Vous apprenez мотт pour « langue », et dans la première phrase entendue vous rencontrez меттан. Ce n’est pas un autre mot : c’est le même, sous le corps qui reçoit les désinences.
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Le cours vous fait parler sans passer par l’écrit ; ces pages vous donnent l’écrit et la règle, si vous les voulez. Les deux vont ensemble, aucun n’exige l’autre.
En français, un nom est un bloc : table reste table quoi qu’on en fasse. En tchétchène, le nom se présente sous une forme quand il est seul, et sous une autre dès qu’une désinence vient s’y ajouter.
Cette seconde forme porte un nom : le radical oblique. « Oblique » signifie simplement « autre que la forme nue ». Sur les huit cas du tchétchène, un seul se contente du mot tel qu’il est ; les sept autres exigent ce radical, et le posent devant leur désinence.
Tant que ce mécanisme n’est pas installé, l’apprentissage d’un nom tchétchène ne sert presque à rien. Vous avez retenu мотт : vous ne reconnaîtrez pas меттан dans une phrase, vous ne saurez pas le chercher dans un dictionnaire qui le classe sous мотт, et si vous essayez de le décliner vous-même vous produirez une forme qui n’existe pas. Le vocabulaire appris n’est donc pas récupérable. C’est le plafond contre lequel butent la plupart des autodidactes.
Cette page ne dit pas ce que les cas signifient, ni lequel employer : elle répond à une seule question, purement matérielle, sur quoi se colle la désinence. Elle ne traite que le singulier ; le pluriel construit son propre radical, et la page du pluriel s’en charge. Les trois renvois donnés plus bas mènent à l’une et à l’autre.
Pour voir le radical d’un nom, il faut le regarder dans une forme fléchie, et la plus commode est le génitif, parce qu’il est court et qu’on le rencontre partout. Le tableau ci-dessous n’enseigne pas le génitif : il s’en sert comme d’une vitre.
| Forme nue | Forme fléchie | Ce qui est arrivé au mot |
|---|---|---|
| юрт yurt | юртан yurtan | rien : le radical est identique à la forme nue |
| кӀант k’ant | кӀентан k’entan | la voyelle а devient е |
| стаг stag | стеган stegan | la même alternance а / е |
| мотт mott | меттан mettan | la voyelle о devient е |
| дош doch | дешан dechan | la même alternance о / е |
| нана nana | нанин nanin | la voyelle finale du mot est remplacée |
| Дела Dela | Делан Delan | la voyelle finale disparaît devant la désinence |
| цӀа ts’a | цӀенан ts’enan | le radical est plus long que le mot nu |
| да da | ден den | le radical n’a presque rien de commun avec la forme nue |
Cinq comportements se dégagent, et ils couvrent l’essentiel du vocabulaire courant : le radical est identique au mot nu ; il en change la voyelle ; il remplace sa voyelle finale ; il la laisse tomber ; ou bien il ne lui ressemble pas du tout. Aucun de ces cinq types ne se devine à la vue de la forme nue. юрт et кӀант se terminent tous deux par une consonne après un у ou un а bref, et ils ne se comportent pas de la même façon.
L’alternance vocalique est ce qui rend le radical méconnaissable, et c’est aussi ce qui le rend apprenable, parce qu’elle suit un petit nombre de chemins. Dans le vocabulaire courant, deux reviennent constamment.
Le а du mot nu devient е dans le radical. C’est le cas de кӀант, qui donne кӀент-, et de стаг, qui donne стег-. Le mot garde sa consonne d’attaque et sa consonne finale ; seule la voyelle du milieu se déplace vers l’avant de la bouche.
Le о du mot nu devient е. мотт donne метт-, дош donne деш-. Là encore le squelette de consonnes ne bouge pas, et c’est heureux : c’est lui qui vous permettra de reconnaître le mot.
De cette régularité découle une technique de lecture qui vaut la peine d’être exercée à part. Quand vous butez sur une forme inconnue, ne cherchez pas le mot : cherchez ses consonnes. Retirez la désinence finale, gardez le squelette, et essayez de remettre la voyelle du mot nu. м-тт vous conduit à мотт et non à un mot nouveau. Trois ou quatre essais de ce genre par jour, pendant deux semaines, changent complètement la vitesse à laquelle vous lisez.
Une précision utile pour éviter une confusion fréquente : l’alternance de voyelle n’est pas un phénomène général de la langue qu’on apprendrait une fois et qu’on appliquerait partout. Elle travaille à plusieurs endroits sans y faire la même chose, et chaque endroit a sa page. Ici, il s’agit uniquement de celle qui apparaît quand un nom singulier quitte sa forme nue. L’inventaire des voyelles elles-mêmes, et la manière de les distinguer à l’oreille, relèvent de la page consacrée aux voyelles, indiquée dans les renvois ci-dessus.
Un cas mérite d’être traité ici plutôt qu’ailleurs, parce que sa désinence est justement celle qui varie le plus avec le radical : l’ergatif. Sur la page où l’on explique quand l’employer, aucune forme n’est donnée ; les voici.
| Forme nue | Ergatif | Désinence |
|---|---|---|
| кӀант k’ant | кӀанто k’anto | -о, après un radical terminé par une consonne |
| нана nana | нанас nanas | -с, après un radical terminé par une voyelle |
| да da | дас das | -с, sur un radical qui ne ressemble pas au mot nu |
| Дела Dela | Дала Dala | -а, forme à retenir telle quelle |
La ligne à retenir est la dernière. Un certain nombre de noms très fréquents ne suivent aucun des deux modèles réguliers et prennent une forme qu’il faut mémoriser comme on mémorise un pluriel irrégulier français. Ils sont peu nombreux, mais ce sont ceux que vous emploierez le plus. L’ergatif d’un nom se retient donc avec le nom, jamais après.
Notez enfin que les pronoms personnels ne rentrent dans aucun de ces types : ils ont leurs formes propres, qui ne se déduisent pas de la forme nue et que la page des pronoms donne en entier. N’essayez pas de les ranger dans un type de déclinaison, vous perdriez votre temps.
Tout ce qui précède peut se convertir en une habitude de travail très simple, et cette habitude fait plus pour votre progression que la mémorisation d’un tableau.
Notez chaque nom avec trois formes. La forme nue, puisque c’est celle du dictionnaire. Une forme qui montre le radical, le génitif par exemple. Et l’ergatif, puisque sa désinence n’est pas prévisible. Avec ces trois-là, les cinq formes restantes du singulier se fabriquent en collant les désinences que vous connaissez déjà.
C’est exactement la discipline qu’un germaniste s’impose en notant der, die ou das devant chaque nom allemand, et le pluriel derrière. Personne ne devine le genre d’un nom allemand, personne ne devine le radical d’un nom tchétchène, et dans les deux cas le coût est le même : trois secondes au moment où on apprend le mot, contre une reconstruction impossible ensuite.
Ne fabriquez pas le radical à partir du pluriel. La tentation est grande, parce que le pluriel montre lui aussi un corps de mot différent. Mais ce corps-là n’est pas celui du singulier, et il conduit à des formes fausses. Les deux nombres se travaillent séparément.
Ne cherchez pas de règle qui les prédirait tous. Elle n’existe pas, et la chercher coûte des semaines. Ce qui existe, ce sont des familles de comportement, et une fréquence : la majorité des noms courants relèvent des deux ou trois types les plus simples, de sorte que l’effort réel porte sur une liste limitée de mots récalcitrants.
Une remarque sur les groupes de mots. Quand un nom passe à un cas oblique, le mot qui le complète ne reste pas toujours indifférent : le groupe entier peut se réajuster. Ce dossier ne publie aucun tableau général de ces accords, et c’est volontaire — ils se décrivent forme par forme, là où chaque forme est traitée. Le reste du plan de la langue est accessible depuis la page de grammaire.
Coller la désinence sur le mot du dictionnaire. C’est la faute de production numéro un, et elle est logique : vous avez appris un mot, vous avez appris une désinence, vous les mettez ensemble. Le résultat est une forme inexistante, du type моттан au lieu de меттан. Le tchétchénophone comprend souvent, et corrige rarement, ce qui installe l’erreur pour longtemps.
Croire qu’on a rencontré un mot nouveau. À l’inverse, en lecture, chaque forme fléchie ressemble à un mot inconnu. Un débutant qui a appris deux cents mots et qui lit un texte a l’impression d’en connaître cinquante. Il ne manque pas de vocabulaire : il manque la capacité de rendre à chaque forme son mot nu.
Chercher au dictionnaire ce qu’on a entendu. Les dictionnaires classent sous la forme nue. Si vous cherchez меттан vous ne trouverez rien, et vous conclurez que le mot est rare. Le réflexe à installer est celui décrit plus haut : retirer la désinence, garder les consonnes, tester les voyelles.
Confondre la difficulté du radical avec celle des cas. Beaucoup d’apprenants déclarent que la déclinaison tchétchène est impossible, alors que les désinences, elles, sont peu nombreuses et régulières. Ce qui est difficile n’est pas le cas : c’est le mot. Les deux questions se travaillent séparément, et confondre les deux fait abandonner pour une mauvaise raison. Ce que les désinences signifient est expliqué à la page du génitif et du datif pour les deux plus fréquentes.
Choisissez la forme correcte ou la bonne réponse, puis touchez Correction.
Vingt-huit pages qui se répondent, des consonnes de gorge aux classes nominales, de l’ergatif aux converbes, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue du Caucase où le verbe s’accorde avec la classe du nom, où le sujet change de forme selon que le verbe est transitif ou non, et où l’aspect compte plus que le temps. Chaque page transcrit le cyrillique selon la même convention, expliquée dès la page de l’alphabet.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
C’est le corps du mot sur lequel se posent les désinences de cas. Un seul cas, la forme nue, se passe de lui ; les sept autres l’exigent. Il est souvent différent du mot que donne le dictionnaire : мотт a pour radical метт-, et кӀант a pour radical кӀент-.
Non, et c’est le point coûteux. Deux noms de forme comparable peuvent se comporter différemment : юрт garde son radical intact, кӀант change sa voyelle. Il existe des familles de comportement, dont deux ou trois couvrent la majorité du vocabulaire courant, mais aucune règle ne permet de trancher à coup sûr devant un mot nouveau.
Trois. La forme nue, qui est celle du dictionnaire. Une forme fléchie, qui montre le radical. Et l’ergatif, parce que sa désinence n’est pas prévisible. Les autres formes du singulier se fabriquent ensuite en ajoutant les désinences ordinaires.
Retirez la désinence, gardez le squelette de consonnes, puis essayez de rétablir la voyelle du mot nu. Les alternances les plus courantes vont de е vers а ou о : м-тт conduit à мотт, кӀ-нт à кӀант. C’est un geste à exercer quelques minutes par jour.
Non, et il ne s’en déduit pas. Le pluriel construit son propre corps de mot, sur lequel viennent ensuite les huit mêmes désinences. C’est pourquoi cette page ne traite que le singulier : essayer de fabriquer le radical du singulier à partir du pluriel, ou l’inverse, produit des formes fausses.
Non. Les pronoms personnels ont leurs propres formes, qui ne se déduisent pas de leur forme nue et qui ne se rangent dans aucun type de déclinaison nominale. Il faut les apprendre comme un paradigme à part, ce qui est moins long qu’il n’y paraît puisqu’ils sont peu nombreux.
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