Le tchétchène répartit ses noms en six classes, et deux d’entre elles ne contiennent que des êtres humains : les hommes dans l’une, les femmes dans l’autre. Un nom tchétchène ne porte sur lui aucune marque de sa classe, et c’est ce qui rend le système déroutant pour un francophone.
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Le cours vous fait parler sans passer par l’écrit ; ces pages vous donnent l’écrit et la règle, si vous les voulez. Les deux vont ensemble, aucun n’exige l’autre.
Chaque nom tchétchène appartient à une classe, et cette classe décide de la forme que prennent certains mots autour de lui. Il y en a six. Le nom, lui, n’en dit rien.
Une classe nominale n’est pas une catégorie de sens. C’est une case grammaticale : les noms rangés dans la même case imposent la même consonne aux mots qui s’accordent avec eux. Deux noms très éloignés par le sens peuvent partager une classe, et deux noms voisins par le sens peuvent se retrouver dans deux classes différentes. Seules deux des six classes se laissent décrire par un trait de sens, et ce sont celles qui contiennent les êtres humains.
Le tchétchène ne trie donc pas ses noms comme le français trie les siens en masculin et féminin : le mot pour « livre » n’est ni l’un ni l’autre, il est simplement dans sa classe. Ce point fait partie des réflexes français dont il faut se défaire, et la page ce qui n’existe pas en tchétchène le traite parmi les autres.
Deux faits doivent être posés d’emblée, parce que toute la difficulté vient de là. Le premier : la classe ne se lit pas sur le nom. Il n’y a ni terminaison, ni article, ni préfixe pour la signaler, et deux noms de classes différentes peuvent commencer et finir de la même façon. Le second : la classe se voit ailleurs. Elle apparaît sur certains verbes et certains adjectifs, qui changent de consonne initiale selon la classe du nom auquel ils répondent — c’est le sujet de la page l’accord de classe — et surtout sur les quatre formes du verbe « être », décrites à la page ву, ю, ду, бу. La classe d’un nom est donc une information qu’on ne peut obtenir qu’en regardant ses voisins.
Pour nommer les classes, ce dossier ne les numérote pas : il les désigne par les deux consonnes qu’elles imposent, l’une au singulier, l’autre au pluriel. La classe в/б est celle qui commande в- quand son nom est au singulier et б- quand il est au pluriel. C’est la manière la plus courte de parler d’une classe, et c’est aussi ce qu’il faut noter dans un carnet de vocabulaire.
Quatre consonnes seulement servent de marques : в, й, д, б. Il y a pourtant six classes, et non quatre, parce qu’une classe se définit par le couple de ses marques et non par une marque isolée. Deux classes peuvent commander la même consonne au singulier et se séparer au pluriel, ou l’inverse.
| Classe | Marque au singulier | Marque au pluriel | Ce que la classe range |
|---|---|---|---|
| в/б | в- | б- | les êtres humains de sexe masculin |
| й/б | й- | б- | les êtres humains de sexe féminin |
| й/й | й- | й- | des noms de choses, d’animaux, de notions |
| д/д | д- | д- | la classe la plus nombreuse de la langue |
| б/б | б- | б- | des noms de choses, d’animaux, de notions |
| б/д | б- | д- | la seule classe non humaine dont la marque change au pluriel |
Ce tableau est l’ossature du système, et il se retient vite. Ce qui prend du temps, c’est de savoir dans quelle ligne se trouve chaque nom de son vocabulaire. Pour les deux premières lignes, la réponse est immédiate et ne demande aucune mémoire. Pour les quatre autres, elle s’apprend mot par mot, exactement comme on apprend le pluriel irrégulier d’un nom français.
Une conséquence pratique se lit directement dans le tableau : connaître la marque de singulier d’un nom ne suffit pas toujours à connaître celle du pluriel. Un nom qui commande б- au singulier peut commander б- ou д- au pluriel selon sa classe. C’est pour cette raison que ce dossier écrit toujours les deux marques ensemble.
La répartition des êtres humains est nette et sans exception apprise : les hommes dans la classe в/б, les femmes dans la classe й/б. Ce n’est pas une tendance, c’est le critère de ces deux classes, et c’est le seul endroit du système où le sens décide.
Il faut y regarder de près, parce que le francophone se trompe sur la nature du critère. Ce n’est pas le mot qui est masculin ou féminin, c’est la personne désignée qui est un homme ou une femme. La différence saute aux yeux avec les noms de métier et de statut, qui en tchétchène ne distinguent pas les deux sexes dans leur forme : un seul mot, mais deux classes selon la personne dont on parle.
Autrement dit, la classe de ces noms n’est pas fixée dans le dictionnaire : elle est fixée par la situation. Un francophone qui parle de sa professeure et qui choisit la marque в- vient de dire quelque chose de très visible, et il ne s’en rendra pas compte tout seul.
Dernier point sur ces deux classes : стаг stag sert aussi de mot général pour « un être humain », et il reste dans la classe в/б quand il a ce sens large. Son pluriel est le mot нах nax, « les gens », qui commande la marque б- des humains au pluriel. La formation de ce pluriel, qui ne ressemble pas à celle des autres noms, appartient à la page le pluriel des noms.
Restent les classes й/й, д/д, б/б et б/д, qui se partagent tout le reste du vocabulaire : objets, animaux, parties du corps, phénomènes naturels, notions abstraites, emprunts. Aucune de ces quatre classes ne correspond à un domaine de sens qu’on pourrait résumer en une ligne ; on trouve dans chacune des choses concrètes et des choses abstraites. Ce que l’on peut dire avec certitude est plus modeste, et plus utile : les animaux ne sont jamais dans les deux classes d’humains, quelle que soit l’affection qu’on leur porte.
La classe д/д est de loin la plus nombreuse. C’est aussi celle du mot interrogatif хӀун hun, « quoi », et celle du démonstratif хӀара hara, « ceci » : quand on parle d’une chose sans l’avoir encore identifiée, c’est la marque д- qui apparaît. Un débutant entendra donc cette marque plus souvent que les autres, et c’est celle qu’il produira spontanément.
Pour ces quatre classes, la classe est une information lexicale : elle s’apprend avec le mot, au même titre que sa prononciation. Ce dossier ne donnera donc jamais de liste complète par classe, parce qu’une telle liste serait la moitié du dictionnaire. Ce qu’il donne, c’est la marque, chaque fois qu’un nom est introduit.
L’initiale du nom ne dit rien de sa classe. C’est le piège le plus tentant, et il attrape tout le monde. Beaucoup de noms tchétchènes commencent par в, й, д ou б — les quatre consonnes qui servent justement de marques — et l’on croit y lire la classe. догӀа doġa, « la pluie », commence par д et est bien de la classe д/д : la coïncidence encourage. Mais да da, « un père », commence aussi par д et se trouve dans la classe в/б, et зуда zuda, « une femme », ne commence par aucune des quatre consonnes tout en étant de la classe й/б. Cette initiale appartient au mot, elle ne bouge jamais, et elle ne se laisse pas remplacer.
Le tableau des six classes se lit aussi en colonne, et la colonne du pluriel réserve une surprise agréable : elle contient moins de distinctions que celle du singulier. Le fait le plus important concerne les humains. Les classes в/б et й/б, qui séparent scrupuleusement les hommes des femmes au singulier, prennent toutes les deux la marque б- au pluriel. La distinction disparaît donc dès qu’on parle de plusieurs personnes.
Un groupe composé d’hommes et de femmes ne pose ainsi aucun problème de choix, puisque les deux classes aboutissent au même endroit. C’est l’un des rares allègements que la langue accorde au débutant, et il vaut la peine d’être connu : au pluriel, pour un groupe de personnes, on ne se trompe plus de classe.
La classe б/д, de son côté, fait l’inverse de ce qu’on attend : elle change de marque au passage du singulier au pluriel sans que le nom ait quoi que ce soit d’humain. C’est la raison pour laquelle il est plus économique de retenir un couple de marques qu’une marque seule, dès le premier jour.
Une précision pour éviter la confusion la plus fréquente : la classe et le nombre sont deux choses distinctes. Le nom porte une marque de pluriel, qui est un suffixe et qui se voit sur lui, et il commande par ailleurs une marque de classe, qui ne se voit pas sur lui. Les suffixes de pluriel, leur répartition et leurs irrégularités sont traités à la page du pluriel des noms, citée plus haut ; ici, il ne s’agit que du regroupement des six classes en moins de marques.
La méthode qui fonctionne tient en trois habitudes, et elle ne demande aucun effort de mémoire supplémentaire si on la prend dès le début.
Noter la classe avec le mot, sous la forme du couple. Un nom appris seul est un nom à réapprendre. Dans un carnet, la ligne utile n’est pas « догӀа : la pluie » mais « догӀа, д/д : la pluie ». Cela coûte trois caractères et supprime une hésitation à chaque phrase.
Commencer par les humains. C’est la partie du système qui se déduit, celle qui revient dans toutes les conversations — parenté, famille, voisins, métiers — et celle où une erreur ne passe pas inaperçue. Les noms de personnes représentent une part considérable du vocabulaire des premières semaines, et leur classe ne demande aucune mémorisation : il suffit de savoir de qui l’on parle.
Apprendre les noms dans une phrase courte, et non en liste. Puisque la classe ne se voit jamais sur le nom, une liste de noms nus est une liste d’informations incomplètes. Une phrase de trois mots où figure un verbe ou un adjectif à marque, elle, contient la classe et la montre. C’est la façon dont le tchétchène s’installe chez les gens qui l’ont appris en famille : ils n’ont jamais su réciter les six classes, et ils ne se trompent pas.
Reste la question du coût d’une erreur, qui n’est pas la même partout. Sur un nom de chose, se tromper de marque rend la phrase un peu bancale sans la rendre incompréhensible : l’interlocuteur corrige mentalement et poursuit. Sur un nom de personne, c’est autre chose, puisque la marque distingue les hommes des femmes et que rien d’autre dans la phrase ne porte cette information. Ce n’est pas une faute de grammaire discrète, c’est un contresens que l’oreille relève tout de suite.
Chaque énoncé porte sur la répartition des noms entre les six classes et sur les marques que chacune commande. Touchez une réponse, puis Correction.
Vingt-huit pages qui se répondent, des consonnes de gorge aux classes nominales, de l’ergatif aux converbes, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue du Caucase où le verbe s’accorde avec la classe du nom, où le sujet change de forme selon que le verbe est transitif ou non, et où l’aspect compte plus que le temps. Chaque page transcrit le cyrillique selon la même convention, expliquée dès la page de l’alphabet.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Six. Elles se désignent par le couple de consonnes qu’elles commandent, au singulier puis au pluriel : в/б, й/б, й/й, д/д, б/б et б/д. Quatre consonnes seulement servent de marques, mais elles se combinent en six couples distincts.
Pour un nom de personne, il suffit de savoir s’il s’agit d’un homme ou d’une femme : les hommes sont dans la classe в/б, les femmes dans la classe й/б. Pour tous les autres noms, la classe est une information à apprendre avec le mot, comme sa prononciation. Notez-la dès la première rencontre, sous la forme du couple.
Non. Deux classes tchétchènes correspondent effectivement à une distinction de sexe, mais elles ne concernent que les êtres humains. Les quatre autres ne recouvrent aucune notion française : un objet n’y est ni masculin ni féminin, il est dans une classe. Et surtout, le nom tchétchène ne porte aucune marque visible de sa classe, alors que le français l’annonce par son article.
Jamais. C’est le point le plus déroutant du système : la classe est une propriété du nom, mais elle n’est jamais écrite sur lui. Elle se manifeste uniquement sur les mots qui s’accordent avec lui, et pour un nom donné il faut donc l’avoir entendue au moins une fois.
Oui, dans un cas précis et fréquent : les noms qui désignent une personne sans préciser son sexe, comme ceux de métier ou de statut. Le même mot est de la classe в/б quand il s’agit d’un homme et de la classe й/б quand il s’agit d’une femme. Leur classe n’est donc pas fixée dans le dictionnaire, mais par la situation.
Non, et ce serait même contre-productif. Le tableau des six classes se retient en quelques minutes ; ce qui demande du temps, c’est la classe de chaque nom, et cela s’acquiert en entendant les noms dans des phrases plutôt qu’en récitant des listes. Commencez par les noms de personnes, qui reviennent sans cesse et dont la classe se déduit.
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