Le français répartit sur « être » et « avoir » ce que le mandarin confie à trois verbes qui ne se remplacent jamais. 是 relie deux noms, 有 dit qu’une chose appartient ou existe, 在 dit où elle se trouve. 我是学生 — wǒ shì xuésheng — « je suis étudiant ».
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Un francophone qui commence le mandarin cherche d’instinct l’équivalent de « être » et celui de « avoir ». Il en trouve trois, et le partage ne suit pas les frontières du français : 是 shì pose une identité entre deux noms, 有 yǒu dit ce qu’on possède et ce qui existe quelque part, 在 zài dit où une chose se trouve. Tous trois sont des verbes invariables, et aucun ne fait le travail des autres.
| Verbe | Ce qu’il met en relation | Exemple |
|---|---|---|
| 是 shì | un sujet et un nom | 他是老师。 Tā shì lǎoshī. — « il est professeur » |
| 有 yǒu | un possesseur et ce qu’il détient ; un lieu et ce qui s’y trouve | 我有两个妹妹。 Wǒ yǒu liǎng ge mèimei. — « j’ai deux sœurs cadettes » |
| 在 zài | une chose connue et le lieu où elle est | 我在家。 Wǒ zài jiā. — « je suis à la maison » |
Cette page décrit ces trois verbes et les compléments de lieu qu’ils réclament. Elle écarte trois emplois voisins qui portent les mêmes caractères : 在 placé devant un second verbe pour introduire le lieu d’une action, 他在家吃饭 tā zài jiā chīfàn, appartient à les prépositions verbales ; 在 placé directement devant le verbe pour marquer un procès en cours, 他在吃饭 tā zài chīfàn, appartient à 着 et l’action en cours ; et la tournure 是…的, qui met en relief le moment ou la manière d’un fait acquis, appartient à le passé et l’aspect.
La construction est d’une régularité absolue : sujet, 是, groupe nominal. Le verbe ne change jamais de forme, quels que soient la personne, le nombre et le moment dont on parle.
Le dernier exemple donne la négation : 不 bù devant 是, jamais 没 méi, parce qu’une identité est un état et non un événement ; le choix entre les deux négations est exposé à la page les deux négations. Notez que 不 se prononce au deuxième ton devant un quatrième, d’où bú shì, changement décrit à la page quand les tons changent. Pour interroger, on ajoute 吗 ma en fin de phrase ou l’on répète le verbe, 是不是 shì bu shì ; les deux procédés relèvent de poser une question.
是 ne se met jamais devant un adjectif. 我是高 est agrammatical, car l’adjectif mandarin est lui-même un verbe et n’a besoin d’aucun support pour faire une phrase. Ce comportement, et l’appui 很 hěn qui occupe alors la place, sont traités à la page les adjectifs sont des verbes.
Une seule exception : 是 fortement accentué peut précéder un adjectif pour concéder un point avant de le retourner — 他是聪明,可是不努力。 Tā shì cōngming, kěshì bù nǔlì. — « intelligent, il l’est, mais il ne travaille pas ». Hors de ce jeu d’opposition, la règle tient sans exception.
Devant un âge, une date, un prix ou un lieu d’origine, le mandarin courant se passe du verbe et juxtapose les deux termes. Le nom devient à lui seul le prédicat.
La forme avec 是 reste possible et plus soutenue : 今天是星期三 se dit parfaitement. L’inverse est faux — la juxtaposition n’est admise que dans ces quelques catégories, et 我学生 pour 我是学生 est une faute. Les nombres, les dates et les heures sont traités à la page nombres, dates et heures.
有 couvre le « avoir » de la possession, mais il va plus loin : il dit aussi qu’une chose existe quelque part, et attribue une mesure à un sujet.
La négation de 有 est irrégulière et sans exception : 没有 méiyǒu, jamais 不有. C’est le seul verbe du mandarin qui refuse 不 en toutes circonstances, y compris quand il parle du présent. La règle générale est à la page les deux négations. Remarquez aussi que le nom compté qui suit 有 exige un classificateur : 两个妹妹, et non 两妹妹, mécanisme décrit à la page les classificateurs.
Le second emploi de 有 est l’existence. La phrase s’ouvre par un lieu, 有 suit, et vient ensuite ce dont on annonce la présence.
在 est un verbe de plein exercice, de construction fixe : sujet, 在, lieu. Le complément de lieu est obligatoire ; 我在, seul, ne s’emploie qu’à l’appel, au sens de « présent ».
La négation est 不在, comme pour toute situation stable. Une difficulté attend plus loin : le même caractère se retrouve devant un autre verbe, et il n’est alors plus le verbe principal. Comparez les trois phrases suivantes.
Seul le premier cas est traité ici. Le deuxième relève de les prépositions verbales, le troisième de 着 et l’action en cours.
Voici où le francophone trébuche le plus sûrement. En mandarin, un nom d’objet ne désigne pas un lieu. 桌子 zhuōzi est un meuble, non un endroit où une chose peut se trouver. Pour en faire un lieu, on lui colle un localisateur, mot postposé qui indique de quel côté du repère on se place. 书在桌子 est incompréhensible ; 书在桌子上 se comprend aussitôt.
| Localisateur | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| 上 shang | sur, dessus | 桌子上 zhuōzi shang — sur la table |
| 里 li | dans, à l’intérieur | 书包里 shūbāo li — dans le sac |
| 下 xià | sous, dessous | 床下 chuáng xià — sous le lit |
| 前面 qiánmiàn | devant | 学校前面 xuéxiào qiánmiàn — devant l’école |
| 后面 hòumiàn | derrière | 房子后面 fángzi hòumiàn — derrière la maison |
| 外面 wàimiàn | à l’extérieur de | 教室外面 jiàoshì wàimiàn — hors de la salle de classe |
| 旁边 pángbiān | à côté de | 邮局旁边 yóujú pángbiān — à côté de la poste |
| 对面 duìmiàn | en face de | 公园对面 gōngyuán duìmiàn — en face du parc |
| 中间 zhōngjiān | entre, au milieu de | 两棵树中间 liǎng kē shù zhōngjiān — entre les deux arbres |
| 附近 fùjìn | aux environs de | 我家附近 wǒ jiā fùjìn — près de chez moi |
Une remarque de prononciation. Les localisateurs d’une syllabe 上 et 里 perdent leur ton dans cette position — shang, li — tandis que 下 garde le sien ; le phénomène est décrit à la page le ton neutre.
Sur l’emploi maintenant. Un nom qui désigne déjà un lieu se passe de localisateur : 我在中国 wǒ zài Zhōngguó, « je suis en Chine », et 我在中国里 serait une faute. Les noms de pays et de villes, ainsi que 家 jiā et 学校 xuéxiào, sont dans ce cas ; tout nom d’objet ou de contenant, à l’inverse, en réclame un. Entre les deux, certains noms d’espaces intérieurs l’acceptent sans l’exiger : 老师在教室 et 老师在教室里 se disent l’un comme l’autre.
Les deux verbes peuvent décrire la même scène. Ce qui les sépare n’est pas le sens, c’est l’information : celui qui écoute connaît-il déjà la chose dont on parle ?
La première part du lieu et annonce un objet nouveau : l’auditeur ignorait qu’il y eût un ordinateur. La seconde part de l’objet, déjà connu des deux interlocuteurs, et lui assigne une place. D’où deux règles :
Ce qui suit 有 est indéterminé : un groupe précédé d’un nombre et d’un classificateur, ou un nom de matière nu. Un nom précédé de 我的 ou d’un démonstratif n’y est jamais.
Ce qui précède 在 est déterminé : 我的手机, 这本书, un nom propre. On ne demande pas si la chose existe, on demande où elle est.
Cette opposition applique un principe qui traverse toute la grammaire du mandarin : ce qui est connu se place avant le verbe, ce qui est nouveau après. La page défini, indéfini, pluriel l’expose pour lui-même, avec les autres moyens de marquer la détermination.
Un troisième verbe pour l’existence. Quand un lieu est entièrement occupé par une seule chose, on emploie non pas 有 mais 是, presque toujours précédé de 都 dōu. La phrase ne signale plus une présence : elle dit ce qui remplit l’espace.
我是高 pour « je suis grand ». L’adjectif est déjà le verbe de la phrase ; 是 n’a rien à y relier. La forme attendue est 我很高 wǒ hěn gāo.
我不有钱 pour « je n’ai pas d’argent ». 有 est le seul verbe qui refuse 不 sans condition. La forme attendue est 我没有钱 wǒ méiyǒu qián.
书在桌子 pour « le livre est sur la table ». Une table n’est pas un lieu tant qu’on n’a pas dit de quel côté. La forme attendue est 书在桌子上 shū zài zhuōzi shang.
我在中国里 pour « je suis en Chine ». Un nom de pays désigne déjà un lieu et n’en veut pas davantage. La forme attendue est 我在中国 wǒ zài Zhōngguó.
Ces quatre fautes viennent d’une traduction mot à mot depuis le français. Les corriger par la règle est l’affaire d’une lecture ; cesser de les produire dans une phrase qui avance demande de les avoir entendues des dizaines de fois sous leur forme correcte. C’est le travail que fait le cours de chinois, entièrement audio ; l’ensemble du dossier part de la grammaire complète, rattachée à notre grammaire.
Choisissez le verbe, la négation ou le localisateur qu’appelle chaque phrase. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-cinq pages qui se répondent, des quatre tons aux compléments du verbe, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue sans conjugaison ni déclinaison, mais où tout se joue dans l'ordre et les particules.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
是 relie un sujet à un nom et pose une identité : 他是老师 tā shì lǎoshī, « il est professeur ». 有 dit ce qu’on possède ou ce qui existe quelque part : 我有两个妹妹 wǒ yǒu liǎng ge mèimei. 在 dit où une chose connue se trouve : 我在家 wǒ zài jiā. Aucun des trois ne peut prendre la place d’un autre.
Parce que l’adjectif mandarin est lui-même un verbe et se suffit à lui-même. 是 sert à relier un sujet à un nom, et à rien d’autre. On dit 我很高 wǒ hěn gāo, « je suis grand ». Le comportement des adjectifs est exposé à la page consacrée aux adjectifs.
Avec 没有 méiyǒu : 桌子上没有书 zhuōzi shang méiyǒu shū, « il n’y a pas de livre sur la table ». 有 est le seul verbe du mandarin qui refuse 不 en toutes circonstances ; 不有 n’existe pas.
La question à se poser est : celui qui écoute connaît-il déjà la chose dont on parle ? Si elle est nouvelle, on part du lieu et on emploie 有 — 桌子上有一台电脑 zhuōzi shang yǒu yì tái diànnǎo. Si elle est déjà connue, on part de la chose et on emploie 在 — 电脑在桌子上 diànnǎo zài zhuōzi shang.
Non. Un nom qui désigne déjà un lieu s’en passe : 我在中国 wǒ zài Zhōngguó, et 我在中国里 serait une faute. C’est le nom d’objet ou de contenant qui en réclame un, parce qu’une table ou un sac ne sont pas des lieux tant qu’on n’a pas dit de quel côté on se place.
Oui, mais ce n’est plus le même emploi. 他在家 tā zài jiā signifie « il est chez lui », 他在吃饭 tā zài chīfàn signifie « il est en train de manger », et 他在家吃饭 tā zài jiā chīfàn signifie « il mange chez lui ». Seul le premier cas est décrit ici ; les deux autres relèvent des pages consacrées à l’action en cours et aux prépositions verbales.
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