Le pluriel tchétchène s’entend, contrairement au nôtre, mais il ne se calcule pas. Un nom se retient avec deux formes, le singulier et le pluriel, parce que la seconde ne se déduit presque jamais de la première.
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Le cours vous fait parler sans passer par l’écrit ; ces pages vous donnent l’écrit et la règle, si vous les voulez. Les deux vont ensemble, aucun n’exige l’autre.
En français, le pluriel d’un nom ne s’entend pratiquement jamais : c’est le déterminant qui le porte, et le cheval se distingue de les chevaux par le premier mot bien plus que par le second. Le tchétchène fait l’inverse. Toute l’information est dans le nom, elle est audible, et aucun petit mot ne vient la répéter devant lui.
La marque de base est un -ш -š final, précédé d’une voyelle ou d’un élément de liaison selon le mot. Deux exemples suffisent à voir le principe.
À ce stade, un francophone croit avoir trouvé un système simple : on ajoute -аш -aš. Il va généraliser, et il va se tromper très vite, car le tchétchène possède plusieurs suffixes de pluriel, et rien dans la forme du singulier ne dit lequel s’applique. Le mot pour « montagne » ne prend pas -аш -aš, et en plus il change de voyelle.
D’où la seule méthode qui tienne, et il faut l’adopter dès le premier jour plutôt qu’au bout de six mois : un nom tchétchène s’apprend avec deux formes, comme on apprend un verbe irrégulier français avec son participe. Noter лам lam seul dans un carnet de vocabulaire, c’est se condamner à ne pas reconnaître лаьмнаш lämnaš dans une phrase entendue, alors que c’est le même mot.
Cette page traite le nombre, et rien d’autre. Le tchétchène range par ailleurs ses noms en classes, et l’accord au pluriel réduit ces distinctions : c’est le sujet de la page des six classes, et cela ne joue aucun rôle dans la fabrication des formes décrites ici.
Voici les formes que vous rencontrerez, avec des noms que vous emploierez tous les jours. Le tableau ne se retient pas comme une règle de production : il se retient comme un répertoire de silhouettes, pour que la fin d’un mot entendu vous dise aussitôt que le mot est au pluriel.
| Suffixe | Singulier | Pluriel | Sens |
|---|---|---|---|
| -аш -aš | говр govr | говраш govraš | le cheval |
| -аш -aš | урам uram | урамаш uramaš | la rue |
| -аш -aš | бӀаьрг bʿärg | бӀаьргаш bʿärgaš | l’œil |
| -аш -aš | ког kog | когаш kogaš | le pied, la jambe |
| -наш -naš | лам lam | лаьмнаш lämnaš | la montagne |
| -наш -naš | мотт mott | меттанаш mettanaš | la langue |
| -наш -naš | гӀала ġala | гӀаланаш ġalanaš | la ville |
| -ош -oš | цӀа cʼa | цӀенош cʼenoš | la maison |
| -ош -oš | де de | денош denoš | le jour |
| -ий -iy | кӀант kʼant | кӀентий kʼentiy | le garçon, le fils |
| -рий -riy | зуда zuda | зударий zudariy | la femme |
| -рий -riy | ваша vaša | вежарий vežariy | le frère |
| -ш -š | хи xi | хиш xiš | l’eau, la rivière |
Trois remarques valent mieux qu’un effort de mémorisation. D’abord, le -ш -š est présent partout : c’est le vrai signal du pluriel, et le reste n’est que la manière de l’attacher. Ensuite, la répartition n’est pas aléatoire par familles de sens — les noms de personnes de la parenté se regroupent dans les formes en -рий -riy — mais elle est imprévisible pour un nom d’objet quelconque. Enfin, un mot emprunté récemment prend en général -аш -aš : машен mašen, « la voiture », donne машенаш mašenaš.
C’est ici que le pluriel tchétchène devient réellement difficile pour un francophone, et la difficulté n’est pas celle qu’on croit. Elle ne concerne pas la production — vous finirez par savoir dire « les montagnes » — mais la reconnaissance. Chez beaucoup de noms, le suffixe de pluriel modifie la voyelle du mot lui-même, et le pluriel ne ressemble plus au singulier.
| Singulier | Pluriel | Changement | Sens |
|---|---|---|---|
| лам lam | лаьмнаш lämnaš | а devient аь | la montagne |
| мотт mott | меттанаш mettanaš | о devient е | la langue |
| дог dog | дегнаш degnaš | о devient е | le cœur |
| цӀа cʼa | цӀенош cʼenoš | а devient е | la maison |
| кӀант kʼant | кӀентий kʼentiy | а devient е | le garçon |
| куьг küg | куьйгаш küygaš | un й s’insère | la main |
Mesurez l’effet sur la lecture. Vous connaissez дог dog, « le cœur » ; vous entendez дегнаш degnaš et vous cherchez un mot nouveau. La consonne initiale est la même, la finale annonce un pluriel, mais la voyelle a changé et le réflexe de reconnaissance ne se déclenche pas. C’est l’une des deux ou trois raisons pour lesquelles un débutant comprend moins bien à l’oral que son vocabulaire ne le laisserait espérer.
Et la difficulté est double, parce que rien n’annonce quels noms changent. Dans le tableau précédent, говраш govraš, бераш beraš et урамаш uramaš gardent leur voyelle, alors que лаьмнаш lämnaš et дегнаш degnaš la modifient, sans qu’aucun trait visible du singulier permette de le prévoir. Encore une fois : deux formes par nom.
Cette alternance n’est pas propre au pluriel, et vous la retrouverez ailleurs dans la morphologie du nom, où elle obéit à ses propres conditions. La page du radical oblique traite celle du singulier, et il serait vain de chercher une règle unique qui couvrirait les deux.
Un petit groupe de noms, et ce sont les plus employés de la langue, forme son pluriel hors de tout système. Certains remplacent carrément le mot. Ce sont ceux à apprendre en premier, précisément parce qu’ils reviennent dans chaque conversation de famille.
Le cas de стаг stag et de нах nax mérite un arrêt, car il ne s’agit pas d’une irrégularité de suffixe : les deux mots n’ont aucun élément commun. Le rapport est celui que le français entretient entre personne et gens, à cette différence près qu’en tchétchène il s’agit bien du singulier et du pluriel d’un même mot du dictionnaire. Et нах nax n’a pas de singulier à lui : le singulier lui est fourni de l’extérieur.
Notez aussi que ваша vaša et йиша yiša ne se contentent pas de prendre un suffixe : leur consonne intérieure change en même temps. Ce sont des paires à mémoriser telles quelles, sans chercher le mécanisme, et elles se retiennent d’autant mieux qu’elles se disent en permanence.
C’est la faute la plus régulière des francophones, et elle se produit dans les toutes premières phrases, parce qu’on compte très tôt. Le français accorde : deux enfants, trois jours. Le tchétchène ne le fait pas. Quand un nombre précède le nom, le nom ne porte pas la marque du pluriel : le nombre suffit, et le répéter sur le nom serait une redondance que la langue n’admet pas.
Le réflexe inverse est tout aussi utile à la compréhension : entendre un nom au singulier ne veut pas dire qu’il n’y en a qu’un. Cherchez le nombre devant.
Comme en français, les noms de matière ne se mettent pas au pluriel : on ne compte pas шура šura, « le lait », ni даьтта dätta, « le beurre, l’huile ». Rien de dépaysant ici. Le cas intéressant est le symétrique, celui d’un nom qui n’existe qu’au pluriel et pour lequel il faut aller chercher un autre mot quand on veut parler d’un seul : c’est exactement la situation de нах nax, dont le singulier est стаг stag.
Ce que le pluriel ne fait pas. Il ne trahit pas la classe du nom, et il n’y a donc rien à en déduire : ni le suffixe choisi, ni le changement de voyelle ne vous renseignent sur les accords que ce nom déclenchera. Les deux mécanismes se superposent sans se recouper, et le second est décrit à la page des six classes.
Une fois le pluriel formé, il reste à le décliner, car le tchétchène met ses noms à huit cas. La nouvelle est bonne pour une fois : le pluriel est l’endroit le plus régulier de la déclinaison tchétchène. La forme de pluriel que vous avez apprise sert de point de départ, et la marque -ш -š reste audible devant la plupart des désinences.
Deux choses à retenir de ces trois lignes. La première : dès que vous savez dire бераш beraš, vous tenez le radical de toutes les formes de pluriel du mot, et vous n’avez plus à vous demander lequel des types de déclinaison suivre — au singulier, cette question se pose, et c’est tout l’objet de la page du radical oblique. La seconde : le génitif du pluriel fait exception et prend sa propre forme, où le -ш -š ne s’entend plus. L’inventaire complet des cas et la déclinaison d’un nom type figurent à la page des huit cas.
Les formes de lieu se construisent de la même façon sur le pluriel, ce qui les rend plus lisibles qu’au singulier : la page des cas de lieu montre comment on dit « vers les montagnes » et « dans les montagnes » à partir de лаьмнаш lämnaš.
Deux formes par nom, et l’oreille fait le reste. Aucun tableau ne remplace le moment où лаьмнаш lämnaš cesse d’être une devinette pour devenir un mot. C’est ce que travaille le cours de tchétchène, entièrement audio, où les mêmes noms reviennent au singulier et au pluriel dans des phrases entières. La première leçon est libre d’accès, la suite relève de l’abonnement.
Choisissez le pluriel du nom proposé, puis touchez Correction.
Vingt-huit pages qui se répondent, des consonnes de gorge aux classes nominales, de l’ergatif aux converbes, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue du Caucase où le verbe s’accorde avec la classe du nom, où le sujet change de forme selon que le verbe est transitif ou non, et où l’aspect compte plus que le temps. Chaque page transcrit le cyrillique selon la même convention, expliquée dès la page de l’alphabet.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
À son -ш -š final, présent dans presque tous les suffixes de pluriel : -аш -aš, -наш -naš, -ош -oš. Restent quelques types en -ий -iy, surtout chez les noms de personnes, et une poignée de pluriels irréguliers.
Non, et c’est le point le plus important de cette page. Plusieurs suffixes se partagent le vocabulaire sans qu’aucun indice du singulier ne désigne le bon, et beaucoup de noms changent en outre de voyelle. Apprenez chaque nom avec ses deux formes, dès la première rencontre.
Parce que стаг stag et нах nax sont deux mots distincts qui fonctionnent comme le singulier et le pluriel d’un seul. Le même phénomène existe pour « la fille », йоӀ yoʿ, dont le pluriel est мехкарий mexkariy.
Non. Le nom reste au singulier : ши бер ši ber, « deux enfants », кхо де kho de, « trois jours ». Le nombre porte seul l’information, et ajouter la marque du pluriel est une faute typiquement francophone.
La marque du pluriel reste en place devant la désinence, ce qui rend le pluriel bien plus régulier que le singulier : de бераш beraš on tire берашна berašna, « aux enfants ». Le génitif du pluriel fait exception avec une forme propre. Le détail des cas est à la page des huit cas.
Non. Les noms de matière comme шура šura, « le lait », ne se comptent pas, et à l’inverse нах nax, « les gens », n’a pas de singulier propre : on emploie alors стаг stag.
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