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Cours de langues›Clés et traits

Les traits et les clés : tracer un caractère, puis le retrouver

Un caractère n’est pas un dessin libre. C’est une suite fixe de traits, tracés dans un ordre déterminé, à l’intérieur d’un carré de taille constante. Cet ordre n’est pas une coquetterie de calligraphe : il conditionne la reconnaissance manuscrite, le décompte des traits et la recherche au dictionnaire.

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Ce que cette page décrit, et ce qu’elle laisse de côté

Le trait, 笔画 bǐhuà, est l’unité de l’écriture chinoise. Un caractère se définit par le nombre de ses traits, par leur forme et par l’ordre dans lequel la main les pose. Ces trois données sont fixées par des normes officielles, et elles suffisent à écrire n’importe quel caractère sans jamais l’avoir vu tracer.

Cette page répond au comment. Elle ne répond pas au pourquoi : la raison pour laquelle un caractère donné signifie ce qu’il signifie, et la répartition du sens et de la prononciation entre ses éléments, relèvent de la page Comment est fait un caractère. Elle ne dit pas davantage s’il faut apprendre à les écrire, ni dans quel ordre s’y prendre : cette décision est examinée à la page Faut-il apprendre les caractères. Ce qui suit vaut pour les caractères simplifiés, seule forme employée dans ce dossier ; les différences de tracé avec la forme traditionnelle sont exposées à la page Simplifié et traditionnel.

Les huit traits fondamentaux

La tradition en retient huit. Chacun porte un nom chinois, que les manuels emploient sans le traduire, et se reconnaît à sa direction et à la façon dont il s’achève.

Les huit traits de base et un caractère où les trouver
NomPinyinDescriptionExemple
横hénghorizontal, tracé vers la droite三 sān — « trois »
竖shùvertical, tracé vers le bas中 zhōng — « le milieu »
撇piěoblique descendant vers la gauche八 bā — « huit »
捺nàoblique descendant vers la droite, qui s’élargit大 dà — « grand »
点diǎnpoint, trait bref et appuyé六 liù — « six »
提tímontant vers la droite打 dǎ — « frapper »
折zhébrisure : la direction change sans que la main se lève口 kǒu — « la bouche »
钩gōucrochet terminal小 xiǎo — « petit »

La calligraphie résume ces huit mouvements dans un seul caractère, 永 yǒng, « éternel », qu’on trace pourtant en cinq traits : plusieurs d’entre eux sont composés. C’est là le point le plus contre-intuitif pour un francophone. Un trait composé compte pour un seul trait, parce que la main ne se lève pas : le décompte suit la main, non l’œil.

  • 口 kǒu — « la bouche » : trois traits, car l’angle supérieur droit est un 横折 héngzhé
  • 马 mǎ — « le cheval » : trois traits seulement, malgré tous ses changements de direction
  • 女 nǚ — « la femme » : trois traits, le premier étant un 撇点 piědiǎn
  • 这个字有几画? Zhège zì yǒu jǐ huà? — « combien de traits a ce caractère ? »

Pour classer les caractères, les dictionnaires modernes ramènent tout cela à cinq formes seulement, dans un ordre invariable : 一 héng, 丨 shù, 丿 piě, 丶 diǎn, 乙 zhé. Deux caractères de même nombre de traits se rangent d’après la forme de leur premier trait, puis du deuxième. Retenez cette suite : elle sert dès qu’on ouvre un dictionnaire.

L’ordre des traits

L’ordre du tracé, 笔顺 bǐshùn, obéit à sept règles qui se recoupent. Elles s’énoncent en quatre caractères, comme des formules, et se retiennent vite.

Les sept règles du tracé
RèglePinyinCe qu’elle ditExemple
从上到下cóng shàng dào xiàde haut en bas三 sān — « trois »
从左到右cóng zuǒ dào yòude gauche à droite川 chuān — « le cours d’eau »
先横后竖xiān héng hòu shùl’horizontal avant le vertical十 shí — « dix »
先撇后捺xiān piě hòu nàl’oblique gauche avant l’oblique droite人 rén — « la personne »
先外后内xiān wài hòu nèil’enveloppe avant le contenu同 tóng — « identique »
先里头后封口xiān lǐtou hòu fēngkǒuon ferme l’enclos en dernier国 guó — « le pays »
先中间后两边xiān zhōngjiān hòu liǎngbiānle milieu avant les deux côtés小 xiǎo — « petit »

Deux cas particuliers s’ajoutent, et tous deux tombent en fin de tracé. L’élément 辶, qui enveloppe par la gauche et par le bas, s’écrit après ce qu’il porte. Et dans un caractère entièrement clos, la barre inférieure qui referme l’enclos vient après tout ce qui se trouve à l’intérieur.

Quand deux règles se contredisent. Le caractère 田 tián, « le champ », devrait commencer par son horizontale si l’on suivait 先横后竖. Ce n’est pas le cas : l’ordre officiel est 竖, 横折, 横, 竖, 横. La règle de l’enveloppe l’emporte, parce que le montant de gauche et la brisure du haut forment le cadre. Ces conflits sont rares, mais ils existent, et c’est pourquoi l’ordre est publié caractère par caractère plutôt que déduit.

Deux normes chinoises fixent cet ordre. 现代汉语通用字笔顺规范, publiée en 1997, a été remplacée par 通用规范汉字笔顺规范 (GF 0023-2020), entrée en vigueur le 1er mars 2021. Quand une application de calligraphie corrige votre tracé, c’est elle qu’elle applique.

L’ordre n’est pas facultatif, et pour trois raisons concrètes. Le décompte des traits, dont dépend toute recherche au dictionnaire, suppose qu’on sache où la main se lève. La saisie manuscrite sur un écran travaille sur la séquence, non sur l’image finale. Enfin l’équilibre du caractère dépend de la succession de ses traits.

Les clés, ou l’index de l’écriture

La clé, 部首 bùshǒu, littéralement « tête de section », est l’élément sous lequel un dictionnaire range un caractère. Le 康熙字典 Kāngxī zìdiǎn, achevé en 1716, en a retenu 214, et ce nombre s’est imposé ensuite ; les dictionnaires de caractères traditionnels s’y tiennent encore. Pour les caractères simplifiés, la Chine a publié en 2009 une table officielle, 汉字部首表, qui reconnaît 201 clés principales et 99 formes annexes.

Prenez la clé, ici, pour ce qu’elle est d’abord : un dispositif de classement. Ce qu’elle apporte au sens du caractère est une autre question, traitée à la page Comment est fait un caractère.

Les clés changent de forme selon leur place

C’est la difficulté réelle. Un même élément s’écrit autrement selon qu’il occupe le carré seul, sa gauche, son sommet ou son pied. Il faut apprendre les deux formes ensemble, sans quoi l’on cherche une clé qu’on a sous les yeux.

Quatorze clés courantes et leur forme comprimée
SeulEn positionSensCaractère
人 rén亻la personne你 nǐ — « toi »
水 shuǐ氵l’eau河 hé — « le fleuve »
手 shǒu扌la main找 zhǎo — « chercher »
心 xīn忄le cœur忙 máng — « occupé »
火 huǒ灬le feu热 rè — « chaud »
刀 dāo刂le couteau到 dào — « arriver »
犬 quǎn犭le chien猫 māo — « le chat »
言 yán讠la parole说 shuō — « dire »
食 shí饣la nourriture饭 fàn — « le repas »
金 jīn钅le métal钱 qián — « l’argent »
糸 mì纟le fil红 hóng — « rouge »
艸 cǎo艹l’herbe花 huā — « la fleur »
竹 zhú⺮le bambou简 jiǎn — « simple »
衣 yī衤le vêtement袜 wà — « la chaussette »

Deux paires méritent d’être distinguées sans hésitation. 衤, le vêtement, compte un trait de plus que 礻, qui touche au culte : 袜 wà, « la chaussette », contre 神 shén, « l’esprit ». Et 阝 recouvre deux clés distinctes selon le côté où il tombe : à gauche il continue 阜, la butte, à droite 邑, la ville. Les dictionnaires leur réservent deux entrées.

La clé n’est pas toujours à gauche

C’est l’erreur la plus répandue chez les débutants, et elle coûte du temps à chaque recherche. La clé occupe la position que le caractère lui assigne.

Le carré et ses partitions

Tout caractère occupe un carré de même taille, quel que soit son nombre de traits. 一 yī tient autant de place que 想 xiǎng. Les cahiers d’écolier chinois sont quadrillés pour cette raison : c’est le 田字格 tiánzìgé, la grille en forme de 田.

Le carré se partage selon un petit nombre de dispositions. Un caractère d’un seul tenant est un 独体字 dútǐzì ; dès qu’il se décompose, il devient un 合体字 hétǐzì.

Les dispositions du carré
DispositionPinyinExemple
独体dútǐ山 shān — « la montagne »
左右zuǒyòu明 míng — « clair »
上下shàngxià男 nán — « l’homme »
左中右zuǒzhōngyòu谢 xiè — « remercier »
半包围bànbāowéi这 zhè — « ceci »
全包围quánbāowéi回 huí — « revenir »

Puisque la taille du carré ne change pas, un élément qui le partage doit se comprimer, et cette compression modifie ses traits. La règle est constante : poussé vers la gauche, un élément redresse son dernier trait horizontal en 提 et rétracte son 捺 en 点, car un caractère ne supporte qu’un seul trait largement étalé vers la droite.

Retrouver un caractère qu’on ne sait pas prononcer

C’est la situation ordinaire du lecteur : un caractère inconnu, dont on ignore le son et donc le pinyin. Tout le système des clés et des traits existe pour ce cas.

  1. Repérer la clé, en se rappelant qu’elle peut occuper la gauche, la droite, le sommet, le pied ou l’enveloppe.
  2. Compter ses traits, et la trouver dans la table des clés, elle-même ordonnée par nombre de traits.
  3. Compter les traits restants, c’est-à-dire le total moins ceux de la clé. 海 hǎi, « la mer », compte dix traits ; 氵 en occupe trois ; il reste sept.
  4. Chercher dans la sous-liste correspondante, où les caractères se rangent selon la suite 一 丨 丿 丶 乙.

Trois autres voies existent. L’index par pinyin est de loin le plus rapide quand on connaît la prononciation ; encore faut-il lire le pinyin sans hésiter, ce que détaille la page Lire le pinyin. L’index par nombre total de traits sert quand la clé résiste : on cherche 谢 xiè parmi les caractères de douze traits. Reste le tracé au doigt sur un écran, à condition d’écrire dans l’ordre normalisé.

Une écriture s’apprend par la main. Aucun de ces mécanismes ne se retient en lisant. Le décompte des traits, le redressement d’un 提, la place d’une clé deviennent automatiques à force d’être tracés. Reste que l’écrit n’est pas la langue : 他写字很好看。 Tā xiě zì hěn hǎokàn. — « il a une belle écriture » ne dit rien de ce qu’il sait dire. C’est la parole que travaille notre cours de chinois mandarin, entièrement audio. Le dossier de grammaire du mandarin décrit la langue parlée ; nos autres dossiers sont réunis à la page grammaire.

Première série : les traits, leur ordre, leur nombre

Choisissez la forme, le décompte ou la clé qu’appelle chaque caractère. On travaille ici les traits de base, l’ordre du tracé et les clés les plus fréquentes. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Le premier trait de 十 shí est ___. (dix)
  2. Le premier trait de 人 rén est ___. (la personne)
  3. Le dernier trait de 国 guó est ___. (le pays)
  4. Le dernier élément tracé dans 这 zhè est ___. (ceci)
  5. Le premier trait de 小 xiǎo est ___. (petit)
  6. 口 kǒu compte ___. (la bouche)
  7. 马 mǎ compte ___. (le cheval)
  8. 女 nǚ compte ___. (la femme)
  9. 好 hǎo compte ___. (bon, bien)
  10. La clé de 妈 mā est ___. (maman)
  11. La clé de 河 hé est ___. (le fleuve)
  12. La clé de 打 dǎ est ___. (frapper)
  13. La clé de 说 shuō est ___. (dire)
  14. La clé de 花 huā est ___. (la fleur)
  15. La clé de 明 míng est ___. (clair)
  16. La clé de 忙 máng est ___. (occupé)
  17. La clé de 饭 fàn est ___. (le repas)
  18. La clé de 钱 qián est ___. (l’argent)
  19. La clé de 猫 māo est ___. (le chat)
  20. La clé de 到 dào est ___. (arriver)
  21. La clé de 问 wèn est ___. (demander)

Seconde série : les variantes, le carré, la recherche au dictionnaire

Même exercice, plus exigeant. On y travaille la déformation des éléments comprimés, les clés placées ailleurs qu’à gauche, la structure du carré et le calcul des traits restants. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Dans 好 hǎo, le dernier trait de l’élément 女 devient ___. (bon, bien)
  2. Dans 村 cūn, le dernier trait de l’élément 木 devient ___. (le village)
  3. Dans 院 yuàn, le 阝 de gauche relève de la clé ___. (la cour)
  4. Le caractère dont le 阝 relève de 邑 est ___. (la ville)
  5. La clé de 睡 shuì est ___. (dormir)
  6. La clé de 跑 pǎo est ___. (courir)
  7. La clé de 贵 guì est ___. (cher)
  8. La clé de 想 xiǎng est ___. (penser, vouloir)
  9. La clé de 热 rè est ___. (chaud)
  10. La disposition du carré dans 花 huā est ___. (la fleur)
  11. La disposition du carré dans 国 guó est ___. (le pays)
  12. La disposition du carré dans 谢 xiè est ___. (remercier)
  13. Le caractère 独体 dútǐ, d’un seul tenant, est ___. (la montagne)
  14. Dans la suite des cinq formes de trait, la première est ___. (le trait horizontal)
  15. Après avoir retiré la clé 氵, il reste dans 海 hǎi ___. (la mer)
  16. Après avoir retiré la clé 心, il reste dans 想 xiǎng ___. (penser, vouloir)
  17. Le premier trait de 田 tián est ___. (le champ)
  18. Le dernier trait de 回 huí est ___. (revenir)
  19. La clé de 树 shù est ___. (l’arbre)
  20. 谢 xiè compte ___. (remercier)
  21. La clé de 简 jiǎn est ___. (simple)
  22. Le caractère dont la clé est 纟 est ___. (rouge)
  23. La clé de 袜 wà est ___. (la chaussette)

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Questions fréquentes

Combien y a-t-il de traits de base en chinois ?

Huit : 横 héng, 竖 shù, 撇 piě, 捺 nà, 点 diǎn, 提 tí, 折 zhé, 钩 gōu. Pour classer les caractères, les dictionnaires les ramènent à cinq formes seulement, dans l’ordre 一 丨 丿 丶 乙.

L’ordre des traits est-il vraiment obligatoire ?

Il est normalisé : la norme GF 0023-2020, en vigueur depuis le 1er mars 2021, fixe l’ordre caractère par caractère. Au-delà de la correction formelle, il conditionne trois choses pratiques : le décompte des traits, la reconnaissance du tracé manuscrit sur un écran, et l’équilibre du caractère.

Pourquoi 口 ne compte-t-il que trois traits ?

Parce que le décompte suit la main, non l’œil. L’angle supérieur droit est un 横折 héngzhé, une brisure tracée sans lever le stylo : elle ne vaut qu’un trait. Le même principe fait de 马 mǎ un caractère de trois traits.

Y a-t-il 214 clés ou 201 ?

Les deux chiffres sont exacts, pour deux systèmes différents. Le 康熙字典 Kāngxī zìdiǎn, achevé en 1716, en compte 214, et les dictionnaires de caractères traditionnels s’y tiennent. La table officielle chinoise de 2009, 汉字部首表, en retient 201, accompagnées de 99 formes annexes, pour les caractères simplifiés.

La clé est-elle toujours à gauche du caractère ?

Non, et le croire fait perdre du temps à chaque recherche. Elle est à gauche dans 河 hé, à droite dans 别 bié, au sommet dans 草 cǎo, au pied dans 想 xiǎng, et enveloppante dans 问 wèn.

Pourquoi 好 ne s’écrit-il pas avec le 女 ordinaire ?

Il s’écrit bien avec lui, mais comprimé. Le carré ne change pas de taille : un élément poussé à gauche redresse son dernier trait horizontal en 提 et rétracte son 捺 en 点. On le voit aussi dans 地 dì et dans 村 cūn.

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