Un tableau de conjugaison tchétchène ne compte pas six lignes : il en compte une. Le verbe ignore la personne et le nombre, et ce qu’il marque à leur place n’a aucun équivalent en français.
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Le cours vous fait parler sans passer par l’écrit ; ces pages vous donnent l’écrit et la règle, si vous les voulez. Les deux vont ensemble, aucun n’exige l’autre.
La première chose à comprendre d’un verbe tchétchène est une chose qu’il ne fait pas. Il ne vous dit pas qui agit. Jamais, à aucun temps, à aucun mode.
En français, la terminaison porte l’information : je parle, nous parlons, ils parlaient. Le pronom est presque un luxe, et l’on comprendrait encore sans lui. Le tchétchène fonctionne à l’envers : la forme verbale est unique, et c’est le pronom, avec son cas, qui porte à lui seul l’indication de la personne.
Prenons le verbe ала ala, « dire », dont la forme de présent est олу olu. Voici ce que donne le tableau que vous attendez.
| Personne | Tchétchène | Français |
|---|---|---|
| 1re sing. | ас олу as olu | je dis |
| 2e sing. | ахь олу aḥ olu | tu dis |
| 3e sing. | цо олу co olu | il dit, elle dit |
| 1re plur. | оха олу oxa olu | nous disons |
| 2e plur. | аша олу aša olu | vous dites |
| 3e plur. | цара олу cara olu | ils disent, elles disent |
La colonne du milieu ne change pas. Six personnes, une forme. Ce tableau n’est pas une simplification pédagogique : il n’existe pas, dans toute la langue, de terminaison qui distingue je de vous sur un verbe. Un manuel tchétchène ne présente donc pas de conjugaison au sens français ; il présente des temps, chacun sous une forme unique, et c’est tout.
La conséquence pratique vient tout de suite. Le pronom n’est plus facultatif : si vous l’omettez, plus rien dans la phrase ne dit qui parle. Les pronoms tchétchènes changent par ailleurs de forme selon le rôle qu’ils jouent — vous voyez ci-dessus ас as et non со so pour « je », parce que « dire » est un verbe transitif — et cette mécanique est celle du sujet à l’ergatif, qui a sa page dans ce dossier.
Que le verbe soit invariable ne veut pas dire qu’il ne bouge jamais. Il bouge, mais pas pour la raison que vous croyez. Comparez ces cinq phrases, construites sur le verbe qui signifie « aller », dont le présent est воьду vödu.
Changer de personne ne change rien au verbe : со, хьо, иза prennent tous воьду. En revanche, passer d’un homme à une femme change la première consonne du mot. Ce qui se marque sur le verbe tchétchène, quand cela se marque, n’est donc pas la personne : c’est la classe.
Cette consonne initiale est un préfixe. Elle occupe la toute première position du verbe, avant le radical, et elle s’accorde — avec quoi exactement, selon quelle règle, et sur quels verbes, cela relève entièrement de la page de l’accord de classe, qui en donne le mécanisme complet. Retenez ici le seul point de morphologie : un verbe tchétchène peut commencer par une place vide, réservée à une marque qui n’a rien à voir avec celui qui parle.
Un francophone met des semaines à accepter cette idée, parce qu’elle contredit un réflexe très ancien : nous cherchons l’identité du sujet dans la fin du verbe. En tchétchène, il faut la chercher ailleurs, et regarder le début du verbe pour une information tout autre.
Les dictionnaires tchétchènes citent les verbes à l’infinitif. La grande majorité des infinitifs se terminent par -а, quelques-uns par -н.
Deux précautions accompagnent cette liste. La première concerne le д initial de деша, дийца, дан : chez les verbes qui portent un préfixe de classe, ce д n’appartient pas au radical, c’est la place d’accord dont il vient d’être question. Les dictionnaires et ce dossier citent ces verbes sous cette forme par convention, comme le français cite un adjectif au masculin.
La seconde est plus coûteuse. L’infinitif ne permet pas de prédire le présent. La voyelle du radical change en passant de l’un à l’autre, et elle ne change pas toujours de la même façon.
Un verbe tchétchène s’apprend donc par couple, comme un verbe irrégulier français s’apprend avec son participe. Retenir эца sans оьцу ne vous donne pas la moitié du verbe : cela vous donne une forme que vous ne pourrez employer dans aucune phrase du quotidien. Pourquoi ces deux radicaux existent, et ce qu’ils opposent réellement, est le sujet de la page de l’aspect.
À côté de l’infinitif, tout verbe possède un nom verbal, formé avec -р, qui désigne l’action elle-même et se comporte ensuite comme un nom ordinaire : il se décline, il se met au pluriel, il peut être sujet ou complément.
C’est la forme qui rend le plus souvent l’infinitif français des tournures nominales : là où nous disons « j’aime la lecture » ou « lire est utile », le tchétchène emploie ce nom en -р et le traite comme n’importe quel autre nom de la langue.
Puisque la personne et le nombre sont absents, il reste à savoir ce que le verbe porte vraiment. Quatre informations, et leur hiérarchie est le vrai squelette du système.
La classe, parfois. Une partie des verbes seulement ouvre la place de préfixe décrite plus haut. Les autres gardent la même forme quel que soit leur entourage. C’est donc une information facultative, et elle ne concerne pas celui qui parle.
L’aspect, toujours. Le choix entre les deux radicaux d’un verbe n’est jamais neutre et n’est jamais évitable : il n’existe pas de forme tchétchène qui ne soit d’un radical ou de l’autre. C’est en ce sens que l’aspect passe avant le temps dans cette langue — une forme peut rester vague sur le moment, elle ne peut pas rester vague sur la manière dont l’action est présentée.
Le temps et le mode. Ils se posent ensuite, sur le radical déjà choisi : présent, futur, passés, ordre, souhait. Chaque forme a sa marque, et aucune de ces marques ne varie selon la personne.
La source de l’information, au passé. C’est la particularité la plus étrangère à un francophone. Parmi les formes de passé, certaines disent que le locuteur a vu ce qu’il rapporte, d’autres qu’il le tient d’un tiers. Ce choix n’est pas une nuance de style ; il se fait à chaque phrase de récit.
Un verbe tchétchène est donc à la fois plus pauvre et plus riche que le nôtre. Plus pauvre : il abandonne six terminaisons françaises d’un coup, et un débutant apprend un temps entier en apprenant un seul mot. Plus riche : il exige de vous, à chaque phrase, deux décisions que le français ne demande jamais — de quel radical vous partez, et si vous avez vu ce que vous racontez.
Voici l’inventaire, dans l’ordre où il est utile de l’aborder. Chaque forme se construit sur l’un des deux radicaux et reste unique pour toutes les personnes.
L’infinitif, en -а ou -н, forme de citation et forme de complément de verbe.
Le nom verbal, en -р, qui fait du verbe un nom déclinable.
Le présent, qui couvre l’habitude et la vérité générale, et le progressif, qui dit l’action en cours et se construit avec deux mots. Le futur se bâtit lui aussi sur une marque en -р accompagnée d’un second élément. Ces trois formes sont traitées ensemble à la page du présent et du futur, parce qu’elles se construisent de la même façon.
Les passés, qui sont plusieurs et ne se distinguent pas seulement par l’ancienneté de l’événement. Leur morphologie est à la page des temps du passé ; le choix entre les deux passés qui s’opposent par la source de l’information a sa page propre, vu ou rapporté.
L’impératif, avec ses formes irrégulières, la défense, la demande adoucie et les formules de souhait, occupe entièrement la page ordonner et défendre.
Les converbes, formes non finies qui relient une action à une autre. Le tchétchène enchaîne volontiers plusieurs converbes et ne place qu’une seule forme conjuguée, à la fin. C’est le mécanisme qui remplace la plupart de nos conjonctions, et il a sa page, enchaîner les propositions.
Les participes, formes non finies qui qualifient un nom et remplacent nos propositions relatives, sans aucun pronom relatif. Là aussi, une page à part, les relatives à participe.
Les formes négatives, enfin, qui ne s’obtiennent pas en ajoutant un mot au hasard : la négation se place devant le verbe, et les formes composées la portent ailleurs que les formes simples. Voir la page de la négation.
Quatre erreurs reviennent chez presque tous les débutants, et elles viennent toutes du même endroit : nous cherchons dans le verbe ce qui n’y est pas.
Omettre le pronom. Comme le verbe ne porte pas la personne, une phrase sans pronom ne dit pas qui agit. Un francophone habitué à laisser tomber le sujet dans sa tête produit des phrases qui restent grammaticales mais qui ne désignent personne, et son interlocuteur doit deviner.
Choisir la mauvaise forme du pronom. Le même « je » se dit со ou ас selon le verbe, et c’est le verbe qui commande. Puisque la terminaison verbale ne rattrapera pas l’erreur, un pronom mal choisi fait une phrase fausse, pas une phrase maladroite.
Prendre le préfixe pour une marque de personne. C’est l’erreur la plus tenace, parce qu’elle a l’air de fonctionner : le débutant entend воьду quand un homme parle de lui, en conclut que в- vaut « je », et se trompe dès qu’une femme parle ou dès qu’il s’agit d’un objet.
Chercher un verbe dans le dictionnaire à partir d’une forme conjuguée. Entendre оьцу ne vous mène pas à эца par un simple retour en arrière : la voyelle a changé, et l’initiale peut avoir changé aussi. Il faut faire le chemin dans l’autre sens, c’est-à-dire avoir appris les deux formes ensemble.
Une bonne nouvelle, quand même. Le volume à mémoriser est bien plus faible qu’en français. Là où nous avons cinq ou six formes par temps, plus les exceptions de chaque personne, le tchétchène vous demande deux radicaux et une poignée de marques. L’effort se déplace : il ne porte plus sur les terminaisons, il porte sur les radicaux et sur le choix des cas. C’est aussi pour cela que le cours de tchétchène, entièrement oral, installe ces formes sans tableau : elles sont peu nombreuses et elles reviennent tout le temps. La première leçon est libre d’accès.
Chaque énoncé porte sur la forme du verbe et sur ce qu’il marque, pas sur la conjugaison d’un temps particulier. Touchez une réponse, puis Correction.
Vingt-huit pages qui se répondent, des consonnes de gorge aux classes nominales, de l’ergatif aux converbes, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue du Caucase où le verbe s’accorde avec la classe du nom, où le sujet change de forme selon que le verbe est transitif ou non, et où l’aspect compte plus que le temps. Chaque page transcrit le cyrillique selon la même convention, expliquée dès la page de l’alphabet.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Oui, et sans exception connue. Aucune forme verbale tchétchène ne distingue je de tu ou de ils : ас олу, ахь олу, цара олу emploient le même mot. C’est le pronom, avec la forme de cas que le verbe exige, qui porte cette information à lui seul.
Le cas des noms et des pronoms, d’abord, et la marque de classe sur les verbes qui en portent une. C’est pourquoi on dit du tchétchène qu’il met son information dans le nom là où le français la met dans le verbe. Le détail du mécanisme est traité à la page de l’accord de classe.
Deux radicaux, et ensuite les marques de temps et de mode, qui sont peu nombreuses et communes à tous les verbes. Le total reste très inférieur à celui d’un verbe français, mais les deux radicaux ne se déduisent pas l’un de l’autre : c’est là que se trouve le travail de mémoire. La page de l’aspect explique ce que ce couple oppose.
Il transforme l’action en nom, et ce nom se décline comme les autres : дешар dešar signifie « la lecture, les études ». Le tchétchène y recourt là où le français emploie un infinitif nominal, du type « lire est utile ». Le mot дешархо dešarxo, « l’élève », est construit dessus.
Parce que les verbes qui possèdent une place de préfixe de classe doivent bien être cités sous une forme ou sous une autre, et que l’usage a retenu celle-là. Ce д n’appartient pas au radical et sera remplacé selon l’entourage du verbe dans la phrase.
Non, et la possession se dit autrement, par une construction où le possesseur prend un cas particulier. Ce point n’appartient pas à la morphologie du verbe et il est traité ailleurs dans ce dossier, avec les cas du nom. Ce qui relève ici du verbe est seulement ceci : n’attendez pas de trouver dans un dictionnaire tchétchène un équivalent de notre auxiliaire.
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