Là où le français aligne deux verbes conjugués et un mot de liaison, le tchétchène plie le premier verbe et laisse le second fermer la phrase. Le lien entre deux actions n’est pas un mot : c’est une terminaison, et il n’existe presque aucune conjonction pour la remplacer.
La première leçon est gratuite sur la plateforme web ou sur l’application mobile — deux abonnements distincts. Les leçons s’écoutent en ligne, et non sur ce site.
Le cours vous fait parler sans passer par l’écrit ; ces pages vous donnent l’écrit et la règle, si vous les voulez. Les deux vont ensemble, aucun n’exige l’autre.
Le français relie les actions par des mots : et, puis, quand, parce que, après avoir. Le tchétchène les relie par la forme du verbe, et n’a besoin d’aucun de ces mots.
Prenez la phrase la plus banale du monde : « je bois du thé en lisant la lettre ». Le français y met deux verbes, l’un conjugué, l’autre au gérondif. Le tchétchène fait la même chose, à ceci près que sa forme non conjuguée est beaucoup plus employée que notre gérondif et qu’elle couvre bien plus de relations.
Regardez longuement ces deux phrases. Les mots sont les mêmes, dans le même ordre, et un seul est différent : le verbe « lire », une fois en -ш, une fois en -на. Cette seule terminaison décide si les deux actions se déroulent en même temps ou l’une après l’autre. Aucun mot de liaison n’apparaît, ni dans l’une ni dans l’autre.
Ces formes s’appellent des converbes. Le nom est technique et il vaut la peine d’être retenu, parce qu’il désigne quelque chose que le français ne possède pas vraiment : un verbe qui ne se conjugue pas, qui ne dit ni qui agit ni quand, et dont le seul travail est de rattacher son action à une autre action. Le converbe n’est pas un infinitif, qui nomme l’action ; ce n’est pas un participe, qui qualifie un nom ; c’est une forme de liaison entre deux propositions.
La règle d’architecture qui en découle vaut pour toute la langue : une phrase tchétchène ne contient qu’une seule forme conjuguée, et elle est à la fin. Tous les verbes qui la précèdent sont des converbes. Deux verbes conjugués d’affilée ne s’entendent pas comme un enchaînement, mais comme deux phrases mises côte à côte.
C’est le plus simple à fabriquer, parce qu’il part de la forme que vous connaissez déjà : prenez le présent du verbe et ajoutez -ш. Rien d’autre ne change, ni la voyelle du radical, ni le préfixe s’il y en a un.
| Présent | Converbe | Sens du converbe |
|---|---|---|
| молу molu | молуш moluš | en buvant |
| оьцу öcu | оьцуш öcuš | en achetant, en prenant |
| доьшу döšu | доьшуш döšuš | en lisant |
| дуьйцу düycu | дуьйцуш düycuš | en racontant |
| олу olu | олуш oluš | en disant |
| вогӀу voġu | вогӀуш voġuš | en venant |
| воьду vödu | воьдуш vöduš | en allant |
La valeur est celle d’un cadre : l’action du converbe dure, et l’action principale se produit à l’intérieur de cette durée. C’est notre « en faisant », mais aussi notre « pendant que » et notre « tandis que », qui demandent en français une proposition entière.
Une précision qui évite une fausse piste. Ce converbe entre aussi dans une forme composée, faite du converbe et du verbe « être », qui sert à dire qu’une action est en train de se dérouler. Cette forme-là n’est pas un enchaînement de propositions mais un temps, et elle est décrite à la page présent et futur. Ne la confondez pas avec l’emploi décrit ici, où le converbe est suivi d’un autre verbe, pas du verbe être.
Celui-ci dit que l’action est terminée avant que la suivante commence. Il ne se fabrique pas sur le radical de présent mais sur l’autre radical du verbe, celui que le dictionnaire donne comme forme de citation — la raison pour laquelle un verbe tchétchène possède deux radicaux est traitée à la page de l’aspect.
| Forme de citation | Converbe | Sens du converbe |
|---|---|---|
| эца eca | эцна ecna | ayant acheté, ayant pris |
| деша deša | дешна dešna | ayant lu |
| дийца diyca | дийцина diycina | ayant raconté |
| дан dan | дина dina | ayant fait |
| ваха vaxa | вахана vaxana | étant parti |
| ала ala | аьлла älla | ayant dit, irrégulier |
En français, ce converbe se rend de trois ou quatre façons différentes selon le contexte : « après avoir lu », « quand j’ai lu », ou simplement « j’ai lu la lettre, et… ». Aucune de ces traductions n’est plus juste que les autres ; le tchétchène, lui, ne choisit pas, parce qu’il ne dit que l’antériorité.
Le dernier exemple montre un détail de forme qu’il faut signaler : le converbe garde la consonne initiale d’accord que porte le verbe conjugué, quand ce verbe en porte une. Le converbe n’échappe donc pas à l’accord de classe, dont le mécanisme est décrit à la page de l’accord de classe.
Voici le point qui fait le plus de dégâts, et il n’est pas difficile : un converbe reste un verbe, avec la construction du verbe qu’il est. Un converbe transitif veut donc un sujet à l’ergatif, un converbe sans objet veut un sujet à la forme nue, exactement comme s’il était conjugué. Le rappel de cette opposition est à la page du sujet à l’ergatif.
Quand les deux verbes de la phrase demandent la même forme, le sujet se nomme une fois, en tête, et ne se répète pas : Ас кехат эцна доьшу As kexat ecna döšu n’a qu’un ас as pour deux verbes. Quand ils ne demandent pas la même forme — cas fréquent, dès qu’un verbe de mouvement précède un verbe transitif — le plus sûr, pour un débutant, est de nommer le sujet devant chacun des deux, comme dans le troisième exemple ci-dessus : со so pour le verbe de mouvement, ас as pour celui qui a un objet. Ce n’est pas une lourdeur : aucune forme verbale tchétchène ne dit qui agit, et le converbe moins que les autres.
Le tchétchène ne s’arrête pas à deux propositions. Il en enchaîne trois, quatre, cinq, en converbes successifs, et ne conjugue que la dernière. C’est la forme naturelle du récit dans cette langue, et c’est ce qui déroute le plus un francophone à l’écoute.
Une seule forme conjuguée, дуьйцу düycu, tout à la fin. Les deux premières actions sont portées par des converbes, et le français est obligé d’inventer ce que le tchétchène ne dit pas : il ajoute un et, il répète le pronom trois fois, il conjugue trois verbes là où il n’y en a qu’un.
Trois conséquences, et elles sont de taille.
Le temps ne se dit qu’une fois, à la fin. Remplacez la dernière forme par un passé et toute la chaîne bascule au passé : aucun converbe ne bouge. Cela signifie qu’un converbe n’est ni présent ni passé, et qu’il n’a pas de temps du tout. Il dit une relation, pas un moment.
La forme finale porte aussi la source de ce que vous racontez. Dans un récit au passé, c’est elle, et elle seule, qui dira si vous avez vu les événements ou si vous les tenez d’un tiers — ce choix est l’objet de la page vu ou rapporté.
À l’écoute, une terminaison de converbe veut dire que la phrase continue. C’est le réflexe le plus utile que vous puissiez prendre. Entendre -ш ou -на à la fin d’un verbe signifie : attendez, ce n’est pas fini. Un débutant qui répond dès le premier verbe coupe la parole au milieu d’une phrase, et il ne le sait pas.
Un converbe indique la simultanéité ou l’antériorité. Il ne dit ni la cause, ni la conséquence, ni le but. Ces rapports existent évidemment dans la tête de celui qui parle, mais ils ne sont pas écrits dans la forme : c’est la situation qui les rend évidents. La même phrase tchétchène se traduit donc de plusieurs façons, toutes correctes.
Trois traductions, une seule phrase tchétchène. Un francophone déteste cette indétermination et cherche à choisir ; il faut au contraire s’y habituer, parce qu’elle est le fonctionnement normal de la langue. Tant que vous essayez de traduire parce que ou ensuite par un mot, vous cherchez quelque chose qui n’est pas là.
Un rapport échappe à cette règle, et c’est le plus utile de tous : la condition. Le tchétchène la marque par une finale en -хь ajoutée au verbe de la proposition conditionnelle, qui se place la première. Il n’y a pas de mot séparé à apprendre pour notre si : le si est dans le verbe.
La forme du verbe « être » employée ici appartient au paradigme décrit à la page de la copule ; ce qui nous concerne est la finale. Un débutant qui cherche un mot pour si ne le trouvera pas et finira par bâtir deux phrases séparées, en perdant la condition en route.
Le tchétchène possède par ailleurs d’autres converbes plus spécialisés, qui précisent le moment ou la limite de l’action, et que vous rencontrerez plus tard. Les deux formes de cette page, plus la condition, couvrent l’immense majorité des phrases d’une conversation ordinaire.
Six erreurs, dans l’ordre où elles apparaissent.
Conjuguer les deux verbes. C’est l’erreur du premier jour. On dit l’équivalent de « je rentre, je bois du thé » avec deux formes conjuguées, en espérant que la juxtaposition fasse le lien. Elle ne le fait pas : on entend deux phrases posées l’une après l’autre, sans rapport marqué.
Chercher le mot de liaison. Un francophone cherche « et », « puis », « parce que », ne trouve rien qui s’emploie ainsi entre deux actions, et se bloque. Le lien n’est pas un mot : c’est la terminaison du premier verbe. Apprenez à le fabriquer plutôt qu’à le chercher.
Prendre -ш pour un présent et -на pour un passé. L’erreur est logique et elle est fausse. Ces deux formes ne situent rien dans le temps : elles disent si l’action accompagne la suivante ou si elle la précède. Une phrase entièrement au passé peut contenir un converbe en -ш, et c’est même le cas le plus fréquent dans un récit.
Traiter le converbe comme notre gérondif. En français, « en lisant » se rapporte forcément au sujet de la phrase. Le converbe tchétchène ne porte aucune marque de personne, et rien dans sa forme ne dit qui fait cette action. Nommez le sujet quand il n’est pas évident, et surtout quand les deux verbes n’exigent pas la même forme du pronom.
Confondre converbe et participe. Les deux sont des formes non finies, et elles se ressemblent. La différence est de fonction, et elle se voit à ce qui suit : un converbe est suivi d’un autre verbe et relie deux actions ; un participe est suivi d’un nom et le qualifie, comme dans notre « le livre que j’ai lu ». Cette seconde famille a sa page, les relatives à participe.
Nier un converbe au hasard. La négation d’une forme non finie ne se place pas comme celle d’un verbe conjugué, et la question relève entièrement de la page de la négation. Ne transposez pas mécaniquement la négation que vous connaissez.
L’exercice qui installe le réflexe. Prenez une phrase française à deux verbes, de celles que vous dites tous les jours : « je rentre et je bois du thé ». Supprimez le mot de liaison. Décidez si les deux actions sont simultanées ou successives. Mettez le premier verbe au converbe qui correspond, laissez le second conjugué, et poussez-le à la fin. Dix phrases par jour pendant une semaine suffisent à ce que la construction cesse de demander un calcul. C’est aussi ce que travaille le cours de tchétchène, entièrement audio, où ces chaînes s’entendent dans des phrases entières plutôt que dans des tableaux ; la première leçon est libre d’accès.
Choisissez la forme ou la réponse qui convient, puis touchez Correction.
Vingt-huit pages qui se répondent, des consonnes de gorge aux classes nominales, de l’ergatif aux converbes, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue du Caucase où le verbe s’accorde avec la classe du nom, où le sujet change de forme selon que le verbe est transitif ou non, et où l’aspect compte plus que le temps. Chaque page transcrit le cyrillique selon la même convention, expliquée dès la page de l’alphabet.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Une forme du verbe qui ne se conjugue pas et dont le seul rôle est de rattacher son action à une autre action. Elle remplace nos conjonctions : le lien passe par la terminaison du premier verbe, et non par un mot placé entre les deux. Une phrase tchétchène ne garde alors qu’une forme conjuguée, à la fin.
On ne le traduit pas. On met le premier verbe au converbe qui convient — simultanéité ou antériorité — et on laisse le second conjugué en fin de phrase. Ас кехат эцна доьшу. As kexat ecna döšu. se rend par « je prends la lettre et je la lis », sans qu’aucun mot ne corresponde à notre « et ».
Non, et c’est l’erreur la plus répandue. Il dit seulement que son action précède l’autre. Le moment où tout cela se situe est donné par la forme conjuguée de la fin, et par elle seule : la même chaîne de converbes sert pour un récit au passé et pour une habitude présente. Les formes de passé, elles, sont à la page des temps du passé.
Pas quand les deux verbes demandent la même forme : un seul pronom en tête suffit. Mais un verbe transitif et un verbe de mouvement n’exigent pas la même forme du même pronom, et dans ce cas le plus sûr, au début, est de nommer le sujet devant chacun. Aucune forme verbale ne vous rattrapera, puisque le verbe tchétchène ne marque jamais la personne.
Plusieurs, et le récit tchétchène ne s’en prive pas : trois ou quatre propositions en converbe avant la forme conjuguée sont ordinaires. Pour un francophone, la difficulté est à l’écoute plus qu’à la production : il faut tenir la phrase ouverte jusqu’au dernier mot, qui apporte à la fois le temps et, dans un récit, l’indication de la source.
Avec une finale en -хь sur le verbe de la proposition conditionnelle, qui se place en premier : Дика делахь, ас оьцу. Dika delaḥ, as öcu., « si c’est bien, je le prends ». Il n’y a pas de mot séparé à apprendre, et c’est pour cela que les débutants perdent souvent la condition en chemin.
Plus de 10 000 personnes ont appris avec la méthode LIMBA depuis sa création. 9,99 € par mois, annulable à tout moment. La première leçon reste gratuite, sans carte bancaire. Rappel : les deux formules sont indépendantes l’une de l’autre, et les leçons s’écoutent en ligne.
Toutes les langues depuis votre navigateur. Rien à installer. Annulable à tout moment. Ne donne pas accès aux applications mobiles.
Accéder à la plateforme →