Le tchétchène a plusieurs passés, et ils ne se distinguent pas par une seule syllabe finale. Chacun part d’un radical précis, et c’est ce départ, plus que la terminaison, qui décide de la forme correcte.
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Le cours vous fait parler sans passer par l’écrit ; ces pages vous donnent l’écrit et la règle, si vous les voulez. Les deux vont ensemble, aucun n’exige l’autre.
Un francophone n’a pas de quoi s’étonner : le français aussi a quatre ou cinq façons de mettre un verbe au passé. La différence est que le tchétchène ne les construit pas sur la même base, et qu’il faut donc savoir d’où l’on part avant de savoir ce qu’on ajoute.
Le compte des passés tchétchènes varie d’une grammaire à l’autre, selon qu’on range certaines formes voisines à part ou avec les autres. Quatre formes, en revanche, sont hors de discussion : elles reviennent dans chaque conversation, et elles suffisent à tout raconter. Cette page les prend une par une, donne leur terminaison, dit sur quel radical elles se posent, et signale ce qui ne s’en déduit pas.
Une précaution avant de commencer. Deux des quatre formes ci-dessous ne se choisissent pas seulement d’après le moment de l’action : le locuteur tchétchène indique aussi, par ce choix, d’où il tient ce qu’il raconte. Cette page-ci ne s’occupe que des formes ; le choix entre elles est traité entièrement à la page vu ou rapporté, et il vaut mieux lire les deux dans cet ordre.
| Forme | Radical de départ | Désinence | Résultat | Ce qu’elle situe |
|---|---|---|---|---|
| passé témoigné | perfectif ди- | -ра | дира dira | un fait passé que le locuteur donne pour vu ou entendu par lui-même |
| parfait | perfectif ди- | -на | дина dina | un fait passé dont le résultat compte, ou que le locuteur ne donne pas pour vu |
| plus-que-parfait | le parfait дина | -ра | динера dinera | un fait antérieur à un autre fait passé |
| imparfait | imperfectif до | -ра | дора dora | un déroulement ou une habitude situés dans le passé |
Relisez la colonne des désinences : le même -ра apparaît trois fois. Ce n’est pas une coïncidence d’écriture, et c’est la meilleure prise que vous aurez sur ce système. Ce qui distingue ces trois formes n’est pas leur fin, c’est ce à quoi cette fin s’accroche.
Le tableau ci-dessous prend le problème par l’autre bout. Au lieu de lister quatre formes, il montre trois endroits où se pose un même élément, et la forme qui n’en reçoit pas.
| On ajoute -ра à… | On obtient | Forme |
|---|---|---|
| au radical perfectif ди- | дира dira | le passé témoigné |
| à la forme du présent до | дора dora | l’imparfait |
| au parfait дина | динера dinera | le plus-que-parfait |
| rien : la forme ne reçoit pas de -ра | дина dina | le parfait |
Retenez cette architecture plutôt que quatre terminaisons séparées, et vous cesserez de confondre дира et дора, qui est l’hésitation numéro un des débutants. Ces deux formes ne diffèrent que par une voyelle, et cette voyelle n’est pas une terminaison : c’est le radical lui-même qui apparaît, perfectif dans la première, imperfectif dans la seconde. Toute la distinction est décidée avant la fin du mot, et le couple de radicaux qui la porte est décrit à la page l’aspect avant le temps.
Une remarque d’écoute, qui rend service dès les premières conversations : comme le verbe ferme la phrase tchétchène, sa terminaison est la dernière chose que vous entendez. Vous avez donc tout le temps de traiter le reste de la phrase, et le renseignement décisif arrive en dernier. C’est exactement l’inverse du français, où « il avait » annonce le passé avant qu’on sache de quoi il s’agit.
C’est le passé du récit ordinaire, celui qu’on emploie pour dire ce qui s’est produit. Il part du radical perfectif et reçoit -ра, avec un -и- de liaison quand le radical finit par une consonne.
Le dernier exemple est le plus instructif, et c’est pour cela qu’il figure ici. Le verbe qui signifie « dire » a pour infinitif ала, mais son passé ne part pas de ал- : il part de эл-. La voyelle du radical a changé, et rien dans l’infinitif ne l’annonçait. C’est le genre d’irrégularité qu’il faut noter verbe par verbe, et il en existe d’autres du même ordre.
Dans une phrase, cela donne des énoncés très courts, puisque le tchétchène n’a besoin ni d’auxiliaire ni de pronom sujet répété.
Le nom de cette forme demande une explication, puisqu’il ne parle pas de temps. On l’appelle « témoigné » parce que le locuteur, en l’employant, se donne pour témoin du fait. Ce que cela implique au moment de choisir, et ce qu’un tchétchénophone en conclut, appartient à la page vu ou rapporté.
Deuxième forme, deuxième désinence : -на, posée sur le même radical perfectif. C’est la seule des quatre qui ne comporte pas de -ра.
Comparez les deux dernières lignes : эцна n’a pas de voyelle entre le radical et la désinence, дийцина en a une. Cette voyelle de liaison n’est pas prévisible d’après l’infinitif, et il faut donc retenir la forme entière avec le verbe, comme on retient un participe passé irrégulier en français. La désinence, elle, ne change pas : c’est toujours -на ou -ина.
Cette forme fait deux travaux, et un débutant doit le savoir tout de suite, sans quoi il croira l’entendre employée à contretemps. Elle dit d’abord ce que le français dit avec le passé composé quand le résultat compte encore : la chose est faite, elle tient, on en voit l’effet maintenant. Elle est ensuite la forme qu’emploie un locuteur qui ne donne pas le fait pour vu de ses yeux. Voilà la ligne de partage, et elle s’arrête là : le choix entre cette forme et la précédente est traité à la page vu ou rapporté, qui ne fait rien d’autre.
Un détail de forme, pour finir, qui évite une erreur de lecture. La suite -на se rencontre aussi à la fin de mots qui ne sont pas des verbes conjugués, et le parfait ressemble par ailleurs à des formes qui servent à qualifier un nom. Devant une phrase écrite, fiez-vous à la position : en tchétchène le verbe conjugué ferme la phrase, et un mot en -на placé devant un nom qualifie ce nom au lieu de le conjuguer.
Il ne se forme pas sur un radical mais sur une forme déjà construite : on prend le parfait et on lui ajoute -ра. Le -на du parfait s’y réduit, et l’on obtient un bloc -нера facile à reconnaître à l’oreille.
Sa valeur est celle du plus-que-parfait français : un fait situé avant un autre fait passé. Il sert donc surtout quand on remonte d’un cran dans un récit déjà au passé, pour expliquer ce qui avait précédé.
Les trois formes précédentes partent du radical perfectif. Celle-ci part de l’autre côté du verbe : on prend la forme du présent telle quelle et on lui ajoute -ра. C’est la formation la plus régulière du système, et la plus facile à produire dès qu’on connaît le présent d’un verbe.
Il situe un déroulement ou une habitude dans le passé, et c’est celui qui traduit le mieux nos phrases en « quand j’étais petit, je… ». Comme il se bâtit sur le radical imperfectif, il porte du même coup l’aspect qui va avec, sans qu’il y ait rien à ajouter pour cela.
Notez ce que cette formation vous donne gratuitement : tout verbe dont vous connaissez le présent a un imparfait immédiatement disponible. Les formes du présent, et la façon de les obtenir, appartiennent à la page présent et futur.
Trois choses résistent, et il vaut mieux les rencontrer ici que dans une conversation.
Le radical du passé n’est pas toujours celui de l’infinitif. On l’a vu avec ала et son passé элира ; on le voit aussi avec дан, dont le passé part de ди- et non de да-. La voyelle du radical bouge, et aucune règle générale ne permet de prévoir jusqu’où. Un verbe se retient donc avec ses formes de passé, pas seulement avec son infinitif et son présent.
La lettre initiale change, et ce n’est pas la personne. Un passé tchétchène ne varie pas selon qui parle : la même forme sert pour « j’ai fait », « tu as fait » et « elle a fait », et seul le pronom informe. Ce qui varie, chez les verbes concernés, c’est la consonne de tête — в-, й-, д-, б- — et elle suit la classe d’un participant de la phrase. Vous rencontrerez donc le même passé sous quatre initiales différentes ; ce n’est pas quatre formes à apprendre, c’est une forme et un accord, décrit à la page l’accord de classe.
Le verbe « être » ne suit pas ce modèle. La copule a son propre passé, qui ne se fabrique avec aucune des quatre désinences ci-dessus et qui s’accorde en classe. Son paradigme figure à la page la copule qui s’accorde, et nulle part ailleurs dans ce dossier : ne cherchez pas à la conjuguer comme дан.
Deux remarques pour finir, sur des points qui touchent aux passés sans leur appartenir. La négation d’un passé ne se fait pas en changeant la forme du verbe : elle place une particule devant lui et laisse la désinence intacte. Et dans un récit long, vous verrez plusieurs actions s’enchaîner sans qu’aucune ne porte de marque de passé, la dernière forme de la phrase se chargeant de tout.
Voici la marche à suivre, dans l’ordre, telle qu’elle fonctionne quand on parle.
Si l’action est un déroulement ou une habitude, vous partez du présent du verbe et vous ajoutez -ра. La question est réglée, vous n’avez plus rien à choisir.
Sinon, allez chercher le radical perfectif tel que le passé l’emploie, avec sa voyelle propre : ди- pour дан, эл- pour ала.
-ра pour le passé témoigné, -на pour le parfait, et le parfait plus -ра si le fait est antérieur à un autre fait passé.
Un dernier conseil de mémorisation, qui vaut mieux qu’un tableau relu dix fois : apprenez chaque verbe dans une phrase de trois mots, une par forme. Ас дира As dira, Ас дина As dina, Ас дора As dora tiennent en six secondes et installent les trois départs en même temps que les trois fins.
Quatre désinences se lisent en dix minutes et s’entendent en dix jours. Reconnaître un passé dans une phrase dite à vitesse normale, quand la terminaison arrive en fin de souffle, est un autre travail. C’est celui du cours de tchétchène, entièrement audio, dont la première leçon est gratuite avant tout abonnement.
Dix-sept questions sur les désinences, les radicaux de départ et la construction de chaque passé. Touchez une réponse, puis Correction.
Vingt-huit pages qui se répondent, des consonnes de gorge aux classes nominales, de l’ergatif aux converbes, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue du Caucase où le verbe s’accorde avec la classe du nom, où le sujet change de forme selon que le verbe est transitif ou non, et où l’aspect compte plus que le temps. Chaque page transcrit le cyrillique selon la même convention, expliquée dès la page de l’alphabet.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Le compte dépend des grammaires, qui ne rangent pas toutes les formes voisines de la même façon. Quatre sont d’usage constant et suffisent à tout raconter : le passé témoigné, le parfait, le plus-que-parfait et l’imparfait. Cette page traite ces quatre-là.
En regardant la voyelle, qui n’est pas une terminaison mais le radical lui-même. дира dira part du radical perfectif, дора dora part de la forme du présent. Le -ра final est le même dans les deux cas, et il ne vous apprendra rien.
Jamais. La même forme sert pour « j’ai fait », « tu as fait » et « elle a fait », et c’est le pronom qui informe. Ce qui peut changer, c’est la consonne de tête de certains verbes, et elle suit la classe d’un participant de la phrase, non la personne.
Pas de façon sûre. La voyelle du radical bouge souvent entre l’infinitif et le passé : дан dan donne un passé sur ди-, et ала ala un passé sur эл-. Il faut donc apprendre le passé avec le verbe, comme un participe irrégulier français.
Les deux situent un fait dans le passé. Ce qui les sépare n’est pas le moment mais ce que le locuteur indique sur sa propre source d’information, et le parfait sert en outre à présenter un résultat qui tient encore. Ce choix est traité en entier à la page vu ou rapporté.
Pas en changeant la forme du verbe. Le tchétchène place une particule de négation devant le verbe et laisse la forme de passé intacte, si bien que les quatre passés de cette page se nient tous de la même façon. Le mécanisme complet, les mots négatifs et le cas des formes non finies font l’objet d’une page à part dans le dossier.
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