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Cours de langues›Les relatives

Le livre que j’ai lu : qualifier un nom sans pronom relatif

Le tchétchène n’a aucun mot pour « qui », aucun pour « que », aucun pour « dont ». Tout ce que le français accroche derrière le nom se met devant lui, sous la forme d’un participe, et la proposition entière se lit alors comme un adjectif.

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Le cours vous fait parler sans passer par l’écrit ; ces pages vous donnent l’écrit et la règle, si vous les voulez. Les deux vont ensemble, aucun n’exige l’autre.

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Deux mots, deux ordres, deux choses différentes

La démonstration tient en deux mots tchétchènes que vous connaissez déjà. Mettez-les dans un ordre : vous avez une phrase. Inversez-les : vous avez un groupe nominal.

Rien n’a été ajouté, rien n’a été retiré. Dans le premier cas le verbe est en dernier, et la phrase est complète : quelqu’un vient. Dans le second, le verbe est passé devant le nom, et il ne raconte plus rien : il le qualifie. Le groupe obtenu n’est pas une phrase, c’est un morceau de phrase, et il attend un verbe pour en devenir une.

Voilà tout le mécanisme des relatives tchétchènes. Il n’y a pas de mot de liaison à trouver, parce qu’il n’en existe aucun : le tchétchène ne possède ni pronom relatif ni rien qui s’en approche. Ce que le français dit avec qui, que, dont, lequel, le tchétchène le dit par la place et par la forme du verbe.

La place, d’abord. Une proposition qui qualifie un nom occupe exactement le créneau de l’adjectif, celui qui précède le nom. Comparez, et voyez que les deux groupes se construisent pareil.

Ce n’est pas une bizarrerie isolée : le tchétchène place systématiquement devant le nom tout ce qui le précise, et la règle générale est décrite à la page de l’ordre des mots. La relative n’est qu’un cas particulier, le plus lourd, de cette habitude.

La forme du verbe, ensuite. Devant le nom, le verbe n’est plus conjugué : il prend une forme dite participe, qui ne dit ni qui agit, ni quand, et qui sert uniquement à qualifier.

Les formes qui qualifient

Un débutant a besoin de deux formes, et elles ne s’opposent pas par le temps mais par l’état de l’action : en cours, ou achevée.

L’action en cours : la forme bâtie sur le radical de présent

Placée devant le nom, elle qualifie celui qui fait l’action au moment dont on parle, ou qui la fait d’habitude. C’est notre « qui vient », « qui lit », « qui parle ».

L’action achevée : la forme en -на

Elle qualifie ce qui a déjà eu lieu. C’est à la fois notre relative au passé, « l’homme qui est venu », et notre participe passé employé comme adjectif, « la lettre lue ».

Deux remarques de forme, et elles évitent des erreurs coûteuses. La première : le participe garde le préfixe d’accord du verbe quand ce verbe en porte un, ce qui explique le в- de веана стаг et le й- de йогӀу нана ; le mécanisme de cet accord est décrit à la page de l’accord de classe. La seconde : ces formes ne sont pas des temps. Le moment de la phrase entière est donné par le verbe conjugué de la fin, pas par le participe.

Une troisième forme, en -р, qualifie un nom en présentant l’action comme encore à venir. La même finale sert, accompagnée du verbe « être », à former le futur de la phrase, et cet emploi temporel appartient entièrement à la page présent et futur ; ce qui nous concerne ici est seulement qu’un mot en -р placé devant un nom ne se lit pas comme un futur mais comme une qualification.

Le même participe pour « qui » et pour « que »

Voici le point qui demande le plus d’attention, et c’est aussi ce qui rend la construction si économique. Le participe ne dit pas si le nom qualifié fait l’action ou la subit. Une seule forme couvre les deux, et ce sont les mots présents dans la proposition qui tranchent.

Prenez le verbe « lire » à la forme achevée, дешна dešna, et deux noms : la lettre et l’homme. Selon la façon dont vous les rangez, vous obtenez deux groupes de sens opposés.

  • ас дешна кехат as dešna kexat — « la lettre que j’ai lue »
  • кехат дешна стаг kexat dešna stag — « l’homme qui a lu la lettre »

Dans les deux cas, le dernier mot est le nom qualifié, et tout ce qui le précède le qualifie. Dans le premier groupe, celui qui a lu est nommé à l’intérieur de la proposition, ас as, « moi » ; la lettre est donc ce qui a été lu. Dans le second, c’est la lettre qui est nommée à l’intérieur ; l’homme est donc celui qui a lu.

Un détail de forme mérite d’être souligné, parce qu’il est la cause d’une erreur tenace. Le sujet placé à l’intérieur de la relative garde la forme que son verbe exige : ас as et non со so, parce que « lire » porte sur un objet. Le participe n’est pas moins un verbe qu’une forme conjuguée, et il réclame le même sujet. Cette opposition est celle du sujet à l’ergatif.

Mettez maintenant l’un de ces groupes dans une phrase, et vous voyez apparaître la vraie difficulté de lecture : deux verbes se suivent, dont un seul est conjugué.

  • Кехат дешна стаг вогӀу. Kexat dešna stag voġu. — « L’homme qui a lu la lettre vient. »
  • Ас дас дешна кехат доьшу. As das dešna kexat döšu. — « Je lis la lettre que le père a lue. »

Le second exemple vaut la peine d’être détaillé, parce qu’il aligne deux sujets à l’ergatif : ас as appartient au verbe conjugué de la fin, дас das appartient au participe, et chacun reste dans son groupe. Mot à mot : « moi / le-père / lue / lettre / lis ».

Retenez le repère d’écoute : le verbe de la phrase est le dernier mot ; un mot verbal qui apparaît avant un nom n’est pas ce verbe. C’est un participe, et il faut le rattacher au nom qui le suit.

Ce que la construction ne dit pas

La contrepartie de cette économie est une imprécision, et il vaut mieux la connaître d’avance que la découvrir en pleine conversation. Aucun mot, dans le groupe, ne vient dire quel rôle le nom qualifié joue à l’intérieur de la proposition qui le qualifie. Le français a un mot pour chacun de ces rôles — qui, que, à qui, dont, où — et le tchétchène n’en a aucun.

Deux conséquences pratiques.

La place du nom qualifié reste vide à l’intérieur de la proposition. On ne la remplit pas par un pronom. Dire l’équivalent de « la lettre que je l’ai lue » est une faute de débutant, et elle vient souvent du russe ou de l’anglais plus que du français.

Les relatives faciles sont celles où le nom qualifié est celui qui agit ou celui qui subit. C’est le cas de l’immense majorité de celles dont vous aurez besoin : l’homme qui vient, le livre que j’ai acheté, la lettre que le père a lue. Dès que le nom qualifié jouerait un autre rôle — la maison où j’ai habité, l’homme à qui j’ai parlé — rien dans le groupe ne signale ce rôle, et le risque d’être mal compris augmente. Tant que votre oreille n’a pas entendu beaucoup de ces tournures, faites deux phrases : nommez la maison, puis dites que vous y avez habité. Deux phrases justes valent mieux qu’un groupe que votre interlocuteur doit deviner.

Une dernière contrainte, celle de la longueur. Comme tout est devant le nom, une relative longue fait attendre longtemps le mot dont elle parle. Gardez-les courtes : trois ou quatre mots avant le nom se suivent sans effort, huit ne se suivent plus. Cette limite n’est pas une règle de grammaire, c’est une règle de confort, et les locuteurs la respectent d’eux-mêmes.

Le participe change de forme avec le nom

Un dernier point de morphologie, en une ligne, pour que vous ne soyez pas surpris. Les mots qui qualifient un nom tchétchène ne sont pas invariables : quand le nom passe à un cas autre que sa forme nue, le participe placé devant lui prend lui aussi une finale particulière. Ne concluez donc pas, en entendant un participe que vous ne reconnaissez pas, que vous avez affaire à un mot nouveau. Ce que devient le nom lui-même dans cette situation est décrit à la page du radical oblique.

Le nom verbal, l’autre façon de s’en sortir

Le tchétchène dispose d’une solution supplémentaire, souvent plus simple que la relative, et un débutant gagne à la connaître tôt. Tout verbe fournit un nom d’action en -р, qui se comporte comme n’importe quel nom de la langue : il se décline, il peut être sujet ou complément, il se qualifie par un adjectif.

La différence avec le participe est nette et il faut la tenir. Le participe qualifie un nom et se place devant lui ; le nom verbal, lui, ne qualifie rien : il nomme l’action et occupe dans la phrase la place d’un nom. Sa formation est décrite à la page qui explique comment marche le verbe.

L’intérêt pratique est celui-ci : beaucoup de phrases françaises à proposition subordonnée se disent en tchétchène avec ce nom, sans qu’aucune relative ne soit nécessaire. Là où nous construisons une proposition entière, la langue préfère souvent un nom, comme le français lui-même le fait parfois — nous disons bien « depuis son départ » plutôt que « depuis qu’il est parti ». Le tchétchène pousse ce procédé beaucoup plus loin que nous, et c’est la tournure la plus économique à la disposition d’un débutant.

Ce qui fait trébucher un francophone

Cinq erreurs, et elles viennent toutes du même endroit : nous cherchons un mot de liaison qui n’existe pas.

Placer la proposition derrière le nom. C’est l’erreur mécanique, et elle a une conséquence que le débutant ne soupçonne pas : en mettant le verbe après le nom, il ne produit pas une relative maladroite, il produit une phrase complète. Стаг вогӀу Stag voġu ne signifie pas « l’homme qui vient » mais « l’homme vient », point final. Son interlocuteur attend la suite, qui ne viendra pas.

Glisser un mot pour traduire « qui » ou « que ». Il n’y a rien à traduire. Le lien est fait par la place du participe, et un mot ajouté là ne serait pas compris comme un relatif.

Remettre un pronom dans la place vide. La lettre n’est pas reprise à l’intérieur de la proposition qui la qualifie. Aucun mot ne tient cette place, et elle doit rester vide.

Mettre le sujet de la relative à la mauvaise forme. Le participe est un verbe : s’il porte sur un objet, son sujet est à l’ergatif, à l’intérieur du groupe. Un débutant qui emploie la forme nue produit un groupe dont on ne sait plus qui a lu quoi.

Confondre le participe et le converbe. Les deux sont des formes non finies et il est facile de les prendre l’une pour l’autre. La différence se voit à ce qui suit. Devant un nom, la forme qualifie : c’est un participe, et c’est le sujet de cette page. Devant un autre verbe, la forme relie deux actions : c’est un converbe, et cela relève de la page enchaîner les propositions.

L’exercice qui fait entrer la construction. Prenez cinq groupes français avec une relative, du genre « le livre que j’ai acheté », « l’homme qui parle », « la lettre que mon père a lue ». Pour chacun, écrivez l’ordre tchétchène en français, sans chercher les mots : « moi acheté livre », « parlant homme », « mon-père lue lettre ». Le nom qualifié doit toujours finir la ligne. Quand cet ordre ne vous demande plus de réflexion, la moitié du travail est faite ; le reste s’installe à l’écoute, et c’est ce que fait le cours de tchétchène, entièrement audio, dont la première leçon est libre d’accès.

Exercices : qualifier un nom par une proposition

Chaque question porte sur la place du participe et sur ce qu’il qualifie. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. L’homme qui vient se dit ___.
  2. Le mot tchétchène qui traduit que est ___.
  3. Une proposition qui qualifie un nom se place ___ ce nom.
  4. La lettre que j’ai lue se dit ___.
  5. L’homme qui a lu la lettre se dit ___.
  6. Стаг вогӀу signifie ___.
  7. À l’intérieur de la relative, le nom qualifié est repris par ___.
  8. Dans ас дешна кехат, le pronom est à l’ergatif parce que ___.
  9. Pour qualifier par une action achevée, on emploie la forme en ___.
  10. La mère qui vient se dit ___.
  11. Le livre acheté se dit ___.
  12. Une forme non finie suivie d’un nom est ___.
  13. Le rôle du nom qualifié à l’intérieur de la relative est ___.
  14. Le mot дешар est ___.
  15. Dans un groupe à relative, le dernier mot est ___.
  16. L’homme qui est venu se dit ___.
  17. Quand le nom qualifié passe à un autre cas, le participe ___.
  18. Une forme verbale entendue au milieu d’une phrase ___.

Toute la grammaire tchétchène, chapitre par chapitre

Vingt-huit pages qui se répondent, des consonnes de gorge aux classes nominales, de l’ergatif aux converbes, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue du Caucase où le verbe s’accorde avec la classe du nom, où le sujet change de forme selon que le verbe est transitif ou non, et où l’aspect compte plus que le temps. Chaque page transcrit le cyrillique selon la même convention, expliquée dès la page de l’alphabet.

Passez à la pratique

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Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.

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Questions fréquentes

Comment dit-on « qui » et « que » en tchétchène ?

On ne les dit pas : la langue ne possède aucun pronom relatif. La proposition qui qualifie le nom se place devant lui et son verbe prend une forme de participe. вогӀу стаг voġu stag signifie « l’homme qui vient », littéralement « venant homme ». Chercher un mot à cet endroit est la première erreur à abandonner.

Comment savoir si le nom qualifié fait l’action ou la subit ?

Par ce qui est nommé à l’intérieur du groupe. Dans ас дешна кехат as dešna kexat, celui qui a lu est déjà nommé, donc la lettre est ce qui a été lu : « la lettre que j’ai lue ». Dans кехат дешна стаг kexat dešna stag, c’est la lettre qui est nommée, donc l’homme est le lecteur. Le participe, lui, est le même dans les deux cas.

Le participe indique-t-il le temps de la phrase ?

Non. Il dit seulement si l’action est en cours ou achevée par rapport au moment dont on parle. Le temps de la phrase est porté par le verbe conjugué, qui est le dernier mot. Une phrase au passé peut donc contenir un participe bâti sur le radical de présent, et cela n’a rien de contradictoire.

Peut-on faire des relatives longues ?

La grammaire ne l’interdit pas, mais l’usage y répugne, pour une raison simple : tout est devant le nom, et une relative longue fait attendre longtemps le mot dont on parle. Trois ou quatre mots avant le nom passent sans effort. Au-delà, mieux vaut deux phrases, et c’est aussi le conseil à suivre quand le nom qualifié n’est ni celui qui agit ni celui qui subit.

Quelle différence entre un participe et un converbe ?

La fonction, et elle se lit à ce qui suit. Le participe qualifie un nom et se place devant lui. Le converbe relie une action à une autre action et se place devant un autre verbe. Les deux sont des formes non finies, elles se ressemblent, et c’est leur voisinage qui les distingue. Les converbes sont traités à la page enchaîner les propositions.

Comment dire « la maison où j’ai habité » ?

C’est le cas difficile, parce que rien dans le groupe ne dirait que la maison est le lieu et non ce qui a été habité. Tant que vous n’avez pas beaucoup entendu ce genre de tournure, faites deux phrases : nommez la maison, puis dites que vous y avez habité. Les relatives que vous produirez sans risque sont celles où le nom qualifié est celui qui agit ou celui qui subit.

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