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Cours de langues›Les connecteurs

Relier deux propositions : le mandarin travaille par paires

Le français choisit « bien que » ou « mais », jamais les deux. Le mandarin exprime les deux moitiés — et la place de chacune obéit à une règle que rien ne signale à l’œil.

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Deux moitiés là où le français en emploie une

Un francophone apprend très tôt qu’on n’écrit pas « bien qu’il soit tard, mais je reste ». Une seule charnière suffit, la seconde est fautive. Le mandarin fait l’inverse : il annonce le rapport au début de la première proposition, puis le confirme au début de la seconde. Les deux moitiés se répondent, et supprimer la seconde laisse souvent la phrase boiteuse.

Ces couples sont peu nombreux et se comptent sur deux mains. La difficulté n’est pas de les retenir : c’est de placer chaque moitié au bon endroit, car les deux éléments d’une même paire n’ont pas la même nature grammaticale et n’obéissent donc pas à la même règle de position. C’est tout l’objet de cette page.

Ce que cette page ne traite pas. Une paire de connecteurs relie deux propositions entières. Quand une proposition sert au contraire à qualifier un nom, elle se place avant lui et se ferme par 的 : c’est une tout autre construction, exposée à la page les relatives en 的. C’est aussi là que se trouve …的时候 …de shíhou, par lequel le mandarin rend le « quand » du français, et qui n’est pas un connecteur mais un nom qualifié.

Conjonction ou adverbe : la place décide de tout

Les deux moitiés d’une paire appartiennent à deux classes de mots différentes, et cette différence commande leur position. Aucun signe ne la marque dans l’écriture ; il faut la savoir.

Les conjonctions ouvrent leur proposition. Elles se placent avant le sujet, ou juste après lui quand les deux propositions parlent du même sujet. Elles disposent donc de deux positions, là où l’adverbe n’en a qu’une.

Les adverbes ne peuvent pas ouvrir une proposition. Ils se placent après le sujet, immédiatement devant le verbe ou l’adjectif. C’est la règle générale de l’ordre des mots, décrite à la page l’ordre des mots, et elle ne souffre pas d’exception ici.

Les deux classes de connecteurs et leur position
ClassePositionPrincipaux membres
Conjonctionen tête de proposition, avant ou juste après le sujet因为 yīnwèi, 所以 suǒyǐ, 虽然 suīrán, 但是 dànshì, 可是 kěshì, 如果 rúguǒ, 要是 yàoshi, 只要 zhǐyào, 只有 zhǐyǒu, 即使 jíshǐ, 不但 búdàn, 而且 érqiě, 无论 wúlùn, 不管 bùguǎn, 既然 jìrán, 除非 chúfēi, 否则 fǒuzé, 然后 ránhòu
Adverbeentre le sujet et le verbe, jamais ailleurs就 jiù, 才 cái, 也 yě, 都 dōu, 还 hái, 还是 háishi, 却 què
  • 如果你来,我就很高兴。 rúguǒ nǐ lái, wǒ jiù hěn gāoxìng. — « Si tu viens, je serai content. »
  • 虽然他很累,但是他不想休息。 suīrán tā hěn lèi, dànshì tā bù xiǎng xiūxi. — « Bien qu’il soit fatigué, il ne veut pas se reposer. »
  • 他虽然很累,但是不想休息。 tā suīrán hěn lèi, dànshì bù xiǎng xiūxi. — « Bien qu’il soit fatigué, il ne veut pas se reposer. »
  • 虽然很贵,他却买了。 suīrán hěn guì, tā què mǎi le. — « Bien que ce soit cher, il l’a pourtant acheté. »

Comparez les trois dernières phrases. 但是 reste collé au début de sa proposition ; 却, qui dit à peu près la même chose, se glisse après le sujet. Les deux ne sont jamais interchangeables de place. Et quand les deux propositions ont des sujets différents, la conjonction de la première passe obligatoirement devant le sujet.

La cause et la conséquence

La paire 因为…所以… yīnwèi… suǒyǐ… est la plus employée du mandarin courant. Les deux mots coexistent sans faute, ce que le français interdit formellement à « parce que » et « donc ».

Une seconde paire mérite d’être connue, car elle ne dit pas la même chose : 既然…就… jìrán… jiù…. Elle ne cherche pas la cause d’un fait ; elle part d’un fait que l’interlocuteur vient d’admettre et en tire une conséquence. On la rend par « puisque », non par « parce que ».

La concession

La première moitié est presque toujours 虽然 suīrán. La seconde admet plusieurs mots, qui ne se valent pas tout à fait : 但是 et 可是 opposent, 还是 háishi dit que rien n’a changé malgré l’obstacle, 却 ajoute une nuance de surprise.

Le 还是 employé ici, adverbe qui signifie « quand même », est homographe du 还是 qui pose une alternative dans une question. Les deux emplois n’ont aucun rapport ; le second appartient à la page poser une question.

La condition : trois paires qui ne disent pas la même chose

C’est ici que les francophones perdent pied, parce que le français rend les trois par « si ». Le mandarin les distingue nettement, et la distinction porte sur la seconde moitié autant que sur la première.

Une condition ordinaire : 如果…就…

要是 yàoshi est l’équivalent oral de 如果 : même sens, registre plus familier. La condition peut aussi se marquer après la proposition, par …的话 …dehuà, seul ou avec la conjonction.

Une condition suffisante : 只要…就…

只要 zhǐyào annonce qu’une seule chose suffit à entraîner le reste : « il suffit que ». La seconde moitié est 就, qui enchaîne sans restreindre.

Une condition unique : 只有…才…

只有 zhǐyǒu ne dit pas du tout la même chose que le précédent : hors de cette condition, rien n’arrive. La seconde moitié est 才 cái, qui restreint. « Ce n’est que si… que… ».

Notez le couple : 只要 appelle 就, 只有 appelle 才. Les croiser n’est pas une maladresse de style, c’est un contresens : 只要你去,我就去 signifie « il suffit que tu y ailles pour que j’y aille », alors que 只有你去,我才去 signifie « je n’irai que dans ce cas-là ».

La condition retournée : 除非…否则…

Concéder une hypothèse, ou les balayer toutes

Avec 即使…也… jíshǐ… yě…, on suppose le cas le plus défavorable et l’on annonce que rien ne changera. C’est le « même si » du français, et la seconde moitié 也 est ici indispensable.

Avec 无论…都… wúlùn… dōu… — ou son équivalent oral 不管…都… bùguǎn… dōu… — on ne concède plus un cas, on les balaie tous : « quoi que », « qui que », « où que ». 都, qui totalise, est la seconde moitié attendue.

Ces deux conjonctions imposent une contrainte que les manuels signalent rarement : ce qui les suit doit avoir une forme interrogative. Un mot interrogatif (什么, 谁, 多), une alternative en 还是, ou la forme affirmative-négative 下不下, dont la mécanique est exposée à la page poser une question. Une proposition ordinaire ne tient pas après 不管.

L’addition : 不但…而且…

« Non seulement… mais encore ». La seconde moitié peut être la conjonction 而且 érqiě ou, plus simplement, l’adverbe 还 hái ou 也 yě — auquel cas il se place après le sujet, selon la règle vue plus haut.

La troisième phrase illustre la règle de position : les deux propositions ont des sujets différents, donc 不但 passe devant le sujet. Le ton de 不 se modifie ici devant un quatrième ton, descendant ; ce mécanisme est décrit à la page quand les tons changent.

Le temps, et la corrélation de degré

Trois paires servent à ordonner des actions dans le temps, et une quatrième à faire varier deux choses ensemble.

一…就… : dès que

La plus fréquente, et la plus utile à l’oral. Elle dit que la seconde action suit la première sans délai. Les deux verbes se suivent, sans sujet répété si le sujet est le même.

先…然后… : d’abord, ensuite

一边…一边… : en même temps

Ici la paire est faite deux fois du même mot, devant chacun des deux verbes.

越…越… : plus… plus…

Cette dernière paire fait varier un degré, mais elle ne compare pas deux êtres ni deux objets : la comparaison proprement dite, avec 比, relève de la page comparer avec 比.

Ce qu’on peut supprimer, et ce qu’on ne peut pas

À l’oral, une moitié tombe souvent. Mais elle ne tombe pas au hasard : c’est presque toujours la conjonction initiale qui disparaît, rarement l’adverbe final. L’adverbe porte à lui seul le rapport logique ; sans lui, la phrase redevient une simple suite de deux énoncés.

Les paires principales et leur seconde moitié
RapportPremière moitiéSeconde moitiéExemple
cause因为 yīnwèi所以 suǒyǐ因为下雨,所以我们没去。 yīnwèi xià yǔ, suǒyǐ wǒmen méi qù.
fait admis既然 jìrán就 jiù既然你不舒服,就早点儿休息。 jìrán nǐ bù shūfu, jiù zǎodiǎnr xiūxi.
concession虽然 suīrán但是 / 可是 / 还是 / 却 dànshì / kěshì / háishi / què虽然下雨,他还是去了。 suīrán xià yǔ, tā háishi qù le.
condition如果 / 要是 rúguǒ / yàoshi就 jiù如果你来,我就很高兴。 rúguǒ nǐ lái, wǒ jiù hěn gāoxìng.
condition suffisante只要 zhǐyào就 jiù只要有时间,我就看书。 zhǐyào yǒu shíjiān, wǒ jiù kàn shū.
condition unique只有 zhǐyǒu才 cái只有你去,我才去。 zhǐyǒu nǐ qù, wǒ cái qù.
seule issue除非 chúfēi否则 fǒuzé除非你去,否则我不去。 chúfēi nǐ qù, fǒuzé wǒ bú qù.
hypothèse concédée即使 jíshǐ也 yě即使下雨,我也去。 jíshǐ xià yǔ, wǒ yě qù.
tous les cas无论 / 不管 wúlùn / bùguǎn都 dōu不管你说什么,我都不同意。 bùguǎn nǐ shuō shénme, wǒ dōu bù tóngyì.
addition不但 búdàn而且 / 还 / 也 érqiě / hái / yě这个菜不但好吃,而且便宜。 zhège cài búdàn hǎochī, érqiě piányi.
immédiateté一 yī就 jiù他一看见我就笑了。 tā yí kànjiàn wǒ jiù xiào le.
succession先 xiān然后 ránhòu我先吃饭,然后去上班。 wǒ xiān chīfàn, ránhòu qù shàngbān.
simultanéité一边 yìbiān一边 yìbiān他一边走一边唱歌。 tā yìbiān zǒu yìbiān chànggē.
corrélation越 yuè越 yuè雨越下越大。 yǔ yuè xià yuè dà.

Les trois fautes qui reviennent. La première est de supprimer la seconde moitié par réflexe de français : 虽然很贵,我买了 laisse la phrase en suspens. La deuxième est de placer l’adverbe avant le sujet, sur le modèle d’une conjonction. La troisième est de croiser 只要/就 et 只有/才, ce qui inverse le sens de la phrase.

La négation des deux propositions suit ses règles propres, exposées à la page les deux négations : le choix entre 不 et 没 ne dépend jamais du connecteur. Quant aux particules qui se posent en fin de phrase pour en colorer le ton, elles sont traitées à la page les particules finales, et un élément mis en tête sans marque relève de thème et commentaire. L’ensemble du dossier est rassemblé à la page la grammaire complète, elle-même reliée aux autres langues depuis nos dossiers de grammaire.

Ces paires s’installent par l’oreille. Comprendre que 只有 appelle 才 demande une minute ; le produire au bon endroit, dans une phrase qui avance, demande des heures d’écoute. C’est ce que travaille notre cours de chinois, entièrement audio.

Exercez-vous

Complétez chaque paire : il manque une moitié de connecteur. Attention à la nature du mot choisi, car elle commande sa place. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. 因为下雨,___我们没去。 yīnwèi xià yǔ, ___ wǒmen méi qù. (Comme il pleuvait, nous n’y sommes pas allés.)
  2. 虽然很贵,___我买了。 suīrán hěn guì, ___ wǒ mǎi le. (Bien que ce soit cher, je l’ai acheté.)
  3. 如果你有时间,我们___一起去。 rúguǒ nǐ yǒu shíjiān, wǒmen ___ yìqǐ qù. (Si tu as le temps, nous irons ensemble.)
  4. 只有你去,我___去。 zhǐyǒu nǐ qù, wǒ ___ qù. (Je n’irai que si tu y vas.)
  5. 只要你努力,成绩___会好。 zhǐyào nǐ nǔlì, chéngjì ___ huì hǎo. (Il suffit que tu travailles pour que les résultats soient bons.)
  6. ___下雨,我也去。 ___ xià yǔ, wǒ yě qù. (Même s’il pleut, j’y vais.)
  7. 不管你说什么,我___不同意。 bùguǎn nǐ shuō shénme, wǒ ___ bù tóngyì. (Quoi que tu dises, je ne suis pas d’accord.)
  8. 他___会说中文,而且会写汉字。 tā ___ huì shuō Zhōngwén, érqiě huì xiě Hànzì. (Non seulement il parle mandarin, mais il sait écrire les caractères.)
  9. 我一到家___给你打电话。 wǒ yí dào jiā ___ gěi nǐ dǎ diànhuà. (Dès que je serai rentré, je t’appellerai.)
  10. 除非你去,___我不去。 chúfēi nǐ qù, ___ wǒ bú qù. (À moins que tu y ailles, je n’irai pas.)
  11. 如果你来,___。 rúguǒ nǐ lái, ___. (Si tu viens, je serai content.)
  12. 虽然很贵,他___买了。 suīrán hěn guì, tā ___ mǎi le. (Bien que ce soit cher, il l’a pourtant acheté.)
  13. 既然你不舒服,___早点儿休息。 jìrán nǐ bù shūfu, ___ zǎodiǎnr xiūxi. (Puisque tu ne te sens pas bien, repose-toi plus tôt.)
  14. 他一边走___唱歌。 tā yìbiān zǒu ___ chànggē. (Il marche en chantant.)
  15. 我先吃饭,___去上班。 wǒ xiān chīfàn, ___ qù shàngbān. (Je mange d’abord, puis je vais travailler.)
  16. 雨越下___大。 yǔ yuè xià ___ dà. (La pluie tombe de plus en plus fort.)
  17. 不但他喜欢,我___喜欢。 búdàn tā xǐhuan, wǒ ___ xǐhuan. (Non seulement lui aime cela, moi aussi.)
  18. 无论多忙,他___去跑步。 wúlùn duō máng, tā ___ qù pǎobù. (Si occupé soit-il, il va courir.)
  19. ___他很累,但是他不想休息。 ___ tā hěn lèi, dànshì tā bù xiǎng xiūxi. (Bien qu’il soit fatigué, il ne veut pas se reposer.)
  20. 你去___,我也去。 nǐ qù ___, wǒ yě qù. (Si tu y vas, j’y vais aussi.)
  21. 他___忙,所以没来。 tā ___ máng, suǒyǐ méi lái. (Il n’est pas venu parce qu’il était occupé.)
  22. 不管下___下雨,我们都去。 bùguǎn xià ___ xià yǔ, wǒmen dōu qù. (Que la pluie tombe ou non, nous y allons.)
  23. 这个菜不但好吃,___便宜。 zhège cài búdàn hǎochī, ___ piányi. (Ce plat est non seulement bon, mais bon marché.)
  24. 只有努力,___能学好中文。 zhǐyǒu nǔlì, ___ néng xuéhǎo Zhōngwén. (Ce n’est qu’en travaillant qu’on peut bien apprendre le mandarin.)
  25. 虽然下雨,他___去了。 suīrán xià yǔ, tā ___ qù le. (Bien qu’il pleuve, il y est quand même allé.)
  26. 即使他不来,我___去。 jíshǐ tā bù lái, wǒ ___ qù. (Même s’il ne vient pas, j’y vais.)

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Questions fréquentes

Pourquoi le chinois dit-il « parce que… donc… » alors que le français l’interdit ?

Parce que le mandarin marque le rapport aux deux extrémités : la conjonction annonce, l’autre confirme. 因为下雨,所以我们没去 yīnwèi xià yǔ, suǒyǐ wǒmen méi qù est parfaitement correct. Garder les deux moitiés est la norme ; c’est la traduction littérale en français qui devient fautive, non l’inverse.

Quelle différence entre 只要…就… et 只有…才… ?

只要 pose une condition suffisante : il suffit qu’elle soit remplie. 只有 pose une condition nécessaire : hors d’elle, rien n’arrive. 只要你去,我就去 signifie « il suffit que tu y ailles pour que j’y aille » ; 只有你去,我才去 signifie « je n’irai que dans ce cas ». Chaque première moitié a sa seconde moitié attitrée.

Où se place 就 dans la phrase ?

Après le sujet et devant le verbe, jamais en tête de proposition. 如果你来,我就很高兴 rúguǒ nǐ lái, wǒ jiù hěn gāoxìng est correct ; placer 就 avant 我 ne l’est pas. La même règle vaut pour 才, 也, 都, 还 et 却, qui sont tous des adverbes.

Peut-on supprimer une des deux moitiés ?

Oui, mais pas n’importe laquelle. C’est la conjonction initiale qui s’efface à l’oral : 你来,我就高兴 nǐ lái, wǒ jiù gāoxìng. L’adverbe final, lui, porte seul le rapport logique et se supprime rarement.

Pourquoi faut-il une question après 不管 ou 无论 ?

Parce que ces deux conjonctions balaient l’ensemble des possibilités, et qu’il faut donc les énumérer sous une forme ouverte : un mot interrogatif (什么, 谁), une alternative, ou la forme affirmative-négative 下不下雨 xià bu xià yǔ. Une proposition ordinaire ne tient pas après elles.

Comment dire « quand » en mandarin ?

Pas avec une paire de connecteurs. Le mandarin emploie …的时候 …de shíhou, littéralement « le moment où… », qui est une proposition qualifiant un nom et non une subordonnée circonstancielle. La construction relève de la page consacrée aux relatives en 的.

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