Quatre consonnes — в-, й-, д-, б- — viennent se poser au début de certains verbes et de certains adjectifs. Elles n’indiquent ni la personne ni le temps, mais la classe d’un seul mot de la phrase, et ce mot n’est pas toujours celui que le français appellerait le sujet.
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Le cours vous fait parler sans passer par l’écrit ; ces pages vous donnent l’écrit et la règle, si vous les voulez. Les deux vont ensemble, aucun n’exige l’autre.
Un verbe tchétchène à marque de classe n’a pas de terminaison qui varie : c’est son début qui bouge. La première consonne est remplacée selon la classe du mot auquel le verbe répond.
Prenons le verbe qui signifie « venir, arriver ». Sa racine est -oġu au présent, et les quatre consonnes de classe se succèdent devant elle sans rien changer d’autre : ni la voyelle, ni la fin du mot, ni l’ordre des mots de la phrase.
Quatre phrases, quatre consonnes, un seul verbe. Ce que le francophone doit enregistrer ici est moins la liste que le mécanisme : la marque n’ajoute aucune information sur le moment de l’action ni sur celui qui parle. Elle répète, au début du verbe, la classe d’un nom qui se trouve ailleurs dans la phrase. C’est une redondance, au sens strict, et c’est pour cela qu’elle est si facile à oublier : la phrase reste comprise sans elle, et la corriger ne change rien au sens visé.
Le répertoire des classes, le contenu de chacune et leur regroupement au pluriel sont traités ailleurs, à la page les six classes. Cette page-ci suppose cette répartition connue et s’occupe du reste : quels mots portent la marque, à quel mot ils répondent, et où la marque se place.
Voici le fait que les descriptions trop rapides passent sous silence, et qui dérange le plus les débutants : la plupart des verbes tchétchènes ne portent aucune marque de classe. Les verbes à marque forment un groupe fermé, très employé mais limité. Les autres ont une forme unique, quelle que soit la classe des noms autour d’eux.
| Verbe | Sens | Les quatre formes, ou l’absence de formes |
|---|---|---|
| -oġu | venir, arriver | вогӀу, йогӀу, догӀу, богӀу |
| -axa | partir, s’en aller | ваха, яха, даха, баха |
| -iga | emmener, emporter | вига, йига, дига, бига |
| лаха | chercher | forme unique, jamais de marque |
| ловза | jouer | forme unique, jamais de marque |
| мала | boire | forme unique, jamais de marque |
| тоха | frapper | forme unique, jamais de marque |
La conséquence est importante pour l’apprentissage. Comme la classe d’un nom ne se lit pas sur le nom, on aimerait la déduire du verbe ; mais la majorité des phrases se construisent avec des verbes muets à cet égard. Dans une phrase bâtie sur лаха laxa, « chercher », aucune consonne n’indique quoi que ce soit, et l’objet peut être de n’importe quelle classe sans que rien ne le montre. Il faut donc chercher la classe là où elle se montre, et le plus sûr de ces endroits est le verbe « être », qui est justement à marque : Иза хьехархо ву. Iza ḥexarxo vu., « c’est un enseignant ». Ses quatre formes, sa négation et son passé font l’objet d’une page entière, ву, ю, ду, бу, et il n’y a rien de plus rentable à apprendre en premier.
Les adjectifs se répartissent de la même façon : quelques-uns portent la marque, la plupart non. L’adjectif qui signifie « grand, âgé » est le plus fréquent des premiers.
Les deux dernières lignes méritent un arrêt. дика dika, « bon », commence par д, et l’on croit y voir la marque de la classe д. Il n’en est rien : cet adjectif garde son д devant tous les noms, hommes, femmes et choses confondus. Une initiale en в, й, д ou б n’est une marque de classe que si elle change ; si elle ne change jamais, elle appartient au mot.
Voici le cœur de la page, et la seule chose qu’il faut vraiment avoir comprise. Quand une phrase contient un verbe à marque, il faut savoir à quel nom ce verbe répond. La réponse est toujours la même, et elle ne ressemble pas à la règle française.
La marque de classe répond au nom qui est à la forme nue, jamais à celui qui est à l’ergatif. Dans une phrase sans objet, c’est le sujet, qui est à la forme nue. Dans une phrase avec objet, le sujet passe à l’ergatif et c’est l’objet qui est à la forme nue : la marque lui répond donc, et ignore le sujet. Pourquoi le sujet change ainsi de forme selon le verbe est une autre affaire, celle de la page le sujet à l’ergatif, que cette page suppose lue.
La démonstration se fait en tenant tout fixe sauf un élément. On garde le même verbe, on garde le même objet, et l’on change seulement la personne qui agit : la marque ne bouge pas.
| Phrase | Traduction | Mot à la forme nue | Marque |
|---|---|---|---|
| КӀант вогӀу. | Le garçon vient. | кӀант | в- |
| ЙоӀ йогӀу. | La fille vient. | йоӀ | й- |
| Дас кӀант вигира. | Le père a emmené le garçon. | кӀант | в- |
| Нанас кӀант вигира. | La mère a emmené le garçon. | кӀант | в- |
| Дас йоӀ йигира. | Le père a emmené la fille. | йоӀ | й- |
| Нанас хӀума дигира. | La mère a emporté quelque chose. | хӀума | д- |
Lisez les deux lignes du milieu l’une après l’autre. Le père, puis la mère : le sujet change de sexe, donc de classe, et le verbe ne bronche pas. Il reste en в- parce que le garçon, lui, n’a pas changé. Puis comparez les lignes trois et cinq : le sujet est le même, l’objet passe du garçon à la fille, et la marque suit immédiatement.
On peut retourner la règle en procédure, ce qui est plus utile qu’une définition au moment de parler. Avant de choisir la consonne, posez-vous une seule question : quel mot de ma phrase est à la forme nue ? C’est celui-là, et lui seul, qui commande.
La première erreur est mécanique et elle revient des mois durant. Un francophone cherche « le sujet » de sa phrase, au sens où l’école française l’entend — celui qui fait l’action — et il accorde le verbe avec lui. Devant « la mère a emmené le garçon », il produit donc Нанас кӀант йигира., avec la marque й- de la mère. La phrase est fausse, et la faute n’est pas légère : elle attribue la classe de la mère au garçon.
Le remède n’est pas de mémoriser une liste de cas, mais de changer la question qu’on se pose. Le français fait accorder son verbe avec celui qui agit ; le tchétchène le fait accorder avec ce qui subit, quand il y a quelqu’un pour subir. Tant que le réflexe français n’a pas été remplacé, toutes les phrases transitives sortiront avec la mauvaise consonne.
La seconde erreur est l’inverse de la première, et elle vient de la même source. Comme la consonne bouge, on la prend pour une marque de personne, et l’on cherche une forme pour « je », une autre pour « tu », une autre pour « il ». Elles n’existent pas. La forme вогӀу voġu vaut pour « je viens », « tu viens » et « il vient », dès lors qu’il s’agit d’un homme ; une femme utilisera йогӀу joġu pour ces trois mêmes personnes. Le verbe tchétchène ne marque nulle part la personne, et l’anatomie générale du verbe est décrite à la page comment marche le verbe.
Ce que l’erreur coûte, selon qu’il s’agit d’une chose ou d’une personne. Mettre д- au lieu de б- sur un objet produit une phrase bancale, que l’interlocuteur répare sans y penser. Mettre в- au lieu de й- sur une personne, en revanche, ne se répare pas mentalement : la marque est le seul endroit de la phrase qui dise s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. En corriger deux sur trois vaut mieux que de les corriger toutes sauf celles-là.
La marque occupe le tout début de la racine verbale, et non le début du mot. La différence devient visible dès que le verbe est précédé d’un de ces petits éléments qui précisent la direction, comme дӀа- dʿa-, qui indique l’éloignement. La marque ne passe pas devant : elle se glisse entre cet élément et la racine.
Cette position a une conséquence pratique à l’oral : la consonne qui porte toute l’information de classe se trouve au milieu du mot, sans accent, et très courte. C’est l’une des raisons pour lesquelles les francophones l’entendent mal avant de l’avoir entendue cent fois. Elle ne se devine pas au ralenti sur une page ; elle s’attrape dans le débit normal de la parole.
Deux remarques pour fermer le mécanisme, chacune en une ligne. Au pluriel, plusieurs classes finissent par commander la même consonne, et notamment les deux classes d’humains, qui se confondent toutes deux en б- ; le tableau de ces regroupements est celui de la page des six classes, citée plus haut. Et l’accord sur un adjectif suit le nom qu’il qualifie, immédiatement devant lequel il se place, ce qui le rend plus facile à contrôler que celui du verbe.
Un accord ne s’acquiert pas en révisant un tableau, parce qu’il doit être produit plus vite que la réflexion. Trois exercices le construisent, dans cet ordre.
Répéter des paires minimales de phrases, où seule la consonne change : « le garçon vient » et « la fille vient », l’une après l’autre, jusqu’à ce que la deuxième cesse de demander un calcul. C’est un entraînement d’oreille autant que de grammaire, et il ne fonctionne qu’à voix haute.
Se prendre au piège volontairement, en construisant des phrases transitives où le sujet et l’objet ne sont pas de la même classe. Un père et une fille, une mère et un garçon : ce sont exactement les configurations que le réflexe français fait rater, et les seules qui vérifient qu’on a compris la règle de ciblage.
Apprendre les verbes à marque comme des séries de quatre, jamais comme un mot unique. Un verbe noté вигира seul sera ressorti tel quel devant une fille ; le même verbe noté sur une ligne de quatre formes ressort avec la bonne.
C’est un fait d’oreille avant d’être un fait de règle. Les gens qui ont appris le tchétchène en famille n’ont jamais récité de tableau de préfixes, et ils ne se trompent pas : une phrase avec la mauvaise consonne leur sonne faux, comme un accord de genre raté sonne faux en français. C’est ce que travaille le cours audio, où les phrases sont dites en entier par un locuteur natif, et non épelées mot à mot.
Chaque phrase demande la forme du verbe ou de l’adjectif qui répond au bon mot. Touchez une réponse, puis Correction.
Vingt-huit pages qui se répondent, des consonnes de gorge aux classes nominales, de l’ergatif aux converbes, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue du Caucase où le verbe s’accorde avec la classe du nom, où le sujet change de forme selon que le verbe est transitif ou non, et où l’aspect compte plus que le temps. Chaque page transcrit le cyrillique selon la même convention, expliquée dès la page de l’alphabet.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Non, et c’est même l’inverse : la plupart n’ont qu’une forme. Les verbes à marque de classe forment un groupe fermé, mais très fréquent, qui comprend notamment « venir », « partir », « emmener » et le verbe « être ». Les autres, comme лаха laxa « chercher » ou ловза lovza « jouer », ne bougent jamais.
Avec le mot qui est à la forme nue. S’il n’y a pas d’objet, c’est le sujet ; s’il y a un objet, le sujet passe à l’ergatif et c’est l’objet qui commande. Le verbe ignore alors complètement celui qui agit, ce qui est l’inverse du réflexe français.
Jamais. вогӀу voġu signifie « je viens », « tu viens » ou « il vient » selon le contexte, et la seule chose que la consonne в indique est qu’il s’agit d’un homme. Une femme dira йогӀу joġu pour les mêmes trois personnes.
Il n’y a pas de calcul possible : la marque est la conséquence de la classe, et la classe s’apprend avec le nom. C’est la raison pour laquelle il faut noter la classe de chaque nom dès qu’on l’apprend, et apprendre les noms dans de courtes phrases où un mot à marque la rend visible.
Sur un nom de chose, la phrase reste comprise et l’interlocuteur rétablit tout seul. Sur un nom de personne, c’est plus gênant : la consonne est le seul élément de la phrase qui distingue un homme d’une femme, et l’erreur produit un contresens que personne ne peut deviner.
Certains, pas tous. Celui qui signifie « grand, âgé » a quatre formes, воккха, йоккха, доккха, боккха, et se place devant le nom qu’il qualifie. Beaucoup d’autres sont invariables, y compris дика dika « bon », dont le д initial n’est pas une marque puisqu’il ne change jamais.
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