Le ton inscrit au dictionnaire n’est pas toujours celui qu’on prononce. Au contact de son voisin, une syllabe change de ton — et le pinyin, le plus souvent, n’en dit rien.
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Un apprenant consciencieux apprend 你 nǐ au troisième ton, descendant-montant, et 好 hǎo au troisième ton lui aussi. Puis il entend un Pékinois dire bonjour, et la première syllabe monte franchement, comme un deuxième ton. Il n’a pas mal entendu. Le mandarin modifie certains tons selon ce qui les suit, et cette modification est obligatoire : la prononciation isolée, celle du dictionnaire, devient fautive dès que le mot entre dans un groupe.
Les grammaires appellent ce phénomène le sandhi tonal, d’un mot sanskrit qui signifie « jonction ». Il est mécanique et se décrit en quelques règles, qui souffrent peu d’exceptions. C’est une bonne nouvelle : contrairement aux tons eux-mêmes, qui demandent des mois d’oreille, les règles du sandhi se comprennent en une heure. L’automatisme, lui, demande de l’écoute, et la dernière section de cette page explique pourquoi.
Cette page suppose connus les quatre tons, leur contour et leur hauteur ; ils sont décrits à la page les quatre tons. Elle ne traite pas non plus le ton neutre, qui n’est pas un sandhi mais une absence de ton, et qui relève de la page le ton neutre. Quatre mécanismes seulement nous occupent ici : deux troisièmes tons qui se suivent, le demi-troisième ton, le cas de 不 et celui de 一.
C’est la règle la plus connue, et la plus rentable. Quand un troisième ton est suivi d’un autre troisième ton, le premier se prononce comme un deuxième ton, montant. Le second garde le sien. On note ce schéma 3+3 → 2+3.
L’explication habituellement avancée est articulatoire : le troisième ton descend très bas avant de remonter, et deux descentes consécutives alourdiraient le groupe. Le mandarin évite la répétition en remontant la première.
Deux précisions comptent. D’abord, la règle ne s’arrête pas à la frontière du mot : elle joue entre deux mots voisins dès qu’ils sont prononcés d’un seul souffle, comme dans 他想买 tā xiǎng mǎi. Ensuite, elle ne joue pas par-dessus une pause. Si vous marquez un silence, une virgule, une hésitation entre les deux syllabes, chacune reprend son troisième ton entier.
Ce que le sandhi ne fait pas. La syllabe modifiée n’est pas devenue un deuxième ton : elle en emprunte seulement la mélodie. L’écriture ne change pas, le sens ne change pas, et dans un autre entourage la syllabe retrouvera son troisième ton. Ne réécrivez jamais 你好 en ní hǎo dans un devoir : la graphie officielle reste nǐ hǎo.
Quand trois troisièmes tons se suivent, la règle s’applique toujours, mais il faut d’abord savoir où coupe le sens. Le mandarin traite le groupe de deux syllabes qui forme une unité, puis rattache la troisième. Le résultat dépend donc du découpage, non de la position.
Si les deux premières syllabes forment un mot, elles passent toutes deux au deuxième ton et la dernière garde le sien.
Si ce sont les deux dernières qui forment un mot, seule la syllabe du milieu monte, et la première reste basse.
Sur ce second cas, l’usage n’est pas unanime. Beaucoup de locuteurs font aussi monter la première syllabe et disent xiáo láohǔ, mái shuíguǒ ; la réalisation donnée ici est celle que décrivent les manuels, et elle est toujours acceptable, mais ne vous étonnez pas d’entendre l’autre.
Au-delà de trois syllabes, le mandarin ne suit plus de règle unique : la chaîne se découpe en groupes de souffle, et chaque groupe applique la règle pour son compte. Aucun manuel sérieux ne prétend fixer la prononciation de quatre ou cinq troisièmes tons consécutifs, parce que les locuteurs eux-mêmes hésitent. Ce sont des cas rares ; ne les prenez pas pour le cœur du sujet.
Voici la règle la moins enseignée et la plus fréquente. Un troisième ton complet — descendant puis remontant — ne se prononce entièrement qu’en fin d’énoncé, devant une pause, ou quand la syllabe est isolée. Partout ailleurs, c’est-à-dire devant un premier, un deuxième ou un quatrième ton, il perd sa remontée : il descend, reste bas, et la syllabe suivante enchaîne. Les phonéticiens chinois l’appellent le demi-troisième ton.
Statistiquement, un troisième ton est plus souvent réalisé ainsi qu’en entier. Les débutants francophones font l’erreur inverse : ils remontent chaque fois, ce qui allonge chaque syllabe et donne à leur mandarin une cadence heurtée, reconnaissable entre toutes.
| Ce qui suit | Réalisation | Exemple |
|---|---|---|
| Premier ton, haut et plat | bas, sans remontée | 老师 lǎoshī — « le professeur » |
| Deuxième ton, montant | bas, sans remontée | 美国 Měiguó — « les États-Unis » |
| Quatrième ton, descendant | bas, sans remontée | 请问 qǐngwèn — « excusez-moi » |
| Troisième ton, descendant-montant | deuxième ton, montant | 你好 nǐ hǎo → ní hǎo — « bonjour » |
| Une pause, ou rien | descendant-montant entier | 好 hǎo — « bien » |
Dans la dernière phrase, 每 est bas et court devant 天, tandis que 洗 monte devant 澡 : les deux règles cohabitent dans cinq syllabes. Le troisième ton devant une syllabe atone obéit à une logique voisine, exposée à la page le ton neutre.
不 bù porte le quatrième ton, descendant. Devant un autre quatrième ton, il passe au deuxième ton, montant : bú. Devant les trois autres tons, il ne bouge pas. La règle n’a qu’une ligne, mais elle se rencontre à chaque phrase, tant cette négation est fréquente ; son emploi et son partage avec 没 sont exposés à la page les deux négations.
| Syllabe suivante | Ton de 不 | Exemple |
|---|---|---|
| Premier ton | bù | 不吃 bù chī — « ne pas manger » |
| Deuxième ton | bù | 不来 bù lái — « ne pas venir » |
| Troisième ton | bù | 不好 bù hǎo — « pas bien » |
| Quatrième ton | bú | 不是 bú shì — « ne pas être » |
| Entre deux verbes identiques | atone | 是不是 shì bu shì — « est-ce que » |
Deux emplois font tomber le ton de 不 tout entier. Placé entre deux occurrences du même verbe, il devient atone : c’est la question par alternance, décrite à la page poser une question. Inséré dans un complément, il est atone également, comme dans 听不懂 tīng bu dǒng, « ne pas arriver à comprendre à l’oreille », forme traitée à la page le complément potentiel.
一, le chiffre un, est le second mot à sandhi obligatoire, et son comportement est plus riche que celui de 不, parce qu’il dépend autant de l’emploi que du ton voisin.
Prononcé seul, compté dans une série, placé à la fin d’un nombre ou employé comme ordinal, il garde son premier ton, haut et plat : yī. Mais dès qu’il compte quelque chose, il se comporte comme 不 à l’envers : il passe au quatrième ton, yì, devant un premier, un deuxième ou un troisième ton, et au deuxième ton, yí, devant un quatrième.
| Emploi | Prononciation | Exemple |
|---|---|---|
| Isolé, compté, ordinal, fin de nombre | yī | 第一 dìyī — « le premier » |
| Devant un premier ton | yì | 一天 yì tiān — « un jour » |
| Devant un deuxième ton | yì | 一年 yì nián — « un an » |
| Devant un troisième ton | yì | 一本 yì běn — « un exemplaire » |
| Devant un quatrième ton | yí | 一个 yí ge — « un » |
| Entre deux verbes identiques | atone | 看一看 kàn yi kàn — « jeter un coup d’œil » |
Retenez la distinction de fond : 一 ne change de ton que lorsqu’il quantifie. Dans une énumération ou un numéro, il reste yī. Les emplois de 一 comme nombre relèvent de la page nombres, dates et heures, et son association obligatoire à un classificateur de la page les classificateurs.
La norme officielle d’orthographe du pinyin, publiée par la Chine sous la référence GB/T 16159, demande de noter le ton d’origine et non le ton réalisé. On écrit donc nǐ hǎo, shuǐguǒ, zhǎnlǎnguǎn, quoi qu’on prononce. Le sandhi du troisième ton n’est jamais écrit nulle part : il reste entièrement à la charge de l’oreille.
Pour 不 et 一, l’usage des manuels s’écarte souvent de la norme et note le ton effectivement prononcé — bú shì, yí ge — parce que ces deux mots sont si fréquents que la fiction du ton d’origine désorienterait le débutant. Les conventions d’écriture du pinyin, tons compris, sont détaillées à la page lire le pinyin.
Le débit gouverne tout. Le sandhi est un fait de chaîne parlée, non de vocabulaire. Il s’applique à l’intérieur d’un groupe de souffle et s’arrête à ses frontières. Un locuteur rapide soude davantage de syllabes, donc déclenche davantage de sandhi ; un locuteur lent, ou qui dicte, en déclenche moins. Cela explique qu’un même mot vous parvienne parfois avec son ton du dictionnaire, parfois avec son ton modifié, sans que personne se trompe.
Ce constat a une conséquence pratique. Le sandhi ne s’acquiert pas en révisant un tableau, mais en écoutant des phrases entières, prononcées à vitesse réelle, jusqu’à ce que la modification devienne un réflexe articulatoire. C’est la démarche de notre cours de chinois mandarin, entièrement audio. Les autres difficultés de prononciation — l’aspiration, les trois séries de sifflantes, le r — sont traitées à la page les sons absents du français, et l’ensemble du dossier est recensé sur la page de grammaire.
Indiquez comment se prononce réellement chaque forme. On travaille ici la règle des deux troisièmes tons et le demi-troisième ton. Touchez une réponse, puis Correction.
Même exercice, mais plus exigeant. On y travaille les deux mots à sandhi obligatoire, leurs emplois atones et les formes où deux règles se rencontrent. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-cinq pages qui se répondent, des quatre tons aux compléments du verbe, avec des exercices corrigés sur chacune. Une langue sans conjugaison ni déclinaison, mais où tout se joue dans l'ordre et les particules.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l'une ne donne pas accès à l'autre. Dans les deux cas, les leçons s'écoutent en ligne.
C’est la modification obligatoire du ton d’une syllabe au contact de sa voisine. Quatre cas seulement le concernent : deux troisièmes tons qui se suivent, le demi-troisième ton, 不 et 一. Le mot vient du sanskrit et signifie « jonction ».
Parce que 你 et 好 portent tous deux le troisième ton, descendant-montant, et que deux troisièmes tons consécutifs sont impossibles. Le premier passe à la mélodie montante du deuxième ton. L’écriture en pinyin, elle, ne change pas : on continue d’écrire nǐ hǎo.
La norme chinoise GB/T 16159 demande de noter le ton d’origine, donc non. Beaucoup de manuels font une exception pour 不 et 一 et écrivent bú shì, yí ge, parce que ces deux mots reviennent à chaque phrase.
yī quand il ne compte rien : isolé, dans une énumération, comme ordinal, à la fin d’un nombre. yì quand il quantifie devant un premier, un deuxième ou un troisième ton. yí quand il quantifie devant un quatrième ton.
Oui, dès que les deux syllabes sont prononcées d’un même souffle : 他想买 tā xiǎng mǎi se dit tā xiáng mǎi. En revanche, une pause entre elles annule la règle et chacune retrouve son troisième ton entier.
Les manuels anciens donnaient une règle comparable pour 七 qī et 八 bā devant un quatrième ton. Elle n’appartient plus au mandarin standard d’aujourd’hui et on ne l’enseigne plus ; ces deux chiffres gardent leur premier ton partout.
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