Pour dire « avec toi », « pour ma mère », « depuis Pékin », le mandarin n’emploie pas de préposition. Il emploie un second verbe, placé devant le premier — et ce détail d’étiquette commande la place de la négation, celle de l’aspect et celle de la question.
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Prenez une phrase française ordinaire : « je téléphone à mon frère ». Un verbe, « téléphoner », et une préposition, « à ». Le mandarin construit la même idée avec deux verbes.
给 gěi est le verbe « donner ». Il garde sa forme et sa place de verbe, mais il ne désigne plus aucun don : il ne fait qu’introduire la personne visée. On appelle coverbe un verbe employé ainsi, réduit à introduire un complément pendant qu’un second verbe porte l’action. Les manuels français les appellent souvent des prépositions ; c’est commode, et cela fait perdre toutes les règles qui suivent, car ces mots continuent de se comporter comme des verbes.
Trois sujets voisins sont écartés d’emblée. Quand 在 zài constitue à lui seul le prédicat — 他在家 tā zài jiā, « il est chez lui » — il n’est plus un coverbe et relève de la page être, avoir, se trouver. Quand deux verbes désignent chacun un événement réel qui se produit dans l’ordre où on l’énonce — 坐飞机去北京 zuò fēijī qù Běijīng, « prendre l’avion pour aller à Pékin » — il s’agit d’une série, décrite à la page les verbes qui s’enchaînent. Enfin trois coverbes ont une grammaire si lourde qu’ils ont leur page : la construction en 把, le passif en 被 et comparer avec 比.
La démonstration tient en deux phrases. Le même mot, seul, est le verbe principal ; suivi d’un autre verbe, il devient coverbe. Sa forme ne change pas, puisque le mandarin ne conjugue pas, comme l’expose la page ce qui n’existe pas.
Pour les mots réunis dans cette page, le test est mécanique : s’il y a derrière lui un autre prédicat — un verbe, ou un adjectif employé comme prédicat —, c’est un coverbe ; s’il porte lui-même le prédicat de l’énoncé, c’est le verbe principal. Ainsi 离 reste un coverbe dans 我家离学校很近, où le prédicat est l’adjectif 很近. Les classes de verbes et leurs tests sont recensés à la page les classes de verbes.
跟 gēn fait exception : son emploi de verbe ne survit guère que dans 跟我来 gēn wǒ lái, « suivez-moi », où les deux lectures se recouvrent. Le sens de « suivre » s’entend encore sous le coverbe : 我跟他去公园 wǒ gēn tā qù gōngyuán — [moi suivre lui aller parc] — « je vais au parc avec lui ».
Tous n’ont pas gardé leur double vie. 从 cóng, 往 wǎng, 向 xiàng et 对 duì ne s’emploient plus seuls comme verbes en mandarin d’aujourd’hui : ils sont allés au bout du chemin et ne servent plus qu’à introduire. Leur syntaxe, elle, est restée celle des autres.
Une douzaine suffit à couvrir la première année. Tous se placent entre le sujet et le verbe principal, avec leur complément accroché derrière eux.
| Coverbe | Ce qu’il introduit | Exemple |
|---|---|---|
| 在 zài | le lieu de l’action | 我在图书馆看书 wǒ zài túshūguǎn kàn shū — « je lis à la bibliothèque » |
| 从 cóng | le point de départ | 他从北京来 tā cóng Běijīng lái — « il vient de Pékin » |
| 到 dào | le point d’arrivée | 我到学校去 wǒ dào xuéxiào qù — « je vais à l’école » |
| 离 lí | la distance qui sépare | 我家离学校很近 wǒ jiā lí xuéxiào hěn jìn — « ma maison est près de l’école » |
| 跟 gēn | la personne accompagnante | 我跟朋友吃饭 wǒ gēn péngyou chīfàn — « je mange avec un ami » |
| 和 hé | la même chose, ton plus écrit | 我和他一起去 wǒ hé tā yìqǐ qù — « nous y allons ensemble » |
| 给 gěi | le destinataire, le bénéficiaire | 妈妈给我做饭 māma gěi wǒ zuòfàn — « maman me fait à manger » |
| 对 duì | la cible d’une attitude | 这对身体很好 zhè duì shēntǐ hěn hǎo — « c’est très bon pour la santé » |
| 用 yòng | l’instrument, le moyen | 我用筷子吃饭 wǒ yòng kuàizi chīfàn — « je mange avec des baguettes » |
| 往 wǎng | le cap d’un déplacement | 请往右拐 qǐng wǎng yòu guǎi — « tournez à droite » |
| 向 xiàng | la personne vers qui l’on se tourne | 我向他借钱 wǒ xiàng tā jiè qián — « je lui emprunte de l’argent » |
| 替 tì | la personne remplacée | 我替你去 wǒ tì nǐ qù — « j’y vais à ta place » |
Il faut y ajouter 为 wèi, au quatrième ton, descendant, qui introduit la personne ou la cause au profit de laquelle on agit ; lu wéi, au deuxième ton, montant, le même caractère est un verbe qui signifie « être, devenir » — 成为 chéngwéi, « devenir ». Il est alors le verbe principal et ne précède aucun second verbe porteur de l’action : c’est ce qui l’exclut de cette page.
Le dernier exemple mérite un instant : 离 mesure un écart de temps comme un écart d’espace, avec la même construction.
Voici la partie utile. Le coverbe étant un verbe, et le premier des deux, tout ce qui se place devant un verbe se place devant lui, et non devant le verbe qui suit. Quatre conséquences, toutes malmenées par le francophone débutant.
C’est l’erreur la plus répandue : on nie l’action alors qu’il faut nier le bloc entier. Le choix entre les deux négateurs suit la règle ordinaire, exposée à la page les deux négations.
La forme 我跟他不去 n’est pas du mandarin courant. Le francophone la produit parce qu’il traduit « je ne vais pas avec lui » morceau par morceau.
Le coverbe ne prend ni 了, ni 过, ni 着. Ces marques appartiennent au verbe qui porte l’action, décrit à la page 了 après le verbe.
La forme 我给了他打电话 est impossible : la particule s’est accrochée au mauvais verbe, et la phrase se met à dire qu’on a donné quelque chose.
L’auxiliaire de modalité domine toute la suite de la phrase ; il ne peut donc pas se glisser entre le coverbe et le verbe. Les modaux sont traités à la page pouvoir, vouloir, devoir.
L’ordre relatif de plusieurs compléments antéposés — moment, lieu, accompagnateur — obéit à des règles propres, exposées à la page l’ordre des mots.
La forme interrogative qui répète le verbe en l’encadrant d’une négation choisit le premier verbe, donc le coverbe. La négation y est atone, sans diacritique dans le pinyin. Les formes de la question sont détaillées à la page poser une question.
Une seule règle, quatre applications. Le coverbe est le premier verbe ; négation, aspect, modal et interrogation se rangent par rapport à lui comme devant n’importe quel verbe. Retenir cela dispense de retenir quatre règles.
Une petite série échappe à la position préverbale. Avec certains verbes, 在, 到, 给 et 往 viennent se souder derrière le verbe. Le complément n’est alors plus le décor de l’action, il en est l’aboutissement. On ne dit plus où l’on agit, on dit où l’on finit.
Les verbes concernés ne sont pas nombreux : ceux qui aboutissent à une position — 住 zhù, 放 fàng, 坐 zuò, 站 zhàn —, ceux qui atteignent un point au terme d’un déplacement — 走 zǒu, 开 kāi — et ceux qui remettent quelque chose à quelqu’un — 送 sòng, 寄 jì, 交 jiāo, ainsi que 打电话 dǎ diànhuà. En dehors de ces cas, la place préverbale reste la seule possible.
给我打电话 et 打电话给我 coexistent et disent la même chose. La seconde est tenue pour plus familière, et on lui prête une origine méridionale, du côté du cantonais ; la première est celle qu’on rencontre à l’écrit. Prenez-la comme forme par défaut, et reconnaissez l’autre. Ce coverbe soudé au verbe ne doit pas être confondu avec les suffixes d’orientation, qui relèvent de la page le complément directionnel.
Les trois se traduisent par « à » ou « avec » devant une personne, et ils ne sont pas interchangeables. 跟 suppose un échange à deux. 对 va dans un seul sens, du sujet vers sa cible. 向 ajoute une nuance de démarche, de requête adressée vers le haut.
Notez un emploi de 跟 qui surprend : devant un verbe d’apprentissage, il signifie « auprès de » et non « avec ».
Le français emploie « de » dans les deux cas et brouille la distinction. 从 exige un déplacement réel : quelqu’un ou quelque chose se met en mouvement à partir d’un point. 离 ne décrit aucun mouvement : il pose deux points immobiles et mesure ce qui les sépare. Son prédicat est presque toujours 远 yuǎn, 近 jìn ou une distance chiffrée.
Les deux disent « vers ». 往 ne s’emploie qu’avec un lieu ou une direction, et c’est le mot des indications d’itinéraire. 向 accepte en plus une personne, ce que 往 refuse.
La vraie difficulté n’est pas la liste, c’est la place. Comprendre que 跟 signifie « avec » prend dix secondes. Produire 我不跟他去 sans hésiter, au moment où le français vous souffle l’ordre inverse, demande des heures d’écoute et de répétition. C’est ce que travaille le cours de chinois de LIMBA, entièrement audio. L’ensemble des mécanismes de la langue est cartographié à la page la grammaire complète ; les autres langues du site ont leur propre dossier de grammaire.
Choisissez le coverbe qui convient, ou l’ordre des mots qu’impose le mandarin. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-cinq pages qui se répondent, des quatre tons aux compléments du verbe, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue sans conjugaison ni déclinaison, mais où tout se joue dans l'ordre et les particules.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
C’est un verbe employé pour introduire un complément pendant qu’un second verbe porte l’action. Dans 我给你写信 wǒ gěi nǐ xiě xìn, « je t’écris une lettre », 给 est le verbe « donner » et ne désigne aucun don : il ne fait qu’annoncer le destinataire. Le français traduirait par une préposition, mais le mot reste un verbe et se comporte comme tel.
Parce que l’étiquette ferait perdre quatre règles d’un coup. La négation se met devant le coverbe et non devant le verbe principal, la particule d’aspect se fixe sur le verbe principal et non sur le coverbe, l’auxiliaire de modalité précède le coverbe, et la question par reprise porte sur le coverbe. Une préposition française ne fait rien de tout cela.
Entre le sujet et le verbe principal, presque toujours : 我在图书馆看书 wǒ zài túshūguǎn kàn shū, « je lis à la bibliothèque ». Le français range ces précisions après le verbe ; le mandarin plante le décor, puis agit. Seuls quelques verbes acceptent le coverbe derrière eux.
从 cóng suppose un déplacement réel à partir d’un point : 他从机场来 tā cóng jīchǎng lái, « il arrive de l’aéroport ». 离 lí ne décrit aucun mouvement et mesure l’écart entre deux points fixes : 我家离机场很远 wǒ jiā lí jīchǎng hěn yuǎn, « ma maison est loin de l’aéroport ». Le même 离 sert aussi aux écarts de temps.
Les deux sont correctes et signifient la même chose. La première, avec le coverbe devant le verbe, est celle de l’écrit et de la norme scolaire. La seconde, avec le coverbe soudé derrière, passe pour plus familière et on lui prête une origine méridionale, du côté du cantonais. Retenez la première comme forme par défaut, et reconnaissez la seconde.
Non. 我给了他打电话 est impossible : la particule s’accroche au verbe qui porte l’action, d’où 我给他打了电话 wǒ gěi tā dǎle diànhuà, « je lui ai téléphoné ». Le même raisonnement vaut pour 过 et 着.
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