Le mandarin aligne les verbes à la file, sans conjonction, sans infinitif, sans mot pour « pour ». L’ordre des verbes est l’ordre des faits — et c’est la seule indication que la phrase vous donne.
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Une phrase mandarine peut aligner deux, trois, parfois quatre groupes verbaux qui se rapportent au même sujet, sans conjonction, sans infinitif, sans participe, sans le moindre mot de liaison. Les grammaires chinoises appellent cette structure 连动句 liándòngjù, la phrase à verbes enchaînés. Le français ne sait pas faire cela : il lui faut « et », « puis », « pour », « en », ou une forme verbale spéciale.
Trois remarques valent pour toute la page. Le sujet n’est exprimé qu’une fois, en tête, et vaut pour toute la chaîne. Chaque verbe garde son propre complément — 坐飞机 puis 去北京. Enfin 和 hé, qui coordonne bien deux noms et même deux groupes verbaux de même rang, ne relie jamais les verbes successifs d’une série : 我坐飞机和去北京 ne se dit pas, et la série se passe de tout mot de coordination.
Cette page traite les verbes qui gardent leur autonomie et désignent chacun un événement réel. Ceux qui l’ont perdue — 跟, 给, 对, 从, 用, 离 — n’introduisent plus qu’un complément : voyez les prépositions verbales. Le verbe devenu suffixe d’orientation, comme 出来 dans 拿出来, appartient à le complément directionnel. La place respective du sujet, du moment et du lieu est exposée à l’ordre des mots.
C’est la règle unique de la construction, et elle ne souffre aucune exception : les verbes se rangent dans l’ordre où les événements se produisent. Là où le français choisit son ordre et le rattrape par un mot subordonnant — « avant de », « après avoir » —, le mandarin n’a que la file. Intervertir les deux verbes ne rend pas la phrase fautive : cela raconte autre chose.
| Phrase | Pinyin | Ce qui se passe |
|---|---|---|
| 我坐飞机去北京 | wǒ zuò fēijī qù Běijīng | je vais à Pékin en avion |
| 我去北京坐飞机 | wǒ qù Běijīng zuò fēijī | je vais à Pékin y prendre l’avion |
| 他上楼拿东西 | tā shàng lóu ná dōngxi | il monte chercher quelque chose |
| 他拿东西上楼 | tā ná dōngxi shàng lóu | il prend des affaires et monte |
| 他洗手吃饭 | tā xǐ shǒu chīfàn | il se lave les mains, puis mange |
| 他吃饭洗手 | tā chīfàn xǐ shǒu | il mange, puis se lave les mains |
La méthode est simple à énoncer : établissez d’abord la succession des faits, puis posez les verbes dans cet ordre. Aucun mot ne viendra la corriger.
La série ne dit rien de plus que la succession. C’est le sens des verbes, et lui seul, qui fait comprendre si le second est le but du premier, si le premier est le moyen du second, ou si les deux faits se suivent simplement. Trois relations, donc, pour une forme unique.
| Relation | Ce que porte chaque verbe | Exemple |
|---|---|---|
| Le but | le premier est un déplacement, le second dit pourquoi | 我去商店买东西 wǒ qù shāngdiàn mǎi dōngxi |
| Le moyen | le premier dit comment, le second dit vers où | 我坐飞机去北京 wǒ zuò fēijī qù Běijīng |
| La succession | deux faits autonomes, l’un après l’autre | 他脱了鞋进房间 tā tuōle xié jìn fángjiān |
Le déplacement ouvre, l’intention suit. C’est la série la plus fréquente de la conversation courante, et celle qui surprend le plus : aucun mot ne traduit « pour ».
Dans les deux derniers exemples, 去 et 来 n’expriment presque plus de déplacement : ils annoncent qu’on s’y met. Le mandarin parlé en fait grand usage.
Ce que le français range dans un groupe prépositionnel — « en avion », « à vélo », « à pied » — le mandarin le dit avec un verbe, placé le premier, parce qu’on s’assoit dans l’avion avant d’arriver. Chaque mode de transport appelle le verbe qui décrit la posture réelle du voyageur.
Le dernier exemple enchaîne trois groupes verbaux : la chaîne peut s’allonger tant que la chronologie reste lisible.
Deux faits sans autre rapport que leur ordre. C’est le cas où la traduction française réclame « et », « puis » ou « après avoir », et où le mandarin ne met rien.
Une chaîne de verbes ne porte pas ses marques n’importe où. Deux règles suffisent.
La marque d’accompli se pose sur un seul verbe. Dans une série de but ou de moyen, elle va sur le dernier, celui qui porte l’événement visé. Dans une succession pure, elle peut aller sur le premier, et signale alors qu’il est achevé avant que le second ne commence. Le fonctionnement de cette particule est exposé à la page 了 après le verbe.
Le dernier exemple emploie 过, qui dit qu’une expérience a été faite au moins une fois : voyez 过 et l’expérience vécue. Dans tous les cas, la marque se colle au verbe qu’elle affecte et ne le précède jamais.
La négation se place devant le premier verbe et porte sur toute la chaîne. On ne nie pas l’un des deux faits : on nie qu’ils aient eu lieu ensemble. Le choix entre les deux négations du mandarin relève de la page les deux négations.
Un verbe modal suit la même logique : il coiffe la série entière et se place avant le premier verbe — 我想去中国学汉语。 Wǒ xiǎng qù Zhōngguó xué Hànyǔ., « je voudrais aller étudier le chinois en Chine ». Voyez pouvoir, vouloir, devoir.
Une variante de la série mérite son nom propre. Le premier verbe a un objet ; cet objet est en même temps le sujet du second verbe. Un seul nom, deux fonctions : les grammaires chinoises parlent de 兼语句 jiānyǔjù, la phrase à pivot. Le français fait de même dans « je le prie de venir » ; la différence tient à ce qu’aucun mot ne marque le passage d’une fonction à l’autre.
| Verbe | Pinyin | Ce qu’il fait du pivot |
|---|---|---|
| 请 | qǐng | on le prie, on l’invite |
| 让 | ràng | on le laisse faire, on l’y amène |
| 叫 | jiào | on lui en donne l’ordre |
| 派 | pài | on l’envoie en mission |
| 使 | shǐ | on le met dans cet état, langue écrite |
| 有 | yǒu | on pose son existence, puis on en dit quelque chose |
使 appartient à la langue écrite et se rencontre surtout devant un état : 这件事使我很高兴。 Zhè jiàn shì shǐ wǒ hěn gāoxìng., « cette affaire me rend très heureux ». À l’oral, 让 le remplace partout.
有 mérite une mention à part. Il pose d’abord l’existence d’un être ou d’une chose indéterminés, que le second verbe reprend aussitôt. C’est ainsi que le mandarin introduit un sujet nouveau.
Les deux premiers exemples sont bien des pivots : 人 est l’objet de 有 et le sujet de 找, 朋友 l’objet de 有 et le sujet de 工作. Le troisième s’en écarte : dans 我有很多事要做, 很多事 est l’objet de 有 et ce sur quoi porte 做 — le sujet de 要做 reste 我. Ce n’est donc pas un pivot, mais un nom suivi de ce qui le détermine : « des choses à faire ».
让 et 叫 ont un second emploi, tout différent : ils servent aussi à marquer que le sujet subit l’action. La page le passif en 被 traite cette valeur, qu’il ne faut pas confondre avec le pivot. Et lorsque c’est l’objet qu’on veut avancer pour dire ce qu’on lui a fait subir, la marque est autre : voyez la construction en 把.
Deux verbes côte à côte ne font pas toujours une série. Le mandarin colle aussi des verbes qui ont cessé d’en être : ils ne désignent plus d’événement propre et ne servent qu’à préciser le premier. La confusion touche surtout les apprenants avancés, qui ont assez de vocabulaire pour produire les deux formes sans les distinguer.
Dans 拿出来 ná chūlai, « sortir quelque chose », le second élément n’est plus un fait : il oriente le premier dans l’espace, par rapport à celui qui parle. Il perd le plus souvent son ton et s’appuie sur le verbe qui précède. Voyez le complément directionnel.
Dans 听懂 tīngdǒng, « comprendre à l’écoute », ou 吃完 chīwán, « finir de manger », le second élément dit l’aboutissement du premier, non un second acte. Voyez le complément de résultat.
Dans 我跟朋友去。 Wǒ gēn péngyou qù., « j’y vais avec un ami », 跟 était un verbe et n’introduit plus qu’un complément. Voyez les prépositions verbales.
Dans 他站着说话。 Tā zhànzhe shuōhuà., « il parle debout », le premier verbe ne nomme pas un fait antérieur : il donne la posture du second. Voyez 着 et l’action en cours.
Le test, en trois questions. Posez-les au second verbe, dans cet ordre.
1. Nomme-t-il un fait qui a son propre moment ? Entre les deux verbes d’une série, on peut glisser « et ensuite ». 坐飞机 puis 去北京 : oui. 走 puis 进去 : non, on n’a pas marché puis pénétré, on est entré en marchant.
2. Garde-t-il son ton plein ? Les deux verbes d’une série se prononcent chacun avec le ton du dictionnaire. Le complément, lui, s’efface : 来 et 去 en fin de complément directionnel se disent au ton neutre, chūlai, jìnqu.
3. Peut-il porter son propre complément ? 坐飞机去北京 : chaque verbe a le sien. Un complément de résultat ou de direction n’en a pas, parce qu’il ne fonctionne plus seul.
Une réponse négative à l’une des trois suffit : ce n’est pas une série. La liste des classes de verbes et des tests qui les séparent se trouve à la page les classes de verbes.
Cette construction ne se calcule pas, elle s’entend. Rien n’est plus simple à comprendre que « les verbes se suivent dans l’ordre des faits », et rien n’est plus long à produire sans hésiter. Il faut que 坐飞机 arrive avant 去北京 parce que vous l’avez entendu cent fois. C’est ce que travaille le cours de chinois, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. L’ensemble du dossier est accessible depuis la grammaire complète, et le sommaire général des langues depuis la grammaire.
Chaque phrase enchaîne deux verbes, ou refuse de les enchaîner. Choisissez la forme qui correspond à la traduction donnée. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-cinq pages qui se répondent, des quatre tons aux compléments du verbe, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue sans conjugaison ni déclinaison, mais où tout se joue dans l'ordre et les particules.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
C’est une phrase où plusieurs groupes verbaux se suivent, rapportés au même sujet, sans conjonction ni forme verbale particulière : 我去商店买东西 wǒ qù shāngdiàn mǎi dōngxi, « je vais faire des courses au magasin ». Chaque verbe garde son sens plein, son complément, et désigne un événement réel.
Non, et c’est la faute la plus fréquente du francophone. 和 hé coordonne des noms, et même deux groupes verbaux de même rang, mais jamais les verbes successifs d’une série : 我坐飞机和去北京 ne se dit pas. Le but ne se marque pas davantage : 他来中国学汉语 tā lái Zhōngguó xué Hànyǔ dit « il est venu en Chine pour étudier le chinois » sans rien qui traduise « pour ».
Dans l’ordre où les faits se produisent, sans exception. 我坐飞机去北京 signifie « je vais à Pékin en avion » ; 我去北京坐飞机, « je vais à Pékin y prendre l’avion ». Les deux phrases sont correctes et ne disent pas la même chose.
La négation va devant le premier verbe et porte sur l’ensemble : 他没坐飞机去北京 tā méi zuò fēijī qù Běijīng. La marque d’accompli va sur le verbe qui porte l’événement visé, en général le dernier : 我去商店买了一些东西 wǒ qù shāngdiàn mǎile yìxiē dōngxi.
Trois questions au second verbe. Nomme-t-il un fait qui a son propre moment ? Garde-t-il son ton plein ? Peut-il porter son propre complément ? Trois oui pour 坐飞机去北京 ; trois non pour 走进去, où 进去 ne fait qu’orienter le déplacement.
Une série où l’objet du premier verbe est en même temps le sujet du second : 我请他吃饭 wǒ qǐng tā chīfàn, « je l’invite au restaurant ». Les verbes qui l’appellent sont 请, 让, 叫, 派, 使 et 有.
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