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Cours de langues›Cas de lieu

Où, d’où, par où : les cinq formes de lieu du tchétchène

En français, on est à la maison et on rentre à la maison avec le même mot. Le tchétchène change la forme du nom selon qu’on y est, qu’on y va ou qu’on en vient, et ce choix n’est jamais facultatif.

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Le cours vous fait parler sans passer par l’écrit ; ces pages vous donnent l’écrit et la règle, si vous les voulez. Les deux vont ensemble, aucun n’exige l’autre.

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Une préposition française, cinq formes tchétchènes

Le français emploie « à » pour deux choses que le tchétchène n’a jamais confondues : l’endroit où l’on se trouve, et l’endroit vers lequel’on se déplace. Là où le français garde un mot unique et laisse le verbe dire le reste, le tchétchène change la forme du nom.

La démonstration la plus courte tient en deux phrases que vous pourriez dire aujourd’hui.

Le sujet est le même, l’ordre des mots est le même, et le français traduit les deux fois par « à la maison ». Seul le nom a changé : цӀахь cʼaḥ pour la position, цӀа cʼa pour la direction. La forme ву vu est celle qu’emploie un homme parlant de lui-même : elle relève de la copule de classe et ne joue aucun rôle dans l’opposition qui nous occupe.

Un francophone qui commence le tchétchène ne se trompe presque jamais sur le vocabulaire du lieu : il se trompe sur la forme. Il connaît le mot « maison », il le place correctement avant le verbe, et il dit la position quand il voulait dire le mouvement. L’interlocuteur comprend en général, mais il entend une faute aussi nette que « je suis à la maison » dit pour « je rentre chez moi ».

1

La direction

Vers où l’on va. C’est la forme la plus courte de la série, souvent la forme de base à laquelle rien ne s’ajoute.

2

La position

Où l’on est. Elle se reconnaît à un -хь -ḥ final, qui est la marque du lieu où l’on se tient.

3

La provenance

D’où l’on vient. Un -ра -ra s’ajoute à la forme de direction.

4

Le trajet

Par où l’on passe. Un -хула -xula dit le chemin emprunté, et non le point de départ ni le point d’arrivée.

5

L’intérieur

Dedans, et non simplement à tel endroit. Le tchétchène sépare « être à » de « être dans » avec deux bases différentes.

Quatre pièces qui reviennent partout

La bonne nouvelle arrive vite : ces cinq valeurs ne demandent pas cinq séries de mots à apprendre séparément. Le tchétchène prend une base qui dit le rapport spatial — dedans, dessus, dessous, au milieu — et lui ajoute toujours les mêmes petits éléments selon que l’on y va, qu’on y est, qu’on en vient ou qu’on y passe.

Les quatre valeurs sur deux bases : « dedans » et « dessus »
ValeurÉlément« dedans »« dessus »
Directionrienчу ču — dans, vers l’intérieurтӀе tʼe — sur, vers le dessus
Position-хь -ḥчохь čoḥ — dedans, à l’intérieurтӀехь tʼeḥ — dessus, sur
Provenance-ра -raчуьра čüra — de l’intérieur, hors deтӀера tʼera — de dessus
Trajet-хула -xulaчухула čuxula — par l’intérieurтӀехула tʼexula — par-dessus

La même mécanique fonctionne sur d’autres bases. кӀел kʼel dit « sous, vers le dessous » ; кӀелахь kʼelaḥ dit « dessous », la position ; кӀелара kʼelara dit « de dessous ». Apprendre une base, c’est en réalité en apprendre trois ou quatre, et c’est le meilleur investissement de mémoire que propose cette partie de la grammaire.

Retenez surtout le -хь -ḥ final. Il n’est pas décoratif : c’est lui qui interdit le mouvement. Un mot qui finit par -хь -ḥ désigne un endroit où l’on se tient, jamais un endroit vers lequel’on se dirige. Si vous n’entendez que cette syllabe dans toute la page, vous avez déjà supprimé la moitié des fautes de lieu.

Aller vers : la forme de direction

La forme de direction est celle qui répond à la question мича? miča?, « où ? » au sens de « vers où ? ». Les adverbes de lieu la possèdent aussi, et c’est par eux qu’il est le plus simple de commencer, parce qu’ils reviennent dans chaque conversation.

Le dernier exemple vaut la peine d’être regardé de près. Le nom de la Tchétchénie contient la base чу ču que vous venez de voir : c’est littéralement « l’intérieur des Tchétchènes », et le pays se décline donc comme un contenant. On y va avec Нохчийчу Noxčiyču, on y est avec Нохчийчохь Noxčiyčoḥ, on en vient avec Нохчийчуьра Noxčiyčüra. Le nom du pays n’est pas une exception : c’est le système appliqué à un mot que vous prononcerez souvent.

Sur les noms communs, la direction se marque par une désinence qui ne se colle pas à la forme nue du mot mais à un radical modifié, parfois assez différent. C’est la difficulté centrale de toute la déclinaison tchétchène, et elle est traitée là où elle se pose, à la page du radical oblique. Au pluriel, en revanche, la construction est limpide, parce que la marque du nombre reste visible devant la désinence : de лаьмнаш lämnaš, « les montagnes », on tire лаьмнашка lämnaška, « vers les montagnes ». Le mécanisme du nombre est détaillé à la page du pluriel des noms.

Un piège que le français tend à tous les débutants. Le français dit « je vais à Grozny » et « je donne le livre à mon frère » avec la même préposition. Le tchétchène ne le fait pas : le premier « à » est une direction, le second désigne celui qui reçoit, et il demande le datif. Le test est simple et il fonctionne presque toujours : si vous pouvez remplacer « à » par « vers » sans rendre la phrase absurde, employez la forme de direction ; si vous ne pouvez pas, vous êtes devant un destinataire, et c’est l’affaire de la page génitif et datif. Une personne peut d’ailleurs être une direction, quand on marche vers elle ou qu’on tend la main dans sa direction — mais alors c’est bien un déplacement dans l’espace, et non un don.

Y être : la position, et la différence entre « à » et « dans »

La forme de position répond à мичахь? mičaḥ?, « où ? » au sens de « à quel endroit ? ». Elle est reconnaissable entre toutes grâce à son -хь -ḥ.

Les formes de position les plus fréquentes
FormeTranscriptionSens
мичахьmičaḥoù ? à quel endroit ?
кхузахьkhuzaḥici, à cet endroit
цигахьcigaḥlà-bas, à cet endroit-là
цӀахьcʼaḥà la maison, chez soi
школехьškoleḥà l’école
НохчийчохьNoxčiyčoḥen Tchétchénie
лаьмнашкахьlämnaškaḥdans les montagnes

La question elle-même se pose donc avec deux mots différents, et c’est un bon endroit pour prendre l’habitude.

Reste la cinquième valeur, celle que le français exprime par « dans ». Le tchétchène ne se contente pas d’une forme de position : quand il s’agit réellement d’un contenant, il emploie la base de l’intérieur. чохь čoḥ suit le nom et signifie « à l’intérieur de », тӀехь tʼeḥ « sur », кӀелахь kʼelaḥ « sous ». Le français fait avec « à » et « dans » un partage assez flou — on est à l’école mais dans la voiture, à la montagne mais dans la maison — et ce partage n’est pas celui du tchétchène. Ne traduisez pas la préposition française : demandez-vous si vous décrivez un endroit, ou l’intérieur d’une chose.

Il existe une conséquence pratique pour la compréhension. Ces éléments étant collés à la fin, un débutant entend un long mot inconnu là où il y avait un nom qu’il connaissait. Prenez l’habitude d’écouter la fin des mots de lieu : -хь -ḥ, -ра -ra et -хула -xula portent à eux seuls l’essentiel de l’information spatiale de la phrase.

En venir, et passer par

La provenance s’obtient en ajoutant -ра -ra. Là encore, les adverbes donnent la série complète sans effort, et elle se retient d’un bloc puisque vous connaissez déjà les deux premières colonnes.

Ici se cache une confusion qui coûte cher aux francophones, et elle ne vient pas du lieu : elle vient du mot « de ». Le français emploie « de » pour la provenance, mais aussi pour la possession et pour la matière — « il vient de la maison », « la porte de la maison », « une table de bois ». Le tchétchène traite ces trois « de » séparément, et seul le premier est une forme de lieu. Les deux autres relèvent du génitif, décrit à la page génitif et datif. Avant de choisir une forme en -ра -ra, vérifiez qu’il y a un départ, un éloignement, une sortie : un vrai mouvement depuis un endroit.

Le trajet, enfin, se marque par -хула -xula. C’est la valeur que le français rend par « par » ou par « à travers », et elle ne désigne ni l’origine ni le but, mais le chemin.

Un francophone oublie cette quatrième valeur parce que sa langue la traite comme un détail de vocabulaire : « passer par la cuisine » se construit exactement comme « aller à la cuisine ». En tchétchène ce sont deux formes du même mot, et employer la direction à la place du trajet revient à dire qu’on s’arrête là où l’on ne faisait que passer. Sur des indications de route, la différence n’est pas cosmétique.

Le verbe lui-même redouble souvent l’information, car le tchétchène dispose d’éléments initiaux de direction — чу- ču- pour l’entrée, ара- ara- pour la sortie — qui s’attachent devant le verbe. Une phrase de déplacement peut donc porter la direction deux fois, sur le nom et sur le verbe, et ce n’est pas une redondance fautive : c’est la façon normale de parler.

Les postpositions, et le mot qui les précède

Une partie de ces mots de lieu ne vivent pas seuls : ils suivent un nom, et forment avec lui l’équivalent d’un groupe prépositionnel français. La différence sautera aux yeux : le français place son mot devant, le tchétchène le place derrière. « Sous la table » se dit dans l’ordre « table sous », « devant moi » dans l’ordre « moi devant ».

Une phrase pour fixer l’ordre : суна хьалха suna ḥalxa, « devant moi ». Le mot qui désigne la personne vient d’abord, le mot de lieu ensuite. Un francophone produit spontanément l’inverse pendant plusieurs semaines, et c’est l’une des rares fautes que l’on corrige par pur entraînement, sans rien comprendre de plus.

Deuxième point, moins visible et plus exigeant : le nom placé devant la postposition n’est généralement pas à sa forme nue. Il prend un cas, et le cas demandé dépend de la postposition employée — c’est une information à apprendre avec chaque mot, comme on apprend en allemand quel cas suit quelle préposition. L’inventaire des cas disponibles et leur fonction figurent à la page des huit cas ; la façon de fabriquer la forme demandée est l’objet de la page du radical oblique. Notez simplement, à ce stade, que « table sous » ne s’obtient pas en collant deux mots de dictionnaire l’un derrière l’autre.

Vous remarquerez pour finir que ces postpositions sont exactement les formes de position déjà rencontrées. Rien de nouveau n’a été introduit : le même чохь čoḥ sert seul, « dedans », ou après un nom, « à l’intérieur de ». C’est la raison pour laquelle cette partie de la grammaire tchétchène, réputée touffue, se résume à quatre éléments et à une poignée de bases.

Ces formes s’installent par l’usage, pas par le tableau. Un tchétchénophone ne choisit pas entre quatre cases : il entend que la phrase sonne juste. C’est ce que travaille le cours de tchétchène, entièrement audio, où les indications de lieu reviennent dans des phrases entières dès les premières leçons. La première leçon est libre d’accès, la suite relève de l’abonnement.

Exercices : y aller, y être, en venir, y passer

Choisissez la forme qui correspond à la valeur demandée, puis touchez Correction.

  1. « à la maison », quand on y est déjà : ___
  2. « à la maison », quand on y va : ___
  3. « de la maison », quand on en vient : ___
  4. « dedans, à l’intérieur », la position : ___
  5. « dans, vers l’intérieur », la direction : ___
  6. « hors de, de l’intérieur » : ___
  7. « par l’intérieur, en traversant » : ___
  8. « sur », la position : ___
  9. « sur, vers le dessus », la direction : ___
  10. « par-dessus, en passant sur » : ___
  11. « de dessus » : ___
  12. Хьо ___ ву? — « Où es-tu ? »
  13. « D’où viens-tu ? » se construit avec ___
  14. « ici », quand on y est déjà : ___
  15. « ici », quand on y va : ___
  16. « en Tchétchénie », quand on y séjourne : ___
  17. « de Tchétchénie », quand on en arrive : ___
  18. « devant moi » : ___

Toute la grammaire tchétchène, chapitre par chapitre

Vingt-huit pages qui se répondent, des consonnes de gorge aux classes nominales, de l’ergatif aux converbes, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue du Caucase où le verbe s’accorde avec la classe du nom, où le sujet change de forme selon que le verbe est transitif ou non, et où l’aspect compte plus que le temps. Chaque page transcrit le cyrillique selon la même convention, expliquée dès la page de l’alphabet.

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Questions fréquentes

Combien de formes de lieu faut-il apprendre pour un même mot ?

Quatre valeurs, et elles se construisent avec les mêmes éléments quel que soit le mot : rien pour la direction, -хь -ḥ pour la position, -ра -ra pour la provenance, -хула -xula pour le trajet. Sur la base de l’intérieur, cela donne чу ču, чохь čoḥ, чуьра čüra, чухула čuxula.

Pourquoi « à la maison » se dit-il de deux façons ?

Parce que le français confond deux situations que le tchétchène sépare. цӀахь cʼaḥ veut dire que vous y êtes, цӀа cʼa que vous y allez. Employer la première pour la seconde n’est pas une nuance de style : c’est une faute que l’oreille tchétchène relève immédiatement.

Comment savoir si « à » se rend par une forme de lieu ou par le datif ?

Remplacez « à » par « vers » dans votre phrase française. Si le sens tient — « je vais vers Grozny » —, c’est une forme de direction. S’il ne tient pas — « je donne le livre vers mon frère » —, vous avez un destinataire, et c’est le datif, traité à la page génitif et datif.

Le tchétchène a-t-il des prépositions ?

Non : il a des cas et des postpositions, placées après le nom. « Sous la table » s’ordonne en « table sous », et le nom qui précède la postposition n’est pas à sa forme nue mais à un cas, qui dépend de la postposition employée.

Ces formes existent-elles aussi au pluriel ?

Oui, et elles y sont plus faciles à reconnaître, parce que la marque du nombre reste visible devant la désinence : лаьмнаш lämnaš « les montagnes », лаьмнашка lämnaška « vers les montagnes », лаьмнашкахь lämnaškaḥ « dans les montagnes ». La formation du pluriel est expliquée à la page du pluriel des noms.

Faut-il dire la direction sur le nom quand le verbe la dit déjà ?

Oui. Le tchétchène marque volontiers la direction deux fois, une fois sur le nom et une fois par un élément placé devant le verbe. Cette répétition n’est pas une lourdeur : c’est la construction ordinaire, et supprimer la marque sur le nom rend la phrase fautive.

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