Le mandarin ne conjugue rien au passif. Il se contente de changer le point de départ de la phrase — et, la plupart du temps, il le fait sans la moindre marque.
La première leçon est gratuite sur la plateforme web ou sur l'application mobile — deux abonnements distincts. Les leçons s'écoutent en ligne, et non sur ce site.
Le français possède une voix passive : un auxiliaire apparaît, le verbe passe au participe, l’ancien complément devient sujet. « Le voleur a pris mon vélo » donne « mon vélo a été pris par le voleur ».
Le mandarin ne fait rien de tout cela. Le verbe garde exactement la forme qu’il avait : 偷 tōu reste 偷, qu’on vole ou qu’on soit volé. Ce qui change, c’est uniquement le mot placé devant le verbe. Le mandarin dispose alors de deux moyens : le plus fréquent consiste à ne rien marquer du tout, le second à poser la marque 被 bèi — quatrième ton, descendant — entre le sujet et le verbe.
Cette page traite les deux, ainsi que les variantes de l’oral 让, 叫 et 给. Elle ne traite pas le mouvement inverse, celui qui avance l’objet derrière une marque pour dire ce qu’on lui fait subir : celui-là appartient à la page La construction en 把. Et un premier mot qui annonce simplement de quoi l’on parle, sans subir quoi que ce soit, relève de Thème et commentaire.
Commencez par celui-ci, car c’est de loin le plus courant. Le patient se met en tête, le verbe suit, et rien n’indique que le sujet subit l’action. Aucun équivalent de « être », aucun participe, aucune particule spéciale.
Pourquoi cette économie ne crée-t-elle aucune ambiguïté ? Parce que le sens s’en charge. Un repas ne cuisine pas, une tasse ne se brise pas de sa propre initiative. Dès que le sujet ne peut pas raisonnablement accomplir l’action, on comprend qu’il la subit.
Deux conditions se rencontrent dans tous ces exemples. Le sujet désigne une chose déjà connue de l’interlocuteur — c’est le mécanisme décrit à la page Défini, indéfini, pluriel — et l’agent n’intéresse personne. On dit que le repas est prêt, non qui l’a préparé. Là où le français hésite entre le passif et le tour impersonnel « on », le mandarin ne se pose pas la question.
La marque devient utile dans deux situations : quand on veut nommer l’agent, et quand le sujet pourrait aussi bien passer pour celui qui agit. Le schéma est rigide, et il se retient en une ligne : patient + 被 + agent + verbe + ce qui referme le verbe.
| Sujet qui subit | 被 + agent | Verbe | Ce qui referme |
|---|---|---|---|
| 我的自行车 wǒ de zìxíngchē | 被人 bèi rén | 偷 tōu | 走了 zǒule |
| 他 tā | 被老师 bèi lǎoshī | 批评 pīpíng | 了 le |
| 杯子 bēizi | 被弟弟 bèi dìdi | 打 dǎ | 碎了 suìle |
| 窗户 chuānghu | 被风 bèi fēng | 吹 chuī | 开了 kāile |
L’agent peut disparaître, et il disparaît souvent : on ignore qui a agi, ou l’on préfère ne pas le dire. La marque, elle, reste en place. C’est l’inverse du français, où « mon vélo a été volé » supprime aussi bien l’agent que la préposition.
Quand l’agent est inconnu mais qu’on veut tout de même une place occupée, le mandarin emploie 人 rén, « quelqu’un » : 被人偷走了. C’est un mot plein, non un pronom indéfini.
Notez enfin la nature de 被 : c’est un coverbe, c’est-à-dire un verbe qui a perdu son autonomie d’événement et sert à introduire un complément, là où le français emploierait une préposition. Il se place donc avant le verbe principal, comme tous ceux que recense la page Les prépositions verbales.
C’est la règle qu’un francophone oublie le plus souvent, et c’est la plus impérative. Une phrase en 被 ne peut pas s’arrêter sur le verbe seul. Il faut que quelque chose le referme : une marque d’accompli, un complément de résultat, un complément directionnel, une durée, un objet conservé.
Une suite comme 他被老师批评 laisse l’auditeur en attente : elle annonce un fait sans dire qu’il a eu lieu. Il faut 他被老师批评了. De même, 我的自行车被偷 ne se dit pas ; on dit 我的自行车被偷了 ou 我的自行车被偷走了.
La marque d’accompli. La plus simple, et souvent la seule nécessaire : 他被骗了 Tā bèi piànle, « il s’est fait duper ». Son fonctionnement est exposé à la page 了 après le verbe.
Un complément de résultat. Il dit à quoi l’action a abouti : 打碎, 吃完, 淋湿. Voyez la page Le complément de résultat.
Un complément directionnel. Il dit où l’objet a fini : 拿走, 借走, 派到上海去. Voyez la page Le complément directionnel.
Un complément qui précise l’aboutissement. 这本小说被翻译成十种语言。 Zhè běn xiǎoshuō bèi fānyìchéng shí zhǒng yǔyán. — « ce roman a été traduit en dix langues ».
Une conséquence suit immédiatement. Un verbe qui n’agit sur personne ne peut pas entrer dans cette construction, faute de patient à promouvoir au rang de sujet. 走 zǒu, « partir », 来 lái, « venir », 睡觉 shuìjiào, « dormir », n’admettent aucune marque du passif. Le classement des verbes selon ce qu’ils acceptent est exposé à la page Les classes de verbes.
La marque n’est pas neutre. Elle a longtemps servi presque exclusivement à rapporter ce qu’on subit contre son gré : être volé, trompé, critiqué, mouillé par la pluie. Cette couleur reste vive à l’oral, et c’est pourquoi un francophone qui place 被 partout, par réflexe de traduction, produit des phrases involontairement sombres.
La langue écrite d’aujourd’hui, nourrie de textes traduits des langues européennes, a desserré cette contrainte. On rencontre désormais sans difficulté des emplois neutres, voire favorables, surtout dans la presse, l’administration et le récit.
Retenez la hiérarchie pratique : à l’oral, préférez la phrase sans marque tant que rien ne vous oblige à nommer l’agent, et réservez 被 à ce qui est réellement subi.
Trois autres mots font le même travail dans la langue parlée. Leur sens premier n’a rien de passif — 让 signifie « laisser », 叫 « appeler », 给 « donner » — mais ils se sont spécialisés dans cet emploi. Une différence sépare les deux premiers de 被 : 让 et 叫 exigent que l’agent soit exprimé et ne s’emploient pas seuls devant le verbe. 给 est plus souple : on l’entend couramment sans agent, comme 被 — 衣服都给弄脏了。 Yīfu dōu gěi nòngzāngle. — « les vêtements ont tous été salis ».
| Marque | Registre | Agent | Exemple |
|---|---|---|---|
| 被 bèi | écrit et oral | peut manquer | 我的自行车被偷了 wǒ de zìxíngchē bèi tōule |
| 让 ràng | oral | exprimé | 我的蛋糕让弟弟吃了 wǒ de dàngāo ràng dìdi chīle |
| 叫 jiào | oral | exprimé | 杯子叫他打碎了 bēizi jiào tā dǎsuìle |
| 给 gěi | oral, familier | souvent exprimé, peut manquer | 书给他拿走了 shū gěi tā názǒule |
给 a une seconde vie dans cette construction : il peut se glisser devant le verbe pour renforcer une phrase qui porte déjà une autre marque. Il n’ajoute aucun sens et disparaît sans dommage, mais on l’entend beaucoup.
Deux tournures de la langue écrite. Les textes formels disposent de deux verbes qui disent la même chose sans employer la moindre marque : 受到 shòudào, « recevoir », pour ce qui est favorable ou neutre, et 遭到 zāodào, « essuyer », pour ce qui est fâcheux. Tous deux se construisent avec un nom d’action, non avec un verbe.
La langue la plus soutenue conserve encore un tour ancien où un petit mot annonce le verbe après l’agent : 这个说法被大家所接受。 Zhège shuōfa bèi dàjiā suǒ jiēshòu. — « cette formulation est acceptée de tous ». Sachez le reconnaître ; vous n’êtes pas tenu de le produire.
La règle est simple et ne souffre pas d’exception : tout ce qui porte sur l’ensemble de la phrase — la négation, l’auxiliaire modal, l’adverbe, le mot de temps — se place devant la marque, jamais entre elle et le verbe.
Un détail mérite attention, car il contredit ce qui précède sur le verbe refermé : sous la négation du passé, la marque d’accompli tombe. On dit 杯子被打碎了 à l’affirmative, mais 杯子没被打碎 à la négative, sans 了. Le complément de résultat, lui, demeure : c’est lui qui referme alors le verbe. Le partage entre les deux négations et leur place exacte relèvent de la page Les deux négations.
La position du moment — avant le verbe, et ici avant la marque — obéit à l’ordre général des constituants, exposé à la page L’ordre des mots.
Les deux constructions déplacent un constituant et imposent au verbe la même exigence : il ne reste pas nu. Elles ne racontent pourtant pas la même chose. 把 regarde ce que l’on fait à l’objet, et le sujet est celui qui agit. 被 regarde ce que le sujet subit, et l’agent, s’il paraît, suit la marque.
| Critère | La construction en 把 | Le passif en 被 |
|---|---|---|
| Le sujet est | celui qui agit | celui qui subit |
| Ce que la phrase dit | ce que l’action fait à l’objet | ce qui est arrivé au sujet |
| Le verbe | refermé par un complément | refermé par un complément |
| Exemple | 弟弟把杯子打碎了 dìdi bǎ bēizi dǎsuìle | 杯子被弟弟打碎了 bēizi bèi dìdi dǎsuìle |
Les deux phrases du tableau rapportent le même accident. La première répond à « qu’a fait ton frère ? », la seconde à « qu’est-il arrivé à la tasse ? ». Les trois conditions qui pèsent sur la première sont exposées à la page La construction en 把 ; la présente page ne les reprend pas.
Ce qui demande du temps, ici, n’est pas la règle. Comprendre que 饭做好了 n’a pas besoin de marque prend une lecture. Cesser d’ajouter 被 chaque fois que le français dirait « est préparé » demande un long usage de l’oreille : il faut avoir entendu des centaines de fois la phrase nue avant qu’elle vienne d’elle-même. C’est le travail que fait Le cours de chinois, en leçons audio de quatorze minutes. L’ensemble des mécanismes du mandarin est recensé dans La grammaire complète.
Choisissez la forme qui correspond à la traduction donnée : marque ou absence de marque, place de la négation, verbe refermé. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-cinq pages qui se répondent, des quatre tons aux compléments du verbe, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue sans conjugaison ni déclinaison, mais où tout se joue dans l'ordre et les particules.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Le plus souvent sans rien : le patient se met en tête et le verbe suit, comme dans 饭做好了 Fàn zuòhǎole, « le repas est prêt ». La marque 被 bèi n’intervient que si l’on veut nommer l’agent, ou si la phrase pourrait se comprendre à l’envers.
Employez-la quand vous nommez celui qui agit — 杯子被弟弟打碎了 Bēizi bèi dìdi dǎsuìle — ou quand le fait est réellement subi. Passez-vous-en dès que le sens suffit : un repas ne se prépare pas tout seul, un linge ne se lave pas de lui-même.
Parce que le verbe ne reste jamais nu dans cette construction. Il lui faut une marque d’accompli, un complément de résultat ou un complément directionnel : 我的自行车被偷了 ou 我的自行车被偷走了.
Devant la marque, jamais entre elle et le verbe : 我的手机没被偷走 Wǒ de shǒujī méi bèi tōuzǒu. Et sous cette négation, la marque d’accompli disparaît. Les auxiliaires modaux et les mots de temps se placent de la même façon, avant la marque.
Le point de vue. Avec 把, le sujet est celui qui agit et la phrase dit ce qu’il fait subir à l’objet. Avec 被, le sujet est celui qui subit. 弟弟把杯子打碎了 et 杯子被弟弟打碎了 rapportent le même accident, sans répondre à la même question.
Ce sont les variantes de la conversation. Elles disent la même chose ; 让 et 叫 exigent que l’agent soit exprimé, là où 被 peut rester seule devant le verbe — et où 给, lui, s’entend couramment sans agent. La langue écrite, de son côté, préfère souvent 受到 ou 遭到 suivis d’un nom d’action.
Plus de 10 000 personnes ont appris avec la méthode LIMBA depuis sa création. 9,99 € par mois, annulable à tout moment. La première leçon reste gratuite, sans carte bancaire. Rappel : les deux formules sont indépendantes l'une de l'autre, et les leçons s'écoutent en ligne.
Toutes les langues depuis votre navigateur. Rien à installer. Annulable à tout moment. Ne donne pas accès aux applications mobiles.
Accéder à la plateforme →