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À la fin de cette leçon, vous saurez situer un fait dans une vie ou dans l’histoire : В де́тстве я мечта́л о ко́смосе ; При Петре́ Пе́рвом постро́или Петербу́рг. Vous saurez aussi dire « en lisant » ou « à condition que » avec при, et parler de vos soucis comme de vos regrets : Не беспоко́йтесь обо мне, Я ни о чём не жале́ю.
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Dans cette leçon, vous apprenez à situer un fait dans le temps d’une vie ou dans celui de l’histoire, et à dire ce qui vous occupe l’esprit : vos soucis, vos pensées, vos regrets. Vous saurez :
Avant de commencer. Revoyez мечта́ть et про́шлое (leçon 30), в де́тстве (leçon 58), забо́титься о (leçon 76), жале́ть (leçon 118), les âges de la vie (leçon 140), тоскова́ть по (leçon 149) et l’instrumental après руководи́ть (leçon 163).
Durée. 55 minutes environ.
Pour situer un fait dans une période de la vie ou de l’histoire, le russe emploie в suivi du prépositionnel. В де́тстве, que vous connaissez depuis la leçon 58, se traduit selon le contexte par « dans mon enfance » ou tout simplement par « enfant ». Les féminins en -ость prennent -и, les neutres en -о prennent -е, et l’adjectif s’accorde : в зре́лом во́зрасте, à l’âge mûr, de зре́лый zriélyï.
| Période | Avec в | Cas | Traduction |
|---|---|---|---|
| де́тство | в де́тстве | prépositionnel | dans l’enfance, enfant |
| ю́ность | в ю́ности | prépositionnel | dans la prime jeunesse, à l’adolescence |
| мо́лодость | в мо́лодости | prépositionnel | dans sa jeunesse, quand on était jeune |
| зре́лый во́зраст | в зре́лом во́зрасте | prépositionnel | à l’âge mûr |
| ста́рость | в ста́рости | prépositionnel | dans la vieillesse, sur ses vieux jours |
| про́шлое | в про́шлом | prépositionnel | dans le passé, autrefois |
| эпо́ха | в эпо́ху Петра́ | accusatif | à l’époque de Pierre |
| го́ды | в го́ды войны́ | accusatif | pendant les années de guerre |
| сре́дние века́ | в сре́дние века́ | accusatif pluriel | au Moyen Âge |
Les trois dernières lignes font exception. Эпо́ха èpókha, l’époque, et го́ды, les années, se mettent à l’accusatif, et le nom qui les suit, au génitif : в эпо́ху Петра́, в го́ды войны́. Сре́дние века́ sriédniie vieká, le Moyen Âge, forme un bloc figé : в сре́дние века́ est un accusatif pluriel, et non un prépositionnel, qui donnerait в века́х. Pour un siècle précis, en revanche, on revient au prépositionnel : в двадца́том ве́ке (leçon 58).
Trois mots de ces exemples sont nouveaux : ко́смос kósmos, l’espace ; забо́тливый zabótlivyï, attentionné, de la famille de забо́та (leçon 158) ; импе́рия impiériia, l’empire. Remarquez aussi l’instrumental après стать et быть au passé : стал забо́тливым, была́ ма́леньким го́родом.
Deux repères. В про́шлом signifie « dans le passé, autrefois » ; в про́шлом году́ (leçon 58), « l’année dernière ». Et à la question Когда́ э́то бы́ло?, un seul groupe suffit pour répondre : В де́тстве. В го́ды войны́.
Six phrases à compléter : la forme du nom ou de l’adjectif après в, au prépositionnel ou à l’accusatif selon le mot.
Pour dire « sous » un souverain ou un régime, le russe emploie при pri suivi du prépositionnel : при царе́, sous le tsar, de царь tsar’, toujours accentué sur la terminaison (царя́, царю́) ; при импера́торе, sous l’empereur, d’импера́тор impierátor ; при сове́тской вла́сти, sous le pouvoir soviétique, de сове́тский soviétskiï et власть vlast’. Au pluriel, вла́сти désigne les autorités.
Le nom du souverain se décline comme un nom ordinaire. Пётр perd son ё dès qu’il prend une terminaison, car l’accent passe alors sur celle-ci :
| Cas | Forme | Exemple |
|---|---|---|
| nominatif | Пётр Пе́рвый | Пётр Пе́рвый роди́лся в Москве́. — Pierre Ier est né à Moscou. |
| génitif | Петра́ Пе́рвого | в эпо́ху Петра́ Пе́рвого — à l’époque de Pierre Ier |
| datif | Петру́ Пе́рвому | па́мятник Петру́ Пе́рвому — le monument à Pierre Ier |
| instrumental | Петро́м Пе́рвым | Петербу́рг горди́тся Петро́м Пе́рвым. — Saint-Pétersbourg est fier de Pierre Ier. |
| prépositionnel | Петре́ Пе́рвом | при Петре́ Пе́рвом — sous Pierre Ier |
L’accusatif, Петра́ Пе́рвого, est identique au génitif, comme pour tout masculin animé. Les Russes disent aussi Пётр Вели́кий, Pierre le Grand : вели́кий vielíkiï marque la grandeur par l’importance, non par la taille, que dit большо́й. En 1721, Pierre prend le titre d’импера́тор, et la Russie devient une импе́рия.
Pour dire « régner sur », on emploie пра́вить právit’ (пра́влю, пра́вишь) avec l’instrumental, comme руководи́ть et управля́ть (leçon 163) : пра́вить страно́й. Le souverain est un прави́тель pravítiel’, et son règne, un правле́ние pravliéniie : во вре́мя правле́ния Екатери́ны Второ́й, pendant le règne de Catherine II (Екатери́на Втора́я Iekatierína).
Deux autres mots sont nouveaux. Крестья́нин kriest’iánin, le paysan, perd son suffixe -ин au pluriel : крестья́не, génitif pluriel крестья́н, comme dans le deuxième exemple. Перестро́йка pieriestróïka veut dire mot à mot « la reconstruction » ; le mot est passé tel quel en français.
Les mots de l’histoire soviétique. Сове́тский Сою́з, de сою́з soioúz, l’union, est aussi désigné par le sigle СССР, que l’on épelle. О́ттепель óttiepiel’, le dégel, désigne aussi les années Khrouchtchev (1953–1964), quand le régime s’est un peu assoupli. Après la перестро́йка vient, en 1991, le распа́д raspád СССР, l’effondrement de l’URSS. Enfin, столе́тие stoliétiie, formé sur сто et ле́то, désigne un siècle ou un centenaire : столе́тие Петербу́рга, célébré en 1803.
Six questions : la préposition, la forme du nom après при, le cas après править, la forme de Пётр, puis le cas après во время.
Suivi d’un nom d’action, при signifie « lors de, en » : при чте́нии, en lisant ; при встре́че, lors d’une rencontre, quand on se verra. Cette tournure, fréquente à l’écrit, remplace une subordonnée en когда́ : le verbe devient un nom d’action, souvent en -ние (leçon 153), et son complément direct passe au génitif.
| Avec когда́ | Avec при | Traduction |
|---|---|---|
| Когда́ он чита́л докуме́нты, он нашёл оши́бку. | При чте́нии докуме́нтов он нашёл оши́бку. | En lisant les documents, il a trouvé une erreur. |
| Когда́ я тебя́ уви́жу, я всё объясню́. | При встре́че я всё объясню́. | Quand on se verra, je t’expliquerai tout. |
| Когда́ мы обсужда́ли план, все спо́рили. | При обсужде́нии пла́на все спо́рили. | Pendant la discussion du plan, tout le monde se disputait. |
| Когда́ изуча́ешь язы́к, ну́жно мно́го чита́ть. | При изуче́нии языка́ ну́жно мно́го чита́ть. | Quand on apprend une langue, il faut beaucoup lire. |
| Когда́ вхо́дишь в музе́й, на́до показа́ть биле́т. | При вхо́де в музе́й на́до показа́ть биле́т. | À l’entrée du musée, il faut montrer son billet. |
Trois emplois complètent le tableau. При усло́вии, что… pri ouslóvii veut dire « à condition que » ; le verbe reste à l’indicatif, souvent au futur, là où le français met le subjonctif. При э́том pri étom ajoute une précision, souvent inattendue : « en même temps, de plus ». Enfin, devant un nom de personne, при signifie « en présence de, devant » : при де́тях, devant les enfants.
Deux formules. Переда́йте ему́ при встре́че. : dites-le-lui quand vous le verrez. При усло́вии, что… : à condition que… La seconde appartient à un registre soigné ; à l’oral, on se contente souvent d’е́сли.
Six questions : remplacez une subordonnée par при suivi d’un nom, puis choisissez la tournure qui convient au sens.
Les verbes et les noms qui disent un souci, une pensée ou un regret se construisent avec о et le prépositionnel. Vous en connaissez déjà plusieurs : забо́титься о (leçon 76), ду́мать о, мечта́ть о (leçon 30), жале́ть о (leçon 118), забо́та о (leçon 158). Voici les nouveaux, suivis de deux noms déjà connus.
| Mot | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| беспоко́иться biespokóit’sia | s’inquiéter | Ма́ма беспоко́ится о сы́не. — Maman s’inquiète pour son fils. |
| заду́мываться zadoúmyvat’sia | réfléchir à, se demander | Я ча́сто заду́мываюсь о бу́дущем. — Je réfléchis souvent à l’avenir. |
| размышля́ть razmychliát’ | méditer, réfléchir | Писа́тель размышля́ет о судьбе́ Росси́и. — L’écrivain médite sur le destin de la Russie. |
| мысль mysl’ | la pensée, l’idée | мысль о пое́здке — l’idée du voyage |
| забо́та | le soin, le souci | забо́та о здоро́вье — le souci de sa santé |
| воспомина́ние | le souvenir | воспомина́ния о де́тстве — les souvenirs d’enfance |
La préposition change de forme : о devant une consonne (о де́тях), об devant une voyelle (об э́том, об о́тпуске), et обо dans quelques formes figées : обо мне, обо всём, обо всех. Devant е, ё, ю ou я, qui se lisent avec un « i » initial, on garde о : о её рабо́те, о ю́ности.
À l’oral, про suivi de l’accusatif remplace volontiers о après les verbes de parole et après ду́мать, mais on l’évite après забо́титься, беспоко́иться et жале́ть : про свою́ рабо́ту est plus familier qu’о свое́й рабо́те. En revanche, тоска́ toská, la mélancolie, le mal du pays, et ностальги́я nostal’guíia, la nostalgie, se construisent comme тоскова́ть (leçon 149), avec по et le datif : тоска́ по ро́дине, ностальги́я по де́тству.
Dans Я ни о чём не жале́ю, vous reconnaissez ни о чём (leçon 123) : la préposition se glisse entre ни et чём.
Deux formules. Не беспоко́йтесь обо мне. : ne vous inquiétez pas pour moi. Я ни о чём не жале́ю. : je ne regrette rien. Entre proches, la première devient Не беспоко́йся обо мне.
Six questions : la forme de la préposition dans quatre phrases, puis le cas après о et après про.
Pour évoquer le passé, vous disposez maintenant de toute une famille de mots en о : воспомина́ние о (leçon 94), вспомина́ть о (le verbe de la leçon 86, vu jusqu’ici avec l’accusatif : вспомина́ть де́тство), et размышля́ть о. La nostalgie, elle, passe par по et le datif : тоска́ по ро́дине, ностальги́я по мо́лодости.
Pour dire l’âge que l’on avait, le russe emploie aussi l’instrumental d’état, déjà vu avec стать (leçon 54) : ребёнком, enfant ; подро́стком, adolescent, de подро́сток podróstok, dont le génitif подро́стка perd la voyelle mobile. Pour parler des personnes âgées, on dit poliment пожилы́е лю́ди, de пожило́й pojilóï, plus délicat que ста́рый.
Enfant, trois tournures. В де́тстве я жил в Сиби́ри, Ребёнком я жил в Сиби́ри et Когда́ я был ребёнком, я жил в Сиби́ри disent la même chose : « enfant, je vivais en Sibérie ». La première est la plus courante ; la troisième, la plus lourde, convient quand on veut insister.
Cinq questions : la préposition après deux noms, la forme d’un nom à l’instrumental, la forme d’un nom après о, puis le sens d’un adjectif.
Masha (Ма́ша Mácha), étudiante en histoire, interroge sa grand-mère, née sous Staline (Ста́лин Stálin) à Leningrad (Ленингра́д Lieningrád), le nom que Saint-Pétersbourg a porté de 1924 à 1991. Lisez l’interview deux fois, la seconde en soulignant chaque emploi de в, de при et d’о.
Три эпо́хи одно́й жи́зни
Ма́ша изуча́ет исто́рию в университе́те. Для одно́й рабо́ты ей ну́жно взять интервью́ у пожило́го челове́ка, и она́ пришла́ к ба́бушке.
Ма́ша: Ба́бушка, ты родила́сь при Ста́лине, пра́вда?
Ба́бушка: Да, в ты́сяча девятьсо́т со́рок седьмо́м году́, в Ленингра́де. Война́ уже́ зако́нчилась, но жизнь была́ о́чень тяжёлой.
Ма́ша: Что ты по́мнишь о де́тстве?
Ба́бушка: Мы жи́ли в одно́й ко́мнате: ма́ма, па́па, мой брат и я. Па́па верну́лся с войны́ больны́м, и ма́ма забо́тилась обо всех: о нём, о нас, о сосе́дях. Я ей помога́ла. Па́па ча́сто расска́зывал мне об исто́рии го́рода. Но де́тство у меня́ бы́ло весёлое: зимо́й мы це́лыми дня́ми игра́ли во дворе́, а ле́том е́здили на да́чу к дя́де.
Ма́ша: А ю́ность?
Ба́бушка: Моя́ ю́ность — э́то о́ттепель. Мы с подру́гами чита́ли вслух стихи́, кото́рые ра́ньше бы́ли запрещены́, и ноча́ми спо́рили о любви́, о жи́зни, о бу́дущем. В ты́сяча девятьсо́т шестьдеся́т пе́рвом году́ челове́к впервы́е был в ко́смосе, и мы все мечта́ли о ко́смосе. В шестьдеся́т пя́том году́ я поступи́ла в университе́т. В мо́лодости ка́жется, что всё мо́жно!
Ма́ша: А пото́м?
Ба́бушка: Пото́м — зре́лый во́зраст. Я рабо́тала инжене́ром на заво́де, вы́шла за́муж за твоего́ де́душку, родила́сь твоя́ ма́ма. При сове́тской вла́сти жизнь была́ споко́йной, но не лёгкой: в магази́нах ча́сто ничего́ не́ было, и мы часа́ми стоя́ли в очередя́х. А в ты́сяча девятьсо́т во́семьдесят пя́том году́ начала́сь перестро́йка. Сна́чала была́ наде́жда, пото́м — распа́д СССР. Мне бы́ло со́рок четы́ре го́да, и страна́, в кото́рой я родила́сь, вдруг исче́зла. В том же году́ Ленингра́д стал Санкт-Петербу́ргом.
Ма́ша: Ты жале́ешь о сове́тском вре́мени?
Ба́бушка: Жале́ю то́лько об одно́м: я ма́ло путеше́ствовала. Я всегда́ мечта́ла уви́деть Пари́ж и Ло́ндон, но при сове́тской вла́сти уе́хать за грани́цу бы́ло о́чень тру́дно. Бо́льше я ни о чём не жале́ю. Коне́чно, у меня́ есть ностальги́я по мо́лодости, по друзья́м, по на́шим спо́рам на ку́хне. Но ностальги́я — э́то не стра́шно, при усло́вии, что по́мнишь не то́лько хоро́шее, но и плохо́е.
Ма́ша: А сейча́с? Как ты живёшь?
Ба́бушка: В ста́рости у меня́ мно́го вре́мени. Я забо́чусь о де́душке, о ко́шке и о цвета́х на балко́не, мно́го чита́ю и ча́сто заду́мываюсь о смы́сле жи́зни. А ты не беспоко́йся обо мне: у меня́ всё хорошо́.
Ма́ша: Како́е у тебя́ са́мое тёплое воспомина́ние о де́тстве?
Ба́бушка: Па́мятник Петру́ Пе́рвому. По воскресе́ньям па́па води́л меня́ к нему́. Пётр сиди́т на ло́шади и смо́трит на ре́ку. Мне каза́лось, что при Петре́ здесь бы́ли то́лько лес и вода́ и что он оди́н постро́ил це́лый го́род. Я спра́шивала: «Па́па, что он ви́дит?» А па́па отвеча́л: «Бу́дущее». Тепе́рь я ста́рше, чем был Пётр, когда́ он у́мер, а он до сих пор смо́трит на ре́ку.
Ма́ша: Спаси́бо, ба́бушка. В воскресе́нье я обяза́тельно пойду́ к нему́.
Trois époques d’une vie
Masha étudie l’histoire à l’université. Pour un travail, elle doit interviewer une personne âgée, et elle est allée voir sa grand-mère.
Masha : Grand-mère, tu es née sous Staline, c’est bien ça ?
Grand-mère : Oui, en 1947, à Leningrad. La guerre était déjà finie, mais la vie était très dure.
Masha : Que te rappelles-tu de ton enfance ?
Grand-mère : Nous vivions dans une seule pièce : maman, papa, mon frère et moi. Papa était revenu malade de la guerre, et maman prenait soin de tout le monde : de lui, de nous, des voisins. Je l’aidais. Papa me parlait souvent de l’histoire de la ville. Mais j’ai eu une enfance joyeuse : l’hiver, nous jouions des journées entières dans la cour, et l’été, nous allions à la datcha chez mon oncle.
Masha : Et ta jeunesse ?
Grand-mère : Ma jeunesse, c’est le Dégel. Avec mes amies, nous lisions à voix haute des poèmes qui avaient été interdits auparavant, et nous discutions des nuits entières de l’amour, de la vie, de l’avenir. En 1961, un homme est allé dans l’espace pour la première fois, et nous rêvions toutes de l’espace. En 1965, je suis entrée à l’université. Quand on est jeune, on a l’impression que tout est possible !
Masha : Et ensuite ?
Grand-mère : Ensuite, l’âge mûr. J’ai travaillé comme ingénieure à l’usine, j’ai épousé ton grand-père, ta maman est née. Sous le pouvoir soviétique, la vie était tranquille, mais pas facile : souvent, il n’y avait rien dans les magasins, et nous faisions la queue pendant des heures. Et en 1985, la perestroïka a commencé. D’abord, il y a eu l’espoir, puis l’effondrement de l’URSS. J’avais quarante-quatre ans, et le pays où j’étais née a soudain disparu. La même année, Leningrad est redevenu Saint-Pétersbourg.
Masha : Tu regrettes l’époque soviétique ?
Grand-mère : Je ne regrette qu’une chose : j’ai peu voyagé. J’ai toujours rêvé de voir Paris et Londres, mais sous le pouvoir soviétique, partir à l’étranger était très difficile. Je ne regrette rien d’autre. Bien sûr, j’ai la nostalgie de ma jeunesse, de mes amis, de nos discussions dans la cuisine. Mais la nostalgie n’a rien de grave, à condition de se souvenir non seulement du bon, mais aussi du mauvais.
Masha : Et maintenant ? Comment vis-tu ?
Grand-mère : Dans la vieillesse, j’ai beaucoup de temps. Je prends soin de ton grand-père, de la chatte et des fleurs du balcon, je lis beaucoup et je réfléchis souvent au sens de la vie. Et toi, ne t’inquiète pas pour moi : tout va bien.
Masha : Quel est ton souvenir d’enfance le plus tendre ?
Grand-mère : Le monument à Pierre le Grand. Le dimanche, papa m’y emmenait. Pierre est assis sur son cheval et regarde le fleuve. J’avais l’impression que, sous Pierre, il n’y avait ici que la forêt et l’eau, et qu’il avait construit à lui seul une ville entière. Je demandais : « Papa, qu’est-ce qu’il voit ? » Et papa répondait : « L’avenir. » Aujourd’hui, je suis plus âgée que Pierre quand il est mort, et il regarde toujours le fleuve.
Masha : Merci, grand-mère. Dimanche, j’irai le voir sans faute.
Le monument dont parle la grand-mère se dresse au bord de la Neva : c’est la statue équestre de Pierre le Grand, inaugurée en 1782, à l’époque de Catherine II. Relisez l’interview en classant ses phrases en trois colonnes : в + prépositionnel, при + prépositionnel, о ou по après un mot de souci ou de nostalgie.
Écrivez, puis comparez avec le corrigé.
| Russe | Transcription | Français | Remarque |
|---|---|---|---|
| при | pri | sous (un règne), lors de, en présence de | Préposition + prépositionnel : при Петре́, при чте́нии, при де́тях. |
| при усло́вии | pri ouslóvii | à condition (que) | Locution ; при усло́вии, что + indicatif ; d’усло́вие (leçon 92). |
| при э́том | pri étom | en même temps, de plus | Locution ; ajoute une précision, souvent inattendue. |
| эпо́ха | èpókha | l’époque, l’ère | Déjà vu en leçon 140. Nom féminin ; в эпо́ху, à l’accusatif, suivi du génitif : в эпо́ху Петра́. |
| царь | tsar’ | le tsar | Nom masculin, accent final : царя́, царю́ ; при царе́. |
| импера́тор | impierátor | l’empereur | Nom masculin ; titre de Pierre le Grand dès 1721. |
| импе́рия | impiériia | l’empire | Nom féminin ; Росси́йская импе́рия : l’Empire russe. |
| вели́кий | vielíkiï | grand (par l’importance) | Déjà vu en leçon 114. Adjectif (superlatif велича́йший) ; Пётр Вели́кий ; la forme courte вели́к (leçon 115) veut dire « trop grand ». |
| пра́вить | právit’ | régner, gouverner | Imperfectif, + instrumental ; пра́влю, пра́вишь : пра́вить страно́й. |
| прави́тель | pravítiel’ | le souverain, le dirigeant | Nom masculin en -тель. |
| правле́ние | pravliéniie | le règne ; la direction (d’une société) | Nom neutre ; во вре́мя правле́ния + génitif. |
| сове́тский | soviétskiï | soviétique | Adjectif ; сове́тская власть, сове́тское вре́мя. |
| сою́з | soioúz | l’union, l’alliance | Nom masculin ; Сове́тский Сою́з, sigle СССР ; en grammaire, la conjonction. |
| власть | vlast’ | le pouvoir, l’autorité | Nom féminin en -ь ; pluriel вла́сти : les autorités ; при сове́тской вла́сти. |
| перестро́йка | pieriestróïka | la perestroïka ; la reconstruction | Nom féminin ; les réformes de 1985 à 1991. |
| распа́д | raspád | l’effondrement, la désintégration | Nom masculin ; распа́д СССР (1991). |
| о́ттепель | óttiepiel’ | le dégel ; le Dégel (années Khrouchtchev) | Nom féminin en -ь, avec deux т. |
| сре́дние века́ | sriédniie vieká | le Moyen Âge | Locution ; в сре́дние века́ est un accusatif pluriel figé (le prépositionnel serait в века́х). |
| столе́тие | stoliétiie | le siècle ; le centenaire | Nom neutre, formé sur сто et ле́то. |
| крестья́нин | kriest’iánin | le paysan | Nom masculin ; pluriel крестья́не, génitif pluriel крестья́н. |
| подро́сток | podróstok | l’adolescent | Nom masculin ; voyelle mobile : подро́стка ; подро́стком : adolescent. |
| зре́лый | zriélyï | mûr | Adjectif ; в зре́лом во́зрасте ; de la famille de зре́лость (leçon 140). |
| пожило́й | pojilóï | âgé (poli) | Déjà vu en leçon 44. Adjectif ; plus poli que ста́рый : пожилы́е лю́ди. |
| забо́тливый | zabótlivyï | attentionné, prévenant | Adjectif ; de забо́та (leçon 158). |
| беспоко́иться | biespokóit’sia | s’inquiéter | Imperfectif ; беспоко́юсь ; о + prépositionnel ; déjà vu dans не беспоко́йтесь (leçon 101). |
| заду́мываться | zadoúmyvat’sia | réfléchir à, se demander | Imperfectif ; о + prépositionnel ; perfectif заду́маться. |
| размышля́ть | razmychliát’ | méditer, réfléchir | Imperfectif ; о + prépositionnel ; perfectif rare поразмы́слить. |
| мысль | mysl’ | la pensée, l’idée | Nom féminin ; мысль о + prépositionnel ; Хоро́шая мысль! : bonne idée ! |
| тоска́ | toská | la mélancolie, le mal du pays | Déjà vu en leçon 149. Nom féminin ; тоска́ по + datif ; de тоскова́ть. |
| ностальги́я | nostal’guíia | la nostalgie | Nom féminin ; по + datif : ностальги́я по де́тству. |
| ко́смос | kósmos | l’espace (cosmos) | Nom masculin ; мечта́ть о ко́смосе. |
Dix questions : prépositions et cas dans quatre phrases, une formule, une condition, puis quatre questions sur l’interview.
Deux pages de référence prolongent cette leçon : le cas prépositionnel, qui réunit les emplois de в, о et при, et о, об ou про, qui détaille le choix entre ces formes et leur registre.
La leçon suivante construit les adjectifs avec leur complément : indifférent à la musique, riche en forêts.
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Deux cents leçons progressives, de l’alphabet cyrillique jusqu’au programme du niveau B2, chacune avec ses exercices corrigés. Elles complètent le cours audio : l’oreille d’un côté, la lecture et l’écriture de l’autre.
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50 leçons de 14 minutes, soit 11 h 39 d’écoute, en fichiers MP3. Je paie une fois, je reçois le lien par courriel, je télécharge le cours entier — ou je l’écoute en ligne.
La leçon 1 est en haut de cette page, gratuite et en entier : je l’écoute avant de payer, sans compte à créer et sans carte bancaire.
Les noms des âges de la vie et des périodes se mettent au prépositionnel après в : в де́тстве, в ста́рости, в про́шлом. Mais эпо́ха èpókha et го́ды font exception : ils prennent l’accusatif, suivi d’un génitif, в эпо́ху Петра́, в го́ды войны́. В сре́дние века́ est lui aussi un accusatif pluriel figé. Le plus sûr est d’apprendre ces tournures comme des blocs.
Les deux sont justes et veulent dire la même chose. При + prépositionnel, plus court, est la tournure courante devant un souverain ou un régime : при Петре́ Пе́рвом, при сове́тской вла́сти. Во вре́мя + génitif s’emploie plutôt avec un événement ou une action : во вре́мя войны́, во вре́мя обе́да ; c’est pourquoi, devant un souverain, il passe par un nom d’action : во вре́мя правле́ния Петра́.
Seulement dans quelques formes figées, surtout обо мне, обо всём et обо всех. Ailleurs, la règle est simple : о devant une consonne (о де́тях), об devant une voyelle (об э́том, об о́тпуске). Les mots qui commencent par е, ё, ю ou я gardent о : о её рабо́те.
Le sens est le même, le registre diffère. О + prépositionnel convient partout, à l’écrit comme à l’oral : Расскажи́ мне о свое́й рабо́те. Про + accusatif est plus familier et surtout oral : Расскажи́ мне про свою́ рабо́ту. Avec забо́титься, беспоко́иться ou размышля́ть, restez à о.
Selon le contexte, par « en même temps », « de plus » ou « et pourtant ». При э́том pri étom ajoute une précision, souvent inattendue : Кварти́ра больша́я и при э́том недорога́я, l’appartement est grand et, en plus, pas cher. Ne le confondez pas avec об э́том, « de cela » : Не говори́ об э́том при де́тях.
Parce que la lettre ё porte toujours l’accent. Dès que le nom prend une terminaison, l’accent passe sur celle-ci, et ё redevient е : Петра́, Петру́, Петро́м, при Петре́. Le surnom Пётр Вели́кий Piotr vielíkiï, Pierre le Grand, se décline de même : при Петре́ Вели́ком.
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