Le présent tchétchène tient en un mot, le futur en deux, et aucun des deux ne change selon la personne. Ce qui manque au futur quand on oublie le second mot, c’est l’affirmation elle-même, et la phrase cesse alors de dire ce que vous croyiez.
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Le cours vous fait parler sans passer par l’écrit ; ces pages vous donnent l’écrit et la règle, si vous les voulez. Les deux vont ensemble, aucun n’exige l’autre.
Le présent est la forme la plus simple de la langue, et c’est par elle qu’il faut entrer dans le verbe tchétchène. Un seul mot, sans auxiliaire, sans terminaison de personne.
Le présent se reconnaît à sa finale, presque toujours -у, et à sa voyelle de radical, qui n’est pas celle de l’infinitif. Les deux vont ensemble : on ne fabrique pas un présent en collant -у à l’infinitif, il faut aussi que la voyelle intérieure bouge.
| Infinitif | Présent | Sens |
|---|---|---|
| ала ala | олу olu | dire — dit |
| деша deša | доьшу döšu | lire — lit |
| дийца diyca | дуьйцу düycu | raconter — raconte |
| эца eca | оьцу öcu | acheter — achète |
| мала mala | молу molu | boire — boit |
| хила xila | хуьлу xülu | être, devenir — est, devient |
| дан dan | до do | faire — fait |
| ган gan | го go | voir — voit |
Une remarque sur la mécanique, parce qu’elle évite un faux raisonnement. Ce n’est pas la finale -у qui fait le présent : c’est le couple formé par cette finale et par la voyelle du radical. Un débutant qui colle simplement -у à l’infinitif obtient une forme qui n’existe pas, du genre эцу au lieu de оьцу. Son interlocuteur n’entendra pas une faute de conjugaison : il entendra un mot inconnu, et il demandera de répéter.
C’est aussi pourquoi un manuel tchétchène ne ressemble pas à un manuel de français. Là où nous alignons six lignes par temps, une page tchétchène aligne des verbes avec, pour chacun, deux ou trois formes à retenir. Le volume à mémoriser est faible et il est irrégulier — l’inverse exact de notre habitude scolaire, où l’on apprend beaucoup de terminaisons très régulières.
Une poignée de verbes ont un présent en -а et non en -у, comme хаьа xäa, « sait ». Ce sont pour l’essentiel des verbes de perception et de sentiment, qui construisent d’ailleurs leur phrase autrement ; ils ont leur page dans ce dossier, voir, savoir, aimer.
Sur quel radical ce présent se bâtit, et pourquoi il y en a deux, cela appartient à la page de l’aspect. Ici, une seule chose à retenir : la forme de présent est à mémoriser avec l’infinitif, en bloc.
Il dit l’habitude, la règle, le fait permanent, et l’intention proche. Il ne dit pas, en principe, ce qui se déroule à l’instant : pour cela le tchétchène a une forme spéciale, décrite à la section suivante.
Notez que le pronom n’est jamais superflu : la forme verbale étant la même pour tout le monde, c’est lui seul qui désigne l’acteur. Le principe est posé à la page comment marche le verbe.
Pour dire « je suis en train de », le tchétchène met deux mots l’un après l’autre : une forme du verbe en -уш, puis la copule, ce petit mot qui sert à dire « est ».
La forme en -уш est un converbe, c’est-à-dire une forme non conjuguée qui ne peut pas fermer une phrase toute seule. Elle sert, hors de cette tournure, à relier deux actions l’une à l’autre, et c’est là son emploi principal : voir enchaîner les propositions. Dans le progressif, elle porte le sens du verbe, et la copule porte tout le reste.
Cette copule change de forme, et pas selon la personne : selon la classe. C’est le même mot, mais il se présente autrement quand un homme parle, quand une femme parle, quand il s’agit d’une chose. Son paradigme est donné une fois pour toutes à la page de la copule, et nulle part ailleurs dans ce dossier.
Retenez la géométrie de la phrase : le verbe en -уш avant, la copule après, et rien entre les deux. Un francophone a spontanément envie de glisser un complément dans l’intervalle, comme nous le faisons avec « je suis, depuis ce matin, en train de lire ». En tchétchène, le bloc ne se coupe pas.
Le futur tchétchène est fait de deux pièces, toujours les mêmes : une forme du verbe terminée par -р, suivie de la copule. La marque -р est constante d’un verbe à l’autre ; ce qui change, c’est le radical sur lequel elle se pose, et il n’est pas déductible du présent.
| Infinitif | Présent | Futur | Sens du futur |
|---|---|---|---|
| дан dan | до do | дийр ду diyr du | fera |
| ган gan | го go | гур ду gur du | verra |
| хила xila | хуьлу xülu | хир ду xir du | sera |
| ала ala | олу olu | эр ду er du | dira |
| деша deša | доьшу döšu | доьшур ду döšur du | lira |
| дийца diyca | дуьйцу düycu | дуьйцур ду düycur du | racontera |
Regardez les quatre premières lignes : до donne дийр, олу donne эр. Aucune règle de surface ne relie ces couples, et il faut les apprendre tels quels. Les deux dernières lignes sont plus aimables : le futur y est la forme de présent plus -р. Un débutant a donc raison d’essayer cette solution, à condition de vérifier, parce qu’elle échoue sur les verbes les plus fréquents de la langue.
Le cas extrême est le verbe qui signifie « aller ». Son présent est воьду vödu et son futur est гӀур ву ġur vu : les deux formes n’ont pas une consonne en commun. C’est pourtant l’un des tout premiers verbes que vous emploierez.
La copule finale, ici encore, suit la classe et non la personne : гӀур ву quand il s’agit d’un homme, гӀур ю quand il s’agit d’une femme. C’est le même futur.
Notez enfin que les deux mots du futur restent ensemble, dans cet ordre, à la fin de la phrase. Tout le reste — le sujet, le complément, le moment — se place avant. Un francophone a spontanément envie de faire de la copule un auxiliaire et de la placer devant le verbe, comme nous disons « je vais partir » ; en tchétchène l’auxiliaire est derrière, et il ferme la phrase. C’est une habitude à prendre dès la première phrase que vous construirez, parce qu’elle se réinstalle ensuite partout : le tchétchène met ses petits mots grammaticaux après ce qu’ils portent, alors que le français les met avant.
Le tchétchène ne dispose pas d’une seule façon de parler de l’avenir. La forme en -р peut se présenter avec la copule, comme dans tous les exemples ci-dessus, ou sans elle.
Avec la copule, vous affirmez. Со кхана вогӀур ву engage celui qui parle : il viendra, c’est annoncé. Sans la copule, la forme en -р ne pose plus de fait ; elle envisage, elle prévoit, elle laisse la porte ouverte. Le français rendrait la différence par un simple changement de ton, ou par un « je devrais venir » contre « je viendrai ».
C’est la copule qui fait toute la différence, et c’est une leçon générale sur cette langue : en tchétchène, l’affirmation est un mot, et un mot qu’on peut ne pas dire. Un francophone qui oublie ce second mot croit avoir dit « je viendrai » et a dit quelque chose de beaucoup plus tiède. L’erreur ne s’entend pas comme une faute de grammaire : elle s’entend comme un engagement que vous n’avez pas voulu prendre.
La nuance se sent mieux qu’elle ne se décrit, et c’est une des choses que l’écoute installe sans qu’on y pense. Nous nous en tenons ici au point pratique : dites la copule quand vous promettez.
La question revient toujours sous la même forme : faut-il donc employer l’une ou l’autre tournure ? Pour un débutant, la réponse est nette. Employez systématiquement la forme complète, avec la copule, tant que vous n’avez pas entendu la seconde assez souvent pour la reconnaître. Le risque d’une forme complète est nul : vous affirmez, et c’est presque toujours ce que vous voulez faire quand vous parlez de vos projets, de votre arrivée, de ce que vous ferez demain. Le risque de la forme réduite, en revanche, est réel : elle donne l’impression que vous n’êtes pas sûr, ou que vous ne vous engagez pas, ce qui est particulièrement mal venu quand on vous demande si vous viendrez.
Cette page décrit donc un futur et signale l’existence du second, sans prétendre en cartographier tous les emplois. Il vaut mieux, sur un point aussi fin, que vous l’entendiez avant de le lire.
Une remarque pour éviter une confusion fréquente. La marque -р du futur ressemble à la finale du nom verbal et à celle d’un participe, et il arrive qu’un même mot puisse s’interpréter dans les deux sens. Ce qui tranche est la place : placé devant un nom, ce mot le qualifie, et il s’agit alors d’un participe, dont l’emploi est décrit à la page des relatives à participe. Placé devant la copule, en fin de phrase, il fait un futur. Cette page ne traite que le second cas.
Cinq réflexes français se mettent en travers, et ils se corrigent vite dès qu’ils sont nommés.
Oublier la copule au futur. C’est l’erreur numéro un, parce que notre futur est un mot unique. Со гӀур paraît complet à une oreille française ; il ne l’est pas, et il ne dit pas ce que vous voulez dire.
Employer le présent pour l’avenir. Le français dit très naturellement « demain je viens ». Le tchétchène marque normalement le futur quand l’événement est à venir, et laisse le présent à l’habitude et à la règle. Devant un adverbe comme кхана qana, « demain », prenez le réflexe du futur.
Fabriquer le futur à partir du présent. La tentation est forte et elle réussit une fois sur deux. Les verbes les plus courants — faire, voir, être, dire, aller — refusent tous cette recette, et ce sont précisément ceux dont vous aurez besoin le premier jour.
Confondre le présent et le progressif. Pour répondre à « que fais-tu ? » au sujet de l’instant même, le simple présent ne suffit pas : il faut la forme en -уш suivie de la copule. Inversement, employer le progressif pour une habitude donne une phrase bizarre, comme si nous disions en français « je suis en train de boire du thé chaque matin ».
Chercher une terminaison de personne. Elle n’existe à aucun de ces temps. Со гӀур ву, хьо гӀур ву, иза гӀур ву : le verbe et la copule ne bougent pas, seul le pronom change.
Reste la question des formes négatives, qui réservent une surprise : dans le présent simple, la négation se place devant le verbe, tandis que dans le futur et le progressif, c’est la copule finale qui devient négative et le petit mot de négation disparaît. Cette mécanique est traitée en entier à la page de la négation.
Chaque énoncé porte sur la formation du présent, du progressif ou du futur, jamais sur un temps du passé. Touchez une réponse, puis Correction.
Vingt-huit pages qui se répondent, des consonnes de gorge aux classes nominales, de l’ergatif aux converbes, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue du Caucase où le verbe s’accorde avec la classe du nom, où le sujet change de forme selon que le verbe est transitif ou non, et où l’aspect compte plus que le temps. Chaque page transcrit le cyrillique selon la même convention, expliquée dès la page de l’alphabet.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Ас жайна доьшу As žayna döšu, mot à mot « moi livre lit ». Pour la deuxième personne, ахь жайна доьшу Aḥ žayna döšu : la forme verbale доьшу est la même, seul le pronom change. Si vous voulez dire que vous êtes en train de lire à l’instant, il faut le progressif, en deux mots.
Parce que la forme en -р porte le verbe et la copule porte l’affirmation. Sans la copule, vous envisagez l’événement sans l’annoncer. Le second mot n’est donc pas un simple auxiliaire décoratif : il change la valeur de la phrase.
Pas de façon fiable. Certains verbes ajoutent simplement -р au présent, comme доьшу qui donne доьшур ду. Les plus fréquents refusent cette règle : до donne дийр ду, олу donne эр ду, et le présent воьду donne гӀур ву. Il faut apprendre le futur avec le reste du verbe.
Le présent dit ce qui est habituel ou vrai en général, le progressif dit ce qui se déroule maintenant. Со цӀа воьду signifie que je rentre, que c’est mon mouvement ou mon habitude ; со цӀа воьдуш ву signifie que je suis en chemin à l’instant où je parle.
Non, jamais. Elle change selon la classe de l’élément avec lequel elle s’accorde, ce qui donne des formes différentes selon qu’on parle d’un homme, d’une femme ou d’une chose, mais identiques d’une personne à l’autre. Son paradigme complet est donné à la page qui lui est consacrée.
Pas de la même façon selon la forme. Le présent simple prend un mot de négation devant le verbe ; le futur et le progressif, qui se terminent par la copule, font passer la négation sur cette copule. C’est pourquoi ces formes négatives sont regroupées à la page de la négation plutôt qu’ici.
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