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Cours de langues›Le sandhi tonal

Quand les tons changent : le sandhi du mandarin

Le ton inscrit au dictionnaire n’est pas toujours celui qu’on prononce. Au contact de son voisin, une syllabe change de ton — et le pinyin, le plus souvent, n’en dit rien.

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Le ton écrit et le ton dit

Un apprenant consciencieux apprend 你 nǐ au troisième ton, descendant-montant, et 好 hǎo au troisième ton lui aussi. Puis il entend un Pékinois dire bonjour, et la première syllabe monte franchement, comme un deuxième ton. Il n’a pas mal entendu. Le mandarin modifie certains tons selon ce qui les suit, et cette modification est obligatoire : la prononciation isolée, celle du dictionnaire, devient fautive dès que le mot entre dans un groupe.

Les grammaires appellent ce phénomène le sandhi tonal, d’un mot sanskrit qui signifie « jonction ». Il est mécanique et se décrit en quelques règles, qui souffrent peu d’exceptions. C’est une bonne nouvelle : contrairement aux tons eux-mêmes, qui demandent des mois d’oreille, les règles du sandhi se comprennent en une heure. L’automatisme, lui, demande de l’écoute, et la dernière section de cette page explique pourquoi.

Cette page suppose connus les quatre tons, leur contour et leur hauteur ; ils sont décrits à la page les quatre tons. Elle ne traite pas non plus le ton neutre, qui n’est pas un sandhi mais une absence de ton, et qui relève de la page le ton neutre. Quatre mécanismes seulement nous occupent ici : deux troisièmes tons qui se suivent, le demi-troisième ton, le cas de 不 et celui de 一.

Deux troisièmes tons de suite

C’est la règle la plus connue, et la plus rentable. Quand un troisième ton est suivi d’un autre troisième ton, le premier se prononce comme un deuxième ton, montant. Le second garde le sien. On note ce schéma 3+3 → 2+3.

L’explication habituellement avancée est articulatoire : le troisième ton descend très bas avant de remonter, et deux descentes consécutives alourdiraient le groupe. Le mandarin évite la répétition en remontant la première.

  • 你好 nǐ hǎo → ní hǎo — « bonjour »
  • 很好 hěn hǎo → hén hǎo — « très bien »
  • 水果 shuǐguǒ → shuíguǒ — « le fruit »
  • 手表 shǒubiǎo → shóubiǎo — « la montre »
  • 老虎 lǎohǔ → láohǔ — « le tigre »
  • 可以 kěyǐ → kéyǐ — « pouvoir, être permis »
  • 雨伞 yǔsǎn → yúsǎn — « le parapluie »
  • 洗澡 xǐzǎo → xízǎo — « se laver »
  • 打扫 dǎsǎo → dásǎo — « faire le ménage »
  • 语法 yǔfǎ → yúfǎ — « la grammaire »
  • 五百 wǔbǎi → wúbǎi — « cinq cents »
  • 他想买票。 Tā xiǎng mǎi piào. → Tā xiáng mǎi piào. — « il veut acheter un billet »

Deux précisions comptent. D’abord, la règle ne s’arrête pas à la frontière du mot : elle joue entre deux mots voisins dès qu’ils sont prononcés d’un seul souffle, comme dans 他想买 tā xiǎng mǎi. Ensuite, elle ne joue pas par-dessus une pause. Si vous marquez un silence, une virgule, une hésitation entre les deux syllabes, chacune reprend son troisième ton entier.

Ce que le sandhi ne fait pas. La syllabe modifiée n’est pas devenue un deuxième ton : elle en emprunte seulement la mélodie. L’écriture ne change pas, le sens ne change pas, et dans un autre entourage la syllabe retrouvera son troisième ton. Ne réécrivez jamais 你好 en ní hǎo dans un devoir : la graphie officielle reste nǐ hǎo.

Trois troisièmes tons : le découpage décide

Quand trois troisièmes tons se suivent, la règle s’applique toujours, mais il faut d’abord savoir où coupe le sens. Le mandarin traite le groupe de deux syllabes qui forme une unité, puis rattache la troisième. Le résultat dépend donc du découpage, non de la position.

Si les deux premières syllabes forment un mot, elles passent toutes deux au deuxième ton et la dernière garde le sien.

Si ce sont les deux dernières qui forment un mot, seule la syllabe du milieu monte, et la première reste basse.

Sur ce second cas, l’usage n’est pas unanime. Beaucoup de locuteurs font aussi monter la première syllabe et disent xiáo láohǔ, mái shuíguǒ ; la réalisation donnée ici est celle que décrivent les manuels, et elle est toujours acceptable, mais ne vous étonnez pas d’entendre l’autre.

Au-delà de trois syllabes, le mandarin ne suit plus de règle unique : la chaîne se découpe en groupes de souffle, et chaque groupe applique la règle pour son compte. Aucun manuel sérieux ne prétend fixer la prononciation de quatre ou cinq troisièmes tons consécutifs, parce que les locuteurs eux-mêmes hésitent. Ce sont des cas rares ; ne les prenez pas pour le cœur du sujet.

Le demi-troisième ton

Voici la règle la moins enseignée et la plus fréquente. Un troisième ton complet — descendant puis remontant — ne se prononce entièrement qu’en fin d’énoncé, devant une pause, ou quand la syllabe est isolée. Partout ailleurs, c’est-à-dire devant un premier, un deuxième ou un quatrième ton, il perd sa remontée : il descend, reste bas, et la syllabe suivante enchaîne. Les phonéticiens chinois l’appellent le demi-troisième ton.

Statistiquement, un troisième ton est plus souvent réalisé ainsi qu’en entier. Les débutants francophones font l’erreur inverse : ils remontent chaque fois, ce qui allonge chaque syllabe et donne à leur mandarin une cadence heurtée, reconnaissable entre toutes.

Ce que devient un troisième ton selon ce qui le suit
Ce qui suitRéalisationExemple
Premier ton, haut et platbas, sans remontée老师 lǎoshī — « le professeur »
Deuxième ton, montantbas, sans remontée美国 Měiguó — « les États-Unis »
Quatrième ton, descendantbas, sans remontée请问 qǐngwèn — « excusez-moi »
Troisième ton, descendant-montantdeuxième ton, montant你好 nǐ hǎo → ní hǎo — « bonjour »
Une pause, ou riendescendant-montant entier好 hǎo — « bien »

Dans la dernière phrase, 每 est bas et court devant 天, tandis que 洗 monte devant 澡 : les deux règles cohabitent dans cinq syllabes. Le troisième ton devant une syllabe atone obéit à une logique voisine, exposée à la page le ton neutre.

不 : la négation qui change de ton

不 bù porte le quatrième ton, descendant. Devant un autre quatrième ton, il passe au deuxième ton, montant : bú. Devant les trois autres tons, il ne bouge pas. La règle n’a qu’une ligne, mais elle se rencontre à chaque phrase, tant cette négation est fréquente ; son emploi et son partage avec 没 sont exposés à la page les deux négations.

Le ton de 不 selon la syllabe suivante
Syllabe suivanteTon de 不Exemple
Premier tonbù不吃 bù chī — « ne pas manger »
Deuxième tonbù不来 bù lái — « ne pas venir »
Troisième tonbù不好 bù hǎo — « pas bien »
Quatrième tonbú不是 bú shì — « ne pas être »
Entre deux verbes identiquesatone是不是 shì bu shì — « est-ce que »

Deux emplois font tomber le ton de 不 tout entier. Placé entre deux occurrences du même verbe, il devient atone : c’est la question par alternance, décrite à la page poser une question. Inséré dans un complément, il est atone également, comme dans 听不懂 tīng bu dǒng, « ne pas arriver à comprendre à l’oreille », forme traitée à la page le complément potentiel.

一 : trois prononciations pour un caractère

一, le chiffre un, est le second mot à sandhi obligatoire, et son comportement est plus riche que celui de 不, parce qu’il dépend autant de l’emploi que du ton voisin.

Prononcé seul, compté dans une série, placé à la fin d’un nombre ou employé comme ordinal, il garde son premier ton, haut et plat : yī. Mais dès qu’il compte quelque chose, il se comporte comme 不 à l’envers : il passe au quatrième ton, yì, devant un premier, un deuxième ou un troisième ton, et au deuxième ton, yí, devant un quatrième.

Les prononciations de 一
EmploiPrononciationExemple
Isolé, compté, ordinal, fin de nombreyī第一 dìyī — « le premier »
Devant un premier tonyì一天 yì tiān — « un jour »
Devant un deuxième tonyì一年 yì nián — « un an »
Devant un troisième tonyì一本 yì běn — « un exemplaire »
Devant un quatrième tonyí一个 yí ge — « un »
Entre deux verbes identiquesatone看一看 kàn yi kàn — « jeter un coup d’œil »

Retenez la distinction de fond : 一 ne change de ton que lorsqu’il quantifie. Dans une énumération ou un numéro, il reste yī. Les emplois de 一 comme nombre relèvent de la page nombres, dates et heures, et son association obligatoire à un classificateur de la page les classificateurs.

Ce que le pinyin écrit, et ce que fait le débit

La norme officielle d’orthographe du pinyin, publiée par la Chine sous la référence GB/T 16159, demande de noter le ton d’origine et non le ton réalisé. On écrit donc nǐ hǎo, shuǐguǒ, zhǎnlǎnguǎn, quoi qu’on prononce. Le sandhi du troisième ton n’est jamais écrit nulle part : il reste entièrement à la charge de l’oreille.

Pour 不 et 一, l’usage des manuels s’écarte souvent de la norme et note le ton effectivement prononcé — bú shì, yí ge — parce que ces deux mots sont si fréquents que la fiction du ton d’origine désorienterait le débutant. Les conventions d’écriture du pinyin, tons compris, sont détaillées à la page lire le pinyin.

Le débit gouverne tout. Le sandhi est un fait de chaîne parlée, non de vocabulaire. Il s’applique à l’intérieur d’un groupe de souffle et s’arrête à ses frontières. Un locuteur rapide soude davantage de syllabes, donc déclenche davantage de sandhi ; un locuteur lent, ou qui dicte, en déclenche moins. Cela explique qu’un même mot vous parvienne parfois avec son ton du dictionnaire, parfois avec son ton modifié, sans que personne se trompe.

Ce constat a une conséquence pratique. Le sandhi ne s’acquiert pas en révisant un tableau, mais en écoutant des phrases entières, prononcées à vitesse réelle, jusqu’à ce que la modification devienne un réflexe articulatoire. C’est la démarche de notre cours de chinois mandarin, entièrement audio. Les autres difficultés de prononciation — l’aspiration, les trois séries de sifflantes, le r — sont traitées à la page les sons absents du français, et l’ensemble du dossier est recensé sur la page de grammaire.

Première série : le troisième ton

Indiquez comment se prononce réellement chaque forme. On travaille ici la règle des deux troisièmes tons et le demi-troisième ton. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. 你好 → ___ (bonjour)
  2. 很好 → ___ (très bien)
  3. 水果 → ___ (le fruit)
  4. 手表 → ___ (la montre)
  5. 老虎 → ___ (le tigre)
  6. 可以 → ___ (pouvoir, être permis)
  7. 雨伞 → ___ (le parapluie)
  8. 洗澡 → ___ (se laver)
  9. 五百 → ___ (cinq cents)
  10. 语法 → ___ (la grammaire)
  11. 老师 → ___ (le professeur)
  12. 北京 → ___ (Pékin)
  13. 美国 → ___ (les États-Unis)
  14. 请问 → ___ (excusez-moi)
  15. 早饭 → ___ (le petit-déjeuner)
  16. 火车 → ___ (le train)
  17. 起床 → ___ (se lever)
  18. 很贵 → ___ (très cher)
  19. 我想 → ___ (je voudrais)
  20. 展览馆 → ___ (la salle d’exposition)
  21. 打扫 → ___ (faire le ménage)
  22. 走路 → ___ (aller à pied)

Seconde série : 不, 一 et les suites difficiles

Même exercice, mais plus exigeant. On y travaille les deux mots à sandhi obligatoire, leurs emplois atones et les formes où deux règles se rencontrent. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. 不是 → ___ (ne pas être)
  2. 不吃 → ___ (ne pas manger)
  3. 不错 → ___ (pas mal)
  4. 不好 → ___ (pas bien)
  5. 不来 → ___ (ne pas venir)
  6. 不用 → ___ (ce n’est pas la peine)
  7. 不客气 → ___ (de rien)
  8. 不远 → ___ (ce n’est pas loin)
  9. 不难 → ___ (ce n’est pas difficile)
  10. 不要 → ___ (ne pas vouloir)
  11. 是不是 → ___ (est-ce que)
  12. 不会 → ___ (ne pas savoir faire)
  13. 一个 → ___ (un objet)
  14. 一天 → ___ (un jour)
  15. 一样 → ___ (pareil)
  16. 一起 → ___ (ensemble)
  17. 一定 → ___ (certainement)
  18. 第一 → ___ (le premier)
  19. 星期一 → ___ (lundi)
  20. 一百 → ___ (cent)
  21. 看一看 → ___ (jeter un coup d’œil)
  22. 好久不见 → ___ (cela fait longtemps)

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que le sandhi tonal en mandarin ?

C’est la modification obligatoire du ton d’une syllabe au contact de sa voisine. Quatre cas seulement le concernent : deux troisièmes tons qui se suivent, le demi-troisième ton, 不 et 一. Le mot vient du sanskrit et signifie « jonction ».

Pourquoi 你好 se prononce-t-il ní hǎo ?

Parce que 你 et 好 portent tous deux le troisième ton, descendant-montant, et que deux troisièmes tons consécutifs sont impossibles. Le premier passe à la mélodie montante du deuxième ton. L’écriture en pinyin, elle, ne change pas : on continue d’écrire nǐ hǎo.

Faut-il écrire le ton modifié en pinyin ?

La norme chinoise GB/T 16159 demande de noter le ton d’origine, donc non. Beaucoup de manuels font une exception pour 不 et 一 et écrivent bú shì, yí ge, parce que ces deux mots reviennent à chaque phrase.

Quand 一 se prononce-t-il yī, yì ou yí ?

yī quand il ne compte rien : isolé, dans une énumération, comme ordinal, à la fin d’un nombre. yì quand il quantifie devant un premier, un deuxième ou un troisième ton. yí quand il quantifie devant un quatrième ton.

Le sandhi du troisième ton s’applique-t-il entre deux mots différents ?

Oui, dès que les deux syllabes sont prononcées d’un même souffle : 他想买 tā xiǎng mǎi se dit tā xiáng mǎi. En revanche, une pause entre elles annule la règle et chacune retrouve son troisième ton entier.

Existe-t-il d’autres mots à sandhi que 不 et 一 ?

Les manuels anciens donnaient une règle comparable pour 七 qī et 八 bā devant un quatrième ton. Elle n’appartient plus au mandarin standard d’aujourd’hui et on ne l’enseigne plus ; ces deux chiffres gardent leur premier ton partout.

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