Le mandarin ne conjugue pas. Pour dire qu’un procès est allé jusqu’à son terme, il pose 了 juste derrière le verbe — et cela vaut pour demain autant que pour hier.
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了 se rencontre à deux endroits de la phrase, et l’endroit décide de tout. Collé au verbe, il dit que le procès a été mené à son terme : c’est le seul emploi que traite cette page. Posé à la fin de l’énoncé, il annonce une situation nouvelle, ce qui est une tout autre affaire et relève de la page 了 en fin de phrase. Nous n’en donnerons ici aucun exemple, pour ne pas mêler deux mécanismes distincts.
L’orthographe officielle du pinyin enregistre d’ailleurs cette différence : le 了 verbal se soude au verbe qui le précède, mǎile, kànle, tandis que celui de fin d’énoncé s’écrit détaché. Dans les deux cas la particule se prononce au ton neutre, sans hauteur propre — voyez le ton neutre. Le même caractère possède par ailleurs une lecture pleine, liǎo, au troisième ton, descendant-montant, dans 了解 liǎojiě, « bien connaître », et dans 受不了 shòubuliǎo, « ne pas supporter ». Ces deux mots n’ont rien à voir avec la particule.
Cette page décrit un outil, non le système entier : le choix entre les différents marqueurs et les pièges qui traversent tout le passé mandarin sont exposés à la page le passé et l’aspect.
了 marque l’accompli : le procès a atteint son terme, il est bouclé, on peut le compter comme un fait. Il ne marque pas le passé. La confusion est naturelle pour un francophone, parce que la plupart des faits accomplis dont nous parlons sont passés ; elle coûte cher dès qu’on sort de ce cas de figure.
La preuve que 了 n’est pas une marque de passé tient en deux observations. D’abord, une foule d’énoncés passés s’en passent entièrement. Une habitude ancienne, une description d’arrière-plan, une identité ne sont pas des procès qu’on mène à leur terme : rien ne s’y accomplit, et la particule n’y apparaît pas.
Ensuite, et c’est le point décisif, 了 s’emploie couramment pour des faits à venir, dès lors qu’ils seront achevés avant un autre. Nous y revenons plus bas.
Le mandarin possède d’autres marqueurs, qui disent autre chose. 过 dit qu’une expérience a eu lieu au moins une fois, sans s’intéresser à l’occasion : 过 et l’expérience vécue. 着 et 在 disent au contraire qu’un procès avance ou qu’un état se maintient, donc précisément qu’il n’est pas bouclé : 着 et l’action en cours. Ces trois outils ne se remplacent pas.
La règle de position est stricte et ne souffre pas d’exception : la particule se glisse entre le verbe et son complément d’objet. Rien ne s’intercale entre le verbe et elle. Ce qui demande de l’attention, c’est le mot « verbe » : il faut entendre par là le groupe verbal entier, suffixes compris.
| Forme du verbe | Schéma | Exemple |
|---|---|---|
| verbe simple | V + 了 + objet | 他喝了三杯茶。 tā hēle sān bēi chá — « il a bu trois tasses de thé » |
| verbe à deux objets | V + 了 + bénéficiaire + objet | 老板给了我们三天假。 lǎobǎn gěile wǒmen sān tiān jià — « le patron nous a donné trois jours de congé » |
| verbe à complément de résultat (完, achèvement) | V + résultat + 了 + objet | 我吃完了晚饭。 wǒ chīwánle wǎnfàn — « j’ai fini de dîner » |
| verbe à complément de résultat (到, but atteint) | V + résultat + 了 + objet | 我收到了你的信。 wǒ shōudàole nǐ de xìn — « j’ai reçu ta lettre » |
| verbe à complément directionnel | V + direction + 了 + objet | 他走进了房间。 tā zǒujìnle fángjiān — « il est entré dans la chambre » |
| verbe séparable | élément verbal + 了 + élément nominal | 我们见了面再谈。 wǒmen jiànle miàn zài tán — « nous en parlerons quand nous nous serons vus » |
Trois de ces mécanismes ont leur page propre. Le sens de 完, 到 ou 见 accolés au verbe est traité à le complément de résultat ; l’orientation par 进, 来 ou 出 à le complément directionnel ; les verbes qui se laissent couper en deux, comme 见面 ou 结婚, à les classes de verbes. Retenez seulement ici que la particule se pose après le bloc, jamais à l’intérieur : on ne dit pas 吃了完饭, mais 吃完了饭.
Quand l’objet est déplacé devant le verbe par 把, la particule reste accrochée au verbe et se retrouve en fin de groupe ; cette construction et ses conditions sont décrites à la construction en 把.
Voici la difficulté que les manuels signalent trop tard. Une phrase comme 我买了书 n’est pas fausse, mais elle reste en suspens : l’interlocuteur attend la suite, comme si l’on disait en français « j’ai acheté le livre et… ». Un objet d’une seule syllabe ou deux, sans rien devant lui, ne suffit pas à fermer l’énoncé.
Deux remèdes relèvent de cette page. Le premier consiste à déterminer l’objet, c’est-à-dire à le compter, à le désigner ou à le qualifier.
| Moyen | Exemple |
|---|---|
| nombre et classificateur | 我买了两本书。 wǒ mǎile liǎng běn shū — « j’ai acheté deux livres » |
| démonstratif | 我看了那部电影。 wǒ kànle nà bù diànyǐng — « j’ai vu ce film » |
| possessif | 我收到了你的信。 wǒ shōudàole nǐ de xìn — « j’ai reçu ta lettre » |
| qualification par 的 | 他买了两件很贵的大衣。 tā mǎile liǎng jiàn hěn guì de dàyī — « il a acheté deux manteaux très chers » |
| nom propre | 我们参观了故宫。 wǒmen cānguānle Gùgōng — « nous avons visité la Cité interdite » |
Le second remède consiste à enchaîner sur une seconde proposition : la phrase se ferme alors par ce qui suit, et l’objet nu ne gêne plus.
Un troisième remède existe, qui consiste à refermer l’énoncé par une particule finale ; il appartient tout entier à la page 了 en fin de phrase, et nous n’en dirons rien de plus. Quant à la question de savoir quand un nom chinois est compris comme défini ou indéfini, elle est exposée à défini, indéfini, pluriel.
C’est l’emploi qui déconcerte le plus, et celui qui prouve le mieux que la particule ne dit rien du moment où l’on parle. Dans une phrase à deux propositions, 了 marque que le premier procès sera bouclé avant que le second ne commence. La seconde proposition est le plus souvent introduite par 就 jiù, « alors, aussitôt », ou par 再 zài, « ensuite, seulement après ».
Le français est obligé, pour rendre ces phrases, de mobiliser un futur antérieur ou un passé composé à valeur d’antériorité. Le mandarin, lui, ne change rien : le même 了, à la même place, dit dans les deux cas qu’un procès aura atteint son terme. Le repère n’est pas le moment de la parole, mais l’autre procès.
La règle est absolue et vaut la peine d’être apprise comme un réflexe : nier un fait accompli, c’est dire qu’il ne s’est rien accompli. La marque de l’accompli n’a donc plus de raison d’être et tombe. On emploie 没 méi, ou sa forme longue 没有 méiyǒu, devant le verbe nu.
La faute à ne pas commettre est de traduire mot à mot et de conserver la particule : 我没买了书 est impossible. Elle est fréquente chez les francophones, parce que notre « je n’ai pas acheté » garde visiblement l’auxiliaire du passé composé. Le mandarin, lui, retire la marque en même temps qu’il retire le fait.
Un point mérite d’être signalé : 过 se comporte autrement et se maintient sous la négation. Le contraste entre les deux particules est développé à 过 et l’expérience vécue. Le partage entre 没 et 不, qui dépasse de loin le cas de l’accompli, est traité à les deux négations.
L’interrogation ne déplace rien : la particule garde sa place derrière le verbe. Un mot interrogatif reste lui aussi là où se trouverait la réponse.
Pour une question fermée, la tournure la plus courante juxtapose le fait accompli et sa négation, sans autre outil.
Notez la dernière : dans la forme affirmative-négative, c’est 没 qui s’insère, et la particule ne reparaît pas. L’ensemble des moyens d’interroger en mandarin est exposé à poser une question.
Certains verbes se prêtent mal à la particule parce qu’ils ne désignent aucun procès susceptible d’aboutir. 是 identifie, 知道 et 认识 décrivent un état de connaissance, 住 une situation qui dure : tant que la phrase décrit l’état lui-même, rien ne s’y accomplit et la particule n’apparaît pas. Elle redevient possible dès qu’une durée chiffrée vient mesurer cet état — 我在北京住了五年 wǒ zài Běijīng zhùle wǔ nián, « j’ai habité Pékin pendant cinq ans » —, ce qui relève de durée et fréquence.
La liste raisonnée de ces verbes, et les autres pièges qui traversent l’expression du passé, appartiennent à le passé et l’aspect. Le classement des verbes selon leur compatibilité avec la particule est donné à les classes de verbes.
La difficulté réelle est le réflexe, non la règle. Comprendre que 了 marque l’accompli et non le passé prend cinq minutes. Le placer correctement dans une phrase qui avance, et surtout ne pas le placer là où le français réclamerait un passé composé, demande des dizaines d’heures d’écoute. C’est exactement ce que travaille le cours de chinois de LIMBA, entièrement audio. Le sommaire du dossier se trouve à la grammaire complète, et celui des autres langues à la page grammaire.
Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase. On travaille ici la position de la particule, l’objet qu’elle réclame et sa disparition sous la négation. Touchez une réponse, puis Correction.
Même exercice, mais plus exigeant. On y travaille l’accompli à venir, les verbes composés, les verbes qui refusent la particule et le partage avec les autres marqueurs. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-cinq pages qui se répondent, des quatre tons aux compléments du verbe, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue sans conjugaison ni déclinaison, mais où tout se joue dans l'ordre et les particules.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Non. Il marque l’accompli, c’est-à-dire un procès mené à son terme. Beaucoup de phrases passées s’en passent — 去年我每天都跑步 qùnián wǒ měitiān dōu pǎobù, « l’an dernier je courais tous les jours » — et beaucoup de phrases à venir le contiennent : 明天我吃了饭就走 míngtiān wǒ chīle fàn jiù zǒu.
Entre le verbe et son complément d’objet, sans rien entre le verbe et lui. Si le verbe porte un complément de résultat ou de direction, la particule se pose après l’ensemble : 吃完了饭 chīwánle fàn, et non 吃了完饭.
Parce qu’un objet nu ne suffit pas à fermer l’énoncé : l’interlocuteur attend la suite. Il faut soit déterminer l’objet — 我买了两本书 wǒ mǎile liǎng běn shū — soit enchaîner sur une seconde proposition : 我买了书就回家 wǒ mǎile shū jiù huí jiā.
Il disparaît. On emploie 没 méi devant le verbe nu : 我没买书 wǒ méi mǎi shū, « je n’ai pas acheté de livre ». La forme 我没买了书 est impossible.
了 dit qu’une action a été menée à son terme, 过 qu’une expérience a eu lieu au moins une fois. La seconde particule se maintient d’ailleurs sous la négation, là où la première tombe. Le détail est exposé à la page « 过 et l’expérience vécue ».
Non : la particule se prononce au ton neutre, sans hauteur propre. La lecture liǎo, au troisième ton, descendant-montant, ne s’emploie que dans des mots comme 了解 liǎojiě ou 受不了 shòubuliǎo.
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