Ce n’est pas un cinquième ton. Une syllabe au ton neutre n’a pas de hauteur propre : elle est brève, faible, et la hauteur sur laquelle elle tombe lui vient de la syllabe d’avant.
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Le mandarin compte quatre tons : le premier, haut et plat ; le deuxième, montant ; le troisième, descendant-montant ; le quatrième, descendant. Ils sont décrits à la page Les quatre tons. Le ton neutre, 轻声 qīngshēng, « le ton léger », ne vient pas s’ajouter à cette liste comme un cinquième membre. Il est ce qui reste d’une syllabe une fois son ton retiré.
La différence n’est pas une subtilité de vocabulaire. Un ton se décrit par un mouvement : on peut le dessiner, le tenir, le chanter. Une syllabe neutre, non. Elle est courte, faible d’intensité, et la note sur laquelle elle se pose change selon ce qui la précède. Deux syllabes neutres identiques, dans deux mots différents, ne se prononcent pas sur la même hauteur.
Une précision utile d’emblée : le mandarin connaît aussi des tons qui en remplacent un autre par règle mécanique, quand deux syllabes se rencontrent. Ces substitutions n’ont rien à voir avec la neutralisation et sont traitées à la page Quand les tons changent. Ici, aucun ton n’est remplacé : il est supprimé.
Le troisième exemple est le plus parlant. Le caractère 妈 est écrit deux fois ; il n’est pas dit deux fois de la même manière. La première syllabe porte son ton, la seconde l’a perdu.
C’est le point que les manuels expédient et que l’oreille remarque aussitôt. Une syllabe neutre n’est ni haute, ni basse, ni moyenne en soi : elle se place par rapport à la syllabe qui vient de finir. Les descriptions du mandarin emploient une échelle à cinq degrés, 1 pour le plus bas et 5 pour le plus haut. Le ton neutre y occupe quatre places selon le contexte.
| Ton précédent | Son contour | Hauteur du ton neutre | Exemple |
|---|---|---|---|
| premier | haut et plat | assez bas, vers 2 | 妈妈 māma — « maman » |
| deuxième | montant | moyenne, vers 3 | 爷爷 yéye — « le grand-père paternel » |
| troisième | descendant-montant | assez haute, vers 4 | 姐姐 jiějie — « la grande sœur » |
| quatrième | descendant | basse, vers 1 | 弟弟 dìdi — « le frère cadet » |
Lisez la troisième ligne avec attention : après un troisième ton, la syllabe neutre remonte. C’est contraire à l’intuition, puisque le troisième ton est le ton bas de la langue. C’est pourtant ce que font les locuteurs, et un francophone qui garde sa voix au plancher après 姐 s’entend immédiatement.
Une remarque de forme : devant une syllabe neutre, le troisième ton ne remonte pas. Il se réduit à sa première moitié, celle qui descend. Cette réduction appartient aux règles mécaniques exposées à la page Quand les tons changent ; retenez seulement qu’elle explique pourquoi 姐姐 jiějie ne ressemble pas du tout à un troisième ton isolé.
La conséquence pratique est simple à formuler, difficile à tenir : il n’existe pas de « hauteur du ton neutre » à mémoriser. Prononcer toutes les syllabes neutres sur une même note moyenne est l’erreur la plus répandue chez les francophones, et elle donne un accent plat reconnaissable dès la deuxième phrase.
Il n’est pas distribué au hasard. Cinq familles de syllabes le portent, et la liste des exceptions à ces familles est courte.
C’est la famille la plus régulière : une particule ne porte jamais de ton. Elle n’a pas de sens lexical, elle marque une relation, et le mandarin ne lui accorde aucune hauteur.
| Caractère | Pinyin | Rôle | Exemple |
|---|---|---|---|
| 的 | de | lie un déterminant à un nom | 我的书 wǒ de shū — « mon livre » |
| 了 | le | marque d’aspect | 他走了 tā zǒu le — « il est parti » |
| 着 | zhe | marque d’aspect | 门开着 mén kāizhe — « la porte est ouverte » |
| 过 | guo | marque d’aspect | 我去过中国 wǒ qùguo Zhōngguó — « je suis déjà allé en Chine » |
| 吗 | ma | transforme en question | 你是学生吗? nǐ shì xuésheng ma — « êtes-vous étudiant ? » |
| 吧 | ba | particule finale | 我们去看看吧。 wǒmen qù kànkan ba — « allons donc voir » |
| 呢 | ne | particule finale | 你呢? nǐ ne — « et vous ? » |
Le tableau dit comment ces particules sonnent, non ce qu’elles font. Leur emploi est réparti entre plusieurs pages : 了 après le verbe, 了 en fin de phrase, 过 et l’expérience vécue, 着 et l’action en cours, Poser une question et Les particules finales.
Retenez surtout l’avertissement que porte 过. Employé comme verbe plein, il se prononce guò au quatrième ton et signifie « passer » ; employé comme particule, il perd son ton. Le caractère ne change pas, la prononciation si. Il en va de même pour 着, dont les emplois de verbe se lisent autrement.
Quelques syllabes se sont vidées de leur sens pour devenir de simples marques attachées à un mot. Elles ont perdu leur ton en même temps que leur sens.
Isolé, 子 se lit zǐ et 头 se lit tóu, « la tête ». Suffixés, ils ne se lisent plus ainsi. Le suffixe 们, qui marque le groupe des pronoms, est décrit à la page Défini, indéfini, pluriel.
Presque tous les noms de la famille se forment par répétition d’un caractère, et la seconde occurrence est toujours neutre. C’est la série où l’on entend le mieux l’effet du ton précédent, puisque les quatre tons y sont représentés.
Répéter un verbe adoucit l’action : on ne fait que jeter un coup d’œil, on essaie un peu. La seconde occurrence du verbe est atone, comme la seconde occurrence d’un terme de parenté.
La valeur de ce redoublement, et les autres façons de mesurer une action, relèvent de la page Durée et fréquence.
C’est la famille la plus fournie et la seule qui ne se laisse pas résumer par une règle. Un grand nombre de mots de deux syllabes ont neutralisé la seconde au cours de leur histoire. Rien dans le caractère ne le signale ; le mot s’apprend avec sa prononciation, comme on apprend en français où tombe l’accent d’un mot étranger.
Trois phrases pour les entendre en contexte, avec les particules que l’on vient de voir.
Deux séries plus étroites se rattachent à cette famille. Le classificateur 个 ge est atone après un nombre — 两个孩子 liǎng ge háizi, « deux enfants » ; on le trouve à la page Les classificateurs. Et les verbes de direction soudés à un autre verbe perdent également leur ton : 进来 jìnlai, « entrer vers moi », 出去 chūqu, « sortir », 回来 huílai, « revenir ». Leur construction est exposée à la page Le complément directionnel.
Le ton neutre n’est pas un détail d’élégance. Sur une petite série de mots, il distingue deux sens écrits avec les mêmes caractères. Le sens plein et le sens neutralisé y sont souvent éloignés l’un de l’autre.
| Caractères | Avec les tons pleins | Avec le ton neutre |
|---|---|---|
| 东西 | dōngxī — « l’est et l’ouest » | dōngxi — « la chose, l’objet » |
| 大意 | dàyì — « l’idée générale » | dàyi — « négligent, étourdi » |
| 地道 | dìdào — « le passage souterrain » | dìdao — « authentique, dans les règles » |
| 兄弟 | xiōngdì — « les frères » | xiōngdi — « le frère cadet » |
| 精神 | jīngshén — « l’esprit, le moral » | jīngshen — « plein d’entrain » |
| 买卖 | mǎimài — « acheter et vendre » | mǎimai — « l’affaire, le commerce » |
| 孙子 | Sūnzǐ — « Sun Zi, le stratège » | sūnzi — « le petit-fils » |
Ces paires sont peu nombreuses, et l’on en fait parfois grand cas. Leur intérêt est ailleurs : elles prouvent que la neutralisation est une information linguistique, au même titre qu’un ton.
La perte du ton ne s’arrête pas à la mélodie. Elle entraîne trois effets que l’oreille perçoit avant de savoir les nommer.
La durée. Une syllabe neutre est nettement plus brève que sa voisine. Dans 桌子 zhuōzi, la première syllabe occupe la plus grande part du mot ; la seconde est expédiée.
La voyelle. Faute de temps et d’appui, elle se relâche vers le centre. Le e de 的 et le o de 耳朵 ne sont plus des voyelles franches mais des sons brefs et sourds, proches du « e » du français petit.
La consonne. Entre deux voyelles, une occlusive non aspirée se sonorise souvent : le g de 哥哥 gēge s’entend plus doux dans la seconde syllabe que dans la première. L’opposition entre consonnes aspirées et non aspirées, qui n’est pas celle du français, est traitée à la page Les sons absents du français.
La notation. Le pinyin marque le ton neutre par l’absence de tout signe : péngyou, dōngxi, xièxie. Il n’existe ni accent ni chiffre pour lui. Les dictionnaires chinois ajoutent parfois un point devant la syllabe concernée, procédé qui reste propre à l’ouvrage et ne s’emploie pas dans un texte courant. Les conventions d’écriture du pinyin sont rassemblées à la page Lire le pinyin.
Les manuels présentent volontiers ces listes comme closes. Elles ne le sont pas. Le ton neutre est plus fréquent dans le nord de la Chine, autour de Pékin, dont la norme du putonghua est issue. Il recule à mesure que l’on descend vers le sud, et il est nettement moins employé dans le mandarin parlé à Taïwan, où des mots comme 朋友 ou 先生 gardent couramment leurs deux tons pleins.
Pour un certain nombre de mots, les dictionnaires de référence signalent eux-mêmes les deux prononciations comme admises. Il n’y a donc pas toujours une forme juste et une forme fautive, mais une forme attendue dans une norme donnée ; celle décrite ici est le putonghua.
Trois catégories, en revanche, ne flottent pas en putonghua : les particules grammaticales, les suffixes et la seconde occurrence d’un redoublement. Si vous ne deviez retenir qu’une chose, retenez celles-là. Elles couvrent la grande majorité des syllabes neutres d’une conversation ordinaire.
Cela ne s’apprend pas dans une liste. Savoir que 朋友 se dit péngyou ne coûte rien ; le dire sans y penser, au milieu d’une phrase qui avance, à la hauteur qu’appelle le ton précédent, demande de l’avoir entendu des dizaines de fois. C’est exactement le genre de détail qu’un cours écrit ne transmet pas et qu’un cours enregistré transmet sans avoir à l’expliquer. Le cours de chinois de LIMBA est entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. L’ensemble du dossier est accessible depuis la page grammaire.
Chaque énoncé donne un mot ou une phrase, suivi de sa traduction. Choisissez la prononciation juste. Touchez une réponse, puis Correction.
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C’est une syllabe prononcée sans ton propre : brève, faible, et posée sur une hauteur qu’elle emprunte à la syllabe précédente. Le mandarin l’appelle 轻声 qīngshēng, « le ton léger ». Ce n’est pas un cinquième ton, mais l’absence des quatre autres.
Oui, mais elle n’est pas la sienne. Après un premier ton elle est assez basse, après un deuxième elle est moyenne, après un troisième elle remonte, après un quatrième elle tombe bas. Comparez 妈妈 māma et 姐姐 jiějie : la seconde syllabe n’est pas sur la même note.
Par l’absence de tout signe : péngyou, dōngxi, xièxie. Aucun accent, aucun chiffre. Les dictionnaires chinois ajoutent parfois un point devant la syllabe, usage propre à ces ouvrages.
Les particules grammaticales (的, 了, 吗), les suffixes (子, 头, 们, 么), la seconde occurrence d’un redoublement (妈妈, 看看) et la seconde syllabe d’un grand nombre de mots courants (朋友, 东西, 时候).
Oui, sur une petite série de mots. 东西 dōngxī signifie « l’est et l’ouest », dōngxi signifie « la chose ». De même 大意, 地道, 兄弟 ou 精神 changent de sens selon que la seconde syllabe est neutralisée ou non.
Non. Il est plus fréquent dans le nord de la Chine et recule vers le sud ; le mandarin de Taïwan en emploie nettement moins et garde souvent les deux tons pleins. Les particules, les suffixes et les redoublements, eux, ne varient pas en putonghua.
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