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Cours de langues›Voyelles et nasales

Trois voyelles d’avant, une longueur invisible, un n qui n’est pas un n

Deux des voyelles tchétchènes que les débutants redoutent le plus se trouvent déjà dans lune et dans peur. La vraie difficulté est ailleurs : dans une longueur que l’écriture ne montre pas, et dans un н final qui ne se prononce pas.

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Le cours vous fait parler sans passer par l’écrit ; ces pages vous donnent l’écrit et la règle, si vous les voulez. Les deux vont ensemble, aucun n’exige l’autre.

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Un système vocalique riche, et deux cadeaux pour un francophone

Le tchétchène distingue beaucoup plus de voyelles que le russe, et le francophone est mieux placé que la plupart des apprenants pour les entendre : deux des plus difficiles pour un russophone sont des voyelles françaises courantes.

Commençons par là, parce que c’est rare et parce que cela donne du courage. Le уь tchétchène est le u de lune. Le оь est très proche du eu de peur. Un russophone doit fabriquer ces deux voyelles de toutes pièces ; vous les avez depuis toujours, et il vous suffit de les reconnaître sous une notation inhabituelle.

Les voyelles du tchétchène et ce qu’elles valent pour une oreille française
VoyelleTranscr.Comment cela sonneExemple
аale a de patteмалх malx — « le soleil »
аьäentre le a de patte et le è de pèreаьрру ärru — « gauche »
еele é de été, ou yé selon la placeцӀе c’e — « le feu, le nom »
иile i de litхи xi — « l’eau »
оole o de sortкорта korta — « la tête »
оьöle eu de peurдоьзал dözal — « la famille »
уule ou de loupтур tur — « le sabre »
уьüle u de luneкуьг küg — « la main »
эele é de été, surtout à l’initialerare hors des emprunts
юyuy suivi du ou de loupy puis voyelle arrière
юьyüy suivi du u de luney puis voyelle d’avant
яyay suivi du a de pattey puis voyelle arrière
яьyäy suivi de la voyelle de аьy puis voyelle d’avant

Le seul son de cette liste qui n’a pas d’équivalent français exact est аь. Il se situe entre notre a et notre è, à peu près là où l’anglais place la voyelle de cat. La bouche est plus ouverte que pour père, la langue plus en avant que pour patte. C’est la seule voyelle de la langue qui demande un réglage neuf.

аь, оь, уь : le second signe appartient à la voyelle

Voici le réflexe qui fait le plus de dégâts, et il vient du russe. Dans куьг, le petit signe qui suit le у n’amollit pas le к qui précède : il modifie la voyelle. уь est une voyelle unique, aussi indivisible que notre digramme ou, et la consonne d’avant n’y est pour rien.

La conséquence est immédiate. Un francophone qui a appris un peu de russe lit куьг comme un k mouillé suivi d’un ou, et produit deux erreurs d’un coup : une consonne déformée et une voyelle fausse. Le mot devient inintelligible, alors que la bonne prononciation était à sa portée : un k ordinaire suivi du u de lune.

Ces trois voyelles sont fréquentes, et elles apparaissent dans des mots du premier jour.

  • куьг küg — « la main »
  • буьйса büysa — « la nuit »
  • Ӏуьйре ʿüyre — « le matin »
  • доьзал dözal — « la famille »
  • оьзда özda — « bien élevé, digne »
  • аьрру ärru — « gauche »
  • Ӏаьржа ʿärža — « noir »

Un dernier détail, qui économise de la confusion : юь et яь ne sont pas deux voyelles supplémentaires. Ce sont les mêmes voyelles d’avant, précédées d’un y. Il y a donc trois voyelles d’avant à installer, pas cinq.

La longueur, que l’écriture ne montre pas

Le tchétchène oppose des voyelles brèves et des voyelles longues, et la durée n’est pas un détail d’accent : elle fait partie du mot, comme la voyelle elle-même. Sur ce point, l’écriture ne vient pas à votre secours. Certains mots doublent la lettre, beaucoup n’indiquent rien du tout, et rien ne permet de savoir à la lecture si la voyelle d’un mot inconnu est brève ou longue.

Pour un francophone, la difficulté est double, et elle mérite d’être nommée précisément. Le français n’emploie pas la durée pour distinguer ses mots : nous allongeons une voyelle pour insister, pour hésiter, pour marquer l’émotion, jamais pour changer de mot. Notre oreille traite donc spontanément la longueur comme une information expressive, et l’ignore. C’est exactement le réflexe à défaire.

Deuxième moitié du problème : nous allongeons quand même, mais aux mauvais endroits. Le français étire volontiers la dernière syllabe d’un groupe, par habitude rythmique. Résultat, un apprenant francophone allonge une voyelle finale brève parce qu’elle termine sa phrase, et abrège une voyelle longue parce qu’elle se trouve au milieu. Il produit alors des durées qui contredisent le mot.

Ce qu’il faut en conclure, très concrètement. La longueur d’une voyelle s’apprend avec le mot, en même temps que lui, et elle s’apprend d’oreille : il n’existe pas de règle qui la déduise de l’orthographe. Un mot appris dans un livre sans avoir jamais été entendu a donc une chance sérieuse d’être mémorisé avec la mauvaise durée, et il faudra le réapprendre. C’est l’une des raisons pour lesquelles le cours de tchétchène est entièrement oral : la première leçon est libre d’accès, et chaque mot y arrive avec sa durée réelle.

Voyelle plus й : des glissements que le français connaît

Le й tchétchène est un y, comme dans yeux. Placé après une voyelle, il forme un glissement, et le français en possède exactement de la même sorte dans ail, soleil, fille. Cette série ne demande donc presque aucun apprentissage : il suffit de ne pas la lire comme une consonne à part entière.

Un point d’attention tout de même : le glissement se combine avec les voyelles d’avant. уьй dans буьйса n’est pas уй : la voyelle reste le u de lune, et le y vient après. Prononcer bouïssa au lieu de büyssa change la voyelle et abîme le mot. C’est la même erreur que précédemment, un cran plus difficile à repérer parce que le y occupe l’attention.

Inversement, ne cherchez pas de complication là où il n’y en a pas : вай se dit comme la fin de travail, et нохчий finit comme fille. Ces mots-là sont des cadeaux, et il y en a assez peu dans cette langue pour qu’on les prenne.

Les voyelles nasales, et le н qui les note

Le tchétchène possède des voyelles nasales, c’est-à-dire des voyelles pendant lesquelles l’air passe aussi par le nez. Elles se rencontrent en fin de mot, et c’est la lettre н qui les signale.

Autrement dit : en position finale, ce н n’est le plus souvent pas une consonne à prononcer. Il indique que la voyelle qui le précède est nasale. сан ne se termine pas par un n appuyé ; la voyelle y est nasalisée, et le mot s’arrête là.

Ailleurs dans le mot, en revanche, le н est un n tout à fait ordinaire, qui se prononce comme le nôtre.

Pourquoi un francophone se trompe deux fois ici

Première erreur : prononcer le n. Un lecteur qui applique l’orthographe articule un n net à la fin de сан, et ajoute une consonne que le mot ne comporte pas. C’est l’erreur du lecteur, et elle est la plus fréquente.

Seconde erreur, plus subtile : nasaliser à la française. Le français possède des voyelles nasales, et c’est précisément le piège. Nos nasales ne sont pas des voyelles orales auxquelles on a ajouté du nez : ce sont des timbres à part, qui ne ressemblent plus à la voyelle de départ. Dites pas puis pan : la voyelle a changé de nature, pas seulement de passage d’air. Une nasale tchétchène, elle, garde le timbre de la voyelle orale et n’y ajoute que la résonance nasale.

Un francophone doit donc faire une chose qu’il n’a jamais eu à faire : nasaliser sans changer de voyelle. L’exercice se fait en tenant une voyelle orale, longuement, puis en ouvrant le passage nasal au milieu, sans bouger la langue ni les lèvres. On entend alors la nasalisation arriver seule, sur la même voyelle. C’est cela qu’il faut reproduire, et non notre an, notre on ou notre in.

Deux choses qui ne relèvent pas de cette page

Une oreille française attribue aux voyelles deux phénomènes qui n’en sont pas, et il vaut mieux le savoir tout de suite pour ne pas travailler dans le vide.

La coloration de gorge. Dans un mot comme Ӏаж ʿaž, « la pomme », la voyelle sonne étrange, comme enfoncée. Ce n’est pas une voyelle de plus dans l’inventaire : c’est la consonne voisine qui déborde sur elle. Le phénomène appartient aux consonnes de gorge, et c’est en produisant correctement la consonne qu’on obtient la couleur, jamais en déformant la voyelle.

Les voyelles qui changent dans la flexion. Les voyelles du tchétchène ne restent pas immobiles quand le mot se décline ou se conjugue : la voyelle du radical alterne. Le garçon, кӀант k’ant, donne au pluriel кӀентий k’entiy, où le a a cédé la place à un e. Ce n’est pas un fait de prononciation mais de grammaire, et il se traite là où il agit : au pluriel des noms et au radical oblique. Cette page se contente de le signaler.

Ce qui reste sur cette page est donc bien délimité, et c’est déjà un programme : trois voyelles d’avant à reconnaître sous leur notation, une longueur à apprendre mot par mot, des glissements en й presque gratuits, et une nasalisation à produire d’une façon que le français n’emploie pas.

Exercices : entendre et écrire les voyelles

Chaque énoncé porte sur une voyelle, sur sa durée ou sur la nasalité finale. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Le уь tchétchène se prononce comme le ___.
  2. Le оь tchétchène est proche du ___.
  3. Le аь tchétchène se situe ___.
  4. Dans куьг, le signe qui suit le у ___.
  5. Le mot qui signifie main est ___.
  6. Le mot qui signifie matin est ___.
  7. Le mot qui signifie nuit est ___.
  8. Le mot qui signifie famille est ___.
  9. À la fin de сан, le н note ___.
  10. Dans нана, le н ___.
  11. Une voyelle nasale tchétchène ___ le timbre de la voyelle orale.
  12. La longueur des voyelles est ___ par l’écriture.
  13. En tchétchène, la durée d’une voyelle ___.
  14. Le mot вай se termine comme ___.
  15. юь et яь sont ___.
  16. Le tchétchène compte ___ voyelles d’avant notées avec un second signe.
  17. Entre кӀант et кӀентий, ce qui change est ___.
  18. Dans буьйса, la voyelle est ___.

Toute la grammaire tchétchène, chapitre par chapitre

Vingt-huit pages qui se répondent, des consonnes de gorge aux classes nominales, de l’ergatif aux converbes, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue du Caucase où le verbe s’accorde avec la classe du nom, où le sujet change de forme selon que le verbe est transitif ou non, et où l’aspect compte plus que le temps. Chaque page transcrit le cyrillique selon la même convention, expliquée dès la page de l’alphabet.

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Questions fréquentes

Le u français existe-t-il vraiment en tchétchène ?

Oui, et c’est l’un des rares avantages dont dispose un francophone dans cette langue. La voyelle notée уь est le u de lune, et celle notée оь est très proche du eu de peur. Un russophone doit apprendre ces deux sons ; vous n’avez qu’à les reconnaître sous une notation qui ne vous est pas familière.

Pourquoi ne faut-il pas amollir la consonne devant уь ?

Parce que le second signe ne concerne pas la consonne. Dans куьг küg, « la main », le к est un k ordinaire et la voyelle est celle de lune. Un lecteur qui transpose le réflexe russe obtient une consonne mouillée et un ou, soit deux erreurs dans un mot de trois sons.

Comment savoir si une voyelle est longue ?

En l’ayant entendue. L’écriture ne note pas la durée de manière fiable, et aucune règle ne permet de la déduire de l’orthographe d’un mot inconnu. La longueur s’apprend donc avec le mot, au moment où on l’apprend. Un mot mémorisé d’après un texte seul risque fort d’être retenu avec la mauvaise durée.

Les voyelles nasales du tchétchène sont-elles celles du français ?

Non, et la ressemblance est trompeuse. Nos nasales sont des timbres à part : pan ne contient pas la voyelle de pas avec du nez en plus, c’est une autre voyelle. Une nasale tchétchène garde le timbre de la voyelle orale et n’y ajoute que la résonance nasale. Il faut donc apprendre à nasaliser sans changer de voyelle.

Faut-il prononcer le н à la fin des mots ?

Le plus souvent, non : en fin de mot, cette lettre signale que la voyelle est nasale plutôt qu’une consonne à articuler. Ailleurs dans le mot, en revanche, le н se prononce comme le n français, ainsi dans нана nana, « la mère ».

Pourquoi ma voyelle sonne-t-elle bizarre après certaines consonnes ?

Parce qu’une consonne de gorge colore la voyelle voisine : le resserrement du pharynx déborde sur elle et modifie ce que l’on entend. Cela n’ajoute pas de voyelle à l’inventaire et ne se corrige pas du côté de la voyelle. Le phénomène est décrit à la page des consonnes de gorge.

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