En mandarin, chercher ne veut pas dire trouver, et écouter ne veut pas dire comprendre. Le verbe nomme l’effort ; un second élément, soudé derrière lui, nomme ce qui en est sorti.
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« Trouver » contient à la fois la recherche et sa réussite. « Comprendre » contient l’écoute et l’accès au sens. « Voir » contient le regard et la perception. Le français a lexicalisé l’aboutissement à l’intérieur du verbe, et nous n’y pensons plus. Le mandarin, lui, ne le fait presque jamais. Il pose d’abord le verbe, qui dit l’activité et rien d’autre, puis colle derrière lui un second élément qui dit ce que cette activité a produit. Cet élément est le complément de résultat.
La dernière phrase serait contradictoire si le verbe 找 impliquait le succès. Il ne l’implique pas. C’est la raison d’être de toute la construction, et la première chose à admettre : en mandarin, dire qu’on a fait une action ne dit rien de ce qu’elle a donné.
Cette page répond à une question, et à une seule : le résultat a-t-il été atteint ? Elle ne décrit pas l’insertion de 得 ou de 不 entre le verbe et son complément, qui dit non pas si le résultat est atteint mais s’il est atteignable : cette forme appartient à la page le complément potentiel. Elle ne décrit pas non plus les compléments qui orientent l’action dans l’espace par rapport à celui qui parle — 来, 去 et leurs composés —, qui relèvent de la page le complément directionnel.
Le complément se place immédiatement après le verbe. Entre les deux, rien ne peut s’insérer : ni particule, ni objet, ni adverbe. L’ensemble se comporte comme un verbe unique, et c’est ainsi qu’il faut l’apprendre — 看见 se retient comme un mot, non comme une addition de deux mots.
La faute que commettent presque tous les francophones consiste à séparer les deux éléments, parce que le français intercale volontiers un mot entre l’auxiliaire et le participe. On entend ainsi 我看了见 ou 我吃了完, qui ne veulent rien dire. La particule de l’aspect accompli se place après le bloc entier, jamais à l’intérieur.
Les uns sont des verbes : 见, 懂, 到, 会, 住, 完. Les autres sont des adjectifs : 好, 错, 对, 清楚, 干净, 饱. La distinction est moins nette qu’il n’y paraît, puisqu’en mandarin l’adjectif se comporte lui-même comme un verbe, ainsi que l’expose la page les adjectifs sont des verbes. Le verbe-complément décrit l’événement obtenu ; l’adjectif-complément décrit l’état dans lequel l’action a laissé quelqu’un ou quelque chose.
À l’oral, le complément perd le plus souvent son relief : il s’appuie sur le verbe et se prononce faiblement, si bien qu’un débutant entend un seul mot long. Le pinyin conserve néanmoins le ton écrit de chaque syllabe, sauf pour les compléments dissyllabiques dont la seconde syllabe est atone, comme 清楚 qīngchu.
La liste n’est pas ouverte. Une vingtaine de compléments couvre l’essentiel de la langue courante, et les combinaisons qu’ils forment avec les verbes sont largement figées : elles s’apprennent comme du vocabulaire. On ne fabrique pas librement un résultatif neuf. 我吃懂了 n’existe pas, faute de sens ; 听懂 existe, mais il faut l’avoir rencontré pour le produire.
| Complément | Ce qu’il ajoute | Exemple |
|---|---|---|
| 完 wán | mené à son terme | 我看完这本书了 wǒ kànwán zhè běn shū le — « j’ai fini ce livre » |
| 到 dào | atteint, obtenu | 我找到了我的手机 wǒ zhǎodào le wǒ de shǒujī — « j’ai trouvé mon téléphone » |
| 见 jiàn | perçu par l’œil ou l’oreille | 我看见他了 wǒ kànjiàn tā le — « je l’ai vu » |
| 懂 dǒng | compris, sens saisi | 我听懂了他的话 wǒ tīngdǒng le tā de huà — « j’ai compris ce qu’il a dit » |
| 会 huì | su faire désormais | 我学会开车了 wǒ xuéhuì kāichē le — « j’ai appris à conduire » |
| 住 zhù | fixé, retenu | 我记住你的名字了 wǒ jìzhù nǐ de míngzi le — « j’ai retenu ton nom » |
| 好 hǎo | en état de servir | 他关好门了 tā guānhǎo mén le — « il a bien fermé la porte » |
| 错 cuò | de travers, fautif | 你写错了 nǐ xiěcuò le — « tu t’es trompé en écrivant » |
| 对 duì | juste, conforme | 你说对了 nǐ shuōduì le — « tu as dit juste » |
| 清楚 qīngchu | net, distinct | 我没看清楚 wǒ méi kàn qīngchu — « je n’ai pas bien vu » |
| 干净 gānjìng | propre | 他擦干净了桌子 tā cā gānjìng le zhuōzi — « il a essuyé la table, elle est propre » |
| 饱 bǎo | rassasié | 我吃饱了 wǒ chībǎo le — « je n’ai plus faim » |
| 醉 zuì | ivre | 他喝醉了 tā hēzuì le — « il s’est enivré » |
| 破 pò | brisé, percé | 他打破了一个杯子 tā dǎpò le yí ge bēizi — « il a cassé une tasse » |
| 成 chéng | devenu autre | 水变成冰了 shuǐ biànchéng bīng le — « l’eau s’est transformée en glace » |
| 走 zǒu | parti avec | 他拿走了我的书 tā názǒu le wǒ de shū — « il a emporté mon livre » |
| 掉 diào | disparu, éliminé | 他吃掉了最后一块蛋糕 tā chīdiào le zuìhòu yí kuài dàngāo — « il a mangé la dernière part de gâteau » |
| 在 zài | fixé en un lieu | 我住在巴黎 wǒ zhùzài Bālí — « j’habite à Paris » |
Trois remarques sur ce tableau. 到 ne marque pas seulement le succès d’une quête : il marque tout point atteint, dans l’espace comme dans un texte, d’où 我们学到第五课了 wǒmen xuédào dì-wǔ kè le, « nous en sommes arrivés à la cinquième leçon ». 见 et 到 se disputent la perception : 看见 et 看到 sont tous deux courants et se valent presque, le second étant un peu plus large. Enfin 在 employé comme complément indique le lieu où l’action dépose quelqu’un ou quelque chose ; le détail des localisateurs qui l’accompagnent est traité à la page être, avoir, se trouver.
Puisque rien ne s’insère entre le verbe et son complément, l’objet ne peut que suivre l’ensemble. C’est le seul point où l’ordre diffère d’un verbe simple, et il suffit de se rappeler que le bloc est indivisible pour ne jamais se tromper. L’ordre général de la phrase reste par ailleurs celui qu’expose la page l’ordre des mots.
Le complément de résultat et la particule 了 vont naturellement ensemble : dès qu’on dit qu’un résultat est atteint, on décrit un fait acquis. La particule se place soit juste après le bloc, soit à la fin de l’énoncé, et les deux positions sont courantes — 我吃完了饭 wǒ chīwán le fàn et 我吃完饭了 wǒ chīwán fàn le disent tous deux « j’ai fini de manger ». Ce qui est exclu, c’est de la glisser entre le verbe et son complément. Le fonctionnement propre de cette particule est décrit à la page 了 après le verbe.
Un résultat qui n’a pas été atteint est un fait qui n’a pas eu lieu : la négation se fait donc avec 没, et la particule de l’accompli disparaît, comme partout ailleurs. Le partage entre les deux négations du mandarin est exposé à la page les deux négations ; nous n’en donnons ici que l’application.
Pour demander si le résultat a été atteint, on ajoute 吗 à la phrase affirmative, ou l’on oppose la forme accomplie et sa négation en fin d’énoncé : 你吃完了没有? nǐ chīwán le méiyǒu ?, « as-tu fini de manger ? ». Les autres façons d’interroger sont réunies à la page poser une question.
Deux constructions le réclament. La construction décrite à la page la construction en 把 et celle qu’expose la page le passif en 被 exigent toutes deux un verbe qui ne reste pas nu : il lui faut un complément, une particule ou un objet supplémentaire. Le complément de résultat est l’outil qui remplit cette condition le plus souvent. C’est une raison supplémentaire de le maîtriser avant d’aborder ces deux pages.
Les deux disent qu’un fait a eu lieu, mais ils ne disent pas la même chose. 我吃了 wǒ chī le signifie « j’ai mangé » et s’arrête là : le repas est-il terminé, on n’en sait rien. 我吃完了 wǒ chīwán le précise lequel des résultats possibles a été obtenu, ici l’épuisement du procès. La particule situe l’action comme accomplie ; le complément nomme l’état dans lequel elle a laissé le monde. On peut employer l’une sans l’autre, mais elles se rencontrent constamment.
Les manuels enseignent presque toujours les deux ensemble, parce que la seconde est bâtie sur la première, et c’est précisément ce qui embrouille les apprenants. La différence tient en deux mots. Le complément de résultat répond à est-ce arrivé ; la forme obtenue en insérant 得 ou 不 à l’intérieur du bloc répond à est-ce possible. Rien de cette seconde forme n’apparaît sur cette page : tout se trouve à la page le complément potentiel.
Le caractère 得 sert encore à autre chose : à évaluer après coup la manière dont une action a été menée. Ce mécanisme n’a aucun rapport avec le résultat et relève de la page le complément de degré.
Les compléments réunis ici disent l’aboutissement. D’autres, bâtis sur 来 et 去, disent vers où l’action se dirige par rapport à celui qui parle, ainsi que leurs emplois figurés et la place particulière que l’objet y occupe. Tout cela appartient à la page le complément directionnel.
La difficulté réelle n’est pas la règle, elle est le réflexe. Comprendre que 找 ne contient pas le succès demande une minute. Se souvenir, au milieu d’une phrase qui avance, qu’il faut coller 到 derrière lui parce que l’on veut dire « trouver » et non « chercher », voilà ce qui demande des heures d’écoute et de répétition. Les couples les plus fréquents doivent devenir des mots, et un mot ne s’installe que par l’oreille. C’est le travail que mène notre cours de chinois, entièrement audio. Les autres pages du dossier sont rassemblées à l’index de grammaire, et le comportement général du verbe est décrit à la page les classes de verbes.
Le verbe est donné, le résultat manque. La traduction française indique lequel. Touchez une réponse, puis Correction.
Le bloc entier est à reconstituer. On y travaille l’ordre des éléments, la chute de la particule sous la négation et la différence entre le verbe seul et le verbe suivi de son résultat. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-cinq pages qui se répondent, des quatre tons aux compléments du verbe, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue sans conjugaison ni déclinaison, mais où tout se joue dans l'ordre et les particules.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
C’est un verbe ou un adjectif collé derrière le verbe principal, qui indique ce que l’action a produit : 听懂 tīngdǒng, écouter jusqu’à comprendre, 找到 zhǎodào, chercher jusqu’à trouver. Le verbe seul ne dit jamais que l’action a abouti.
看 kàn désigne le regard porté quelque part, sans plus. 看见 kànjiàn ajoute que la perception a eu lieu. On peut donc regarder sans voir, et la phrase 我看了,可是没看见。 wǒ kàn le, kěshì méi kànjiàn. n’a rien de contradictoire.
Après l’ensemble, jamais entre le verbe et son complément : 我听懂了这个词。 wǒ tīngdǒng le zhège cí. Le verbe et son complément forment un bloc que rien ne coupe.
Avec 没, puisqu’on nie un fait qui n’a pas eu lieu, et la particule de l’accompli disparaît : 我没听懂。 wǒ méi tīngdǒng. La page consacrée aux deux négations expose le partage complet entre 不 et 没.
我吃了 wǒ chī le dit que l’action a eu lieu, sans préciser où elle s’est arrêtée. 我吃完了 wǒ chīwán le nomme le résultat obtenu, ici l’achèvement du repas. La particule situe le fait comme acquis ; le complément dit lequel des aboutissements possibles a été atteint.
Non. Les combinaisons sont largement figées et s’apprennent comme du vocabulaire. Certaines sont impossibles faute de sens, d’autres existent mais ne s’emploient pas. Mieux vaut retenir 听懂, 看见, 找到, 吃完 comme des mots entiers plutôt que d’en fabriquer de nouveaux.
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