En tchétchène, « je » se dit d’une façon dans une phrase et d’une autre dans la suivante, sans que le sens change d’un mot. Les pronoms sont les mots les plus fréquents de la langue et les plus irréguliers : ils s’apprennent en tableau, pas un par un.
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Le cours vous fait parler sans passer par l’écrit ; ces pages vous donnent l’écrit et la règle, si vous les voulez. Les deux vont ensemble, aucun n’exige l’autre.
Un francophone apprend « je, tu, il, nous, vous, ils » comme six mots. En tchétchène, cette liste de six ne suffit à rien : elle ne permet de construire aucune phrase complète, parce qu’elle ne contient qu’une forme sur quatre.
Trois faits, que rien en français ne laisse prévoir, obligent à passer par un tableau. Le premier : « je » se dit de deux façons selon le verbe qui suit, et les deux mots ne se ressemblent pas. Le deuxième : « nous » se dit de deux façons selon que la personne à qui vous parlez est comprise ou non dans ce « nous », et ce choix n’est pas un raffinement de style, c’est une obligation. Le troisième : à la troisième personne, les formes employées comme sujet et comme complément ne partagent aucune syllabe, si bien qu’un débutant ne reconnaît pas qu’il s’agit du même mot.
Ajoutez à cela qu’il n’existe pas de série de petits mots atones comme en français — pas de me, te, le, lui, leur collés au verbe. Chaque pronom tchétchène est un mot entier, autonome, qui prend sa place dans la phrase comme un nom, et qui se décline comme lui. C’est pourquoi ces quelques mots méritent une page : ils reviennent dans chaque phrase que vous direz, et une erreur de colonne s’entend immédiatement.
Quatre colonnes suffisent pour parler. La première donne la forme nue, celle du lexique. La deuxième la forme employée quand le verbe porte sur un objet. La troisième la forme qui exprime la possession, placée devant le nom. La quatrième la forme qui signifie « à moi », « à toi », et qui sert aussi à un groupe de verbes très fréquents.
| Sens | Forme nue | Ergatif | Génitif | Datif |
|---|---|---|---|---|
| je, moi | со so | ас as | сан san | суна suna |
| tu, toi | хьо ho | ахь ah | хьан han | хьуна huna |
| il, elle, lui | и, иза i, iza | цо tso | цуьнан tsünan | цунна tsunna |
| nous, sans vous | тхо tkho | оха okha | тхан tkhan | тхуна tkhuna |
| nous, vous compris | вай vay | вай vay | вайн vayn | вайна vayna |
| vous, à plusieurs | шу chu | аша acha | шун chun | шуна chuna |
| ils, elles, eux | уьш üch | цара tsara | церан tseran | царна tsarna |
Trois irrégularités sautent aux yeux, et il vaut mieux les nommer tout de suite plutôt que de buter dessus pendant des semaines.
La première personne du singulier n’a pas de radical unique. Entre со so et ас as, aucune lettre commune : ce sont deux mots, et il faut les apprendre comme deux mots. La même remarque vaut pour la deuxième personne, où хьо ho et ахь ah emploient les mêmes sons dans l’ordre inverse — ce qui est redoutable à l’oreille d’un débutant, parce que la ressemblance fait croire à une variante de prononciation alors que les deux formes ont des rôles opposés.
La troisième personne change de radical. La forme nue est иза iza, mais les trois autres formes se construisent ailleurs : цо tso, цуьнан tsünan, цунна tsunna. Même chose au pluriel, entre уьш üch et цара tsara. Un débutant qui entend цуьнан tsünan dans une phrase ne devine pas qu’on lui parle de la même personne qu’avec иза iza deux phrases plus tôt. C’est la principale raison de perdre le fil d’un récit.
Le « nous » inclusif ne change pas de forme entre les deux premières colonnes. Вай vay est le seul pronom du tableau dont la forme nue et la forme de sujet transitif se confondent. C’est une bonne nouvelle : une case de moins à retenir.
Les pronoms possèdent aussi les autres cas du nom, ceux qui disent la direction, la provenance ou l’accompagnement, et dont l’inventaire figure à la page les huit cas. Les quatre colonnes ci-dessus sont celles dont vous aurez besoin dans vos premières conversations.
La forme nue sert de sujet quand le verbe ne porte sur aucun objet. Elle sert aussi, et c’est ce qui déroute, de complément d’objet : là où le français passe de je à me, le tchétchène garde со so. La raison de ce regroupement est expliquée à la page le sujet à l’ergatif, qui montre pourquoi le sujet d’un verbe sans objet et l’objet d’un verbe transitif se traitent de la même façon.
La deuxième colonne s’emploie dès que le verbe porte sur quelque chose. C’est la colonne que les débutants oublient, parce qu’elle n’a pas d’équivalent français et que rien, dans la phrase française, ne signale qu’il faut changer de mot.
Le génitif se place devant le nom, comme l’adjectif possessif français, et ne s’accorde à rien : сан цӀа san ts’a, « ma maison » ; хьан кехат han kekhat, « ta lettre » ; цуьнан да tsünan da, « son père ». Notez que les formes de génitif ressemblent parfois à la forme nue — тхо tkho et тхан tkhan, шу chu et шун chun — et que cette ressemblance n’existe pas au singulier.
Le datif signifie « à moi », « à toi ». Il sert évidemment à désigner celui à qui l’on donne ou l’on parle, mais il a un second emploi que vous rencontrerez encore plus souvent : une famille de verbes très courants — voir, entendre, savoir, aimer, vouloir — met au datif celui qui perçoit ou qui ressent. « Je sais » se dit donc avec la quatrième colonne, jamais avec la première. Ce schéma est décrit à la page voir, savoir, aimer.
Une dernière remarque, qui soulage : aucun pronom tchétchène ne distingue le masculin du féminin. Иза iza se rend par « il » ou par « elle » selon le contexte, et le tchétchène n’oblige jamais à trancher au moment où l’on parle, contrairement au français. L’information existe pourtant dans la phrase, mais elle est ailleurs : c’est le verbe qui la porte, par sa consonne initiale, ce que traite la page l’accord de classe.
C’est le point de cette page qui a le plus de conséquences dans une conversation réelle, et il n’a rien de subtil : le tchétchène a deux mots pour « nous », et aucun des deux n’est neutre. Вай vay comprend la personne à qui vous parlez. Тхо tkho l’exclut.
Un francophone ne fait pas cette distinction et ne l’entend pas non plus : quand un tchétchénophone dit « nous » en français, il perd une information qu’il donnait dans sa langue. Dans l’autre sens, le débutant qui choisit au hasard dit des choses qu’il ne pense pas. « Nous allons manger », dit avec le mot exclusif à une personne que l’on voulait inviter, signifie poliment qu’elle n’est pas invitée. « Notre famille », dit avec le mot inclusif à quelqu’un qui n’en fait pas partie, l’y fait entrer. Dans une culture où l’appartenance familiale et l’hospitalité comptent autant, l’erreur ne passe pas inaperçue.
Le réflexe à installer est simple : avant de dire « nous », demandez-vous si celui qui vous écoute est dedans. La réponse est toujours l’une ou l’autre, il n’y a pas de cas douteux. Et quand vous ne savez pas quoi choisir, c’est en général que vous devriez nommer les gens plutôt que de dire « nous ».
Le pronom inclusif a un emploi supplémentaire : il sert à entraîner l’autre, comme le « allons-y » français. La forme de verbe qui accompagne cet emploi appartient à la page ordonner et défendre.
Le français dit « il prend sa voiture » sans préciser de qui est la voiture : la sienne, ou celle d’un autre dont on vient de parler. Neuf fois sur dix le contexte tranche, et l’ambiguïté passe inaperçue. Le tchétchène ne la laisse pas passer : il a une série de formes réfléchies, employées quand le possesseur est celui dont la phrase parle déjà.
La série se construit sur le même principe à toutes les personnes : сайн sayn pour « le mien », хьайн hayn pour « le tien », шен chen pour « le sien », шайн chayn pour « le leur ». Le pronom réfléchi lui-même, celui qui traduit « soi » et qui sert aussi à insister comme le « lui-même » français, est ша cha.
La différence entre шен chen et цуьнан tsünan est l’une des rares où un francophone se trompe sans jamais s’en apercevoir : les deux se traduisent par « son », la phrase reste compréhensible, et personne ne corrige. Prenez-la au sérieux dès le début, car une habitude fausse installée là ne se défait pas.
Une inquiétude que les francophones apportent avec eux, et qui n’a pas lieu d’être : le tchétchène n’a pas de pronom réservé à la politesse. Rien n’y correspond à l’opposition française entre tu et vous, et vous n’avez donc pas cette décision à prendre à chaque rencontre. Шу chu est la forme employée quand on s’adresse à plusieurs personnes, et c’est sa seule valeur dans le tableau. Le respect, dans cette langue, se marque par les formules d’adresse, par les salutations et par la manière de parler à quelqu’un — pas par le choix d’un pronom.
Comment apprendre ce tableau en une semaine. Ne l’apprenez pas en colonnes, apprenez-le en phrases. Prenez une phrase par colonne, toujours la même, et faites-y défiler les sept lignes : « je viens, tu viens, il vient… », puis « je bois de l’eau, tu bois de l’eau… », puis « ma maison, ta maison… ». Les formes se fixent par la place qu’elles occupent dans une phrase, pas par leur rang dans une grille.
La traduction indique ce que vous voulez dire, et notamment si la personne à qui vous parlez est comprise dans le « nous » ; touchez une réponse, puis Correction.
Vingt-huit pages qui se répondent, des consonnes de gorge aux classes nominales, de l’ergatif aux converbes, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue du Caucase où le verbe s’accorde avec la classe du nom, où le sujet change de forme selon que le verbe est transitif ou non, et où l’aspect compte plus que le temps. Chaque page transcrit le cyrillique selon la même convention, expliquée dès la page de l’alphabet.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Parce que le tchétchène marque différemment le sujet selon que le verbe porte ou non sur un objet. Со so s’emploie devant un verbe qui ne porte sur rien, ас as devant un verbe qui porte sur quelque chose. Ce n’est pas une question de registre ni d’insistance : le choix est obligatoire, et il est expliqué à la page le sujet à l’ergatif.
Вай vay inclut la personne à qui vous parlez, тхо tkho l’exclut. Le français n’a qu’un seul « nous » et laisse la question ouverte ; le tchétchène oblige à trancher à chaque fois. Dire « nous allons manger » avec la forme exclusive à quelqu’un que l’on voulait inviter revient à lui dire qu’il n’est pas invité.
Comme « il » : иза iza. Aucun pronom tchétchène ne distingue le masculin du féminin, et la question ne se pose donc pas au moment de choisir le mot. L’information n’est pas perdue pour autant : elle apparaît sur le verbe, dont la consonne initiale change, ce que décrit la page l’accord de classe.
La question ne se pose pas dans les termes du français : il n’existe pas de pronom réservé à la politesse. Шу chu est la forme employée quand on parle à plusieurs personnes. Le respect se marque par les formules d’adresse et par la manière de s’exprimer, non par le choix entre deux pronoms.
Parce que la troisième personne change de radical : la forme nue est иза iza, et les autres formes se bâtissent sur un radical qui ne lui ressemble pas, d’où цо tso, цуьнан tsünan et цунна tsunna. C’est la principale cause de perte de fil quand on écoute un récit, et la raison pour laquelle ce tableau doit être appris en entier.
Non. Chaque pronom tchétchène est un mot entier qui occupe sa place dans la phrase comme un nom, et qui se décline comme lui. Il n’y a rien à coller au verbe, et le complément d’objet se dit avec la forme nue, celle du lexique — la même qui sert de sujet quand le verbe ne porte sur rien.
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