Le tchétchène possède six consonnes que le français ignore, et toutes se fabriquent en bloquant la glotte avant de relâcher. Un francophone qui les néglige ne dit pas un mot approximatif : il dit un autre mot, quand il en dit un.
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Le cours vous fait parler sans passer par l’écrit ; ces pages vous donnent l’écrit et la règle, si vous les voulez. Les deux vont ensemble, aucun n’exige l’autre.
Il existe en tchétchène deux familles de consonnes là où le français n’en a qu’une. Le francophone les entend comme une seule, et c’est la source d’erreur la plus régulière de ses premières semaines.
La démonstration tient en deux mots courants. ца ca est le mot par lequel on nie, celui qui se place devant le verbe pour dire que l’action n’a pas lieu. цӀа c’a est la maison. Même voyelle, même longueur, même place possible dans la phrase. Ce qui les sépare n’est ni un son ajouté ni un souffle : c’est un geste de la gorge qui change la nature de la consonne initiale.
Un francophone qui prononce les deux de la même façon ne produit pas un tchétchène à l’accent lourd. Il produit, la moitié du temps, l’autre mot. Et comme ce trait revient sur six consonnes, dont trois parmi les plus fréquentes de la langue, il n’y a pas de moyen de le contourner : tant qu’il n’est pas acquis, une phrase sur deux comporte une ambiguïté que l’interlocuteur doit résoudre à votre place.
Cette page traite du geste et de l’opposition. La façon d’écrire ces consonnes est traitée à part, à la page de l’alphabet ; les sons produits en arrière de la bouche sans ce mécanisme sont à la page des consonnes de gorge.
Une éjective n’est pas une consonne accompagnée d’un petit bruit supplémentaire. C’est une consonne dont l’air ne vient pas des poumons. Le décomposer en trois temps rend la chose reproductible.
La bouche se ferme là où la consonne se ferme normalement : les lèvres pour пӀ, la pointe de la langue pour тӀ, le dos de la langue pour кӀ. Au même moment, la glotte se ferme aussi, exactement comme lorsqu’on retient son souffle avant de soulever une charge. L’air enfermé entre les deux fermetures ne peut plus aller nulle part.
Le larynx s’élève d’un cran, ce qui réduit le volume de la petite poche d’air prisonnière et la met sous pression. Rien ne sort encore, rien ne s’entend : ce temps est silencieux, et c’est justement ce silence que le francophone ne produit pas.
La fermeture de la bouche se relâche d’un coup et l’air comprimé s’échappe seul, avec un claquement sec et un peu creux. La glotte, elle, ne s’ouvre qu’après. Aucun souffle venu des poumons ne suit la consonne : le son est net, court, et se termine avant la voyelle.
Deux propriétés découlent de ce mécanisme, et il faut les avoir en tête pour ne pas fabriquer un son approchant mais faux. D’abord, une éjective est toujours sourde : les cordes vocales sont bloquées, donc elles ne vibrent pas. Un b éjectif est une impossibilité physique, et c’est pourquoi la série ne comporte que des consonnes sourdes. Ensuite, une éjective ne s’aspire pas. Le souffle qui suit un p anglais ou allemand est l’exact contraire de ce qu’il faut faire ici, puisqu’il demande que la glotte soit ouverte.
Le repère le plus utile pour commencer. Retenez votre souffle, complètement, comme avant de plonger. Sans reprendre d’air, fermez les lèvres et faites-les claquer. Le petit bruit que vous obtenez, sans avoir rien expiré, est déjà très proche du пӀ tchétchène. Ce qui reste à apprendre est de le faire en pleine conversation, sans marquer de pause.
Cinq d’entre elles ont une consonne simple qui leur correspond exactement au même endroit de la bouche. La sixième, къ, se ferme beaucoup plus en arrière et demande un mot à part.
| Éjective | Transcr. | Fermeture | Simple | Exemple éjectif |
|---|---|---|---|---|
| пӀ | p’ | les deux lèvres | п | пӀелг p’elg — « le doigt » |
| тӀ | t’ | pointe de la langue | т | тӀулг t’ulg — « la pierre » |
| кӀ | k’ | dos de la langue | к | кӀант k’ant — « le garçon » |
| цӀ | c’ | langue contre les dents | ц | цӀа c’a — « la maison » |
| чӀ | č’ | langue derrière les dents | ч | чӀара č’ara — « le poisson » |
| къ | q’ | tout au fond, vers la luette | кх | къам q’am — « le peuple » |
Ce sont celles par lesquelles on commence, parce que la fermeture est visible et contrôlable : on voit les lèvres, on sent la pointe de la langue. Le claquement y est aussi le plus audible.
La fermeture se fait au fond du palais, là où le français ferme son c de cou. On ne la voit pas, on ne la sent presque pas, et c’est ce qui la rend plus longue à installer que les deux précédentes. Elle apparaît pourtant dans des mots que vous emploierez le premier jour.
Ces deux-là demandent un effort de plus, parce que ц et ч se terminent déjà par un frottement : ц est le ts de tsar, ч le tch de tchèque. Il faut donc comprimer l’air, puis le laisser sortir par ce frottement, sans jamais rouvrir la glotte. Le résultat est un frottement bref et pincé, très différent du ts traînant que produit un débutant.
Celle-ci n’a pas d’équivalent simple parmi les consonnes que le français connaît, même de loin. La fermeture ne se fait pas avec le dos de la langue contre le palais mais plus en arrière encore, vers la luette, à l’endroit où l’on s’apprête à racler la gorge. Puis le mécanisme est identique aux cinq autres : glotte fermée, compression, relâchement sec. Le son est sombre, presque avalé.
Sa partenaire simple est кх, qui se ferme au même endroit sans blocage de la glotte, et qui appartient à la série décrite à la page des consonnes de gorge. Le triplet к — кх — къ est l’un des endroits où un débutant francophone perd le plus de mots, parce qu’il ne dispose que d’un seul k pour trois consonnes distinctes.
Pour entendre une éjective, il faut d’abord savoir à quoi on l’oppose. La série simple du tchétchène n’est pas la série française : п, т, к s’y accompagnent d’un léger souffle, tandis que le français les coupe net. Le p de papa se situe donc entre les deux consonnes tchétchènes, et n’en est franchement aucune.
C’est la raison pour laquelle un francophone est mal compris dans les deux sens. Quand il veut dire цӀа, on entend ца, parce qu’il n’a pas fermé la glotte. Et quand il veut dire ца, son articulation trop sèche peut passer pour une tentative d’éjective ratée. Il n’a pas un son à apprendre, il en a deux à séparer.
| Simple | Mot | Éjective | Mot |
|---|---|---|---|
| ц | ца ca — la négation | цӀ | цӀа c’a — la maison |
| п | пондар pondar — l’instrument à cordes | пӀ | пӀелг p’elg — le doigt |
| т | тур tur — le sabre | тӀ | тӀулг t’ulg — la pierre |
| к | корта korta — la tête | кӀ | кӀант k’ant — le garçon |
| ч | чу ču — dedans, à l’intérieur | чӀ | чӀара č’ara — le poisson |
| кх | кхана qana — demain | къ | къам q’am — le peuple |
Prenez le temps de dire ces douze mots deux par deux, en exagérant la différence, y compris jusqu’à la caricature. L’exagération est utile au début : elle installe deux gestes distincts, que l’usage rapprochera ensuite tout seul. Un débutant qui cherche d’emblée la nuance juste produit en réalité une seule consonne molle, à mi-chemin, et ne progresse pas.
Les ratés d’un francophone sur les éjectives sont remarquablement réguliers. Les reconnaître dans sa propre bouche vaut mieux que de relire le mécanisme.
Rien du tout : la glotte reste ouverte. C’est l’erreur par défaut. Le mot sort avec la consonne simple, et цӀа devient ца. Signe distinctif : vous n’avez senti aucun blocage dans la gorge et vous n’avez pas eu à retenir votre souffle. Si la consonne ne vous a rien coûté, elle n’était pas éjective.
La consonne, puis un coup de glotte séparé. Erreur de l’apprenant appliqué, qui a compris qu’il fallait fermer la glotte et le fait après. On entend alors deux temps là où il n’y en a qu’un, et le mot se casse en deux morceaux. Les deux fermetures doivent être simultanées, et c’est la bouche qui s’ouvre la première.
Un souffle après la consonne. Erreur venue de l’anglais scolaire. Souffler après le relâchement suppose d’ouvrir la glotte, ce qui annule exactement ce qui vient d’être fait. Une éjective réussie est suivie de la voyelle, immédiatement, sans rien entre les deux.
Une consonne sonore. Erreur plus rare, et immédiatement audible : la voix se met en marche pendant la consonne et l’on obtient quelque chose entre un b et un p. Or les cordes vocales sont bloquées pendant une éjective. Si vous sentez vibrer votre gorge, c’est que la glotte n’était pas fermée.
Ce que la lecture ne peut pas faire. Tout ce qui précède décrit un geste ; aucun texte ne vous dira si vous l’exécutez. Il faut entendre les deux séries alternées par une voix qui les distingue, et se réécouter. C’est ce que travaille le cours de tchétchène, entièrement oral : la première leçon est libre d’accès, et les éjectives y apparaissent dès les premières minutes, dans des mots entiers plutôt que dans des syllabes isolées.
Chaque énoncé porte sur le mécanisme éjectif ou sur un mot que ce mécanisme distingue. Touchez une réponse, puis Correction.
Vingt-huit pages qui se répondent, des consonnes de gorge aux classes nominales, de l’ergatif aux converbes, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue du Caucase où le verbe s’accorde avec la classe du nom, où le sujet change de forme selon que le verbe est transitif ou non, et où l’aspect compte plus que le temps. Chaque page transcrit le cyrillique selon la même convention, expliquée dès la page de l’alphabet.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Une consonne dont l’air ne vient pas des poumons : la glotte se ferme, l’air enfermé dans la bouche est comprimé par la remontée du larynx, puis la bouche s’ouvre d’un coup et cet air-là s’échappe seul, avec un claquement sec. C’est un mécanisme entier, pas un bruit ajouté à une consonne ordinaire.
Rien dans le système de la langue, mais un geste voisin existe hors de la parole. Le petit claquement de langue que l’on fait pour marquer l’agacement, ou le bruit sec produit lèvres fermées en retenant son souffle, mobilisent la même mécanique. Le travail consiste à intégrer ce geste dans des mots, à vitesse normale.
Vous dites un autre mot, ou aucun. цӀа c’a est la maison, ца ca est la particule de négation, et rien d’autre ne les sépare. Dans la plupart des cas votre interlocuteur rétablira le sens par le contexte, mais il l’aura fait à votre place, et les malentendus finissent par arriver.
Parce que le mécanisme compte davantage que le lieu. къ se ferme au fond de la bouche, comme les consonnes de gorge, mais il bloque la glotte et comprime l’air comme les cinq autres éjectives, ce que ne fait aucune consonne de gorge. Sa partenaire sans blocage, кх, est décrite à la page des consonnes de gorge.
Cela dépend entièrement de la quantité d’écoute, et non du temps passé sur une description. Ce qui est sûr est l’ordre des acquisitions : on entend la différence avant de savoir la produire, et on la produit sur des mots isolés avant de la tenir dans une phrase rapide. Tant que la distinction n’est pas entendue, il est inutile de s’acharner sur la production.
Oui, franchement. Un débutant qui cherche tout de suite la mesure juste produit une consonne intermédiaire, molle, qui ne ressemble ni à la simple ni à l’éjective, et qui l’installe dans une prononciation dont il aura du mal à sortir. Mieux vaut deux gestes trop marqués, que l’usage adoucira, qu’un seul geste à mi-chemin.
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