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Je mets le son et je répète à voix haute ce que j’entends : les 35 leçons se déroulent toutes de cette façon. Ces pages me donnent l’écrit et la règle, si je les veux ; le cours, lui, me fait parler sans passer par l’écrit.

  • 35 leçons audio
  • 8 h 16 en tout
  • 14 min par leçon

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Cours de langues›Consonnes de gorge

Derrière la bouche : l’uvulaire, les deux pharyngales et la glotte

Le tchétchène fabrique sept consonnes en arrière de la bouche, là où le français n’en possède qu’une. Cette unique consonne française, le r de Paris, est précisément le meilleur point de départ pour aller chercher les six autres.

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Un couloir, trois étages, sept consonnes

Entre le fond de la langue et les cordes vocales, il y a plusieurs centimètres de conduit. Le français n’y place presque rien ; le tchétchène y place sept consonnes, qui se distinguent par l’étage où le passage se resserre.

C’est la première chose à admettre, et elle est contre-intuitive pour une oreille française : ces sons ne sont pas des variantes d’un même raclement de gorge. Ils se distinguent aussi nettement que p, t et k se distinguent entre eux, simplement à des endroits que nous n’avons pas l’habitude de sentir. Un débutant qui les ramène tous à un kh unique perd la moitié des mots où ils apparaissent.

Les sept consonnes de gorge et l’étage où elles se produisent
ConsonneTranscr.ÉtageVoixExemple
хxfond du palais, vers la luettesourdeхи xi — « l’eau »
гӀġmême endroit, avec la voixsonoreгӀала ġala — « la ville »
кхqfermeture complète à la luettesourdeкхана qana — « demain »
хьḥpharynx, resserrésourdeхьо ḥo — « toi »
Ӏʿpharynx, resserrésonoreӀаж ʿaž — « la pomme »
хӀhglotte, ouverte au passagesouffleхӀинца hinca — « maintenant »
ъ’glotte, fermée un instantarrêtдиъ di’ — « quatre »

Une huitième consonne se ferme au même endroit que кх, mais elle appartient à une autre famille parce qu’elle bloque la glotte et comprime l’air : c’est къ, décrite en entier à la page des consonnes éjectives. Elle n’est pas reprise ici.

х et гӀ : vous les avez déjà dans la bouche

Voici la bonne nouvelle de cette page. Le r du français parisien n’est pas roulé du bout de la langue : c’est un frottement produit tout au fond, entre le dos de la langue et la luette, avec la voix. Autrement dit, c’est presque exactement le гӀ tchétchène.

Dites Paris, rare, garage, et sentez où cela frotte. C’est là que se fait гӀ. La seule correction à apporter est de tenir le frottement un peu plus longtemps et un peu plus franchement, sans le laisser s’effacer comme le français le fait volontiers.

  • гӀала ġala — « la ville »
  • гӀант ġant — « la chaise »
  • гӀиллакх ġillaq — « les bonnes manières, la tenue »
  • чӀогӀа č’oġa — « solide, fort »

Et le х ? C’est le même frottement, au même endroit, sans la voix. Le français le produit lui aussi, sans le savoir, chaque fois qu’un r suit une consonne sourde : dans quatre, propre, lettre dits à vitesse normale, le r final perd sa voix et devient un souffle rauque. Ce souffle-là est le х tchétchène. Il se rencontre aussi partout ailleurs sous le nom de j espagnol ou de ch allemand de Bach.

  • хи xi — « l’eau »
  • хаза xaza — « beau, joli »
  • малх malx — « le soleil »

Le couple х et гӀ se travaille donc ensemble : même position, voix coupée ou voix mise. Posez deux doigts sur votre gorge, dites l’un puis l’autre, et vérifiez que la vibration apparaît et disparaît. Si elle ne change pas, vous dites deux fois le même son.

кх : la même région, mais fermée

Jusqu’ici le passage était resserré sans être bouché. Avec кх, il se bouche complètement : le dos de la langue vient s’appuyer contre la luette, l’air s’arrête, puis tout se rouvre. C’est une occlusive, comme k, mais faite nettement plus en arrière.

Le francophone dispose d’un seul k, et il l’emploie pour les deux. L’exercice consiste à sentir la différence de lieu. Dites qui : la langue ferme assez en avant, sous l’influence du i. Dites cou : elle ferme plus en arrière. Continuez le mouvement d’un cran encore, jusqu’à l’endroit où l’on s’apprête à racler la gorge, et fermez là. Le son obtenu est sombre, un peu étouffé, et la voyelle qui suit s’en trouve teintée.

Trois consonnes se disputent donc le territoire du k français : к ferme sur le palais, кх ferme à la luette, къ ferme à la luette en bloquant la glotte. Un débutant qui les rend toutes trois par un k français perd non pas un son mais deux distinctions, et avec elles des séries entières de mots.

хь et Ӏ : les deux pharyngales, et le sentiment d’étouffer

On descend d’un étage. Le pharynx est la cavité située derrière la langue, au-dessus du larynx, et le tchétchène s’en sert pour deux consonnes que le français n’approche par aucun de ses sons.

Le geste est le même pour les deux : la racine de la langue recule vers la paroi du fond, et le conduit se resserre à cet endroit, assez pour que l’air frotte. La sensation est celle d’une gorge serrée, et elle est désagréable au début : beaucoup d’apprenants croient mal faire précisément parce que cela serre. C’est pourtant le signe que l’endroit est le bon.

хь, la pharyngale sourde

Sans la voix. Ce n’est pas un h soufflé : c’est un h comprimé, plus rauque et plus resserré, produit bien plus bas dans le conduit. Les arabophones le reconnaîtront immédiatement, c’est leur ha emphatique. Ce son ouvre le mot par lequel on s’adresse à quelqu’un, autrement dit l’un des tout premiers mots dont vous aurez besoin.

Ӏ, la pharyngale sonore

Même resserrement, avec la voix. Le résultat ne ressemble à aucune consonne française : cela s’entend comme une voyelle étranglée, et c’est pourquoi un francophone a tendance à ne rien produire du tout et à attaquer directement la voyelle qui suit. Ӏаж devient alors ач, qui n’est pas un mot.

La bonne manière de chercher Ӏ est de partir de хь, qui se trouve plus facilement, et d’y ajouter la voix sans rien changer d’autre — exactement comme on passe de х à гӀ un étage plus haut. Les deux couples se construisent sur le même principe, et c’est le seul raccourci disponible sur cette page.

хӀ et ъ : tout en bas, un souffle et un arrêt

Dernier étage, la glotte elle-même, c’est-à-dire l’espace entre les cordes vocales. Le tchétchène s’en sert de deux façons opposées : la laisser grande ouverte pour souffler, ou la fermer un instant pour couper le son.

хӀ, le souffle simple

Rien de rauque, rien de comprimé : c’est le h de l’anglais house ou de l’allemand Haus, un simple souffle sur le chemin de la voyelle. Il est facile à produire et facile à oublier, parce que le français écrit un h qu’il ne prononce pas. Or ici le souffle porte du sens, et les mots concernés sont parmi les plus fréquents de la langue.

Trois sons se dessinent maintenant clairement, et il faut cesser de les confondre : х frotte tout au fond de la bouche, хь comprime le pharynx, хӀ ne fait que souffler à la glotte. Trois consonnes, trois étages, trois mots différents à l’arrivée.

ъ, le coup de glotte

Fermer la glotte, la garder fermée le temps d’un éclair, la rouvrir : voilà le coup de glotte. Le français ne l’emploie pas comme consonne, mais tout francophone le produit dans le petit oh-oh de l’inquiétude, où l’interruption entre les deux syllabes n’est rien d’autre que cela.

En tchétchène, il termine des mots, et notamment les noms de nombres pris isolément. Un débutant laisse mourir la voyelle et le mot semble inachevé ; il faut au contraire couper net.

Ce qui déborde sur la voyelle, et les erreurs qui restent

Un fait gêne beaucoup de débutants : les consonnes de gorge ne restent pas dans leur segment. Le resserrement du pharynx est un geste large, qui commence avant la consonne et s’achève après, de sorte qu’il colore la voyelle voisine et parfois la syllabe entière. C’est ce qu’on appelle la pharyngalisation.

Conséquence pratique : dans un mot comme Ӏаж, une oreille française n’entend pas une consonne suivie d’un a. Elle entend un a bizarre, comme enfoncé, et cherche du côté des voyelles ce qui relève en réalité de la consonne. L’erreur de diagnostic mène à une fausse correction : on tente de déformer la voyelle au lieu de produire le resserrement, et le mot reste faux.

Retenez la règle de partage : la couleur s’entend sur la voyelle, mais elle appartient à la consonne. L’inventaire des voyelles du tchétchène, avec ce qui leur revient en propre, est traité à la page des voyelles, qui ne reprend pas la pharyngalisation.

Quatre erreurs francophones, dans l’ordre de fréquence

Tout ramener à un seul kh. C’est l’erreur massive. х, хь, хӀ et кх deviennent une même raclée de gorge, et quatre séries de mots se télescopent. Le remède n’est pas de mieux racler mais de descendre ou de remonter d’étage.

Ne rien prononcer devant une voyelle. Le Ӏ initial et le хӀ initial disparaissent purement et simplement, parce que le français ne commence pas ses mots par un souffle. Le mot se retrouve amputé de sa première consonne.

Rouler le r. Un francophone qui roule son r de la pointe de la langue, par habitude régionale, ne trouvera pas гӀ par ce chemin : il faut le chercher au fond, avec le dos de la langue.

Oublier le coup de glotte final. La voyelle s’éteint doucement à la française, et le mot perd sa fin. Le coup de glotte est une consonne, pas un silence.

Ces sept sons ne s’apprennent pas dans un texte. Une description situe un geste ; elle ne vous dit pas si vous l’exécutez, et personne ne corrige seul un resserrement qu’il n’a jamais entendu. Le cours de tchétchène est pour cette raison entièrement oral, enregistré par un locuteur natif : la première leçon est libre d’accès, et ces consonnes y apparaissent dès les premières phrases.

Exercices : situer les consonnes de gorge

Chaque énoncé porte sur l’endroit où se fait le resserrement, ou sur un mot que ces consonnes distinguent. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. La consonne гӀ ressemble au ___.
  2. Le son noté х est ___.
  3. La consonne хӀ se prononce comme ___.
  4. кх se ferme ___ que к.
  5. хь et Ӏ se produisent dans ___.
  6. Entre хь et Ӏ, la différence est ___.
  7. Le mot qui signifie eau est ___.
  8. Le mot qui signifie ville est ___.
  9. Le mot qui signifie toi est ___.
  10. Le mot qui signifie maintenant est ___.
  11. Le mot qui signifie pomme est ___.
  12. Le mot qui signifie demain est ___.
  13. Le mot qui signifie chaise est ___.
  14. Les mots диъ et пхиъ se terminent par ___.
  15. L’erreur la plus fréquente consiste à ___.
  16. La pharyngalisation s’entend surtout ___.
  17. Parmi ces sons, celui qui ferme complètement le passage est ___.
  18. Pour trouver Ӏ, il vaut mieux partir de ___.

Toute la grammaire tchétchène, chapitre par chapitre

Vingt-huit pages qui se répondent, des consonnes de gorge aux classes nominales, de l’ergatif aux converbes, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue du Caucase où le verbe s’accorde avec la classe du nom, où le sujet change de forme selon que le verbe est transitif ou non, et où l’aspect compte plus que le temps. Chaque page transcrit le cyrillique selon la même convention, expliquée dès la page de l’alphabet.

Le tchétchène, une langue du Caucase

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Questions fréquentes

Combien de consonnes de gorge faut-il apprendre ?

Sept, si l’on s’en tient à cette page : х, гӀ, кх, хь, Ӏ, хӀ et le coup de glotte ъ. Une huitième consonne se ferme au même endroit que кх mais bloque la glotte, et elle est traitée avec les éjectives.

Mon r français peut-il vraiment servir ?

Oui, à condition qu’il soit prononcé au fond et non roulé du bout de la langue. Le r de Paris est un frottement sonore produit vers la luette, ce qui en fait un très bon point de départ pour гӀ. En coupant la voix, on obtient х. Deux consonnes tchétchènes sur sept se laissent donc atteindre depuis un son que vous possédez déjà.

Quelle différence entre х, хь et хӀ ?

L’étage. х frotte tout au fond de la bouche, vers la luette. хь resserre le pharynx, plus bas, avec cette sensation de gorge comprimée. хӀ ne fait que souffler à la glotte, et ressemble au h anglais. Ce sont trois consonnes distinctes, qui distinguent des mots différents.

L’arabe aide-t-il pour ces sons ?

Pour les deux pharyngales, nettement. Qui produit déjà les consonnes de gorge de l’arabe retrouve sans mal хь et Ӏ, qui se font au même endroit. Cela ne dit rien du reste de la langue : le tchétchène n’a aucune parenté avec l’arabe, et sa grammaire ne ressemble en rien à celle d’une langue sémitique.

Pourquoi ma voyelle sonne-t-elle bizarrement après ces consonnes ?

Parce que le resserrement du pharynx est un geste large qui déborde sur la voyelle et la colore. Le phénomène s’appelle la pharyngalisation, et il appartient à la consonne même si l’oreille le localise sur la voyelle. Il ne faut donc pas chercher à déformer la voyelle : produire correctement la consonne suffit à obtenir la couleur.

Peut-on se faire comprendre en les approximant ?

En partie, et de moins en moins vite qu’on ne l’espère. Un interlocuteur bienveillant rétablit un mot isolé, mais quatre consonnes ramenées à une seule créent des ambiguïtés en chaîne, et l’effort de compréhension finit par retomber entièrement sur lui. Ces sons sont fréquents : les approximer revient à parler en laissant tomber une consonne sur trois.

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