et l’allemand. Le comparatif est aussi le seul adjectif de la langue qui ne se décline presque pas.
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Le français construit ses degrés avec des mots séparés : plus grand, le plus grand. L’islandais les construit avec des suffixes, et il n’existe aucune tournure en « plus » qui permette de s’en dispenser.
C’est le premier réflexe à changer. Un francophone cherche spontanément un petit mot à glisser devant l’adjectif ; en islandais, il faut modifier le mot lui-même. La bonne nouvelle est que la modification est très régulière : deux suffixes couvrent l’immense majorité du vocabulaire, et une trentaine d’adjectifs seulement demandent une forme apprise à part.
Deux noms pour les deux degrés. Le comparatif dit « plus X » et se compare à quelque chose. Le superlatif dit « le plus X » et désigne un sommet, réel ou implicite. Les deux se forment sur le même radical, et il vaut donc mieux les apprendre ensemble, par séries de trois formes.
La règle par défaut est d’une simplicité qui surprend, dans une langue par ailleurs si exigeante : on retire le -ur du masculin nominatif et on ajoute -ari pour le comparatif, -astur pour le superlatif. Le radical ne bouge pas.
| Adjectif | Comparatif | Superlatif | Sens |
|---|---|---|---|
| sterkur | sterkari | sterkastur | fort |
| glaður | glaðari | glaðastur | joyeux |
| erfiður | erfiðari | erfiðastur | difficile |
| þreyttur | þreyttari | þreyttastur | fatigué |
| fljótur | fljótari | fljótastur | rapide |
| hvítur | hvítari | hvítastur | blanc |
Une famille entière se comporte presque comme ce type mais pas tout à fait : les adjectifs en -legur, très nombreux, font leur comparatif en -legri et leur superlatif en -legastur. Le comparatif y perd donc le a que le superlatif garde, et c’est une faute classique que d’écrire l’un sur le modèle de l’autre.
Le superlatif en -astur se décline comme n’importe quel adjectif, et son féminin réserve une petite surprise : la syllabe -ast- devient -ust-. On dit donc Hann er fallegastur pour un homme et Hún er fallegust pour une femme.
Une série d’adjectifs très courants refuse -ari et prend seulement -ri au comparatif, -stur au superlatif. Ils changent en même temps la voyelle de leur radical, et ce sont précisément les adjectifs dont vous aurez besoin le plus tôt : grand, petit, long, haut, jeune, lourd.
| Adjectif | Comparatif | Superlatif | Sens |
|---|---|---|---|
| langur | lengri | lengstur | long |
| stór | stærri | stærstur | grand |
| hár | hærri | hæstur | haut |
| lágur | lægri | lægstur | bas |
| ungur | yngri | yngstur | jeune |
| þungur | þyngri | þyngstur | lourd |
| djúpur | dýpri | dýpstur | profond |
Ce changement de voyelle n’est pas un caprice : c’est la trace d’un i disparu qui a tiré la voyelle du radical vers l’avant. Le même phénomène explique des pluriels comme bækur et des présents comme ég kem, et il est traité à la page les voyelles qui changent. Ici, retenez la liste plutôt que la cause : elle est courte, fermée, et elle vous servira tous les jours.
Attention à ne pas étendre le procédé par analogie. stór donne bien stærri, mais dýr donne dýrari et non dýrri : rien dans la forme du mot ne permet de deviner à quel groupe il appartient. Les deux listes s’apprennent, et celle du type régulier est heureusement la plus longue.
Sept séries ne se déduisent d’aucune règle, et ce sont naturellement les plus employées de la langue. Il n’y a rien d’autre à faire que les mémoriser, comme bon, meilleur, le meilleur en français.
| Adjectif | Comparatif | Superlatif | Sens |
|---|---|---|---|
| góður | betri | bestur | bon |
| vondur | verri | verstur | mauvais |
| mikill | meiri | mestur | grand, considérable |
| lítill | minni | minnstur | petit |
| gamall | eldri | elstur | vieux, âgé |
| margir | fleiri | flestir | nombreux |
| fár | færri | fæstur | peu nombreux |
Deux de ces séries posent au francophone un problème que le français ne connaît pas. Notre « plus de » recouvre deux notions que l’islandais sépare nettement : meiri vaut pour ce qui ne se compte pas, une quantité, une masse ; fleiri vaut pour ce qui se compte, et il est toujours au pluriel. Le même partage se retrouve à la baisse, entre minna et færri.
Choisir le mauvais terme ne rend pas la phrase incompréhensible, mais il la marque tout de suite comme étrangère, exactement comme un anglophone qui dirait less books. C’est le genre de détail qu’on corrige une fois et pour toutes.
Voici la particularité la plus commode de tout le système. Le comparatif islandais ne connaît pas la déclinaison forte : il n’a que des formes faibles, et il les réduit à deux. Partout, la terminaison est -i ; au neutre singulier seulement, elle est -a.
Le fait que le comparatif soit toujours faible a une conséquence utile : vous n’avez aucune décision à prendre. Les cinq déclencheurs de la forme faible, décrits à la page l’adjectif faible, ne vous concernent pas ici, parce qu’il n’existe pas d’autre forme à choisir.
Le terme de comparaison est introduit par en, « que ». Et là se trouve un piège précis : le mot qui suit en se met au nominatif, même quand le français met une forme d’insistance. On dit stærri en ég, jamais stærri en mig.
Pour l’égalité, l’islandais encadre l’adjectif : eins devant, og après. Et pour l’infériorité, il ne dispose d’aucune tournure aussi directe que notre « moins … que ». Le plus naturel est de nier l’égalité, ou d’employer le comparatif de l’adjectif contraire.
Dernier point, et il appartient à une autre page : quand on chiffre l’écart, la mesure se met au datif, comme dans tveimur árum eldri, « plus âgé de deux ans ». Cet emploi du datif est décrit à la page le datif.
Le superlatif, lui, se décline entièrement, et l’islandais distingue deux emplois que le français confond sous une seule tournure.
Le superlatif qui désigne est à l’intérieur d’un groupe du nom. Le nom porte son article, l’adjectif est à la forme faible, et l’ensemble pointe un individu précis : c’est le sens de notre « le plus … de tous ». Le groupe se comporte alors exactement comme tout groupe déterminé.
Le superlatif qui classe est attribut : il suit « être », il ne porte aucun article, et il est à la forme forte, comme tout attribut. Cette construction répond à la question « lequel ? » sans nommer de groupe du nom, et c’est celle que vous entendrez dans une conversation.
Employé sans aucun terme de comparaison, ce même superlatif fort ne classe plus rien : il dit simplement un très haut degré, là où le français mettrait « très ». On le renforce au besoin par allra, « de tous », qui se place devant. Les formules figées de la correspondance sont du même ordre, avec le superlatif à la forme faible du pluriel.
Le choix entre forme forte et forme faible du superlatif suit donc les mêmes règles que pour n’importe quel adjectif : fort en position d’attribut, décrit à la page l’adjectif fort, faible dans un groupe déterminé. Le superlatif est d’ailleurs le meilleur endroit pour vérifier qu’on a compris cette opposition, parce que les deux tours y sont fréquents et faciles à opposer.
Un dernier écueil, celui-là invisible pour qui vient du français : quand on compare non pas une personne mais la façon dont elle fait quelque chose, l’islandais emploie une forme d’adverbe distincte de celle de l’adjectif, et cette forme ne se décline pas du tout. La différence entre betri et betur est la même qu’entre meilleur et mieux, et elle fonctionne de façon tout aussi impitoyable.
| Adverbe | Comparatif | Superlatif | Sens |
|---|---|---|---|
| vel | betur | best | bien |
| illa | verr | verst | mal |
| mikið | meira | mest | beaucoup |
| lítið | minna | minnst | peu |
| oft | oftar | oftast | souvent |
| lengi | lengur | lengst | longtemps |
Ce sont des formes de conversation, pas de tableau. On compare vingt fois par jour : le temps, les prix, les distances, les gens. C’est pour cette raison que le cours d’islandais, entièrement audio et en leçons de quatorze minutes, fait revenir betri, stærri et bestur dans des phrases entières dès les premières leçons : ce sont des mots que l’on se surprend à produire avant de les avoir étudiés.
Choisissez la forme que la traduction française appelle, en surveillant le genre du nom et la présence d’un article. Touchez une réponse, puis Correction.
Trente-six pages qui vont des lettres ð et þ aux quatre cas, de la déclinaison des noms au moyen en -st, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue germanique restée médiévale : le nom se décline, l’article se colle à sa fin, et rien ne se prononce comme cela s’écrit.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
En suffixant l’adjectif, jamais en ajoutant un mot devant. Le type régulier prend -ari au comparatif et -astur au superlatif : sterkur, sterkari, sterkastur. Un petit groupe d’adjectifs très courants prend seulement -ri et -stur, en changeant la voyelle du radical.
Parce que gamall fait partie des séries irrégulières, qui sont sept et qui comptent parmi les adjectifs les plus employés de la langue : góður, betri, bestur, vondur, verri, verstur, mikill, meiri, mestur, lítill, minni, minnstur, gamall, eldri, elstur. Il n’y a pas de règle à comprendre, seulement une liste courte à mémoriser.
Le nominatif. On dit Hann er eldri en ég, et non une forme oblique du pronom. C’est une différence réelle avec le français, qui emploie une forme d’insistance dans « plus âgé que moi », et l’erreur est fréquente chez les débutants.
L’islandais n’a pas de tournure aussi directe. Le plus naturel est de nier l’égalité, Ég er ekki eins stór og hann, ou d’employer le comparatif de l’adjectif contraire : Hún er yngri en ég là où le français dirait volontiers « moins âgée que moi ».
meiri pour ce qui ne se compte pas, fleiri pour ce qui se compte : meira kaffi, « plus de café », mais fleiri stóla, « plus de chaises ». Le même partage vaut à la baisse, entre minna et færri. Le français réunit tout sous « plus de » et « moins de », d’où l’hésitation.
À peine. Il ne connaît que la déclinaison faible, et il la réduit à deux formes : -i partout, -a au neutre singulier. On a donc betri maður, betri kona, mais betra barn. Le superlatif, lui, se décline entièrement, fort en position d’attribut et faible dans un groupe déterminé.
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