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Leçon 290 — Bilan 29 : registres et variétés

À la fin de cette leçon, vous saurez vérifier que vous adaptez votre registre, corrigez les écarts à la norme et reconnaissez les variantes régionales, avec tout ce que l’unité 29 vous a appris. Vous saurez aussi dire, comme un professionnel de la radio : El buen lenguaje es el que se adapta al interlocutor.

Le cours d’espagnol se suit dans l’application LIMBA : des leçons audio de 14 minutes, suivies d’exercices écrits, sur iPhone, iPad et Android. L’application est gratuite, et les deux premières leçons aussi. La leçon 1 s’écoute également plus haut sur cette page, en entier.

Une leçon écrite, complément du cours audio. Cette page fait partie du cours d’espagnol écrit de LIMBA, en accès libre. Il accompagne le cours d’espagnol audio de l’application LIMBA, en leçons de 14 minutes : le cours audio vous fait parler, ces leçons écrites vous apprennent à lire, à écrire et à comprendre la mécanique de la langue.

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Sans règle nouvelle, cette leçon révise l’unité 29, puis la met en scène dans une radio de Guadalajara, au Mexique. Vous saurez :

Avant de commencer. Gardez sous la main les leçons 281 à 289 : si une étape vous résiste, revenez à la leçon qu’elle revoit.

Durée. 60 minutes environ.

Étape 1 · Les marqueurs de l’oral et l’atténuation

Les marqueurs du discours (leçon 281) organisent la conversation. Pour une demande délicate (leçon 282), on adoucit avec le conditionnel, l’imparfait du subjonctif ou un diminutif.

Parler naturellement, demander avec douceur
TournureRôleExemple
o seareformulerMañana no hay clase. O sea, podemos dormir hasta tarde.
totalrésumer, aller au résultatTotal, que perdimos el bus.
por cierto, a propósitoouvrir une parenthèsePor cierto, ¿viste el partido de anoche?
¿Le importaría + infinitif ?demander poliment¿Le importaría esperar un momentito?
¿Sería posible que + imparfait du subjonctif ?demande délicate¿Sería posible que me diera el viernes libre?
me preguntaba sidemande indirecteMe preguntaba si podría ayudarme con el informe.

À vous

Cinq questions : trois marqueurs de l’oral, puis deux demandes atténuées.

  1. —¿Vienes a la fiesta? —Tengo que trabajar el sábado. ___, que no voy.
  2. Ayer vi a Marta en el mercado. ___, ¿sabes que se casa en junio?
  3. El tráfico estaba horrible y el bus se descompuso. ___, que llegamos a las diez.
  4. Señora directora, ¿sería posible que me ___ el viernes libre?
  5. Disculpe, señor, ¿le importaría ___ la ventana? Hace mucho frío.

Étape 2 · Le de devant que, et l’article

Pour savoir s’il faut de devant que (leçon 283), posez la question : si elle demande de, gardez-le ; sinon, supprimez-le. ¿Qué piensas? donne Pienso que ; la forme *pienso de que est un dequeísmo, à éviter. ¿De qué te acuerdas? donne Me acuerdo de que ; écrire *me acuerdo que serait un queísmo, à éviter à l’écrit.

L’article suit l’espagnol et non le français (leçon 284) : il est générique devant ce qu’on aime (Me gusta el café), absent devant ce qu’on a ou n’a pas (Tengo carro, No hay pan), libre devant certains pays (el Perú ou Perú) ; il fait d’un infinitif un nom (El fumar es malo para la salud). Jamais d’article indéfini devant otro ni devant medio employé comme quantité, et on dit le plus souvent cierto sans article : on dit otro café, et non *un otro café.

À vous

Cinq questions : le de devant que, puis l’article mis ou omis.

  1. Creo ___ va a llover esta tarde en Quito.
  2. Estoy segura ___ Andrés llega mañana en el primer vuelo.
  3. Pour dire, dans un courrier, Je me suis rendu compte qu’il était tard, vous écrivez ___
  4. Pour dire au serveur Je voudrais un autre café, vous écrivez ___
  5. A mi hermana le gusta mucho ___ fútbol: va al estadio cada domingo.

Étape 3 · Les suffixes appréciatifs et les formes d’adresse

Un suffixe colore le nom (leçon 285) : -azo agrandit ou désigne un coup (un golazo, un portazo), -ote et -ón grossissent (grandote), -ucho méprise (una casucha). Pour l’adresse (leçon 286), vous produisez tú, usted et ustedes, et reconnaissez le reste.

Les formes d’adresse à reconnaître
RégionFormeExemple
Mexique, Pérou, Caraïbestú¿Cómo estás? ¿Qué quieres?
Río de la Plata et Amérique centralevos¿Vos de dónde sos? ¿Qué querés?
Chili, entre prochesvoseo du verbe seul¿Cómo estái?
Colombie, Costa Ricausted familier, l’ustedeoMamá, ¿usted ya almorzó?

En Amérique. Le seul pluriel d’adresse est ustedes, entre amis comme avec des inconnus. Vosotros ne s’emploie qu’en Espagne : vous le comprendrez dans un film de Madrid, sans le produire (tú, usted et ustedes).

À vous

Cinq questions : trois suffixes appréciatifs, puis deux formes d’adresse.

  1. En el último minuto, el delantero metió un ___ desde muy lejos. ¡Increíble!
  2. Pour parler avec mépris de leur logement en mauvais état, vous écrivez Vivían en una ___.
  3. Mi hijo tiene catorce años y ya mide casi dos metros: está ___.
  4. À Montevideo, un ami vous demande ¿Vos qué querés tomar? Il emploie ___.
  5. Entre amis, à Lima, pour dire Et vous, vous venez ce soir ?, vous écrivez ___

Étape 4 · Les pronoms d’Espagne et les formes rares

Beaucoup d’Espagnols disent le pour un homme complément direct : c’est le leísmo (leçon 287). Le laísmo, plus rare, met la à la place du le indirect. Vous les comprenez, sans les imiter.

L’écrit juridique, littéraire et proverbial garde des formes rares (leçon 288), à reconnaître seulement.

Les formes rares et leur équivalent courant
Forme rareOù on la litÉquivalent courant
Si tuviese tiempo...imparfait du subjonctif en -se, à l’écritSi tuviera tiempo...
quien hubiere firmadofutur du subjonctif, contrats et loisquien haya firmado
sea lo que fuereformule figéesea lo que sea
Apenas hubo terminado, salió.passé antérieur, littératureApenas terminó, salió.

En Amérique. Le système des pronoms reste étymologique : Lo vi, La llamé, Le dije, et se los dije pour un destinataire ustedes. Le leísmo d’Espagne se comprend partout, mais ne s’imite pas (les pronoms compléments).

À vous

Cinq questions : deux pronoms, puis trois formes rares à reconnaître.

  1. Dans un roman de Madrid, vous lisez A Juan le vi ayer. En Amérique, vous dites ___
  2. A mi mamá ___ dije la verdad sobre el accidente.
  3. Un livre écrit Si tuviese tiempo, viajaría. À l’oral, un Mexicain dirait Si ___ tiempo, viajaría.
  4. Le refrán Adonde fueres, haz lo que vieres conseille ___.
  5. Dans un contrat, vous lisez Quien hubiere firmado este documento... La forme hubiere est ___.

Étape 5 · Le registre familier et le ton qui convient

Chaque pays a ses mots d’approbation et sa jerga (leçon 289). Les quinze mots nouveaux de cette leçon servent à en parler : on choisit un registre formal, familiar ou coloquial selon le contexte et l’interlocuteur ; une expression peut être apropiada entre amis et fuera de lugar devant un client.

Les mots familiers de chaque région
MotSensOù on l’entend
chéveresuperColombie, Venezuela, Caraïbes
chido, padresuperMexique
bacánsuperChili, Pérou
el cuate, el panale poteMexique ; Venezuela
la chamba, el laburole boulotMexique, Pérou ; Río de la Plata

En Amérique. Certains mots neutres en Espagne fâchent ailleurs : coger est grossier au Mexique et au Río de la Plata, où l’on dit tomar ou agarrar ; el pisto désigne l’argent en Amérique centrale (le mot change de pays).

À vous

Cinq phrases à compléter : le registre, un mot régional, le mot à éviter et deux mots nouveaux.

  1. En una entrevista de trabajo, decirle ¡Qué onda, cuate! al gerente está ___.
  2. En Ciudad de México, un joven dice de una película muy buena: ¡Está bien ___!
  3. Para no ofender a nadie en Buenos Aires, usted dice: Voy a ___ el colectivo.
  4. En una carta a la embajada, usted emplea un tono ___.
  5. Entre amigos, Valeria habla con ___: no piensa cada palabra antes de decirla.

Lecture · Le ton de la radio, à Guadalajara

Camila, jeune journaliste d’une radio de Guadalajara, prépare l’émission du lundi. Ernesto, le directeur, relit son texte avec elle.

Voir la traduction

Ernesto — Camila, j’ai lu ton texte pour l’émission de lundi. Il est bien, mais il faut revoir le ton. Camila — Le ton ? Autrement dit, il est trop formel ? Ernesto — Au contraire. Tu commences comme ça : « Salut les potes ! Aujourd’hui on vous apporte un sujet trop cool. » Avec les jeunes, parfait ; mais lundi, nous interviewons la rectrice de l’université. Dans ce contexte, cet argot est déplacé. Camila — Tu as raison. Je pense de que… pardon, je pense que je peux commencer par un bonjour et bienvenue. Ernesto — Voilà. Et remarque : qu’est-ce que tu penses ? Je pense cela, pas je pense de cela. Donc, sans de. Camila — Je me souviens que ma professeure de l’université me corrigeait la même chose. Ernesto — Et là, le de est bien à sa place : on se souvient de quelque chose. Bon, autre chose. La rectrice est colombienne, n’est-ce pas ?

Camila — Oui, elle est paisa, de Medellín. D’ailleurs, au téléphone, elle m’a vouvoyée comme si nous étions amies depuis toujours : « Camila, vous avez déjà déjeuné ? » Ernesto — C’est l’ustedeo, très normal là-bas en famille et entre amis. Ce n’est pas de la distance, c’est de l’affection. Réponds-lui avec naturel. Camila — Et si moi, j’ai besoin de quelque chose de sa part ? Ernesto — Eh bien, adoucis : « Serait-il possible que vous nous accordiez dix minutes de plus ? » Ou encore : « Je me demandais si vous pourriez rester après l’émission. » Camila — Parfait. Et l’invité de Montevideo ? Ernesto — Facundo est uruguayen : il va te parler en vos, « Et toi, qu’est-ce que tu en penses ? ». Comprends-le, mais ne l’imite pas. Toi, continue à le tutoyer. Camila — Et la journaliste de Madrid ? Dans son courriel, elle a écrit le vi en el congreso del año pasado. Elle parlait de toi. Ernesto — C’est du leísmo, normal en Espagne. Elle dit le vi ; nous, nous disons lo vi. C’est compréhensible, mais ce n’est pas notre système.

Camila — Un dernier doute. À la fin, je voulais dire un proverbe : « crevette qui s’endort, le courant l’emporte ». C’est approprié ? Ernesto — Pour conclure, oui : les dictons donnent à l’émission un ton spontané. Mais ne mets pas trois expressions idiomatiques dans chaque phrase : le public le remarque. Camila — Et dans la partie football, je peux dire que c’était un but magnifique ? Ernesto — Bien sûr. C’est familier, mais personne ne se vexe. Ce que tu dois vraiment éviter, c’est coger un taxi : ici ou à Buenos Aires, ça sonne très mal. Dis tomar un taxi. Camila — Ah oui. Ma cousine de Bogotá dit coger el bus. Ernesto — En Colombie, c’est normal ; ici, non. Écoute : le bon langage n’est ni le plus soutenu ni le plus familier. C’est celui qui s’adapte à l’interlocuteur. Avec la rectrice, un registre formel ; avec Facundo, un registre plus familier. Camila — Autrement dit, l’expression appropriée dépend du contexte. Ernesto — Exactement. Camila — Bon, je m’y mets et je t’envoie le nouveau texte cet après-midi. Ernesto — Parfait. Et sans gros mots, hein ?

Écrire · Deux messages, deux registres

Rédaction guidée : vous écrivez au directeur d’une radio de Lima, puis à votre ami Diego, à Ciudad de México. Une phrase par consigne.

Corrigé
  • Estimado señor Paredes: (les deux-points après la formule d’appel)
  • ¿Sería posible que me diera una entrevista la próxima semana? ou Me preguntaba si podría recibirme la próxima semana.
  • Estoy seguro de que el tema le va a interesar a su público. (estar seguro de algo : le de reste)
  • ¡Hola, Diego! La radio está bien chida.
  • Metí la pata: le escribí ¡Qué onda! al director, y estaba fuera de lugar.
  • O sea, el tono depende del contexto.

Vocabulaire de la leçon

Les quinze mots nouveaux de la leçon 290
EspagnolFrançaisRemarque
el interlocutor / la interlocutoral’interlocuteur, l’interlocutriceNom masculin et féminin : adaptarse al interlocutor.
espontáneospontanéAdjectif, avec tilde : un tono espontáneo.
la naturalidadle naturel, l’aisanceNom féminin en -dad : hablar con naturalidad.
formalformel ; soutenu ; sérieuxAdjectif invariable en genre : una carta formal.
informalinformel, familierAdjectif invariable en genre : una reunión informal.
familiarfamilier ; familialAdjectif à deux sens : un registro familiar, una reunión familiar.
el contextole contexteNom masculin : en ese contexto.
apropiadoappropriéAdjectif : la expresión apropiada.
la expresiónl’expressionNom féminin en -ión ; pluriel sans tilde, las expresiones.
el lenguajele langageNom masculin, la façon de parler ; la lengua est la langue.
el modismol’idiotisme, l’expression idiomatiqueNom masculin : meter la pata es un modismo.
la jergal’argot, le jargonNom féminin : la jerga de los jóvenes, la jerga de los médicos.
fuera de lugardéplacé, hors de proposLocution, souvent avec estar : está fuera de lugar.
coloquialfamilier (registre)Adjectif invariable en genre : una palabra coloquial.
el tonole tonNom masculin : revisar el tono.

Bilan

Toute l’unité

Dix questions qui mêlent toute l’unité, les mots nouveaux et la lecture.

  1. Dans la lecture, Ernesto trouve que le premier texte de Camila ___.
  2. Me acuerdo ___ mi abuela hablaba quechua con sus hermanas.
  3. Dans la lecture, quand la rectrice vouvoie Camila comme une amie, c’est ___.
  4. Señores, ¿sería posible que ustedes ___ un poco más temprano mañana?
  5. Dans la lecture, face à Facundo, Camila doit ___.
  6. En un correo formal a un cliente, la expresión más apropiada es ___
  7. Pour dire Je voudrais un demi-kilo de fromage, vous écrivez ___
  8. Dans la lecture, selon Ernesto, le bon langage, c’est ___.
  9. Salió enojado y dio un ___ que se oyó en todo el edificio.
  10. Ser pan comido es un ___: no se puede traducir palabra por palabra.

Pour aller plus loin

La page de référence le mot change de pays reprend les mots qui varient d’un pays à l’autre ; voyez aussi le voseo. Réécoutez aussi le cours audio d’espagnol, et retrouvez le chemin parcouru dans le sommaire du cours écrit.

La leçon suivante ouvre l’unité 30 avec la lettre de motivation.

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L’espagnol d’Amérique latine, tel qu’on le parle

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Questions fréquentes

Pourquoi une leçon de bilan, sans grammaire nouvelle ?

Parce que l’unité 29 a surtout porté sur l’usage : le registre, les écarts à la norme et les variantes de chaque région. Le bilan vérifie que vous savez choisir la bonne forme selon la personne et la situation. Si une étape vous résiste, revenez à la leçon indiquée dans l’étape.

Quelle différence entre formal, informal, familiar et coloquial ?

Formal désigne le registre soutenu, celui d’une lettre ou d’un entretien. Informal qualifie une situation détendue : una reunión informal. Coloquial qualifie la langue parlée de tous les jours, et familiar la langue des proches ; attention, familiar veut aussi dire « familial » : una reunión familiar.

El lenguaje et la lengua, est-ce la même chose ?

Non. La lengua est la langue d’un peuple, comme l’espagnol ou le quechua. El lenguaje est la façon de parler, le niveau de langue : el lenguaje de la radio, un lenguaje formal.

Faut-il éviter tous les mots familiers ?

Non. Un mot comme chévere ou chido rend la conversation naturelle entre amis, à condition de connaître son pays d’origine. Ce qu’il faut éviter, c’est la jerga dans un contexte formel, et les quelques mots qui fâchent selon les pays, comme coger : dites tomar.

Dois-je apprendre à conjuguer vos et vosotros ?

À les reconnaître, oui ; à les produire, non. Le cours vous fait parler en tú, usted et ustedes, compris partout en Amérique. Le vos du Río de la Plata et de l’Amérique centrale, et le vosotros d’Espagne, se comprennent sans peine une fois qu’on les a repérés.

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