Une forme unique, taillée dans la racine, qui dit ce qu’une chose a subi. Elle ne se conjugue pas : elle s’accorde, et c’est par elle que le darija se passe de la plupart de nos passifs.
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Mettez le son et répétez à voix haute ce que vous entendez : les soixante-quinze leçons se déroulent toutes de cette façon. Cette page vous explique la règle ; l’enregistrement vous fait parler.
Le participe passif est l’une des formes les plus régulières du darija algérien. On prend les trois consonnes de la racine, on place un me- devant, et on insère une voyelle longue en ou avant la dernière consonne. Le résultat désigne la chose sur laquelle l’action a été faite.
De ktab (il a écrit) on obtient mektoub : écrit. De sreq (voler), mesrouq : volé. De la racine de « casser », ksar, on tire meksour : cassé. De fhem (comprendre), mefhoum : compris.
Tous les verbes n’en fournissent pas, et la raison est logique plutôt que grammaticale : pour qu’une chose puisse être dite « écrite », « volée » ou « cassée », il faut que le verbe admette un objet sur lequel l’action porte. Un verbe qui n’en admet pas — sortir, dormir, arriver — ne laisse rien derrière lui à décrire, et ne donne donc pas de participe passif. Cette contrainte vous épargne la moitié des questions que vous vous poseriez autrement.
La signature est sonore avant d’être graphique. Un me- à peine articulé au début, puis un ou long et net juste avant la fin du mot : ce profil suffit à repérer un participe passif dans une phrase rapide, même quand on ne connaît pas le verbe dont il vient. C’est un des rares endroits où l’apprenant francophone a un vrai indice à sa disposition.
Le participe passif ne raconte rien. Il ne dit ni qui a agi, ni quand, ni combien de temps : il constate le résultat présent d’une action passée. « La porte est cassée » se dit avec meksour posé après le nom, et la phrase se tient debout sans aucun verbe. Voir la phrase sans verbe.
Le participe actif dit l’état de celui qui fait l’action, le participe passif celui de la chose qui l’a subie : voir le participe actif.
De cette absence de récit découle une limite qu’il faut connaître. Si vous devez situer l’événement dans le temps — la porte a été cassée hier, elle sera cassée demain — le participe ne suffit plus : il faut un verbe, et c’est là que se posent les questions de forme et d’usage traitées sur la page du passif.
À l’inverse, le francophone qui cherche à traduire « la porte a été cassée » alors qu’il veut seulement dire qu’elle est en mauvais état fabrique une phrase lourde, où un locuteur en emploierait deux mots. Une bonne part de nos passifs, à l’oral, ne sont que des états déguisés.
Le darija compte beaucoup de mots qui commencent par un m suivi de consonnes, et tous ne sont pas des participes passifs. Un seul indice permet de trancher, et il est facile à retenir.
Vous connaissez déjà maktab, le bureau, et ma3mel, l’usine. Ces mots sont bâtis sur le même genre de racine et portent le même début, mais ils désignent le lieu où l’action se fait, non la chose qui l’a subie. Et surtout, il leur manque la voyelle longue : on n’entend aucun ou avant la dernière consonne.
Le critère est donc unique : la voyelle longue. Un mot qui commence par un m et qui porte un ou long juste avant sa dernière consonne est un participe passif, et se traduit par un participe français. Sans cette voyelle, cherchez un lieu, un instrument ou un nom ordinaire. Ce test se fait à l’oreille en une fraction de seconde, et il est plus fiable que n’importe quelle liste.
Ce n’est pas une image : c’est la règle pratique dont vous avez besoin. Le participe passif ne prend aucune marque de personne, mais il s’accorde en genre et en nombre avec le nom qu’il qualifie.
Au masculin singulier, mektoub. Au féminin, mektouba. Au pluriel, mektoubin. Ce sont exactement les terminaisons de l’accord adjectival, et la même règle de définition s’applique : si le nom porte l’article, le participe le porte aussi. Voir les adjectifs et l’accord.
La place suit la même logique : le participe se met après le nom qu’il qualifie, comme un adjectif, et non devant comme le participe passé français dans « une porte cassée » — où nous le mettons derrière aussi, d’ailleurs, ce qui est une chance. Aucune inversion à apprendre, donc, et aucun auxiliaire à placer.
Un mot sur la prononciation du début. La voyelle du préfixe est très brève, à peine appuyée, et elle varie d’un locuteur à l’autre : on l’entend tantôt plus près d’un e, tantôt plus près d’un a. Cette hésitation ne change rien au sens et ne mérite pas votre attention ; c’est la voyelle longue de la fin qui porte la forme.
Le conseil qui en découle est simple. N’essayez pas de conjuguer ces formes, et ne cherchez pas à leur trouver un temps. Rangez-les mentalement avec les adjectifs, et vous les emploierez correctement du premier coup.
Beaucoup de ces formes ne sont plus senties comme des participes. Meksour fonctionne comme l’adjectif « cassé » et se dit d’un objet, d’un appareil, d’un meuble, sans que personne pense au verbe. Mefhoum sert dans le dialogue comme le « compris » du français, à la place d’une phrase entière.
Le glissement peut aller plus loin encore et produire un vrai nom. L-mektoub, « ce qui est écrit », désigne dans un usage bien installé le destin, ce qui devait arriver : de la forme verbale à l’adjectif, de l’adjectif au nom. C’est un parcours que le français connaît aussi — « le passé », « un écrit » — mais qui reste chez nous exceptionnel, là où le darija le pratique en série, sur toute une famille de formes.
Pour l’apprenant, la conséquence est rassurante : chaque fois que vous apprenez un adjectif de cette silhouette, vous apprenez en réalité un verbe en même temps, et réciproquement. Voir les formes dérivées du verbe, qui montrent comment la même racine se plie à plusieurs moules.
Pas dans une leçon de grammaire : dans les phrases les plus banales de la vie courante. Un appareil qui ne marche plus, une porte qui ferme mal, une place déjà prise, une chose promise, une somme réglée, une affaire entendue — toutes ces situations se disent en darija avec un participe passif et deux mots. C’est une forme de dépanneur : quand le verbe vous manque, le participe suffit souvent à vous faire comprendre, parce qu’il désigne le résultat, et que le résultat est justement ce que votre interlocuteur veut savoir.
Un repère pour ne pas se tromper. Devant une forme inconnue, posez-vous une question : est-ce que je décris un état ou est-ce que je raconte un événement ? État, ce sera un participe et rien d’autre. Événement, il faudra un verbe. Les débutants qui bloquent sur le passif du darija ont presque toujours confondu les deux.
Chaque question porte sur le schéma du participe passif, sur sa valeur d’état et sur son accord. Touchez une réponse, puis Correction.
Soixante-deux pages qui se répondent — la mécanique de la langue d'un côté, le vocabulaire par thème de l'autre, et des exercices corrigés au bas de chacune. À parcourir dans l'ordre, ou au gré de vos questions.
Lire une règle n'a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s'installe. Vous l'entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
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On place un me- devant les trois consonnes de la racine et une voyelle longue en ou avant la dernière : ktab donne mektoub, sreq donne mesrouq, fhem donne mefhoum.
À décrire l’état qui résulte d’une action, sans dire qui a agi ni quand. « La porte est cassée » se dit avec meksour, et la phrase n’a besoin d’aucun verbe.
Non. Il ne prend aucune marque de personne, mais il s’accorde en genre et en nombre comme un adjectif : mektoub, mektouba, mektoubin.
Le participe actif dit l’état de celui qui fait l’action, le participe passif celui de la chose qui l’a subie. Voir le participe actif.
Parce que l’usage les a détachés de leur verbe. Meksour fonctionne comme l’adjectif « cassé », et l-mektoub en est venu à désigner le destin. Le même glissement existe en français, mais il y reste exceptionnel.
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