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Cours de langues›La copule

Quatre mots pour « être », et le choix ne dépend pas de vous

Le tchétchène n’a pas un verbe « être » mais quatre formes, et l’on choisit celle qui correspond à la classe du sujet. Un homme et une femme ne disent donc pas la même phrase pour « je suis enseignant », alors que rien d’autre ne change dans la phrase.

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Le cours vous fait parler sans passer par l’écrit ; ces pages vous donnent l’écrit et la règle, si vous les voulez. Les deux vont ensemble, aucun n’exige l’autre.

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La phrase la plus simple de la langue, et son piège

Dire qui l’on est, ce qu’est une chose, comment va quelqu’un : ces phrases se construisent avec un petit mot placé à la fin, et ce petit mot a quatre formes.

Commençons par la phrase qu’un débutant prononce le premier jour. En français, « je suis enseignant » et « je suis enseignante » se prononcent de la même façon : le verbe ne bouge pas. En tchétchène, le verbe bouge et rien d’autre.

Trois choses se lisent dans ces six lignes. D’abord, le mot qui traduit « être » se place à la fin, après l’attribut : le tchétchène range son verbe en dernier. Ensuite, ce mot est obligatoire ; on ne peut pas le laisser tomber comme on laisse tomber la copule dans certaines langues. Enfin, sa forme dépend du sujet, et pas de la façon dont on le devinerait en français : elle dépend de la classe du sujet, notion décrite à la page les six classes.

C’est ce troisième point qui fait la valeur de cette page. Ces quatre formes sont l’endroit de la langue où la classe d’un nom se voit le plus clairement, et le plus souvent. Un débutant les emploie des dizaines de fois par jour, bien avant d’avoir abordé la conjugaison. Les apprendre revient à installer le système des classes par la porte la plus fréquentée.

Le paradigme complet

Il tient en douze formes, et il n’y a rien d’autre à mémoriser : pas de personne, pas de nombre à part la classe, pas d’irrégularité cachée.

Les formes de la copule selon la classe du sujet
Classe du sujetPrésentNégatifPassé
в (un homme)ву vuвац vacвара vara
й (une femme, ou un nom de classe й)ю juяц jacяра jara
дду duдац dacдара dara
ббу buбац bacбара bara

La ligne de la classe й demande un instant d’attention, parce qu’elle a l’air irrégulière et qu’elle ne l’est pas. La consonne й se fond avec la voyelle qui suit et s’écrit avec elle : ю vaut й + у, яц vaut й + ац. Les quatre lignes sont donc strictement parallèles, et la marque de classe est bien au début de chacune, comme sur les autres mots qui s’accordent.

Un point qui soulage : aucune de ces formes ne change selon la personne. ву sert pour « je suis », « tu es », « il est », « nous sommes » et « vous êtes », dès lors qu’il s’agit d’hommes au singulier. Le verbe tchétchène ne marque nulle part la personne, et cette propriété générale est démontrée à la page comment marche le verbe. La copule est simplement l’endroit où le francophone s’en aperçoit pour la première fois, et il a souvent du mal à y croire.

Cette page traite la copule employée seule. Les formes composées, où elle se joint à une autre forme du verbe pour bâtir un temps, relèvent du présent et du futur et ne sont pas construites ici.

À quel mot la copule répond

La règle est simple, et elle contredit une intuition solide. La copule répond au sujet de la phrase, jamais à l’attribut qui la précède. Or l’attribut est collé contre elle, et le sujet se trouve deux ou trois mots plus loin : la main écrit volontiers la forme qui va avec le mot le plus proche.

Le cas qui le démontre est aussi l’un des plus utiles à savoir dire, puisque c’est ainsi qu’on donne son nom.

  • Сан цӀе Мадина ю. San cʼe Madina ju. — « Je m’appelle Madina. » (littéralement : « mon nom est Madina »)
  • Сан цӀе Ахьмад ю. San cʼe Aḥmad ju. — « Je m’appelle Ahmad. »

Les deux phrases se terminent par la même forme, alors que l’une nomme une femme et l’autre un homme. La raison est que le sujet n’est ni Madina ni Ahmad : c’est цӀе cʼe, « le nom », qui appartient à la classe й. La copule répond à lui, et le prénom qui suit n’a aucune influence. Un francophone qui dit Сан цӀе Ахьмад ву. a fait accorder la copule avec le monsieur, et c’est une faute.

Le même raisonnement vaut chaque fois que l’attribut désigne une personne alors que le sujet désigne une chose, et inversement. La procédure, au moment de parler, tient en une question : de quoi est-ce que je parle ? La réponse donne le sujet, le sujet donne la classe, et la classe donne la forme. Quand la copule s’accompagne d’un adjectif qui porte lui aussi une marque, les deux marques sont naturellement la même, et la classe s’affiche alors deux fois dans la phrase.

Nier avec un seul mot

Le français nie en encadrant son verbe de deux morceaux, « ne » et « pas ». Le tchétchène ne fait rien de tel avec la copule : il remplace le mot par un autre. Il n’y a aucun élément à ajouter, rien à placer avant, rien à placer après.

La marque de classe reste au même endroit et se choisit exactement comme au présent affirmatif : il suffit de remplacer la voyelle finale par la syllabe de négation. Deux erreurs se produisent ici, et toutes deux viennent du français. La première consiste à ajouter un mot de négation devant la copule, en plus de la forme négative : c’est un doublon que la langue n’admet pas. La seconde consiste à garder la forme affirmative et à compter sur le ton de la voix, ce qui ne nie rien du tout.

Les autres verbes ne se nient pas de cette façon : ils reçoivent un élément de négation, et cela vaut pour toute la conjugaison. Le procédé général, les mots négatifs et la comparaison avec le « ne … pas » du français sont traités à la page la négation. La copule fait bande à part, avec ses quatre formes propres, et c’est une bonne nouvelle : ce sont quatre mots courts, et ils couvrent la moitié des phrases négatives d’une conversation ordinaire.

Le passé : « était » en quatre formes

Le passé de la copule se forme sur la même marque, avec une finale différente. Là encore, aucune personne n’apparaît, et une seule forme couvre « j’étais », « tu étais » et « il était ».

Ces quatre formes rendent un service considérable très tôt : elles permettent de raconter sans rien connaître de la conjugaison. Dire où l’on était, comment allait quelqu’un, qui était présent, ce qu’était une maison : toutes ces phrases se construisent avec вара, яра, дара, бара et un nom, sans un seul verbe d’action.

Notez aussi ce que le passé de la copule sert à dire dans les présentations. Une phrase comme Сан да хьехархо вара. San da ḥexarxo vara., « mon père était enseignant », est l’une des premières qu’un apprenant a besoin de produire dans une famille tchétchène, et elle ne demande que deux informations : la classe du sujet, et la ligne du tableau.

Les quatre fautes que fait un francophone

Mettre ду partout. C’est la forme la plus fréquente de la langue, celle qu’on entend le plus, et elle finit par servir de forme par défaut. Sur une chose, le risque est limité ; sur une personne, la phrase devient incompréhensible dans un sens précis : elle range quelqu’un hors des deux classes d’humains.

Choisir la forme d’après le genre français de la traduction. Un francophone qui pense « la maison, c’est féminin » cherchera une forme en ю. Le raisonnement n’a aucune prise : les classes tchétchènes des noms de choses ne recouvrent ni le masculin ni le féminin du français, et il n’y a rien à transposer d’une langue à l’autre.

Accorder avec le mot le plus proche. C’est l’erreur de Сан цӀе Ахьмад ву. La copule est collée à l’attribut, et c’est pourtant au sujet qu’elle répond. Il suffit d’une seconde de plus pour retrouver le sujet, et cette seconde s’abrège avec l’habitude.

Répéter la phrase entendue sans l’adapter à soi. C’est la plus discrète des quatre et la plus tenace. Une femme qui a appris Со хьехархо ву. sur un enregistrement fait par un homme la répétera telle quelle pendant des mois. Chaque phrase où le sujet est « je » doit être refaite selon la personne qui parle : c’est la seule partie de la langue où une phrase juste dans la bouche du professeur est fausse dans la vôtre.

La même copule sert aussi à dire « avoir ». Le tchétchène n’a pas de verbe « avoir » : pour dire qu’on possède quelque chose, il place le possesseur à un cas oblique et garde la copule, qui répond alors à l’objet possédé. La construction complète, avec ce qu’elle change au sens selon le cas employé, est décrite à la page génitif et datif.

Reste le plus difficile, qui n’est pas le tableau mais le réflexe. Ces quatre mots reviennent plusieurs fois par phrase dans une conversation ordinaire, et ils doivent sortir sans calcul. C’est pourquoi ils s’apprennent en phrases entières, dites à voix haute, et non en colonnes : une dizaine de phrases sur soi, sur sa famille et sur ce qu’on voit autour de soi, répétées jusqu’à ce que la forme arrive avant qu’on l’ait cherchée.

Exercices : ву, ю, ду ou бу ?

Complétez chaque phrase avec la forme de la copule qui convient, au présent, au négatif ou au passé selon la traduction. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Со хьехархо ___ . So ḥexarxo ___ . (Je suis enseignante.)
  2. Иза сан ваша ___ . Iza san vaša ___ . (C’est mon frère.)
  3. Сан цӀе Мадина ___ . San cʼe Madina ___ . (Je m’appelle Madina.)
  4. ХӀара хӀун ___ ? Hara hun ___ ? (Qu’est-ce que c’est ?)
  5. Нах дика ___ . Nax dika ___ . (Les gens sont bons.)
  6. Со хьехархо ___ . So ḥexarxo ___ . (Je ne suis pas enseignant.)
  7. ХӀара дика ___ . Hara dika ___ . (Ce n’est pas bien.)
  8. Сан цӀе Мадина ___ . San cʼe Madina ___ . (Je ne m’appelle pas Madina.)
  9. Иза дешархо ___ . Iza dešarxo ___ . (Il était élève.)
  10. Сан нана хьехархо ___ . San nana ḥexarxo ___ . (Ma mère était enseignante.)
  11. Де дика ___ . De dika ___ . (La journée était bonne.)
  12. Dans la phrase, la copule se place ___.
  13. Pour je suis, tu es et il est, la forme ву vu ___.
  14. Dans Сан цӀе Мадина ю, la copule répond à ___.
  15. La négation de la copule se fait ___.
  16. ЙоӀ дика ___ . Joʿ dika ___ . (La fille est gentille.)
  17. Un homme qui dit Со дешархо ю a employé ___.
  18. Нах могуш ___ . Nax moguš ___ . (Les gens allaient bien.)

Toute la grammaire tchétchène, chapitre par chapitre

Vingt-huit pages qui se répondent, des consonnes de gorge aux classes nominales, de l’ergatif aux converbes, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue du Caucase où le verbe s’accorde avec la classe du nom, où le sujet change de forme selon que le verbe est transitif ou non, et où l’aspect compte plus que le temps. Chaque page transcrit le cyrillique selon la même convention, expliquée dès la page de l’alphabet.

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Questions fréquentes

Pourquoi le verbe « être » a-t-il quatre formes ?

Parce qu’il porte une marque de classe, comme certains autres verbes de la langue. ву pour un homme, ю pour une femme et pour les noms de classe й, ду et бу pour les autres classes. Ce n’est pas une conjugaison : c’est un accord avec le sujet.

La forme change-t-elle selon que je dis « je », « tu » ou « il » ?

Non, jamais. ву sert pour « je suis », « tu es » et « il est » dès lors qu’il s’agit d’un homme. Le tchétchène ne marque la personne nulle part sur son verbe, et la copule est le premier endroit où l’apprenant francophone le constate.

Comment dit-on « ce n’est pas » ?

Avec un mot unique, qui remplace la forme affirmative : вац, яц, дац ou бац selon la classe du sujet. Il n’y a rien à ajouter autour, et surtout pas deux éléments comme le « ne … pas » du français.

Faut-il toujours mettre la copule ?

Oui. Une phrase du type « je suis enseignant » ou « c’est mon frère » se termine par la copule, et l’omettre laisse la phrase inachevée. C’est aussi ce qui rend ces quatre formes si rentables : on les emploie des dizaines de fois par jour.

Où se place la copule dans la phrase ?

À la fin, après le sujet et après l’attribut : Со хьехархо ву, mot à mot « moi enseignant suis ». C’est l’ordre général du tchétchène, qui place son verbe en dernier.

Pourquoi « Сан цӀе Ахьмад ю » et non « ву », puisque Ahmad est un homme ?

Parce que la copule répond au sujet, qui est ici цӀе « le nom », un mot de classe й, et non au prénom qui sert d’attribut. Le sexe de la personne nommée n’entre pas en jeu : c’est la classe du sujet, et elle seule, qui décide de la forme.

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