Le mandarin s’écrit aujourd’hui de deux façons. Ce ne sont pas deux langues, ni deux systèmes — c’est la même écriture, dont une partie des caractères a été raccourcie par décret au milieu du vingtième siècle.
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Le mandarin standard se note en caractères, et ces caractères existent sous deux normes officielles. La Chine continentale écrit en 简体字 jiǎntǐzì, les « caractères de forme simplifiée » ; Taïwan, Hong Kong et Macao écrivent en 繁体字 fántǐzì, littéralement les « caractères de forme compliquée ». Le second terme est une appellation continentale ; à Taïwan on préfère 正体字 zhèngtǐzì, les « caractères de forme orthodoxe ». Le choix du mot est déjà une prise de position.
Retenez cette dernière phrase : la différence est graphique, non linguistique. Un locuteur de Pékin et un locuteur de Taipei prononcent le même mot, avec la même grammaire, et l’écrivent différemment. Rien dans la prononciation ni dans la syntaxe ne dépend de la norme graphique.
Cette page décrit l’histoire des deux normes, les procédés par lesquels on a raccourci les caractères, et la géographie actuelle de leur usage. Elle ne décrit pas la structure interne d’un caractère — pourquoi tel signe veut dire telle chose, comment s’y répartissent l’élément de sens et l’élément de son : cela relève de la page comment est fait un caractère, et nous n’y toucherons ici que pour montrer ce que la simplification a détruit. L’ordre des traits et la recherche au dictionnaire appartiennent aux clés et traits. Combien de caractères il faut connaître, et s’il faut les apprendre du tout, se traite à la page faut-il apprendre les caractères.
L’idée de raccourcir les caractères est ancienne : des formes abrégées circulaient depuis des siècles dans les manuscrits, les enseignes et les livres de colportage. Ce qui est récent, c’est la décision d’en faire une norme d’État.
| Date | Texte | Sort |
|---|---|---|
| août 1935 | Première liste de caractères simplifiés, ministère de l’Éducation de la République de Chine | Suspendue dès le début de 1936, devant l’opposition interne au parti au pouvoir |
| janvier 1956 | 汉字简化方案 Hànzì jiǎnhuà fāng'àn, « plan de simplification des caractères », Conseil des affaires de l’État | Publié le 31 janvier ; appliqué dans les mois qui suivent |
| 1964 | 简化字总表 Jiǎnhuàzì zǒngbiǎo, « table générale des caractères simplifiés » | Devient la référence d’usage |
| décembre 1977 | Deuxième série de simplifications, dite 二简字 èrjiǎnzì | Très mal reçue, abandonnée dans les faits puis retirée |
| 1986 | Retrait officiel de la deuxième série et republication de la table générale, à six modifications près | C’est la norme encore en vigueur |
| juin 2013 | 通用规范汉字表 Tōngyòng guīfàn hànzìbiǎo, « table des caractères normalisés d’usage courant » | Reprend et ordonne l’ensemble ; ne simplifie rien de neuf |
Deux choses méritent d’être notées. D’abord, la tentative de 1935 précède la République populaire : le projet n’est pas né en 1949, il a seulement abouti là. Ensuite, la deuxième série de 1977 a échoué : elle allait trop loin, produisait des formes que personne ne reconnaissait, et son retrait en 1986 a clos le chantier. Aucune simplification officielle n’a été ajoutée depuis.
La formation du mandarin standard lui-même — la langue, non son écriture — et les états anciens de la graphie sont traités à la page d’où vient le mandarin.
La simplification n’est pas un procédé unique appliqué mécaniquement. C’est une poignée de méthodes distinctes, dont plusieurs se combinent sur un même signe.
| Procédé | Traditionnel | Simplifié | Sens |
|---|---|---|---|
| Cursive fixée | 書 | 书 shū | livre |
| Partie conservée | 電 | 电 diàn | électricité |
| Phonétique remplacé | 遠 | 远 yuǎn | loin |
| Forme ancienne reprise | 從 | 从 cóng | suivre, depuis |
| Caractère refait | 塵 | 尘 chén | poussière |
Le procédé le plus productif sur les caractères très fréquents. On a pris le tracé rapide de la main courante et on l’a figé en forme imprimée. Le résultat ne ressemble plus au caractère d’origine, mais il n’a rien d’arbitraire : c’est ce que la main écrivait déjà.
On garde le fragment le plus reconnaissable et l’on jette le reste. Le caractère perd alors souvent son élément de sens, et il faut l’apprendre tel quel.
Beaucoup de caractères comportent un élément qui indique approximativement la prononciation. La réforme en a parfois échangé un contre un autre, plus bref et souvent plus juste. Le mécanisme général est décrit à la page comment est fait un caractère ; on se contente ici de constater le remplacement.
Plusieurs caractères dits simplifiés ne sont pas des créations : ce sont des graphies attestées depuis longtemps, écartées par l’usage lettré puis rappelées par la réforme.
Cas plus rare, et le plus lisible pour un débutant : on assemble deux éléments de sens. Plusieurs de ces formes circulaient d’ailleurs déjà dans l’écriture courante avant la réforme, qui les a retenues plutôt qu’inventées : la frontière avec la catégorie précédente n’est pas étanche.
Voici le point qui rend l’effort payant. Certains composants ont été simplifiés une fois pour toutes, et le raccourci s’applique ensuite à tous les caractères qui les contiennent. Apprendre une douzaine d’équivalences vous rend lisibles plusieurs centaines de caractères dans l’autre norme.
| Traditionnel | Simplifié | Exemple |
|---|---|---|
| 言 | 讠 | 說 → 说 shuō — dire |
| 食 | 饣 | 飯 → 饭 fàn — repas |
| 金 | 钅 | 銀 → 银 yín — argent |
| 糸 | 纟 | 紅 → 红 hóng — rouge |
| 門 | 门 | 問 → 问 wèn — demander |
| 馬 | 马 | 媽 → 妈 mā — maman |
| 見 | 见 | 現 → 现 xiàn — apparaître, actuel |
| 貝 | 贝 | 買 → 买 mǎi — acheter |
| 車 | 车 | 輕 → 轻 qīng — léger |
| 頁 | 页 | 題 → 题 tí — sujet, question |
| 風 | 风 | 瘋 → 疯 fēng — fou |
| 魚 | 鱼 | 鮮 → 鲜 xiān — frais |
C’est pourquoi un lecteur formé au simplifié déchiffre le traditionnel bien plus vite qu’il ne le croit, et réciproquement. Le passage d’une norme à l’autre n’est pas un second apprentissage : c’est un ajustement, de l’ordre de quelques semaines de lecture attentive.
Deux pertes sont réelles, et il serait malhonnête de les taire.
Le signe 又 yòu a servi de bouche-trou universel. Court à écrire, il a remplacé des éléments qui indiquaient la prononciation — et il n’en indique aucune. Le caractère devient plus rapide à tracer et plus opaque à deviner.
Dans 鄧, l’élément de gauche se lisait 登 dēng et annonçait à peu près le son ; dans 邓, plus rien ne l’annonce. C’est le seul endroit de ce dossier où nous ouvrons un caractère pour regarder dedans ; l’analyse complète appartient à la page comment est fait un caractère.
Plus gênante encore : la réforme a réuni sous une seule graphie des caractères qui se prononçaient pareil mais signifiaient autre chose. Le simplifié compte donc quelques signes très chargés, que le traditionnel distingue toujours.
| Simplifié | Traditionnels réunis | Sens distingués |
|---|---|---|
| 发 fā / fà | 發 et 髮 | émettre, partir — cheveux |
| 面 miàn | 面 et 麵 | visage, face — farine, nouilles |
| 后 hòu | 後 et 后 | après, derrière — impératrice |
| 干 gān / gàn | 乾, 幹 et 干 | sec — faire, tronc — offenser |
| 里 lǐ | 裏 et 里 | dedans — le li, unité de distance |
| 只 zhǐ / zhī | 只 et 隻 | seulement — classificateur des animaux |
| 几 jǐ / jī | 幾 et 几 | combien — petite table |
La conversion automatique échoue précisément là. Un traitement de texte passe du traditionnel au simplifié presque sans faute, puisque la plupart des caractères traditionnels n’ont qu’une seule image simplifiée. Dans l’autre sens, il doit choisir : 发 donne-t-il 發 ou 髮 ? Les logiciels tranchent d’après le contexte, et se trompent. C’est ainsi qu’on lit sur des menus mal convertis des plats de « cheveux » au lieu de nouilles. Si vous convertissez un texte vers le traditionnel, relisez les sept lignes du tableau ci-dessus.
La répartition est nette, et elle suit des frontières politiques plutôt que linguistiques.
| Territoire | Norme | Depuis |
|---|---|---|
| Chine continentale | simplifié | 1956, table de 1964 révisée en 1986 |
| Singapour | simplifié | liste propre en 1969, alignement complet sur la Chine en 1976 |
| Malaisie | simplifié | 1981, liste identique à celle de la Chine |
| Taïwan | traditionnel | aucune réforme adoptée |
| Hong Kong et Macao | traditionnel | aucune réforme adoptée |
Les diasporas se partagent selon leur date de départ : les quartiers chinois anciens d’Amérique du Nord et d’Europe affichent encore largement le traditionnel, les arrivées récentes du continent apportent le simplifié. Une même rue peut porter les deux.
Sur le continent, le traditionnel n’est pas interdit. La loi sur la langue et l’écriture communes, entrée en vigueur en 2001, en autorise l’usage en calligraphie, sur les sceaux, dans l’édition de textes anciens et dans les inscriptions à valeur historique. Beaucoup d’enseignes de restaurants ou de librairies le choisissent pour son allure.
Laquelle apprendre ? Le simplifié, si vous visez la Chine continentale, le commerce, les études ou l’immense majorité des manuels et des ressources disponibles en français. Le traditionnel, si votre projet passe par Taïwan, Hong Kong, la calligraphie ou les textes classiques. Commencez par une seule norme : apprendre les deux de front double le travail de mémoire pour un bénéfice nul au début. Le passage se fera plus tard, vite. La question voisine — mandarin ou cantonais, deux langues et non deux écritures — est traitée à la page mandarin ou cantonais, et le poids respectif des variétés chinoises à la page la langue en chiffres.
Et si vous ne voulez pas écrire du tout ? Le débat simplifié contre traditionnel ne concerne que l’écriture. Parler, comprendre, tenir une conversation ne demandent ni l’une ni l’autre norme. C’est le parti pris de notre cours de chinois, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : la langue d’abord, les caractères ensuite, ou jamais. Le reste du dossier de grammaire est accessible librement.
Chaque question donne un caractère, sa prononciation et son sens, puis demande la forme correspondante dans l’autre norme. Le sens de conversion est indiqué entre parenthèses. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-cinq pages qui se répondent, des quatre tons aux compléments du verbe, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue sans conjugaison ni déclinaison, mais où tout se joue dans l'ordre et les particules.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
Une différence de tracé, rien d’autre. Une partie des caractères a été raccourcie par décret en Chine continentale à partir de 1956 : 書 est devenu 书 shū, « livre ». La langue parlée, la grammaire et le vocabulaire sont identiques dans les deux normes.
Le simplifié si votre projet concerne la Chine continentale, Singapour ou la Malaisie, et parce que la quasi-totalité des manuels en français l’emploie. Le traditionnel si vous visez Taïwan, Hong Kong, Macao, la calligraphie ou les textes classiques. Une seule norme à la fois : apprendre les deux de front double la charge de mémoire sans bénéfice.
En partie, et de mieux en mieux avec l’habitude. Beaucoup de caractères n’ont pas changé, et les composants simplifiés forment des séries régulières : connaître 讠 pour 言 ou 钅 pour 金 rend d’un coup lisibles des centaines de caractères. Quelques semaines de lecture suffisent généralement à passer d’une norme à l’autre.
Parce que la réforme a fondu plusieurs caractères traditionnels en un seul. 发 recouvre à la fois 發, « émettre », et 髮, « cheveux » ; 面 recouvre le visage et les nouilles. Du traditionnel vers le simplifié la conversion est presque toujours sûre ; dans l’autre sens, le logiciel doit deviner d’après le contexte.
Non. La loi sur la langue et l’écriture communes, en vigueur depuis 2001, impose le simplifié dans l’usage officiel mais autorise le traditionnel en calligraphie, sur les sceaux, dans l’édition de textes anciens et dans les inscriptions à valeur historique. Les enseignes commerciales l’emploient couramment.
Une seule tentative, la deuxième série de décembre 1977. Elle a été très mal reçue, abandonnée dans l’usage, puis officiellement retirée en 1986. Depuis, aucune simplification nouvelle n’a été introduite : la norme actuelle est stable.
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